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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en vers et en Cinq Actes

Tancrède

Voltaire· créée en 1760· 5 actes· 1 652 vers· 12 personnages

Représenté par les Comédiens français ordinaires du Roi, le 3 septembre 1760.

Personnages

  • ARGIRE, chevalier
  • TANCRÈDE, chevalier
  • ORBASSAN, chevalier
  • LORÉDAN, chevalier
  • CATANE, chevalier
  • ALDAMON, soldat
  • AMÉNAÏDE
  • FANIE, suivante
  • PLUSIEURS CHEVALIERS, assistants au Conseil
  • ECUYERS
  • SOLDATS
  • PEUPLES
Madame,

À MADAME LA MARQUISE DE POMPADOUR

Toutes les épîtres dédicatoires ne sont pas de lâches flatteries, toutes ne sont pas dictées par l'intérêt ; celles que vous reçûtes de Monsieur Crébillon, mon confrère, frère à l'Académie, et mon premier maître dans un art que j'ai toujours aimé, fut un monument de sa reconnaissance ; le mien durera moins, mais il est aussi juste. J'ai vu dès votre enfance les grâces et es talents se développer ; j'ai reçu de vous dans tous les temps des témoignages d'une bonté toujours égale. Si quelque censeur pouvait désapprouver l'honneur que Je vous rends, ce ne pourrait être qu'une coeur né ingrat. Je vous dois beaucoup, Madame, et je dois le dire, j'ose encor plus, j'ose vous remercier publiquement du bien que vous avez fait à un très grand nombre de véritables gens de lettres, de grands artistes, d'hommes de mérite en plus d'un genre.

Les cabales font affreuses, je le sais, la Littérature en fera toujours troublée, ainsi que tous les autres états de la vie. On calomniera toujours les gens de lettres comme les gens en place ; et j'avouerai que l'horreur pour ces cabales m'a fait prendre le parti de la retraite, qui seule m'a rendu heureux. Mais j'avoue en même temps que vous n'avez jamais écouté aucune de ces petites factions, que jamais vous ne reçûtes d'impression de l'imposture secrète qui blesse sourdement le mérite, ni de l'imposture publique qui l'attaque insolemment. Vous avez fait du bien avec discernement, parce que vous avez jugé par vous-même ; aussi je n'ai connu ni aucun homme de lettres, ni aucune personne sans prévention, qui ne rendit justice à votre caractère, non seulement en public, mais dans les conversations particulières, où l'on blâme beaucoup plus qu'on ne loue. Croyez, Madame, que c'est quelque chose que le suffrage de ceux qui savent penser.

De tous les arts que nous cultivons en France, l'art de la Tragédie n'est pas celui qui mérite le moins l'attention publique ; car il saut avouer que c'est celui dans lequel les Français se sont le plus distingués. C'est, d'ailleurs, au théâtre seul que la nation se rassemble, c'est là que l'esprit et le goût de la jeunesse se forme : les étrangers y viennent apprendre notre langue ; nulle mauvaise maxime n'y est tolérée, et nul sentiment estimable n'y est débité sans être applaudi ; c'est une école toujours subsistante de poésie et de vertu.

La Tragédie n'est pas encore peut-être tout-à-fait ce quelle doit être ; supérieure à celle d'Athènes en plusieurs choses, il lui manque ce grand appareil que les magistrats Athènes savaient lui donner.

Permettez-moi, Madame, en vous dédiant une Tragédie de m'étendre sur cet art des Sophocles et des Euripides. Je sais que toute la pompe de l'appareil ne vaut pas une pensée sublime , ou un sentiment ; de même que la parure n'est presque rien sans la beauté. Je sais bien que ce n'est pas un grand mérite de parler aux yeux ; mais j'ose être sûr que le sublime et le touchant portent un coup beaucoup plus sensible, quand ils sont soutenus d'un appareil convenable, et qu'il faut frapper l'âme et les yeux à la fois. Ce fera le partage des génies qui viendront après nous. J'aurai du moins encouragé ceux qui me feront oublier.

C'est dans cet esprit, Madame que je dessinai la faible esquisse que je soumets à vos lumières. Je la crayonnai dès que je sus que le théâtre de Paris était changé, et devenait un vrai spectacle. Des jeunes gens de beaucoup de talent la représentèrent avec moi sur un petit théâtre que je fis faire à la campagne. Quoique ce théâtre fût extrêmement étroit, les acteurs ne furent point gênés, tout fut exécuté facilement ; ces boucliers, ces devises, ces armes qu'on suspendait dans la lice, faisaient un effet qui redoublait l'intérêt, parce que cette décoration, cette action, devenait une partie de l'intrigue. Il eût fallu que la pièce eût joint à cet avantage celui d'être écrite avec plus de chaleur, que j'eusse pu éviter les longs récits, que les vers eussent été faits avec plus de soin. Mais le temps où nous nous étions proposé de nous donner ce divertissement, ne permettait pas de délai ; la pièce fut faite et apprise en deux mois.

Mes amis me mandent que les Comédiens de Paris ne sont représentée, que parce qu'il en courait une grande quantité de copies infidèles. Il a donc fallu la laisser paraître avec tous les défauts que je n'ai pu corriger. Mais ces défauts même instruiront ceux qui voudront travailler dans le même goût.

Il y a encor dans cette pièce une autre nouveauté qui me parait mériter d'être perfectionnée ; elle est écrite en vers croisés. Cette sorte de poésie sauve l'uniformité de la rime ; mais aussi ce genre d'écrire est dangereux, car tout a son écueil. Ces grands tableaux que les anciens regardaient comme une partie essentielle de la tragédie, peuvent aisément nuire au théâtre de France en le réduisant à n'être presque qu'une vaine décoration, et la sorte de vers que j'ai employés dans Tancrède, approche peut-être trop de la prose. Ainsi, il pourrait arriver qu'en voulant perfectionner la scène Française, on la gâterait entièrement. Il se peut qu'on y ajoute un mérite qui lui manque, il se peut qu'on la corrompe.

J'insiste seulement sur une chose, c'est la variété dont on a besoin dans une ville immense, la seule de la terre qui ait jamais eu des spectacles tous les jours. Tant que nous saurons maintenir par cette variété le mérite de notre scène, ce talent nous rendra toujours agréables aux autres peuples ; c'est ce qui fait que des personnes de la plus haute distinction représentent souvent nos ouvrages dramatiques, en Allemagne, en Italie, qu'on les traduit même en Angleterre, tandis que nous voyons dans nos provinces des salles de spectacles magnifiques, comme on voyait des cirques dans toutes les provinces Romaines ; preuve incontestable du goût qui subsiste parmi nous, et preuve de nos ressources dans les temps les plus difficiles. C'est en vain que plusieurs de nos compatriotes s'efforcent d'annoncer notre décadence en tout genre. Je ne suis pas de l'avis de ceux qui au sortir d'un spectacle, dans un souper délicieux, dans le sein du luxe et des plaisirs, disent gaiement que tout est perdu ; je suis assez près d'une ville de province, aussi peuplée que Rome moderne, et beaucoup plus opulente, qui entretient plus de quarante mille ouvriers, qui vient de construire en même temps le plus bel hôpital du Royaume, et le plus beau théâtre. De bonne foi, tout cela existerait-il si les campagnes ne produisaient que des ronces ?

J'ai choisi pour mon habitation un des moins bons terrains qui soient en France ; cependant, rien ne nous y manque. Le pays est orné de maisons, qu'on eût regardées autrefois comme trop belles ; le pauvre qui veut s'occuper y cesse d'être pauvre ; cette petite province est devenue un jardin riant ; il vaut mieux sans doute fertiliser sa terre, que se plaindre à Paris de la stérilité de sa terre.

Me voila, Madame, un peu loin de Tancrède ; j'abuse du droit de mon âge, j'abuse de vos moments, je tombe dans les digressions, je dis peu en beaucoup de paroles. Ce n'est pas là le caractère de votre esprit ; mais je serais plus diffus, si je m'abandonnais aux sentiments de ma reconnaissance. Recevez avec vôtre bonté ordinaire, Madame, mon attachement et mon respect que rien ne peut altérer jamais.

ACTE I

SCÈNE I. Assemblée des chevaliers rangés en demi-cercle.

ARGIRE

Illustres chevaliers, vengeurs de la Sicile, Qui daignez, par égard au déclin de mes ans, Vous assembler chez moi pour chasser nos tyrans, Et former un état triomphant et tranquille ; Syracuse en ses murs a gémi trop longtemps Des desseins avortés d'un courage inutile. Il est temps de marcher à ces fiers musulmans, Il est temps de sauver d'un naufrage funeste Le plus grand de nos biens, le plus cher qui nous reste, Le droit le plus sacré des mortels généreux, La liberté : c'est là que tendent tous nos voeux. Deux puissants ennemis de notre république, Des droits des nations, du bonheur des humains, Les césars de Byzance, et les fiers sarrasins, Nous menacent encor de leur joug tyrannique. Ces despotes altiers, partageant l'univers, Se disputent l'honneur de nous donner des fers. Le grec a sous ses lois les peuples de Messine ; Le hardi Solamir insolemment domine Sur les fertiles champs couronnés par l'Etna, Dans les murs d'Agrigente, aux campagnes d'Enna ; Et tout de Syracuse annonçait la ruine. Mais nos communs tyrans, l'un de l'autre jaloux, Armés pour nous détruire, ont combattu pour nous ; Ils ont perdu leur force en disputant leur proie. À notre liberté le ciel ouvre une voie ; Le moment est propice, il en faut profiter. La grandeur musulmane est à son dernier âge ; On commence en Europe à la moins redouter. Dans la France un Martel, en Espagne un Pélage, Le grand Léon dans Rome armé d'un saint courage, Nous ont assez appris comme on peut la dompter. Je sais qu'aux factions Syracuse livrée N'a qu'une liberté faible et mal assurée. Je ne veux point ici vous rappeler ces temps Où nous tournions sur nous nos armes criminelles, Où l'état répandait le sang de ses enfants. Étouffons dans l'oubli nos indignes querelles. Orbassan, qu'il ne soit qu'un parti parmi nous, Celui du bien public, et du salut de tous. Que de notre union l'état puisse renaître ; Et, si de nos égaux nous fûmes trop jaloux, Vivons et périssons sans avoir eu de maître.

ORBASSAN

Argire, il est trop vrai que les divisions Ont régné trop longtemps entre nos deux maisons : L'état en fut troublé ; Syracuse n'aspire Qu'à voir les Orbassans unis au sang d'Argire. Aujourd'hui l'un par l'autre il faut nous protéger. En citoyen zélé j'accepte votre fille ; Je servirai l'état, vous, et votre famille ; Et du pied des autels, où je vais m'engager, Je marche à Solamir, et je cours vous venger. Mais ce n'est pas assez de combattre le maure ; Sur d'autres ennemis il faut jeter les yeux : Il fut d'autres tyrans non moins pernicieux, Que peut-être un vil peuple ose chérir encore. De quel droit les français, portant partout leurs pas, Se sont-ils établis dans nos riches climats ? De quel droit un Coucy vint-il dans Syracuse, Des rives de la Seine au bord de l'Aréthuse ? D'abord modeste et simple, il voulut nous servir ; Bientôt fier et superbe, il se fit obéir. Sa race, accumulant d'immenses héritages, Et d'un peuple ébloui maîtrisant les suffrages, Osa sur ma famille élever sa grandeur. Nous l'en avons punie, et, malgré sa faveur, Nous voyons ses enfants bannis de nos rivages. Tancrède, un rejeton de ce sang dangereux, Des murs de Syracuse éloigné dès l'enfance, A servi, nous dit-on, les césars de Byzance : Il est fier, outragé, sans doute valeureux ; Il doit haïr nos lois, il cherche la vengeance. Tout français est à craindre : on voit même en nos jours Trois simples écuyers, sans bien et sans secours, Sortis des flancs glacés de l'humide Neustrie, Aux champs apuliens se faire une patrie ; Et, n'ayant pour tous droits que celui des combats, Chasser les possesseurs, et fonder des états. Grecs, arabes, français, germains, tout nous dévore ; Et nos champs, malheureux par leur fécondité, Appellent l'avarice et la rapacité Des brigands du midi, du nord, et de l'aurore. Nous devons nous défendre ensemble et nous venger. J'ai vu plus d'une fois Syracuse trahie ; Maintenons notre loi que rien ne doit changer ; Elle condamne à perdre et l'honneur et la vie Quiconque entretiendrait avec nos ennemis Un commerce secret, fatal à son pays. À l'infidélité l'indulgence encourage. On ne doit épargner ni le sexe ni l'âge. Venise ne fonda sa fière autorité Que sur la défiance et la sévérité : Imitons sa sagesse en perdant les coupables.

LORÉDAN

Quelle honte, en effet, dans nos jours déplorables, Que Solamir, un maure, un chef des musulmans, Dans la Sicile encore ait tant de partisans ! Que partout dans cette île et guerrière et chrétienne, Que même parmi nous Solamir entretienne Des sujets corrompus, vendus à ses bienfaits ! Tantôt chez les césars occupé de nous nuire, Tantôt dans Syracuse ayant su s'introduire, Nous préparant la guerre et nous offrant la paix, Et pour nous désunir soigneux de nous séduire ! Un sexe dangereux, dont les faibles esprits D'un peuple encor plus faible attirent les hommages, Toujours des nouveautés et des héros épris, À ce maure imposant prodigua ses suffrages. Combien de citoyens, aujourd'hui prévenus Pour ces arts séduisants que l'arabe cultive ; Arts trop pernicieux, dont l'éclat les captive, À nos vrais chevaliers noblement inconnus ! Que notre art soit de vaincre, et je n'en veux point d'autre. J'espère en ma valeur, j'attends tout de la vôtre ; Et j'approuve surtout cette sévérité Vengeresse des lois et de la liberté. Pour détruire l'Espagne il a suffi d'un traître : Il en fut parmi nous ; chaque jour en voit naître. Mettons un frein terrible à l'infidélité ; Au salut de l'état que toute pitié cède ; Combattons Solamir, et proscrivons Tancrède. Tancrède, né d'un sang parmi nous détesté, Est plus à craindre encor pour notre liberté. Dans le dernier conseil un décret juste et sage Dans les mains d'Orbassan remit son héritage, Pour confondre à jamais nos ennemis cachés, À ce nom de Tancrède en secret attachés ; Du vaillant Orbassan c'est le juste partage, Sa dot, sa récompense.

SCÈNE II. Argire, Orbassan.

SCÈNE III. Argire, Orbassan, Aménaïde.

AMÉNAÏDE

De Tancrède !

SCÈNE IV. Argire, Aménaïde.

AMÉNAÏDE

Seigneur, je l'avouerai, je ne m'attendais pas Qu'après tant de malheurs et de si longs débats, Le parti d'Orbassan dût être un jour le vôtre ; Que mes tremblantes mains uniraient l'un et l'autre, Et que votre ennemi dût passer dans mes bras. Je n'oublierai jamais que la guerre civile Dans vos propres foyers vous priva d'un asile ; Que ma mère, à regret évitant le danger, Chercha loin de nos murs un rivage étranger ; Que des bras paternels avec elle arrachée, À ses tristes destins dans Byzance attachée, J'ai partagé longtemps les maux qu'elle a soufferts. Au sortir du berceau j'ai connu les revers : J'appris sous une mère abandonnée, errante, À supporter l'exil et le sort des proscrits, L'accueil impérieux d'une cour arrogante, Et la fausse pitié, pire que le mépris. Dans un sort avili noblement élevée, De ma mère bientôt cruellement privée, Je me vis seule au monde, en proie à mon effroi, Roseau faible et tremblant, n'ayant d'appui que moi. Votre destin changea. Syracuse en alarmes Vous remit dans vos biens, vous rendit vos honneurs, Se reposa sur vous du destin de ses armes, Et de ses murs sanglants repoussa ses vainqueurs. Dans le sein paternel je me vis rappelée ; Un malheur inouï m'en avait exilée : Peut-être j'y reviens pour un malheur nouveau. Vos mains de mon hymen allument le flambeau. Je sais quel intérêt, quel espoir vous anime ; Mais de vos ennemis je me vis la victime : Je suis enfin la vôtre ; et ce jour dangereux Peut-être de nos jours sera le plus affreux.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Aménaïde, Fanie.

ACTE II

SCÈNE I. Aménaïde, Fanie.

AMÉNAÏDE

Ah ! Combats ces terreurs, Et ne m'en donne point. Souviens-toi que ma mère Nous unit l'un et l'autre à ses derniers moments ; Que Tancrède est à moi, qu'aucune loi contraire Ne peut rien sur nos voeux et sur nos sentiments. Hélas ! Nous regrettions cette île si funeste, Dans le sein de la gloire et des murs des césars ; Vers ces champs trop aimés qu'aujourd'hui je déteste, Nous tournions tristement nos avides regards. J'étais loin de penser que le sort qui m'obsède Me gardât pour époux l'oppresseur de Tancrède, Et que j'aurais pour dot l'exécrable présent Des biens qu'un ravisseur enlève à mon amant. Il faut l'instruire au moins d'une telle injustice ; Qu'il apprenne de moi sa perte et mon supplice ; Qu'il hâte son retour et défende ses droits. Pour venger un héros, je fais ce que je dois. Ah ! Si je le pouvais, j'en ferais davantage. J'aime, je crains un père et respecte son âge ; Mais je voudrais armer nos peuples soulevés Contre cet Orbassan qui nous a captivés. D'un brave chevalier sa conduite est indigne : Intéressé, cruel, il prétend à l'honneur ! Il croit d'un peuple libre être le protecteur ! Il ordonne ma honte, et mon père la signe ! Et je dois la subir, et je dois me livrer Au maître impérieux qui pense m'honorer ! Hélas ! Dans Syracuse on hait la tyrannie ; Mais la plus exécrable et la plus impunie Est celle qui commande et la haine et l'amour, Et qui veut nous forcer de changer en un jour. Le sort en est jeté.

SCÈNE II. Aménaïde, Fanie, sur le devant ; Argire, Les chevaliers, au fond.

AMÉNAÏDE, pleurant

Nos malheurs...

AMÉNAÏDE

Non...

SCÈNE III. Argire, les chevaliers.

SCÈNE IV. Les chevaliers.

SCÈNE V. Les chevaliers, sur le devant ; Aménaïde, au fond, entourée de gardes.

SCÈNE VI. Aménaïde, Orbassan.

AMÉNAÏDE

Vous ?

SCÈNE VII. Aménaïde ; soldats, dans l'enfoncement.

ACTE III

SCÈNE I. Tancrède, suivi de deux écuyers qui portent sa lance, son écu, etc. ; Aldamon.

TANCRÈDE, à part

Père d'Aménaïde ! ...

SCÈNE II. Tancrède, ses écuyers, au fond.

SCÈNE III. Tancrède, Aldamon.

TANCRÈDE

Comment ? ...

TANCRÈDE

Pour qui ?

TANCRÈDE

Aménaïde !

SCÈNE IV. Argire, dans un des côtés de la scène ; Tancrède, sur le devant, Aldamon, loin de lui, dans l'enfoncement.

ARGIRE, avec des soupirs et des pleurs

Elle est... La honte de son père.

SCÈNE V. Orbassan, Argire, Tancrède, Chevaliers, suite.

TANCRÈDE, à Argire

Non, demeurez, mon père.

SCÈNE VI. La scène s'ouvre : on voit Aménaïde au milieu des gardes ; les chevaliers, le peuple, remplissent la place.

SCÈNE VII. Argire, sur le devant ; au fond, Aménaïde, à qui l'on a ôté les fers.

AMÉNAÏDE, appuyée sur Fanie, et se retournant vers son père

Ah ! Que me voulez-vous ? Vous m'avez condamnée.

ACTE IV

SCÈNE I. Tancrède, Lorédan, chevaliers.

Marche guerrière : on porte les armes de Tancrède devant lui.

SCÈNE II. Tancrède, Aldamon.

SCÈNE III. Tancrède, Aldamon, plusieurs chevaliers.

SCÈNE IV. Tancrède, Aménaïde, Aldamon, Fanie, Chevaliers.

SCÈNE V. Aménaïde, Fanie.

SCÈNE VI. Argire, Aménaïde, suite.

AMÉNAÏDE

Oui, lui-même.

ARGIRE

Demeure.

SCÈNE VII.

ACTE V

SCÈNE I. Les chevaliers et leurs écuyers, l'épée à la main ; des soldats, portant des trophées ; Le peuple, dans le fond.

CATANE

Apprenez-en la cause, et daignez m'écouter. Quand du chemin d'Etna vous fermiez le passage, Placé loin de vos yeux, j'étais vers le rivage Où nos fiers ennemis osaient nous résister ; Je l'ai vu courir seul et se précipiter. Nous étions étonnés qu'il n'eût point ce courage Inaltérable et calme au milieu du carnage, Cette vertu d'un chef, et ce don d'un grand coeur : Un désespoir affreux égarait sa valeur ; Sa voix entrecoupée et son regard farouche Annonçait la douleur qui troublait ses esprits. Il appelait souvent Solamir à grands cris ; Le nom d'Aménaïde échappait de sa bouche ; Il la nommait parjure, et, malgré ses fureurs, De ses yeux enflammés j'ai vu tomber des pleurs. Il cherchait à mourir ; et, toujours invincible, Plus il s'abandonnait, plus il était terrible. Tout cédait à nos coups et surtout à son bras ; Nous revenions vers vous, conduits par la victoire : Mais lui, les yeux baissés, insensible à sa gloire, Morne, triste, abattu, regrettant le trépas, Il appelle en pleurant Aldamon qui s'avance ; Il l'embrasse, il lui parle, et loin de nous s'élance Aussi rapidement qu'il avait combattu. " C'est pour jamais, " dit-il. Ces mots nous laissent croire Que ce grand chevalier, si digne de mémoire, Veut être à Syracuse à jamais inconnu. Nul ne peut soupçonner le dessein qui le guide, Mais dans le même instant je vois Aménaïde, Je la vois éperdue au milieu des soldats, La mort dans les regards, pâle, défigurée ; Elle appelle Tancrède, elle vole égarée : Son père en gémissant suit à peine ses pas ; Il ramène avec nous Aménaïde en larmes. « C'est Tancrède, dit-il, ce héros dont les armes Ont étonné nos yeux par de si grands exploits. Ce vengeur de l'état, vengeur d'Aménaïde : C'est lui que ce matin, d'une commune voix, Nous déclarions rebelle, et nous nommions perfide ; C'est ce même Tancrède exilé par nos lois. » Amis, que faut-il faire, et quel parti nous reste ?

SCÈNE II. Les chevaliers, Argire ; Aménaïde, dans l'enfoncement, soutenue par ses femmes.

SCÈNE III. Argire, Aménaïde.

AMÉNAÏDE

Je crains tout.

SCÈNE IV. Argire, Aménaïde, Fanie.

SCÈNE V. Argire, Aménaïde, Aldamon, Fanie.

AMÉNAÏDE

Il est mort !

SCÈNE VI. Lorédan, chevaliers, suite, Aménaïde, Argire, Fanie, Aldamon ; Tancrède, dans le fond, porté par des soldats.

TANCRÈDE, se soulevant un peu

Ah ! Vous m'avez trahi !

AMÉNAÏDE

Eh bien !

1 652 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica