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dos dans le Littré

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dos s. m. (dô ; dans la conversation l's ne se lie pas : un dô énorme ; l's ne se lie hors de la conversation que dans cette locution : dos à dos, dites : dôza-dô)

  1. 1Partie du corps de l'homme et des animaux depuis les épaules jusqu'aux reins ou lombes, et qui est postérieure chez l'homme et supérieure chez les animaux. Le dos d'un cheval. Porter sur le dos. Tomber, s'étendre sur le dos.

    • L'épine du dos, la colonne vertébrale.

    • Le dos au feu, le ventre à table, se dit de ceux qui, en dînant, ont le dos tourné vers un bon feu ; et, figurément, de ceux qui se donnent toutes leurs aises.

    • Familièrement. Il n'a pas une chemise sur son dos, une chemise à se mettre sur le dos, il n'a rien à se mettre sur le dos, se dit d'une personne extrêmement pauvre.

    • Dans un sens opposé. C'est une femme qui met tout sur son dos, c'est une femme qui dépense en toilette tout ce qu'elle a ou gagne.

    • Fig. et familièrement. Le dos lui démange, se dit d'une personne qui fait tout ce qu'il faut pour qu'on la batte.

    • Faire le gros dos, se dit des chats lorsqu'ils relèvent leur dos en bosse, ce qui arrive le plus souvent lorsqu'on les caresse en leur passant la main sur le dos, dans le sens de la tête à la queue, et aussi lorsque l'animal est en colère.

    • Par extension.

    • Fig. et familièrement. Faire le gros dos, ou faire gros dos, faire l'important, l'homme capable.

      • Le fils de Saumery, à force de faire l'important et le gros dos, imposait à une partie de la cour Saint-Simon, 71, 172
    • Plier le dos, céder. Laissez passer la bourrasque, pliez le dos. Et aussi être humble devant ses supérieurs : il n'a jamais su plier le dos.

    • Mettre quelque chose sur le dos de quelqu'un, l'en rendre responsable.

      • Je suis bien aise de savoir que le pont d'Avignon est encore sur le dos du coadjuteur ; c'est donc lui qui vous y a fait passer Mme de Sévigné, 35
    • Cela ira sur son dos, se dit d'une perte, d'un dommage qui sera mis au compte de quelqu'un.

    • Battre quelqu'un sur le dos d'un autre, faire à quelqu'un des reproches, des critiques qui retombent sur un autre. C'est sur mon dos que vous avez battu Platon.

    • Il se laisse tondre la laine sur le dos, se dit d'un homme trop débonnaire ou insouciant qui se laisse dépouiller, voler. Dans le même sens, se laisser manger la laine sur le dos.

    • Il a été battu dos et ventre, on lui en a donné sur le dos et partout, se dit d'un homme qui a été violemment battu.

    • Être sur le dos, être couché ou alité. Voilà trois semaines que je suis sur le dos.

    • Tourner le dos, présenter son dos, au lieu de présenter la partie antérieure du corps.

      • Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse, Marchent à reculons, tournent le dos au port La Fontaine, Fabl. XII, 10
      • La noblesse supplie le roi de réformer l'immodestie de son clergé, qui cause et parle haut et tourne le dos à l'autel Mme de Sévigné, Lett. 19 janv. 1674
    • Fig. Tourner le dos à la mangeoire, se mettre dans une situation contraire à la chose qu'on veut faire.

    • Tourner le dos dans une bataille, fuir devant l'ennemi.

    • Tourner le dos, s'éloigner un moment. Je n'ai fait que tourner le dos, il était déjà parti.

      • Dès que j'ai eu le dos tourné Mme de Sévigné, 480
    • Tourner le dos à quelqu'un, lui témoigner, en lui tournant effectivement le dos, son mécontentement, son mépris.

      • Le roi, pour toute réponse, lui tourna le dos brusquement Marmontel, Mém. IV
    • Il tourne le dos où il veut aller, se dit d'un homme qui, au lieu d'aller où il veut, prend un chemin tout opposé.

    • Fig. Tourner le dos, ne pas voir, dédaigner.

    • Avoir bon dos, avoir un dos sur lequel on peut frapper fortement ; et, figurément et familièrement, avoir bon dos, être en état de supporter une perte, ou bien être insensible aux railleries.

      • Il ne s'agit que de mille écus ; M. Turcaret a bon dos, il portera bien encore cette charge-là Lesage, Turcaret, I, 2
    • Avoir bon dos signifie aussi ne pas s'épouvanter des reproches. Mettez les fautes sur moi, j'ai bon dos. Dans une autre nuance : On s'en prend toujours à moi [on m'accuse de tout] ; il est vrai que j'ai bon dos [que je suis souvent en faute].

    • Avoir le dos solide se dit comme avoir les reins solides, avoir de grandes ressources. C'est un homme qui fait cent entreprises à la fois, mais il a le dos solide, c'est-à-dire il a les capitaux suffisants.

    • Dos à dos, figure de danse dans laquelle le danseur et son vis-à-vis passent l'un derrière l'autre sans se regarder.

    • Fig. et familièrement. Mettre les gens dos à dos, renvoyer deux personnes qui sont en différend, sans donner aucun avantage à l'une ni à l'autre. Il se dit souvent dans les comptes rendus de procès : On les a renvoyés dos à dos.

    • Porter sur le dos, porter une charge qui est placée sur le dos. Il avait un sac sur le dos.

    • On dit au dos dans cette locution : avoir le sac au dos, c'est-à-dire porter le sac militaire, être soldat.

    • Fig. Avoir, porter quelqu'un sur son dos, en être obsédé, ennuyé.

    • Populairement. J'en ai plein le dos, j'en suis très fatigué, ennuyé.

    • Être sur le dos de quelqu'un, l'importuner, l'obséder. Il est toujours sur mon dos.

    • Populairement. Scier le dos de quelqu'un, l'ennuyer, le fatiguer. Il me scie le dos.

    • À dos, derrière soi.

      • J'avais à dos une campagne immense qui ne m'avait été annoncée que par l'habitude d'apprécier les distances entre des objets interposés Diderot, Salon de 1767, Œuvres, t. XIV, p. 185, dans POUGENS.
    • Fig. Se mettre tout le monde à dos, avoir chacun contre soi.

      • Quoi, volage, prenez-vous donc Pour vous mettre à dos les jésuites.... Coquilles, rosaire et bourdon Béranger, Pèler. de Lisette.
    • Avoir quelque chose à dos, ne pouvoir s'en séparer.

  2. 2Terme d'anatomie. Partie postérieure chez l'homme, supérieure chez les animaux, du tronc depuis la dernière vertèbre cervicale jusqu'à la dernière lombaire.

  3. 3Terme de manége. Dos de carpe, ou de mulet, dos convexe. Dos double, dos de cheval, dans lequel on remarque un léger sillon médian.

    • Le dos présente une légère concavité ; s'il est trop concave, l'animal est dit ensellé. Le dos large accuse un fort développement des muscles et l'ampleur de la poitrine. Le dos court annonce beaucoup de force. Le dos long est moins fort que le dos court.

  4. 4Par analogie, la partie postérieure de certaines choses. Le dos d'un habit, d'une chaise.

    • Qui prenaient, sur le dos de leurs chaises, de ces postures aisées et galantes qui marquent qu'on est au fait des bons airs Marivaux, Marianne, 2e part.
    • Le dos d'un couteau, le dos d'un rasoir, la partie opposée au tranchant.

    • Le dos d'un billet, d'un acte, le revers.

    • Le dos du nez, de la main, du pied, de la langue, la partie supérieure du nez, de la main, du pied, de la langue.

    • Terme de botanique. Le dos d'une strie, la partie saillante. Le dos d'une graine, celle des faces qui est comprimée et tournée du côté des parois du péricarpe. Le dos d'une feuille, sa face inférieure.

    • Terme d'entomologie. La partie supérieure du mésothorax et du prothorax ; l'une ou l'autre de ces parties.

    • Le dos d'un livre, la partie opposée à la tranche.

    • Terme de reliure. Dos brisé, dos d'un livre tellement fait, que le livre que l'on ouvre demeure de lui-même tout ouvert.

      • Il leur faut des livres à dos brisés, des livres qui se tiennent ouverts sur la table LESNÉ, la Reliure, p. 113, 1820
      • L'époque de l'introduction des dos brisés en France est très incertaine.... il y a à peu près cinquante ans que cette espèce de reliure est devenue de mode LESNÉ, ib. p. 186
  5. 5Dans le style élevé et dans la poésie, la partie supérieure.

  6. 6En dos d'âne, en configuration du dos d'un âne, c'est-à-dire telle qu'il y ait un talus incliné des deux côtés. Toit, pont en dos d'âne.

    • Les rues étroites et sans pente, quoique le terrain soit en dos d'âne, sont toujours bourbeuses Raynal, Hist. phil. XIII, 43
    • Dos d'âne, ustensile dont se servent les bouchers.

    • Terme de marine. Dos d'âne, ouverture en demi-cercle, faite à certains bâtiments, pour couvrir le bout de la manivelle du gouvernail.

  7. 7Terme de jardinage. Dos de bahut ou dos de carpe, se dit d'une certaine manière de relever le terrain d'un parterre.

  8. 8Dos brûlé, quadrupède du genre paresseux (achée aï).

    • Dos bleu, un des noms de la sittelle.

    • Dos rouge, nom d'un oiseau de la Guyane, le tangara septicolore (granivores).

  9. 9Sorte de mesure pour le merrain. Champagne : la treille (voy. TREILLE au Supplément) se compose de 65 dos de douves, de 50 poignées d'enfoncières, et de 50 poignées de chanteaux ; le dos contient 16 douves ; la poignée est de 4 pièces, Annuaire des Eaux et Forêts, 1873, p. 24.

Étymologie

Berry, dous ; provenç. et anc. catal. dors, dos ; espagn. et portug. dorso ; ital. dorso, dosso ; du latin dorsum. La suppression de l'r du latin dans dos est remarquable, d'autant plus qu'elle se trouve aussi dans le provençal et dans l'italien, à côté de la forme en r. Au XVIe siècle, quelques écrivains avaient repris l'r étymologique.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander