Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

abreuver dans le Littré

1 article· 6 citations· rimes· synonymes· conjugaison

abreuver v. a. (a-breu-vé)

  1. 1Faire boire des animaux. Rivière où l'on a coutume d'abreuver les bestiaux. Les puits qu'ils avaient creusés pour abreuver leurs troupeaux.

    • On mena abreuver nos chevaux Mme de Sévigné, 155
  2. 2Faire boire abondamment quelqu'un. Il abreuva largement la compagnie. On l'abreuvait pour lui faire perdre la raison et s'emparer de lui.

  3. 3Mouiller, pénétrer d'eau, arroser. La terre est abreuvée. Ces prairies ont besoin d'être abreuvées. Le sol est abreuvé d'eau. Les cèdres qu'abreuve la rosée du ciel. Une grande abondance d'humeurs abreuve cette plaie ; il faut la dessécher.

  4. 4Fig. Remplir, saturer. Abreuver quelqu'un d'outrages. On abreuve les alliés de dégoûts. On dit aussi, dans un sens opposé, l'abreuver de joie.

    • Tout le fiel.... Dont un amant fut jamais abreuvé Malherbe, v, 27
    • Tout le fiel dont on vous abreuva Bourdaloue, Pens. t. III, p. 362
  5. 5En termes d'art, mettre sur un fond poreux une couche d'huile, d'encollage, de couleur ou de vernis pour en boucher les pores et en rendre la surface unie.

    • Terme de tonnelier. Abreuver des tonneaux, les emplir d'eau pour s'assurer s'ils ne fuient point.

    • En termes de marine, abreuver un vaisseau, y faire entrer de l'eau, avant de le lancer, pour voir s'il n'y a pas une voie d'eau.

  6. 6S'abreuver, v. réfl. Les chevaux s'abreuvent ici. Après s'être abreuvé de vin S'abreuver largement.

  7. 7Être humecté. La terre s'abreuve des pluies fécondantes. Le sol de la Grèce devait s'abreuver de sang. La javeline s'abreuve de leur sang.

  8. 8Fig. S'abreuver de larmes. Il s'abreuva du sang de la république. Néron s'abreuva de sang. Il s'abreuve aux sources les plus pures de la science.

Étymologie

Wall. abuvrer, abovrer ; picard, abruvrer ; provenç. abeurar ; espagn. abrevar ; ital. abbeverare ; bas-lat. abeverare, abebrare ; de ad, indiquant la direction de l'action, et bibere, boire (voy. BOIRE). L'ancien français est abeuvrer, sauf de rares exceptions, plus près de l'étymologie ; c'est au XVIe s. que l'r s'est déplacée définitivement et qu'on a dit abreuver.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander