Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

enfant dans le Littré

1 article· 72 citations· rimes· synonymes

enfant s. m. (an-fan)

  1. 1Individu de l'espèce humaine qui est dans l'âge de l'enfance. Un petit enfant. Un bel enfant. Jouer comme un enfant.

    • L'enfant Jésus, Jésus lorsqu'il était enfant. Un enfant Jésus, une figure de Jésus enfant.

      • Cet enfant est trop mignard, trop fait, trop joli, trop petit, c'est un enfant Jésus Diderot, salon de 1767, Œuvres, t. XIV, p. 176, dans POUGENS
    • Sage comme l'enfant Jésus, se dit d'un enfant qui est sage et obéissant.

    • Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, se dit quand il s'agit de choses sérieuses et importantes.

    • Être innocent comme l'enfant qui vient de naître ou qui est à naître, être tout à fait innocent.

    • Enfant gâté, l'enfant à qui ses parents laissent faire toutes ses volontés et qu'ils ne corrigent pas.

    • Se dit par extension d'un adulte qui se passe ou à qui l'on passe tous ses caprices.

      • Elle était une des trois ou quatre jolies femmes de Paris dont le vieux abbé de Saint-Pierre avait été l'enfant gâté J.-J. Rousseau, Confess. IX
    • Faire l'enfant, badiner comme un enfant, s'amuser à des choses puériles.

      • Pendant que les philosophes radotent et font les enfants J.-J. Rousseau, Ém. III
      • Ils me rient au nez, me disent que je fais l'enfant Marivaux, Double inconst. II, I
    • Être enfant, même sens.

      • Quoi ! vous songez encore à cela ? reprit-elle ; eh ! mon Dieu ! Marianne, que vous êtes enfant ! Marivaux, Marianne, part. 2, t. I, p. 211, dans POUGENS
    • Ne pas faire l'enfant, signifie aussi ne pas faire l'ignorant, ne pas affecter l'ignorance d'un enfant sur ce qui est dit ou proposé. Il ne fit pas l'enfant, il profita de l'occasion. Acceptez, ne faites pas l'enfant.

    • Adjectivement.

      • Tout enfant qu'elle était FLÉCHIER, Mme de Mont.
      • Allons nous coucher ; je suis plus enfant que toi J.-J. Rousseau, Confess. I
      • J'aurais eu peine à croire qu'il y eût des spectateurs assez enfants pour aller voir cette imitation J.-J. Rousseau, Héloïse, II, 23
    • D'enfant, loc. adj. Faible, futile. Ce sont scrupules d'enfant.

      • Cette difficulté d'enfant a occupé dans tous les siècles les têtes les plus fortes Diderot, Règnes de Claude et Néron, II, § 54
  2. 2Mal d'enfant, le travail de l'accouchement. Cette femme est en mal d'enfant.

    • Faire un enfant, en parlant d'une femme.

      • La femme ne faisant guère qu'un enfant à la fois J.-J. Rousseau, Orig. Notes.
    • Faire un enfant, en parlant d'un homme.

      • M. de Nemours fit un enfant à cette fille de Rochon, qu'on appelait Mlle de la Garanche Saint-Simon, 57, 205
  3. 3S. f. Petite fille, jeune fille. Ma belle enfant. La pauvre enfant.

    • Excusez ma tendresse pour une enfant dont je n'ai jamais eu aucun sujet de plainte Racine, Lett. à sa tante
    • Je suis la plus jeune de ses enfants Diderot, Père de famille, II, 9
    • Dainville arrive en tenant par la main la plus charmante enfant que j'aie jamais vue Mme DE GENLIS, Adèle et Théod. t. III, lett. 1, dans POUGENS
  4. 4Il exprime un rapport de génération, fils ou fille. Il eut plusieurs enfants. Il perdit ses enfants en bas âge.

    • Et contre un père enfin l'enfant a toujours tort Rotrou, St-Genest, I, 1
    • Ce fut là [à la Bérésina] qu'on aperçut des femmes au milieu des glaçons, avec leurs enfants dans leurs bras, les élevant à mesure qu'elles s'enfonçaient ; déjà submergées, leurs bras roidis les tenaient encore au-dessus d'elles Ségur, Hist. de Napol. XI, 9
    • C'est l'enfant de sa mère, c'est bien l'enfant de sa mère, c'est-à-dire il en a tout le caractère.

    • C'est bien l'enfant de son père, de sa mère, se dit aussi de la ressemblance physique.

    • Enfant de bonne mère ou de bonne maison, personne qui occupe un bon rang dans la société. Il n'y a enfant de bonne mère qui ne prétende à cela.

    • Traiter quelqu'un en enfant de bonne maison, le châtier sévèrement, ne point l'épargner.

      • Si vous ne retrouvez pas mon cordon, vous serez livré au sous-comite, qui vous traitera en enfant de bonne maison Lesage, Guzman d'Alf. VI, 10
    • Enfant de famille, enfant en puissance de père et de mère.

    • Enfant de famille, enfant chéri, enfant qui était avantagé aux dépens des autres.

    • Enfant de famille, enfant de bonne maison.

      • Je ne me trouvai pas seul avec le muletier ; il y avait deux enfants de famille de Pennaflor Lesage, Gil Blas, I, 3
    • Enfant de troupe, fils de militaire élevé dans les casernes aux frais de l'État.

    • Enfant trouvé, enfant abandonné par ses parents, ramassé par les passants, et recueilli par les hospices.

      • Mon troisième enfant fut donc mis aux enfants trouvés, ainsi que les premiers J.-J. Rousseau, Conf. VIII
    • Enfants de la patrie, nom donné, pendant la Révolution, aux enfants trouvés.

    • Enfant de l'amour, enfant né hors mariage.

    • Terme de marine. Enfant trouvé, personne qui s'est cachée à bord pour y faire une campagne et qui ne se montre que lorsque le navire est en mer.

    • Enfant de la balle, voy. BALLE.

    • Enfants bleus, enfants rouges, pauvres enfants habillés de bleu, de rouge, qu'on élevait à Paris dans un lieu fondé pour cela.

    • L'enfant prodigue, l'enfant de l'Évangile qui, ayant reçu sa part, va la dissiper follement, et qui, revenant dans l'état le plus misérable, est bien accueilli par son père.

      • Tu reviens dans ta famille dans l'équipage de l'enfant prodigue Lesage, Estev. Gonzalez, ch. 30
    • Par analogie, jeune homme qui a fait ses fredaines, malgré les conseils de ses parents, surtout au moment où il revient près d'eux pour mener une vie plus rangée.

      • Un matin donc, l'enfant prodigue comparut devant sa mère, non point hâve, décharné, souillé de boue et couvert de haillons comme son aîné de la Bible, mais élégant, leste, gracieux, l'œil câlin et le sourire sur les lèvres CH. DE BERNARD, la Cinquantaine, § XI
  5. 5Enfants de France, princes et princesses, enfants du roi qui occupait le trône, pour les distinguer de ceux et de celles des différentes branches de la maison royale, qui ne portaient que le titre de princes et princesses du sang.

  6. 6Petits-enfants, voy. PETITS-ENFANTS.

  7. 7Enfant de chœur, enfant qui chante au chœur.

  8. 8Enfants de langue, nom qu'on donnait, dans les Échelles du Levant, à de jeunes Français que le roi entretenait au Levant pour y apprendre les langues turque, arabe, grecque, et pour servir ensuite de drogmans. On dit aujourd'hui jeunes de langue.

  9. 9Enfants perdus, soldats qui marchent, pour quelque entreprise extraordinaire, à la tête d'un corps de troupes commandé pour les soutenir ; ainsi nommés parce que leur service est particulièrement périlleux. Cette locution provient peut-être de los infantes, expression espagnole, d'où est né le mot infanterie.

    • Plus généralement. Enfants perdus, personnes qu'on met en avant dans une affaire hasardeuse.

    • Fig.

      • Je vous prie de regarder mes réflexions comme des enfants perdus que j'ai jetés en avant sans m'embarrasser de ce qu'ils deviendraient D'Alembert, Lett. à Voltaire, 22 fév. 1764
    • Néologisme. Enfant terrible, enfant qui, en répétant ce qu'il a entendu dire, blesse profondément ceux à qui il parle. Dites-moi donc, monsieur, qui est-ce qui a inventé la poudre ? papa dit que ce n'est pas vous.

    • Par extension, ceux qui par trop de sincérité compromettent leur cause, leur parti.

  10. 10Terme de familiarité, d'encouragement, avec un accent paternel, et venant d'un homme âgé ou d'un supérieur. Mes chers enfants. Allons, enfants. Mon enfant, écoutez-moi.

    • Va-t'en, ma pauvre enfant Molière, Femm. sav. II, 6
    • Allons, Merlin, de la vivacité, mon enfant, de la présence d'esprit Regnard, Retour imprévu, sc. 10
    • Ah ! mon enfant, j'ai cru voir une substance céleste ; elle m'a tout à coup embrasé d'amour Lesage, Gil Blas, X, 8
    • Un bon enfant, un homme de bonne humeur, et aussi un homme qui n'a pas de malice.

    • On dit de même une bonne enfant. Elle est bonne enfant.

    • Il est bon enfant, bien bon enfant de croire cela, de se prêter à cela, c'est-à-dire il est bien simple de croire cela, etc.

    • Adjectivement. Il a un air bon enfant, un sourire bon enfant.

      • Dans le style familier, bon enfant entraîne souvent l'idée d'aimable vaurien, de joyeux compagnon.

  11. 11Les êtres humains considérés comme fils du ciel, de Dieu, de la terre, de la patrie, etc. La patrie réclama le secours de ses enfants. Les enfants d'une même patrie. Les enfants de Dieu et de l'Église.

  12. 12S. m. plur. Descendants. Nous sommes tous enfants d'Adam. Les enfants d'Israël.

    • Et que vous racontiez à vos enfants et aux enfants de vos enfants de combien de plaies j'ai frappé les Égyptiens Saci, Bible, Exode, X, 2
    • Des enfants de Japhet toujours une moitié Fournira des armes à l'autre La Fontaine, Fabl. II, 6
  13. 13Natif. Les enfants de Paris.

  14. 14Partisan, sectateur, disciple, Les enfants de la liberté et de l'égalité.

    • Mais pendant que vous ne travaillerez qu'à y entretenir le trouble, ne doutez pas qu'il ne se trouve des enfants de la paix qui se croiront obligés d'employer tous leurs efforts pour y conserver la tranquillité Pascal, Prov. 18
    • Enfants de St-François, de St-Ignace, etc. les Franciscains, les Jésuites, etc.

    • Les enfants de Bellone, de Mars, les guerriers. Les enfants d'Apollon, les poëtes.

  15. 15Ce qui est l'effet, la conséquence de, le produit de. Le bonheur est enfant de la vertu. Les jeux, les ris, enfants de la gaieté.

  16. 16Petit d'un animal.

  17. 17Terme d'astronomie. Enfants de Dercéto ou enfants d'Atergatis, la constellation des Poissons.

  18. 18Terme d'alchimie. Enfants de la nature, les quatre éléments qu'admettaient les anciens.

    • Enfant des philosophes, le mercure.

  19. 19Enfant de la balle, voy. BALLE 1, n° 1.

Proverbes

De fol et d'enfant se doit-on délivrer, c'est-à-dire quand on travaille sérieusement, il faut écarter les gens folâtres et les enfants. Cet enfant a trop d'esprit, il ne vivra pas, se dit sérieusement pour exprimer la crainte qu'inspire la santé d'un enfant trop précoce, ou, par moquerie, pour exprimer qu'un enfant est sans esprit. Il n'y a plus d'enfants, c'est-à-dire on commence à avoir de la malice de bonne heure ; et aussi, les jeunes gens pensent, parlent, agissent comme les hommes mûrs. Enfant de Melchisédech, personne dont on ne connaît pas la famille. Les menteurs sont enfants du diable.

Étymologie

Bourg. éfan ; picard affant, effant ; provenç. enfan, effan, efan ; espagn. et ital. infante, infant ; du latin infantem, enfant, de in, non, et fari, parler (voy. FABLE) : celui qui ne parle pas. L'ancien français enfe ou enfes est le nominatif, d'ínfans, avec l'accent sur in ; enfant est le régime, d'infántem, avec l'accent sur fan.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander