Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

dîner dans le Littré

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1dîner v. n. (di-né)

  1. 1Prendre le repas, qui se prenait jadis et qui se prend encore à la campagne et dans les petites villes, à midi ou un peu avant. Allons dîner. Bien dîner, mal dîner, faire un bon, un mauvais dîner.

    • Dîner-souper, faire un dîner qui serve de souper.

      • Le czar fut de là [de la revue] dîner-souper à St-Ouen, chez le duc de Troesmes Saint-Simon, 467, 149
  2. 2Aujourd'hui, à Paris et ailleurs, prendre le repas qui se prend de cinq heures à sept heures du soir. Nous dînerons ce soir ensemble. Après que nous aurons dîné, nous irons au spectacle.

    • Dîner avec quelqu'un, se trouver à même table que lui. Il a dîné avec les ambassadeurs.

      • Nous sommes engagés à dîner demain chez elle avec Mme Guibert et sa fille PICARD, la Petite ville, II, 1
  3. 3Dîner de, manger à son repas. Nous dînâmes de soupe et de bouilli.

    • Cela est plus élégant et plus correct que de dire, employant avec : nous dînâmes avec de la soupe et du bouilli.

  4. 4Cet homme dîne bien, il mange beaucoup.

    • Dîner par cœur, se passer involontairement de dîner.

    • Son assiette dîne pour lui, se dit d'un homme qui, absent d'un dîner de table d'hôte, n'en paye pas moins son dîner.

    • Familièrement. Locution familière qui s'emploie en parlant d'un homme incommode, ennuyeux.

  5. 5Dîner à l'infinitif, pris substantivement.

    • Il a raison de faire grand cas du dîner et du dormir Voltaire, Lett. Damilaville, 8 nov. 1762

Proverbes

Quand Alexandre avait dîné, il laissait dîner ses gens, c'est-à-dire il faut laisser le loisir aux valets de dîner à leur tour. Qui dort dîne, c'est-à-dire le sommeil tient lieu de nourriture. C'est aussi une manière plaisante de rappeler à quelqu'un que la paresse est le moyen de n'avoir pas à manger. Qui s'attend à l'écuelle d'autrui a souvent mal dîné, c'est-à-dire on est souvent déçu quand on compte sur l'aide d'autrui. S'il est riche ou s'il est si riche, qu'il dîne deux fois, se dit d'un riche qui, faisant étalage de ses richesses, ne peut pourtant que dîner une fois comme tout le monde ; se dit aussi dans le sens que la richesse ne donne pas l'appétit et qu'avec une fortune très médiocre on peut être aussi content que les plus opulents.

Étymologie

Bourguig. daignai ; provenç. dinar, dinnar, disnar, dirnar ; anc. catal. disnar ; catal. mod. dinar ; ital. desinare, disinare. Mot très controversé. On a proposé le grec δειπνεῖν ; le sens serait très convenable ; mais on ne trouve nulle part un p dans les anciennes formes, et surtout on ne voit pas comment ce mot grec, qui n'est ni dans la latinité classique ni dans la basse latinité, serait entré dans les langues romanes. Comme dignare, domine sont les premiers mots d'une prière latine qui se dit au commencement du repas, on a pensé que le dîner en avait pris son nom ; le fait est qu'on trouve digner dans les anciennes formes ; et cette orthographe montre que les gens qui s'en servaient admettaient en effet dignare comme l'origine du mot dîner. Mais, quelque ancienne que soit cette orthographe, puisqu'elle appartient à des textes du XIIe siècle, cependant il y en a une encore plus ancienne, c'est disnare, qui se trouve dans des textes du IXe siècle : disnavi me ibi, dans les Gloses du Vatican, publiées par W. Grimm. Cette s est dans l'italien, et on la voit reparaître dans plusieurs formes du provençal et du vieux français. Cela ne peut être écarté ; et il faut chercher une étymologie qui comporte l's. Diez a proposé decœnare ; de ayant le sens qu'il a dans de-vorare, depascere. Cœnare est en effet très probable ; il aura donné un composé de-cœnare ou dicœnare. Que cœnare puisse se changer en ciner (ital. disinare, desinare), c'est ce que prouve l'ancien français re-ciner, faire un second repas ; que di-cœnare puisse se changer en disner, disnar, c'est ce que prouve l'italien busna, de buccina. M. Scheler, qui donne son assentiment à dicœnare, cite l'italien pusignare, collationner après souper, qui vient de post, après. et cœnare, et qui offre un exemple du changement de cœnare en signare. On peut encore citer, à l'appui du changement de co latin en s, le mot suivant : Deicola, nom d'un Irlandais compagnon de saint Gall dans le VIe siècle, devenu Desle dans la langue vulgaire. Dicœnare a pris le sens actif : donner le repas appelé cœna, sens déjà fourni par le latin, cœnatus, celui qui a dîné ; c'est ainsi que dès le IXe siècle on a dit disnavi me, j'ai dîné. Tout cela rend la conjecture de Diez extrêmement probable.

2dîner ou dîné s. m. (di-né ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des di-né-z excellents ou di-né)

  1. 1Repas qui se faisait autrefois et qui, à la campagne et dans les petites villes, se fait encore vers midi. Quand on fait le dîner à midi, on soupe le soir.

    • Repas qui se fait aujourd'hui de cinq à sept heures du soir. Faire un bon dîner. Faire, servir le dîner.

      • Quels dînés Les ministres m'ont donnés ! Béranger, Ventru.
    • Dîner de garçons, dîner où il n'y a que des hommes, et où d'ordinaire l'apprêt, la réserve en paroles, la modération dans le boire et le manger sont moins observés.

      • À ce dîner de garçons régnait une liberté franche Marmontel, Mém. IV
    • Déjeuner-dîner, voy. DÉJEUNER.

  2. 2Tout ce qui compose un dîner. Un grand dîner.

Étymologie

Dîner 1.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander