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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Zaïre

Voltaire· imprimée en 1732· 5 actes· 1 650 vers· 10 personnages

Personnages

  • OROSMANE, soudan de Jérusalem
  • LUSIGNAN, prince du sang des rois de Jérusalem
  • ZAÏRE, esclave du soudan
  • FATIME, esclave du soudan
  • NÉRESTAN, chevalier français
  • CHATILLON, chevalier français
  • CORASMIN, officier du soudan
  • MÉLÉADOR, officier du soudan
  • UN ESCLAVE
  • SUITE

ACTE I

SCÈNE I. Zaïre, Fatime.

SCÈNE II. Orosmane, Zaïre, Fatime.

OROSMANE

Vertueuse Zaïre, avant que l'hyménée Joigne à jamais nos coeurs et notre destinée, J'ai cru, sur mes projets, sur vous, sur mon amour, Devoir en musulman vous parler sans détour. Les soudans qu'à genoux cet univers contemple, Leurs usages, leurs droits, ne sont point mon exemple ; Je sais que notre loi, favorable aux plaisirs, Ouvre un champ sans limite à nos vastes désirs ; Que je puis à mon gré, prodiguant mes tendresses, Recevoir à mes pieds l'encens de mes maîtresses ; Et tranquille au sérail, dictant mes volontés, Gouverner mon pays du sein des voluptés. Mais la mollesse est douce, et sa suite est cruelle ; Je vois autour de moi cent rois vaincus par elle ; Je vois de Mahomet ces lâches successeurs, Ces califes tremblants dans leurs tristes grandeurs, Couchés sur les débris de l'autel et du trône, Sous un nom sans pouvoir languir dans Babylone : Eux qui seraient encore, ainsi que leurs aïeux, Maîtres du monde entier s'ils l'avaient été d'eux. Bouillon leur arracha Solyme et la Syrie ; Mais bientôt, pour punir une secte ennemie, Dieu suscita le bras du puissant Saladin ; Mon père, après sa mort, asservit le Jourdain ; Et moi, faible héritier de sa grandeur nouvelle, Maître encore incertain d'un État qui chancelle, Je vois ces fiers chrétiens, de rapine altérés, Des bords de l'Occident vers nos bords attirés ; Et lorsque la trompette et la voix de la guerre Du Nil au Pont-Euxin font retentir la terre, Je n'irai point, en proie à de lâches amours, Aux langueurs d'un sérail abandonner mes jours. J'atteste ici la gloire, et Zaïre, et ma flamme, De ne choisir que vous pour maîtresse et pour femme, De vivre votre ami, votre amant, votre époux, De partager mon coeur entre la guerre et vous. Ne croyez pas non plus que mon honneur confie La vertu d'une épouse à ces monstres d'Asie, Du sérail des soudans gardes injurieux, Et des plaisirs d'un maître esclaves odieux. Je sais vous estimer autant que je vous aime, Et sur votre vertu me fier à vous-même. Après un tel aveu, vous connaissez mon coeur ; Vous sentez qu'en vous seule il a mis son bonheur. Vous comprenez assez quelle amertume affreuse Corromprait de mes jours la durée odieuse, Si vous ne receviez les dons que je vous fais Qu'avec ces sentiments que l'on doit aux bienfaits. Je vous aime, Zaïre, et j'attends de votre âme Un amour qui réponde à ma brûlante flamme. Je l'avouerai, mon coeur ne veut rien qu'ardemment ; Je me croirais haï d'être aimé faiblement. De tous mes sentiments tel est le caractère. Je veux avec excès vous aimer et vous plaire. Si d'un égal amour votre coeur est épris, Je viens vous épouser, mais c'est à ce seul prix ; Et du noeud de l'hymen l'étreinte dangereuse Me rend infortuné s'il ne vous rend heureuse.

Bouillon, Godefroi de [1058-1100] : Premier roi chrétien de Jérusalem.

Syrie : pays du proche-orient situé entre le Liban au Sud et la Turquie au Nord.

Pont-Euxin : actuellement la Mer Noire.

SCÈNE III. Orosmane, Zaïre, Fatime, Corasmin.

SCÈNE IV. Orosmane, Zaïre, Fatime, Corasmin, Nérestan.

SCÈNE V. Orosmane, Corasmin.

ACTE II

SCÈNE I. Nérestan, Chatillon.

CHATILLON

Seigneur, s'il est ainsi, votre faveur est vaine : Quel indigne soldat voudrait briser sa chaîne, Alors que dans les fers son chef est retenu ? Lusignan, comme à moi, ne vous est pas connu. Seigneur, remerciez le ciel, dont la clémence A pour votre bonheur placé votre naissance Longtemps après ces jours à jamais détestés, Après ces jours de sang et de calamités, Où je vis sous le joug de nos barbares maîtres Tomber ces murs sacrés conquis par nos ancêtres. Ciel ! Si vous aviez vu ce temple abandonné, Du Dieu que nous servons le tombeau profané, Nos pères, nos enfants, nos filles et nos femmes. Au pied de nos autels expirant dans les flammes. Et notre dernier roi, courbé du faix des ans, Massacré sans pitié sur ses fils expirants ! Lusignan, le dernier de cette auguste race, Dans ces moments affreux ranimant notre audace. Au milieu des débris des temples renversés. Des vainqueurs, des vaincus, et des morts entassés. Terrible, et d'une main reprenant cette épée. Dans le sang infidèle à tout moment trempée. Et de l'autre à nos yeux montrant avec fierté De notre sainte foi le signe redouté. Criant à haute voix : « Français, soyez fidèles... » Sans doute en ce moment, le couvrant de ses ailes, La vertu du Très-Haut, qui nous sauve aujourd'hui, Aplanissait sa route, et marchait devant lui ; Et des tristes chrétiens la foule délivrée Vint porter avec nous ses pas dans Césarée. Là, par nos chevaliers, d'une commune voix, Lusignan fut choisi pour nous donner des lois. Ô mon cher Nérestan ! Dieu, qui nous humilie, N'a pas voulu sans doute, en cette courte vie, Nous accorder le prix qu'il doit à la vertu ; Vainement pour son nom nous avons combattu. Ressouvenir affreux, dont l'horreur me dévore ! Jérusalem en cendre, hélas ! fumait encore, Lorsque dans notre asile attaqués et trahis, Et livrés par un Grec à nos fiers ennemis, La flamme, dont brûla Sion désespérée, S'étendit en fureur aux murs de Césarée : Ce fut là le dernier de trente ans de revers ; Là, je vis Lusignan chargé d'indignes fers : Insensible à sa chute, et grand dans ses misères, Il n'était attendri que des maux de ses frères. Seigneur, depuis ce temps, ce père des chrétiens, Resserré loin de nous, blanchi dans ses liens, Gémit dans un cachot, privé de la lumière, Oublié de l'Asie et de l'Europe entière. Tel est son sort affreux : qui pourrait aujourd'hui, Quand il souffre pour nous, se voir heureux sans lui ?

SCÈNE II. Zaïre, Chatillon, Nérestan.

SCÈNE III. Zaïre, Lusignan, Chatillon, Nérestan, Plusieurs esclaves chrétiens.

NÉRESTAN

Se peut-il ?

NÉRESTAN, se jetant à genoux

Ah, Seigneur ! Ah, Zaïre !

LUSIGNAN

Que la foudre en éclats ne tombe que sur moi ! Ah ! Mon fils ! À ces mots j'eusse expiré sans toi. Mon_Dieu ! J'ai combattu soixante ans pour ta gloire ; J'ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire ; Dans un cachot affreux abandonné vingt ans, Mes larmes t'imploraient pour mes tristes enfants ; Et lorsque ma famille est par toi réunie, Quand je trouve une fille, elle est ton ennemie ! Je suis bien malheureux... C'est ton père, c'est moi. C'est ma seule prison qui t'a ravi la foi. Ma fille, tendre objet de mes dernières peines, Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines ; C'est le sang de vingt rois, tous chrétiens comme moi ; C'est le sang des héros, défenseurs de ma loi ; C'est le sang des martyrs... Ô fille encor trop chère ! Connais-tu ton destin ? Sais-tu quelle est ta mère ? Sais-tu bien qu'à l'instant que son flanc mit au jour Ce triste et dernier fruit d'un malheureux amour, Je la vis massacrer par la main forcenée, Par la main des brigands à qui tu t'es donnée ! Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux, T'ouvrent leurs bras sanglants, tendus du haut des cieux ; Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes, Pour toi, pour l'univers, est mort en ces lieux mêmes ; En ces lieux où mon bras le servit tant de fois, En ces lieux où son sang te parle par ma voix. Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres ; Tout annonce le Dieu qu'ont vengé tes ancêtres. Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais ; C'est ici la montagne où, lavant nos forfaits, Il voulut expirer sous les coups de l'impie ; C'est là que de sa tombe il rappela sa vie. Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu, Tu n'y peux faire un pas, sans y trouver ton Dieu ; Et tu n'y peux rester, sans renier ton père. Ton honneur qui te parle, et ton Dieu qui t'éclaire. Je te vois dans mes bras, et pleurer, et frémir ; Sur ton front pâlissant Dieu met le repentir ; Je vois la vérité dans ton coeur descendue ; Je retrouve ma fille après l'avoir perdue ; Et je reprends ma gloire et ma félicité En dérobant mon sang à l'infidélité.

SCÈNE IV. Zaïre, Lusignan, Chatillon, Nérestan, Corasmin.

ACTE III

SCÈNE I. Orosmane, Corasmin.

SCÈNE II. Corasmin, Nérestan.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Zaïre, Nérestan.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Zaïre, Orosmane.

OROSMANE

Venez.

ZAÏRE

Hélas !

OROSMANE

Zaïre !

SCÈNE VII. Orosmane, Corasmin.

ACTE IV

SCÈNE I. Zaïre, Fatime.

SCÈNE II. Orosmane, Zaïre.

SCÈNE III. Orosmane, Corasmin.

SCÈNE IV. Orosmane, Corasmin, Mélédor.

SCÈNE V. Orosmane, Corasmin.

SCÈNE VI. Orosmane, Zaïre.

SCÈNE VII. Orosmane, Corasmin.

ACTE V

SCÈNE I. Orosmane, Corasmin, Un Esclave.

SCÈNE II. Zaïre, Fatime, L'Esclave.

ZAÏRE

Donne.

Elle lit.

ZAÏRE, à Fatime

Je voudrais te parler.

SCÈNE III. Zaïre, Fatime.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Zaïre, L'Esclave.

SCÈNE VI. Orosmane, Corasmin, L'Esclave.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Orosmane, Corasmin.

CORASMIN

Seigneur...

SCÈNE IX. Orosmane, Zaïre et Fatime, marchant pendant la nuit dans l'enfoncement du théâtre.

ZAÏRE, tombant dans la coulisse

Je me meurs, ô mon_Dieu !

SCÈNE X. Orosmane, Zaïre, Nérestan, Corasmin, Fatime, Esclaves.

OROSMANE, allant vers le corps de Zaïre

Zaïre !

1 650 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0