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un seul est le mot juste.

champ dans le Littré

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1champ s. m. (chan ; prononciation qui est celle qu'au XVIe siècle Palsgrave indique, p. 24 ; le p ne se lie jamais : un champ aride, dites : un chan aride ; au pluriel l's se lie : des chan-z arides)

  1. 1Espace ouvert et plat. Du haut du Pic du Midi un champ immense s'étend devant les yeux.

    • Champ de foire, l'emplacement où se tient une foire.

    • Champ de course, espace où se font des courses de chevaux.

    • Champ du repos, cimetière.

    • Champ de Mars, lieu, à Rome, consacré à des exercices militaires et à des réunions populaires.

    • Aujourd'hui, champ de Mars, lieu destiné à faire manœuvrer des troupes.

    • Champ de mars, de mai, assemblées que tenaient en mars ou en mai les rois francs pour régler les affaires de l'État.

    • Champs Élysées, Élysiens ou Élyséens, séjour des âmes heureuses, selon les païens.

  2. 2Pièce de terre labourable. Petit champ. Champs cultivés. Champ fertile, stérile, labouré, fumé, ensemencé, moissonné.

  3. 3Au plur. La campagne en général. Maison des champs. Travaux des champs. Vie des champs. Un homme des champs. Mener les bêtes aux champs. Aller aux champs, en parlant des troupeaux. Chemin qui va à travers champs.

    • D'après de Caillières, en 1690 : Je m'en vais aux champs ; Il est à sa maison des champs, étaient des façons de parler bourgeoises. Mais les meilleurs auteurs s'en servaient de son temps, et l'usage les a conservées.

    • Être aux champs et à la ville, être logé de façon à jouir des agréments de la campagne.

    • Fig. Avoir, donner, prendre la clef des champs, avoir la liberté de s'en aller, la donner, la prendre.

    • Avoir un œil aux champs et l'autre à la ville, veiller à tout.

    • Poétiquement, les champs, un pays, un canton.

    • En plein champ, au milieu de la campagne, loin de toute habitation.

    • À travers champs ou à travers les champs, en s'écartant de la route battue ou du chemin frayé pour aller plus directement à son but, en traversant les champs.

      • Aller à travers champs La Bruyère, VI
    • Fig. À travers champs, sans ménagement, en désordre, ou par des voies détournées du droit chemin.

    • Se sauver à travers champs, essayer d'échapper par des subterfuges à une question pressante.

    • Familièrement. Courir les champs, errer dans la campagne.

    • Fig. Quitter son logis, errer de lieux en lieux. Et dans un autre sens figuré, être compromis. Son honneur ? ah ! il y a longtemps qu'il court les champs.

      • Mme de Mazarin court les champs de son côté Mme de Sévigné, 240
    • Fou à courir les champs, réellement fou.

    • Fig. et familièrement. Être aux champs, être en colère ou en grande perplexité. Un rien le met aux champs. Il se met aux champs pour rien.

      • Voilà M. le duc aux champs et le roi en colère qui voulut savoir qui était du souper Saint-Simon, 42, 248
  4. 4Terme militaire. Battre aux champs, battre la marche, ou pour rendre les honneurs.

    • Quand le duc d'Anjou [roi d'Espagne] sortait ou rentrait, la garde battait aux champs Saint-Simon, 83, 83
    • Fig. Battre aux champs, prendre la campagne.

      • L'armée est assez forte Pour faire corps et battre aux champs La Fontaine, Coupe.
  5. 5Le lieu où se livre une bataille. Champ de bataille. Quitter le champ de bataille. Mourir ou rester sur le champ de bataille. Laissant le champ libre à l'ennemi.

    • Fig. et familièrement. Il prend, il choisit bien son champ de bataille, il prend ses avantages Il reste toujours maître du champ de bataille, il a toujours le dessus dans un débat. Dans le même sens, le champ de bataille lui est demeuré.

  6. 6Champ ou champ clos, lice, lieu fermé de barrières, soit pour les duels judiciaires, soit pour les tournois. Ouvrir le champ, y admettre les combattants.

    • Faites ouvrir le champ, vous voyez l'assaillant Corneille, Cid, IV, 5
    • Les deux généraux et les deux armées semblaient avoir voulu se renfermer dans des bois et dans des marais pour décider leur querelle comme deux braves en champ clos Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Ceux qui perdaient le champ étaient les vaincus VOLTAIRE, Mœurs, 107
    • Prendre du champ, prendre de l'espace, de l'élan.

      • Ils prirent du champ et coururent l'un sur l'autre avec furie Chateaubriand, Dern. des Abenc. 185
    • Fig. et familièrement. Avoir encore du champ devant soi, avoir des ressources, le temps, les moyens de se tirer d'affaire, n'être pas encore au moment critique.

    • Être à bout de champ, n'avoir plus de ressources.

  7. 7Tout théâtre où il se débat quelque chose.

  8. 8Espace libre, carrière, sujet. Le champ de la gloire. Un champ où l'éloquence puisse se déployer. Un vaste champ s'ouvre à votre activité. Le champ est ouvert aux soupçons. Laisser le champ libre à l'injure.

    • Ils me laissent le champ libre pour faire ce qui me plaît Mme de Sévigné, 68
    • .... Par quel caprice Laissez-vous un champ libre à votre accusatrice ? Racine, Phèd. V, 1
    • Sylla.... N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée Corneille, Cinna, II, 1
    • Vous avez le champ libre Molière, Mis. III, 5
    • Et laissent un champ libre à leur persévérance Molière, Fâch. II, 4
    • Et l'aigreur de la dame à ces sortes d'outrages Dont la plaint doucement le complaisant témoin, Est un champ à pousser les choses assez loin Molière, Éc. des maris, I, 6
    • Voilà un beau champ ouvert aux catholiques Bossuet, Var. 15
    • Voilà un champ bien ample pour exercer un cœur Mme de Sévigné, 236
    • Et si l'effet enfin suivant mon espéranceEût ouvert un champ libre à ma reconnaissance Racine, Baj. V, 4
    • Puisse le ciel....Ouvrir un champ plus noble à ce cœur excité Racine, Iph. I, 2
    • Le champ vous est ouvert Racine, Plaid. II, 9
    • Il a bien moins de champ que nous pour comparer et pour combiner Diderot, Lettr. sur les aveugl.
    • La Trinité ouvre un champ immense d'études philosophiques Chateaubriand, Génie, I, 3
    • En morale et en histoire, on tourne dans le champ étroit de la vérité Chateaubriand, Génie, III, III, 3
  9. 9L'étendue qu'embrasse une lunette d'approche, etc. Tâchez de mettre ces deux objets dans le champ de la lunette.

    • Tout ce qui regarde l'augmentation des objets, les ouvertures qu'il faut laisser aux lunettes, le champ qu'on peut leur donner Fontenelle, Hartsoeker.
  10. 10Terme de peinture et de gravure. Le fond d'une toile et d'un cuivre d'attente, où l'art n'a encore rien tracé.

    • Terme de blason. Le fond de l'écu, qui est chargé des diverses pièces dont se composent les armoiries. Ses armes sont un lion d'or en champ d'azur.

    • Terme d'architecture. L'espace qui reste autour d'un cadre ; le fond d'un ornement, d'un compartiment.

  11. 11Terme d'art militaire. Champ de feu, espace que parcourt un projectile lancé par une arme à feu.

    • Champ de lumière, excavation oblongue pratiquée sur une bouche à feu autour du point où aboutit la lumière.

  12. 12Le milieu d'un peigne qui a deux rangées de dents.

  13. 13Sur-le-champ, locut. adverb. Aussitôt, sans délai. Parler sur-le-champ, sans préparation. Être forcé de prendre sa résolution sur-le-champ. Exécuter les ordres sur-le-champ.

    • Sur-le-champ que, aussitôt que. Locution hors d'usage et qui ne se trouve peut-être que dans St-Simon.

      • L'aveuglement sur Vaudemont fut tel qu'il eut, sur-le-champ qu'il le demanda, le régiment d'Espinchal Saint-Simon, 120, 66
  14. 14À tout bout de champ, à chaque bout de champ, locut. adverb. et familière. À chaque instant, à tout propos.

    • Or il ne me chaudrait, insensés ou prudents, Qu'ils fissent à leurs frais messieurs les intendants à chaque bout de champ.... Régnier, Sat. X
    • À chaque bout de champ vous mentez comme un diable Corneille, le Ment. III, 6
    • Ils lui faisaient à tout bout de champ des contes Hamilton, Gramm. 11
    • Je m'arrête vraiment à tout bout de champ ; ici, j'y suis depuis huit jours, et ne sais encore quand j'en partirai Paul-Louis Courier, II, 63
  15. 15Terme de turf. L'ensemble des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c'est parier pour un cheval contre tous ses concurrents.

Étymologie

Picard, camp ; nivernais, samp ; provenç. camp, cambo ; espagn. et ital. campo ; du latin campus, de même radical que le grec ϰῆπος, jardin.

2champ s. m. (chan)

  1. 1La partie la plus étroite d'une pièce de bois, d'une brique.

  2. 2De champ, locut. adv. Sur le côté étroit. Mettre une solive de champ. Des briques sont posées de champ, quand le sens de leur largeur est vertical et celui de leur longueur horizontal ; dans le cas contraire elles sont debout, et enfin de plat, si ces deux sens sont horizontaux.

      • Roue de champ, se dit en mécanique, de toute roue, horizontale ou non, dont le plan est perpendiculaire à la direction des dents ; ainsi quand la roue est verticale, les dents sont horizontales, LEGOARANT

Remarque

Champ, comme on le verra à l'étymologie, est une très vicieuse orthographe qui rend la locution inintelligible, et qui est provenue d'une confusion de sons. C'est chant qu'il faut écrire ; et l'Académie devrait rectifier cette grosse faute de l'usage.

Étymologie

Norm. de cant, de côté ; wallon, can, le côté, mète one brike so s'can, mettre une brique de champ ; ancien français, cant, côté ; espagn. et ital. canto (voy. CANTON) : mettre de chant, c'est mettre sur le côté. Comparez DÉCANTER.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander