Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

gueuse dans le Littré

6 articles· 34 citations· rimes· synonymes· prononciation (3)

1gueuse s. f. (gheû-z')

  1. 1Masse de fonte brute, de forme triangulaire, qui se moule dans le sable à la sortie du creuset du haut fourneau.

    • Défend aux dits maîtres de forges de convertir les dites gueuses en fer sans auparavant les avoir fait peser Arrêt du Conseil, 4 juin 1639
    • Ordinairement, on fait, au bout de douze heures, ouverture au creuset ; la fonte coule comme un ruisseau de feu dans un long et large sillon où elle se consolide en un lingot ou gueuse de quatre cents à deux mille livres de poids Buffon, Min. t. IV, p. 23
  2. 2Moule en forme de gouttière que l'on fait dans le sable pour recevoir la mine fondue.

  3. 3Terme de marine. Morceau de fonte de fer qui est destiné à lester le navire. Il y a des gueuses de 25 kilogrammes, et d'autres de 50 kilogrammes.

Étymologie

Génev. guise (prononcé ghize) ; Berry, guise ; milanais, ghisa ; de l'allem. Guss, fonte, de giessen, verser, couler ; Gusseisen, fer de fonte.

Supplément

1. GUEUSE. Ajoutez : - REM. La forme triangulaire n'est pas caractéristique des gueuses de fonte. Elles peuvent avoir de tout autres formes.

2gueuse s. f. (gheû-z')

  1. Ancien terme de jeu de billard. Être en gueuse, avoir de la gueuse, se dit, dans un billard où il y a une passe, lorsque, les deux billes étant du même côté de la passe, celle du joueur est placée de façon que l'une des branches du fer l'empêche de pousser sa bille en ligne droite sur l'autre.

Étymologie

C'est sans doute gueuse, féminin de gueux, pris figurément pour exprimer une contrariété.

3gueuse s. f. (gheû-z')

  1. Petite étoffe de laine qui se fabrique en Flandre, et que l'on appelle plus communément picote.

4gueuse s. f. (gheû-z') supplément

  1. Sorte de dentelle.

    • La bisette, la gueuse, la mignonnette, la campane formaient primitivement des dentelles en fil de lin pur plus ou moins fin Journ. offic. 7 janv. 1876, p. 172, 2e col.

5gueux, euse adj. (gheù, gheû z', l'x se lie : un gheû-z impudent. Du temps de Chifflet, Gramm. p. 218, il ne se liait pas : un gheû impudent)

  1. 1Qui est necessiteux, réduit à mendier (ce qui se dit avec un sens de dédain plutôt que de pitié).

    • Figurez-vous l'orgueilleux Diogène qui foulait aux pieds l'orgueil de Platon, les presbytériens d'Écosse ne ressemblent pas mal à ce fier et gueux raisonneur Voltaire, Dict. phil. Presbytériens.
    • Familièrement. Être gueux comme un rat, comme un rat d'église, comme un peintre, c'est-à-dire être fort pauvre.

      • Chartier [l'éditeur d'Hippocrate et de Galien] est plus gueux qu'un pauvre peintre, dix mille écus ne payeront pas ses dettes GUI PATIN, Lett. t. II, p. 85
      • Tous ces blondins sont agréables.... la plupart sont gueux comme des rats Molière, l'Av. III, 8
  2. 2Qui n'a pas de quoi vivre selon son état ou ses désirs.

  3. 3Il se dit des choses qui attestent la gueuserie. Un équipage gueux.

    • Fig. Terme d'architecture. Corniche gueuse, corniche dénuée d'ornements.

  4. 4S. m. Celui qui fait métier de demander l'aumône. Mener une vie de gueux.

    • Il rencontra un gueux couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rongé.... Voltaire, Candide, 3
    • Sages et fous, gueux et monarques, Apprenez un fait tout nouveau Béranger, Parq.
    • Il est jaloux comme un gueux de sa besace, il est très jaloux.

    • Fig. C'est un gueux revêtu, se dit d'un homme de rien qui a fait fortune, et qui en est devenu arrogant.

    • Fig.

    • Gueux fieffé, mendiant qui se tenait toujours à la même place.

    • Gueux de l'ostière, mendiant qui allait de porte en porte.

    • Au fémin. Une gueuse, une mendiante. Vieilli en cet emploi.

  5. 5Celui qui est dans la gêne, dont les ressources sont au-dessous de son état.

    • C'étaient des gueux adorés des souverains et des peuples, que les consuls et les dictateurs de ce temps-là Guez de Balzac, De la gloire.
    • Diogène là-bas est aussi riche qu'eux [ceux qui entassent], Et l'avare ici-haut, comme lui, vit en gueux La Fontaine, Fabl. IV, 20
    • Un gueux qui, quand il vint, n'avait pas de souliers,Et dont l'habit entier valait bien six deniers Molière, Tart. I, 1
    • Et tout gueux, quel qu'il soit, ne peut être qu'un sot Thomas Corneille, D. César d'Avalos, I, 3
    • Mon maître ? fi donc ! voilà un plaisant gueux pour une fille comme Angélique ! Lesage, Crispin riv. de son maître, sc. 2
    • Je n'ai pas voulu te parler au logis, de peur que mon gueux de mari ne nous écoutât BRUEYS, Avoc. Pat. I, 2
    • Des gueux chantons la louange ; Que de gueux hommes de bien ! Béranger, Gueux.
  6. 6Terme de dédain qu'on applique à des gens de mauvaise apparence ou de mauvaise conduite.

    • Je veux le faire, moi, mourir sous le bâton,Ou le gueux dès ce soir quittera ma maison DESTOUCH., Glor. III, 8
    • Mandrin, suivi de cinquante gueux, met une ville entière à contribution ; dès qu'il est entré par une porte, on dit à l'autre qu'il vient avec quatre mille combattants et du canon Voltaire, Dict. phil. Population.
    • Les petits gueux [des enfants en haillons] quittèrent aussitôt le jeu en laissant à terre leurs palets, et tout ce qui avait servi à leur divertissement Voltaire, Candide, ch. 10
    • Il se dit au féminin dans le même sens.

      • N'est-ce pas là cette gueuse que vous chassâtes hier ? BRUEYS, Grondeur, II, 16
      • C'est du fond d'un vieux carrosse traîné par deux chevaux étiques, que cette gueuse de marquise m'a fait insulter par des laquais tout déguenillés Dancourt, Chev. à la mode, I, 1
    • Particulièrement. Coquin, fripon. Méfiez-vous de cet homme, c'est un gueux.

    • Au féminin. Très familièrement, une coquine, une femme qui vit mal.

      • Monsieur, défiez-vous des gueuses de Paris HAUTEROCHE, Espr. foll. I, 1
      • La querelle [du fils aîné du comte d'Auvergne et du chevalier de Quélus] était venue pour du cabaret et des gueuses Saint-Simon, 43, 259
  7. 7Gueux de, dans le langage populaire, s'emploie comme diable de. Une gueuse de souris qui m'empêche de dormir. Je souffre toujours de mon gueux de rhumatisme.

  8. 8S. m. pl. Les gueux, nom que prirent au seizième siècle les huguenots des Flandres, à l'occasion du discours peu mesuré de Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas, qui avait dit en parlant des seigneurs calvinistes que c'était des gueux qu'elle ne redoutait pas.

    • Gueux de mer, s'est dit des marins hollandais qui armèrent à la Brielle, en 1572, pour faire la course contre les Espagnols.

    • Gueux des bois, s'est dit, à la même époque, des paysans armés qui commencèrent à faire la guerre en partisans, pour fonder l'indépendance des Provinces-Unies.

  9. 9S. m. Espèce d'oiseau de mer.

  10. 10Sorte de chaufferette.

    • On a retrouvé une de ces chaufferettes en terre rouge dite gueux, et l'on suppose que la pauvre vieille s'était endormie dans son fauteuil ayant sous les pieds ce gueux qui a mis le feu à ses vêtements le Droit, 10 nov. 1871

Étymologie

L'exemple du XVe siècle prouve que gueux a signifié cuisinier et est une autre forme de queux (voy. ce mot). On peut aussi citer à l'appui ce passage de Voltaire : L'Europe fut inondée de ces dignités héréditaires, de maréchaux, de grands veneurs, de chambellans d'une province ; il n'y eut pas jusqu'à la grande maîtrise des gueux de Champagne qui fut une prérogative de famille, Mœurs, 70. Ce mot a passé, par dénigrement, des marmitons aux mendiants, aux mauvais sujets. Diez objecte que, si gueux représente queux, queux, qui représente coquus, n'a l's ou x qu'à titre de nominatif, que ces sortes d's ne comptent pas dans la dérivation, et qu'ainsi gueux n'aurait pu donner gueuser, gueuserie. Mais ces mots ne sont pas anciens et ils ont été formés en un temps où l's de gueux valait une lettre radicale. On a donné une origine hollandaise (guit, coquin) à la dénomination des gueux de Hollande ; il se pourrait en effet que cette dénomination fût indépendante du mot français ; cependant Schiller les appelle die Geusen, ce qui semble appuyer fortement l'étymologie française.

6gueusé, ée part. passé (gheû-zé, zée)

  1. Quelque argent gueusé de porte en porte par un faux pauvre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander