ennemi, ie s. m. et f. (è-ne-mi, mie ; du temps de Chifflet, Gramm. p. 192, la prononciation annemi était reçue à côté de l'autre)
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1Celui, celle qui hait quelqu'un, et cherche toutes les occasions de lui nuire. Un ennemi déclaré. Ennemi mortel, irréconciliable.
- Lorsque l'on veut choquer un puissant ennemi Tristan L'Hermite, Mariane, IV, 1
- Tu fus mon ennemi même avant que de naître Corneille, Cinna, v, 1
- Ô soupirs ! ô respect ! ô qu'il est doux de plaindreLe sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre ! Corneille, Pomp. v, 1
- Il est doux de périr après ses ennemis Corneille, Rodog. v, 1
L'ennemi qui flatte est le plus dangereux
Corneille, Théodore, IV, 1Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger ; s'il a soif, donnez-lui de l'eau à boire
Saci, Bible, Prov. de Salomon, XXV, 21- Le plus fier ennemi, quelque ardeur qui l'enflamme.... Rotrou, Hercule mour. I, 4
- Notre ennemi, c'est notre maître,Je vous le dis en bon français La Fontaine, Fabl. VI, 8
- Entre nos ennemisLes plus à craindre sont souvent les plus petits La Fontaine, ib. II, 9
- Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;Mieux vaudrait un sage ennemi La Fontaine, ib. VIII, 10
- Venez voir à vos pieds tomber vos ennemis Racine, Athal. v, 4
- Ne craignez plus ; votre ennemie expire Racine, Baj. v, 10
Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient un jour être nos amis, et vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir nos ennemis, n'est ni selon la nature humaine ni selon les règles de l'amitié
La Bruyère, IV- Un ennemi nuit plus que cent amis ne servent LAMOTTE, Fabl. v, 4
- Ma manière d'agir, ma critique et mes risM'attireraient bientôt un monde d'ennemis Regnard, Démocr. I, 6
Votre père et moi, je l'avoue, nous avons été longtemps ennemis l'un de l'autre
FÉNEL., Tél. X- Un ennemi, dit un célèbre auteur,Est un soigneux et docte précepteur,Fâcheux parfois, mais toujours salutaireEt qui nous sert sans gage ni salaire J.-B. Rousseau, Épît. II, 4
Lorsqu'on dit d'un homme qu'il a des ennemis, il faut, avant de le juger, bien regarder s'il a mérité d'en avoir
Marmontel, Mém. VIIJ'ai des ennemis, mais je ne hais personne
Mme DE GENLIS, Théât. d'éduc. Ennem. génér. I, 5
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Un ennemi juré, celui qui a fait comme le serment de haïr quelqu'un. Ils sont ennemis jurés.
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Se faire des ennemis, donner lieu à beaucoup de gens de nous en vouloir.
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Un ennemi de Dieu, un impie.
Hélas ! si, pour venger l'opprobre d'Israël, Nos mains ne peuvent pas, comme autrefois Jahel, Des ennemis de Dieu percer la tête impie, Nous lui pouvons du moins immoler notre vie
Racine, Athal. III, 7
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Un ennemi de l'État, un séditieux, un agent de trouble.
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Être ennemi de soi-même, nuire à ses propres intérêts.
- Non, Cléone, il n'est point ennemi de lui-même Racine, Andr. III, 3
- Quel caprice vous rend ennemi de vous-même ? Racine, Bérén. I, 3
Elle serait bien ennemie d'elle-même, si elle ne le croyait pas
Dancourt, la Folle enchère, sc. 4
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Familièrement. Ennemi de nature, celui qui s'oppose à ce que la nature demande ou pour soi ou pour les autres.
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Fig.
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2L'ennemi du genre humain, et, absolument, l'ennemi, le démon.
S'il arrivait qu'à la mort l'ennemi eût quelque prétention sur vous
Pascal, Prov. 9C'est là que se forgent ces traits de feu, selon les termes de l'apôtre, dont l'ennemi se sert pour allumer les passions dans ces âmes vaines qui sont les idoles du monde, et dont le monde lui-même est l'idole
Fléchier, Mar.-Thér.
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Fig. Il a été bien tenté de l'ennemi, se dit d'un homme qui a fait quelque mauvaise action.
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3Par extension, ennemi se dit pour signifier ce qui nous est utile ou même nous plaît, en le considérant par le seul côté où il nous nuit ou nous déplaît ; ainsi l'amante est l'ennemie de l'amant, parce qu'elle ne cède pas à ses désirs, etc.
- Fuyez un ennemi qui blesse par la vue,Et dont le coup mortel vous plaît quand il vous tue Corneille, Poly. I, 1
- Hippolyte, en partant, fuit une autre ennemie ;Je fuis, je l'avouerai, cette jeune Aricie Racine, Phèd. I, 1
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S. f. Par antiphrase. Une femme qu'on aime et qui oppose des rigueurs. Une belle ennemie.
- Vers ma belle ennemie Portons sans bruit nos pas,Et ne réveillons pas Sa rigueur endormie Molière, Am. magnif. 3e interm. sc. 4
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4Terme de guerre. Les gens, l'armée, la nation contre laquelle on combat. L'ennemi est en forces. Marcher à l'ennemi. Battre, repousser l'ennemi, les ennemis.
Après vous avoir ouï condamner la conduite de nos officiers par les événements et vous avoir vu triompher des victoires de nos ennemis
Voiture, Lett. 74À quelque heure et de quelque côté que viennent les ennemis, ils le trouvent toujours sur ses gardes, toujours prêt à fondre sur eux et à prendre ses avantages
Bossuet, Louis de Bourbon.- Et qui peut dissiperTous les flots d'ennemis prêts à l'envelopper ? Racine, Iphig. v, 3
Annibal fugitif cherchait au peuple romain un ennemi par tout l'univers
Montesquieu, Goût, curiosité.Nos soldats [à Moscou] rencontraient ces vaincus sans animosité, soit qu'ils crussent la guerre finie, soit insouciance ou pitié et que, hors du combat, le Français se plaise à n'avoir plus d'ennemis
Ségur, Hist. de Nap. VIII, 8
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Passer à l'ennemi, déserter et prendre service chez l'ennemi ; et fig. quitter un parti et se mettre avec ses adversaires.
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5Terme d'astrologie. Maison des ennemis, le douzième signe du zodiaque.
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6Il se dit des animaux. Le chat est ennemi de la souris.
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7Par extension, celui, celle qui a de l'aversion, de l'éloignement pour certaines choses. Ennemi des procès. Ennemi de la contrainte. Ennemi du bon sens.
Les habitants étaient trop ennemis du travail
Fénelon, Tél. IVJ'étais trop ennemi des affaires et trop inappliqué
Fénelon, ib. XIIMatta n'était point ennemi de la galanterie
Hamilton, Gramm. 4
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8Il se dit des choses qui sont opposées. Cette herbe est ennemie de la vigne. L'eau et le feu sont ennemis. L'orgueil est l'ennemi des vertus.
- La raison et l'amour sont ennemis jurés Corneille, la Veuve, II, 3
La médisance est l'ennemi le plus mortel de la charité
BOURDALOUE, 11e dim. après la Pent. Dominic. t. III, p. 247
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9Adj. Hostile. Des peuples ennemis. L'armée ennemie.
- ne redoutera point de puissance ennemie Corneille, Sertor. II, 1
- qui ne vous aient été moins ennemis que lui Rotrou, Bél. IV, 6
- Elle m'a fatigué de ce nom ennemi Racine, Brit. IV, 5
- Mais je ne vois partout que des yeux ennemis Racine, Iphig. II, 7
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Qui hait.
- Et ma bouche et mes yeux du mensonge ennemis Racine, Baj. II, 5
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Contraire.
- Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie ! Corneille, Cid, I, 8
Quelque peu qu'on lui dise, on craint de lui trop dire, à peine on se hasarde à jurer qu'on l'admire ; Et, pour apprivoiser ce respect ennemi, Il faut qu'en dépit d'elle elle s'offre à demi
Corneille, Tite et Bér. I, 3- De peur que cette voix des destins ennemisNe fût aussi funeste à la fille qu'au fils Corneille, Œdipe, II, 3
Les qualités excessives nous sont ennemies et non pas sensibles ; nous ne les sentons pas, nous les souffrons
PASCAL, Pensées, part. I, art. 4- Qu'il soit comme le fruit en naissant arraché,Et qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché Racine, Athal. I, 2
- Je fuis ; ainsi le veut la fortune ennemie Racine, Mithr. III, 1
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Astre ennemi, se dit, par une métaphore tirée de l'astrologie, d'une influence malfaisante, d'un destin funeste.
- Sous quel astre ennemi faut-il que je sois née ? Racine, Mithr. I, 2
Des astres ennemis j'en crains moins le courroux
Racine, Esther, II, 7
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Terme de peinture. Des couleurs ennemies, couleurs qui ne s'assortissent pas.
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En un autre sens, couleurs qui, mêlées ensemble sur la palette ou sur la toile, se détruisent l'une l'autre matériellement et en peu de temps.
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Pôles ennemis, les pôles qui se repoussent, en parlant des aimants.
Proverbes
Le mieux est l'ennemi du bien
, on gâte souvent ce qu'on cherche trop à améliorer. Plus de morts, moins d'ennemis.
C'est autant de pris sur l'ennemi
, se dit quand on a attrapé quelque chose à celui qui, nous devant, ne nous paye pas, ou quand on a retiré quelque chose d'une mauvaise affaire. Amis au prêter, ennemis au rendre
, c'est-à-dire qu'on se brouille quand celui qui a prêté de l'argent le redemande. Il n'y a point de petit ennemi.
Étymologie
Berry, hinnemi, innemi, annemin ; provenç. enemic ; catal. enemig ; espagn. enemigo ; portug. inimigo ; ital. nemico ; du latin inimicus, de in, négatif, et amicus, ami.
Supplément
ENNEMI. Ajoutez : - REM. La Fontaine a dit ennemi à : C'est une bonne tournure employée aussi par Pascal (voy. ENNEMI, au n° 9).