Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

amour dans le Littré

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amour s. m. (a-mour)

  1. 1Sentiment d'affection d'un sexe pour l'autre. Épris d'amour. Brûler d'amour. Un secret amour. Un amour partagé. L'amour des femmes. Lettre d'amour.

  2. 2Locutions diverses. Faire l'amour, courtiser, être en commerce amoureux.

    • Ah ! lâche, fais l'amour et renonce à l'empire Racine, Bérén. IV, 4
    • Non, non, faites l'amour, et vendez aux amants Vos accueils.... Régnier, Sat. XII
    • Comme en faisant l'amour on se doit maintenir Régnier, Epît. I
    • Qui fussent retournés un jour à Mycènes faire l'amour Malherbe, VI, 17
    • Qu'ils viennent vous faire l'amour Molière, Préc. 16
    • Du temps qu'il faisait l'amour à Mme sa femme Hamilton, Gramm. 11
    • Il faisait l'amour avec Mlle de N.... Mme de Sévigné, 534
    • Il est peu à craindre qu'ils ne sachent pas faire l'amour sans lui J.-J. Rousseau, Ém. v.
    • Est-ce que vous croyez qu'on puisse faire l'amour sans proférer une parole ? Voltaire, Microm. 6
    • Raimond fit publiquement l'amour à cette princesse [Éléonore, femme de Louis le Jeune] Voltaire, Mœurs, 55
    • Familièrement. Filer le parfait amour, s'aimer longtemps et constamment.

      • La maison de Mme de Mortagne tomba fort ; ils [M. et Mme de Mortagne] s'en consolèrent par l'abondance et par filer le parfait amour Saint-Simon, 53, 139
    • C'est un vrai remède d'amour, se dit d'une femme fort laide.

    • En termes de culture, la terre est en amour, elle est dans un état propre à la végétation.

    • Être en amour, se dit des femelles des animaux, et signifie être en chaleur.

    • Maison d'amour, maison de filles.

  3. 3En général, affection profonde. L'amour des parents pour leurs enfants.

    • Au féminin.

      • Pour l'amour de quelqu'un, par affection, par considération pour lui. Il le fit pour l'amour de moi.

        • Je me purgerai pour l'amour de vous Mme de Sévigné, 382
      • Amour de Dieu, amour que la créature doit porter à son créateur.

        • L'âme est faite pour Dieu, et c'est à lui qu'elle devait se tenir attachée et comme suspendue par sa connaissance et par son amour Bossuet, La Vallière, Profession.
      • Pour l'amour de Dieu, dans la seule vue de plaire à Dieu, sans aucune vue d'intérêt ; et aussi, ironiquement, sans soin, mal. Cela est fait pour l'amour de Dieu, cela est mal fait.

      • Ironiquement. Comme pour l'amour de Dieu, se dit pour exprimer une chose faite à contre-cœur, avec lésinerie.

  4. 4En parlant des choses, sentiment vif, attachement qu'on éprouve pour une chose. Amour du plaisir, du jeu.

    • Au féminin.

    • Absolument.

      • Nos peines ne deviennent si douloureuses que par les attachements outrés qui nous liaient aux objets perdus.... l'excès de nos afflictions est toujours la peine de nos amours injustes Massillon, Avent, Afflict.
      • La nature a mis en nous des haines et des amours Massillon, Car. Offenses.
      • Telle est la première source de nos amours et de nos haines : l'injustice et la bizarrerie de notre goût Massillon, ib.
      • Pour que deux hommes soient parfaits amis, il faut qu'ils aient des opinions opposées, des principes semblables, des haines et des amours diverses Chateaubriand, Génie, II, III, 1
      • Il semblait que toutes les amours du peuple romain fussent courtes et malheureuses PERROT D'ABL., Tacite, 97
      • Dans le langage des arts. Cet ouvrage est fait avec amour, l'artiste s'est complu à le faire.

  5. 5Objet aimé.

    • M'amour pour ma amour, au féminin. Terme caressant dont on se sert envers son mari, sa femme, sa fille, sa maîtresse.

      • Allez, m'amour, et passez chez votre notaire, afin qu'il expédie ce que vous savez Molière, Mal. imag. II, 8
  6. 6L'Amour, les Amours, divinités de la Fable.

    • Fig. et familièrement. C'est un amour, se dit d'une jeune femme très jolie, d'un enfant très joli, et aussi de quelque objet très joli.

  7. 7Amour de soi, sentiment naturel qui attache chaque homme à ce qui lui est personnel. L'amour de soi est irrépréhensible, utile, et content quand nos vrais besoins sont satisfaits.

    • Ce sont deux sortes d'amours qui sont ici toutes choses : l'un est l'amour de soi-même poussé jusqu'au mépris de Dieu, c'est ce qui fait la vie ancienne et la vie du monde ; l'autre, c'est l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi-même, c'est ce qui fait la vie nouvelle du christianisme, et c'est ce qui, étant porté à la perfection, fait la vie religieuse Bossuet, La Vallière, Profession.
  8. 8Amour-propre, amour de soi, considéré comme un sentiment excessif pour soi et de préférence sur les autres ; opinion avantageuse de soi-même. Cet homme est pétri d'amour-propre.

    • C'est [l'amour de la patrie] un véritable amour-propre ST-ÉVREM., II, 399
    • Depuis, le péché étant arrivé, l'homme a perdu le premier de ses amours [l'amour pour Dieu] ; et l'amour pour soi-même étant resté seul dans cette grande âme capable d'un amour infini, cet amour-propre s'est étendu et débordé dans le vide que l'amour de Dieu a laissé ; et ainsi il s'est aimé tout seul, et toutes choses pour soi, c'est-à-dire infiniment : voilà l'origine de l'amour-propre Pascal, Pensées, part. II, art. 18
    • Faut-il que l'amour-propre aveugle les esprits ! La Fontaine, Fab. IV, 2
    • L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs La Rochefoucauld, Réflex. 2
    • Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions La Rochefoucauld, ib. 13
    • Si l'amour-propre était un peu plus délicat, on ne compterait pour louanges que celles qui auraient de pareils assaisonnements Fontenelle, Dodart.
    • L'homme que vous voyez si attaché à lui-même par son amour-propre, n'a pas été créé avec ce défaut Bossuet, la Vall.
  9. 9En peinture, amour, un certain duvet qui rend la toile très propre à recevoir la colle.

  10. 10En maçonnerie, espèce d'onctuosité que le plâtre laisse dans les doigts.

  11. 11Jeu de l'amour, sorte de jeu qui ressemble au jeu de l'oie, et qui se joue avec des tableaux et des dés.

  12. 12En termes de fauconnerie, voler d'amour se dit des oiseaux qu'on laisse voler en liberté, afin qu'ils soutiennent les chiens.

  13. 13Amour en cage, s. m. Terme de botanique. Nom, dans certaines localités, de l'alkékenge et de son fruit.

    • Pomme d'amour, tomate.

  14. 14

    • Arbre d'amour, le cercis siliquastrum, BAILLON, Dict. de botanique, p. 247

Remarque

1. Amour, suivi d'un complément de personne, se dit de celui qui éprouve l'affection et de celui qui l'inspire : Une mère entourée de l'amour de ses enfants ; ce sont les enfants qui aiment. Cette mère inspirée par un amour aveugle de ses enfants ; ce sont les enfants qui sont aimés. 2. Amour a été masculin et féminin dans les deux siècles derniers. Aujourd'hui il n'est susceptible de recevoir les deux genres que quand il signifie la passion d'un sexe pour l'autre ; ailleurs il est masculin. L'Amour, dieu de la Fable, est toujours masculin. Amour au singulier n'est féminin qu'en poésie. Au pluriel, il est féminin non-seulement en poésie, mais dans le parler ordinaire et dans certaines locutions. Des grammairiens ont réclamé contre la conservation de ces deux genres, disant qu'il est temps de ramener partout le singulier et le pluriel au même genre. L'Académie ne prendra pas un tel parti, et il serait fâcheux qu'elle le prît ; car cela ferait aussitôt considérer par le gros des lecteurs comme des fautes les passages de nos auteurs où amour est du féminin, grave dommage pour leur mémoire et pour notre plaisir, comme on le voit en plus d'un cas où le rigorisme mal entendu des grammairiens l'a emporté. Amour au féminin est un archaïsme ; amour, venant de amor, était féminin dans l'ancienne langue, comme tous les noms ainsi dérivés l'étaient et le sont encore : douleur, peur, etc. L'ancien français avait un excellent substantif, amorie, substantif féminin, pour exprimer le règne d'amour, les choses d'amour. Ce mot est regrettable.

Synonymes

1° AMOUR DE SOI, AMOUR-PROPRE. Aucune distinction entre ces deux termes n'existait au XVIIe siècle, qui confondait dans une commune réprobation l'amour de soi et l'amour-propre. Mais depuis on a distingué entre ces deux expressions : l'une n'implique aucun blâme et indique simplement l'intérêt légitime qu'un homme prend à soi-même ; l'autre indique que l'amour de soi tend à passer les bornes et à s'approcher de l'égoïsme. 2° AMOUR, AMOURETTE.

Proverbes

Il n'y a pas de belles prisons ni de laides amours. Froides mains, chaudes amours ; la fraîcheur des mains passe pour annoncer un tempérament ardent.

Étymologie

Bourguig. aimor ; provenç. et espagn. amor ; ital. amore ; de amorem (voy. AIMER).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander