Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

cas dans le Littré

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1cas s. m. (kâ ; l's se lie : un kâ-z étrange)

  1. 1Ce qui est advenu ou peut advenir, circonstance, fait, histoire, hypothèse. Personne n'est responsable des cas fortuits. En cas de guerre. Au cas de mort. Le cas advenant qu'on soit dépossédé. Agir selon le cas. L'exigence du cas. Il pleut : en ce cas je prends un manteau. C'est le cas ou jamais. Cela change bien le cas. Dans le cas contraire. Le cas échéant.

    • Cas fortuit, événement accidentel.

    • En cas de, quant à. En cas de fruits, je n'en mange pas de crus. Cette tournure vieillit.

    • Cas métaphysique, hypothèse par impossible. Vieilli.

  2. 2Terme de jurisprudence. L'espèce d'une loi, cause, délit, crime. Ce n'est pas là le cas de la loi que vous citez. Les cas que la loi n'a pas prévus. On lui soumet le cas suivant. Quand les deux parties eurent exposé leurs cas.

    • Les cas royaux et prévôtaux étaient certains crimes dont connaissaient les juges royaux et prévôtaux à l'exclusion des subalternes.

    • Cas privilégiés, royaux, crimes dont les juges royaux pouvaient seuls connaître, sans exception de condition. La fausse monnaie, le duel, étaient cas privilégiés.

    • À l'égard des ecclésiastiques, le cas privilégié, cas où il s'agissait de prononcer une peine afflictive contre un ecclésiastique, malgré le privilége clérical. L'official jugeait le prêtre, mais le juge royal assistait pour le cas privilégié, attendu que l'église ne condamne pas à peine afflictive.

    • On dit des affaires qui se font extraordinairement en considération du mérite de quelque personne ou de quelque circonstance importante, que c'est un cas privilégié, qu'il ne tire point à conséquence.

    • Il a été condamné pour les cas résultant du procès, c'est-à-dire il a été condamné non pas pour le fait même du procès, mais pour plusieurs choses dont il y avait preuve au procès.

    • Son cas va mal, n'est pas net, est véreux, sale, se dit d'un homme en danger pour un crime, une mauvaise affaire. Il sent son cas véreux, il a la conscience de son méfait, du danger qu'il court. Il est dans un vilain cas, il est dans une affaire vilaine, désagréable, honteuse.

    • En général, espèce particulière de fait. Mon cas est embarrassant.

      • Le feuilletant avec négligence, il tomba sur son cas Pascal, Prov. 8
  3. 3Cas de conscience, difficulté ou question sur un point de morale religieuse.

    • Or, toi qui te connais au cas de conscience Régnier, Sat. VIII
    • Mais, censeurs, ne vous tourmentez pas autour de ces cas de conscience Diderot, Ess. sur Claude.
    • Votre père Erade Bille, professeur des cas de conscience à Caen Pascal, Prov. 12
    • Quand vous avez entrepris de décider les cas de conscience d'une manière favorable et accommodante Pascal, ib. 13
    • Cas, absolument, pour cas de conscience.

      • On ne saurait, dit le père, écrire pour trop de monde, ni particulariser trop les cas, ni répéter trop souvent les mêmes choses en différents livres Pascal, ib. 8
      • Il y a de certains cas dont la résolution serait encore difficile, quoique fort nécessaire pour les gentilshommes Pascal, ib. 7
      • Il est vrai qu'ils exceptent un cas auquel ils obligent à restituer Pascal, ib. 8
    • Par extension, scrupule. Je me ferais un cas de conscience de rien faire qui pût augmenter sa peine. C'est un cas de conscience de déranger un homme aussi occupé.

    • Cas réservés, péchés dont on ne peut être absous que par l'évêque ou même le pape.

    • Cas s'est dit autrefois familièrement pour confession, péché. Ce confesseur entend ordinairement mon cas.

  4. 4Chose qui convient, qui fait l'affaire. N'allez point chercher plus loin, c'est là votre cas.

  5. 5Faire cas de.... Estimer, tenir compte de.

  6. 6Terme de grammaire. Désinence variable des mots qui se déclinent. La déclinaison latine a six cas.

    • Nous n'avons point de cas en français ; nous nommons l'objet de notre pensée ; et les rapports sont marqués par des prépositions ou par la place du mot Duclos, Rem. sur la gramm. II, 6
  7. 7En langage de médecine, maladie considérée dans le sujet particulier qui en est affecté. Il y a eu dans la ville des cas nombreux de choléra. Le cas est grave. Un cas très digne d'être observé attentivement.

    • Cas rare, en anatomie, physiologie et pathologie, ce qui présente quelque chose d'extraordinaire.

  8. 8Terme d'algèbre. Cas irréductible, celui où les racines d'une équation du 3e degré sont réelles et inégales.

  9. 9Familièrement, excrément, ordure, obscénité. Il a fait son cas au pied d'un mur.

    • Fig. Il montre son cas, il se découvre d'une manière déshonnête.

  10. 10En tout cas, loc. adverb. Quoi qu'il arrive, à tout événement. Vous n'avez plus rien à craindre ; cependant en tout cas soyez prudent. En tout cas comptez sur moi.

  11. 11Au cas que, loc. conj. qui veut le subjonctif. Supposé que.

    • Je ne donnerai ici que les règles de la première méthode, et encore au cas qu'on ait accordé les principes Pascal, Pensées, I, 3
    • Il n'est hérétique qu'au cas qu'il soit conforme à ces erreurs condamnées Pascal, Prov. 17
    • Je vous écrirai au cas qu'il me dise quelque nouvelle Mme de Sévigné, 410
    • En cas que, loc. conjonct. qui veut le subjonctif. Même sens. En cas qu'il vienne.

      • Je demande la permission à l'académie de prendre cette tâche [commenter Corneille], en cas que personne ne s'en soit emparé Voltaire, Lett. Duclos, 10 avril 1761
      • En cas que j'apparusse devant vous sans vous avoir prévenu Montesquieu, Correspondance, 54
  12. 12En cas, pris substantivement, chose préparée en cas de besoin chez les princes. Une volaille froide pour l'en cas de nuit.

    • Dans une promenade, un en cas, une voiture en cas de pluie.

    • Dans le langage familier, un en cas est tout ce qui peut servir en un cas imprévu. S'il nous vient du monde, nous avons un en cas.

    • Un en-cas, un parapluie ; un en-tout-cas, un petit parapluie, qui peut servir aussi d'ombrelle, ou plutôt une grande ombrelle qui au besoin sert de parapluie.

Remarque

1. Bien que l'on dise : faire beaucoup de cas de quelqu'un ou de quelque chose, on ne dit pas faire du cas de quelqu'un, de quelque chose. 2. L'Académie a tort de ne pas mettre un trait d'union à en cas pris substantivement : en-cas.

Proverbes

Tous vilains cas, tous mauvais cas sont reniables, se dit quand, par honte ou par crainte, on nie quelque faute grave. Au cas que Lucas n'eût qu'un œil, sa femme aurait épousé un borgne ; réponse qu'on fait à un homme qui prévoit trop d'accidents.

Étymologie

Provenç. cas ; espagn. et ital. caso ; de casus, chute, cas, événement, désinence, dont le radical se trouve dans cadere, tomber (voy. CHOIR).

Supplément

CAS. - REM. Ajoutez : 3. J. J. Rousseau a dit : dans le cas, pour : dans ce cas-là ; cela est correct, mais moins usité. 4. J. J. Rousseau écrit en tous cas au pluriel, Lett. à Du Peyrou, 7 mars 1765. 5. Si le cas pouvait être, si la chose était possible. Locution peu usitée.

2cas, casse adj. (kâ, kâ-s')

  1. Qui sonne le cassé. Mot vieilli.

Étymologie

Provenç. cass ; du latin cassus, vide, inutile, ou de quassus, endommagé, affaibli, les deux mots s'étant probablement confondus pour former le mot roman.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander