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un seul est le mot juste.

ente dans le Littré

30 articles· 256 citations· rimes· synonymes

1ente s. f. (an-t')

  1. Terme d'arboriculture. Espèce de greffe qui consiste à insérer un scion dans un autre arbre. De belles entes.

    • L'arbre même où l'on a fait une ente. De jeunes entes.

Étymologie

Piémont. et parmesan, enta ; bas-latin, impotus ; anc. h. allem. impitôn (l'accent sur im) ; allem. mod. impfen. Diez propose le grec ἔμφυτον, implanté ; le sens, la forme, l'accent, tout convient ; cette étymologie est donc bonne. On remarquera que ente a été masculin aussi bien que féminin.

2ente s. f. (an-t')

  1. 1Terme de peinture. Le bois qui sert de manche à un pinceau.

  2. 2Terme de chasse. Peau remplie de paille ou de foin, qu'on met, en forme d'oiseau, sur un piquet, pour attirer les oiseaux dans un piége.

  3. 3Terme d'architecture. Nom donné en général aux jambes de force qui sortent un peu hors du mur.

  4. 4Partie du volant d'un moulin.

Étymologie

Le même que le précédent, par comparaison d'une ente, greffe, avec un manche et, en un mot, tout ce qui s'ajuste.

3enté, ée part. passé. (an-té, tée)

  1. 1Qui a reçu une ente. Cognassier enté de prunier.

  2. 2Mis en ente. Prunier enté sur cognassier.

  3. 3Par extension, il se dit des choses qui sont jointes les unes aux autres, posées les unes sur les autres.

    • Nous pouvons bien imaginer distinctement une tête de lion entée sur le corps d'une chèvre, sans qu'il faille conclure pour cela qu'il y ait au monde une chimère Descartes, Mèth. IV, 8
    • Il fallait que ce nouveau peuple fût enté sur le premier Bossuet, Hist. II, 7
    • Ce sont morceaux de rochers Entés les uns sur les autres Et qui font dire aux cochers De terribles patenôtres La Fontaine, Lettres à sa femme, 19 sept. 1663
    • Ce visage d'Éthiopienne enté sur un corps de Grecque semblait quelque chose de fort étrange La Fontaine, Psyché, II, 211
    • Canne entée, canne composée de plusieurs pièces emboîtées les unes dans les autres.

  4. 4Il se dit aussi des choses qui ne peuvent que métaphoriquement être supposées unies, entées. Il a un orgueil enté sur une très grande dignité d'âme.

    • Un songe sur lequel les autres sont entés Pascal, Grandeur, 25
    • La personnalité humaine a été comme entée sur la personnalité du verbe Pascal, Prov. 11
    • La religion seule fait quelquefois des conversions surprenantes et des changements miraculeux ; mais elle ne fait guère toute une vie égale et uniforme, si elle n'est entée sur un naturel philosophique Fontenelle, des Billettes.
    • Cette maison est entée sur telle autre, elle en a pris le nom.

      • C'est [Montbron] le dernier de ces faux entés sur Montbron, c'est-à-dire son père qui lui survécut Saint-Simon, 3, 359
      • Un grand nom sur lequel on est enté et qu'on ne tient pas de ses ancêtres Massillon, Petit car. Obstacles.
  5. 5Il se dit d'une personne par rapport à ses diverses qualités. C'est un financier enté sur un praticien.

4absent, ente adj. (a-bsan, san-t', ou, suivant la prononciation réelle, a-psan)

  1. 1Qui n'est pas présent. Être absent. Absent par congé. Vous avez été longtemps absent.

    • C'est donc ainsi qu'absent vous m'avez obéi Molière, Éc. des f. II, 2
    • Absent comme présent, il voyait le fond des cœurs Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 381
    • Faut-il l'exhorter beaucoup et le solliciter de penser à la personne dont il est épris ? que dis-je, peut-il même n'y penser pas et l'oublier ? Tout absente qu'elle est, il ne la perd, en quelque manière, jamais de vue, et elle lui est toujours présente Bourdaloue, t. II, p. 52
    • Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve Racine, Ph. II, 2
  2. 2Avec de et un nom de lieu. Absent de Paris. Il est depuis longtemps absent de chez lui.

  3. 3Avec de et un nom de personne.

  4. 4En parlant des choses. Les choses absentes sortent de la mémoire. La fausseté des plaisirs présents et l'ignorance des plaisirs absents.

  5. 5Distrait, inattentif. Son esprit est parfois absent.

  6. 6Subst. Souvenez-vous d'un absent. Défendre les absents. Mesdames, ne parlez pas mal d'une absente, des absentes.

  7. 7En termes de droit, se dit des personnes absentes dont on n'a point reçu de nouvelles depuis un certain temps et dont on ne connaît pas la résidence actuelle.

  8. 8Proverbe. Les absents ont tort, on néglige les intérêts des personnes absentes.

    • Absent ne se met qu'après son substantif.

Étymologie

Provenç. absens ; catal. absent ; espagn. ausente ; ital. assente ; de absens, de abs, indiquant éloignement, et de ens, étant, participe inusité du verbe sum, je suis (voy. ESSENCE).

5adurent, ente adj. (a-du-ran, ran-t')

  1. Terme de médecine. Brûlant.

    • Fièvre adurente et soif plus que cynique J.-B. Rousseau, Épigr. I, 5

Étymologie

Adurens, part. prés. de adurere, de ad, à (voy. À), et urere, brûler (voy. USTION).

6ardent, ente adj. (ar-dan, dan-t')

  1. 1Qui est en feu, flamboyant ; qui brûle. Charbon ardent. Cendre ardente. Yeux ardents. Fièvre ardente. Soif ardente. Soleil ardent. Le soleil est ardent.

    • Miroir ardent, miroir construit de manière que, recevant les rayons du soleil, il brûle et enflamme les objets placés au foyer.

    • Verre ardent, verre convexe qui réfracte les rayons du soleil de manière à les réunir au foyer et à brûler ce qui est placé à ce même foyer.

    • Terme de blason qui s'applique aux charbons allumés ; par exemple, des charbons de sable ardents de gueule.

    • Chapelle ardente, luminaire nombreux qui brûle autour d'un cercueil.

      • Parlerons-nous de ces chapelles ardentes, de ces chars tendus de noir ? Chateaubriand, Génie, IV, I, 11
    • Chambre ardente, tribunal chargé de juger certains grands crimes, et qui faisait brûler les coupables.

  2. 2Au figuré, en parlant des choses, violent, vif. Passion ardente.

    • Une ardente vengeance A souvent confondu le crime et l'innocence Voltaire, Triumv. II, 1
  3. 3Fig. En parlant des personnes ou des animaux, plein d'ardeur, actif, véhément, violent. Cheval ardent. Homme d'un esprit ardent. Ardent à l'ouvrage. Ardent à poursuivre la gloire. Un naturel ardent. Une ardente jeunesse.

  4. 4Porté à l'amour. Un étalon ardent.

    • En termes de marine, vaisseau ardent, vaisseau qui a beaucoup de disposition à venir au vent contre son gouvernail et contre l'effet de ses voiles d'avant.

  5. 5En parlant des couleurs, roux. Cheveux d'un blond ardent. Cheval d'un poil ardent.

  6. 6S. m. Exhalaison enflammée qui paraît sur le sol dans les grandes chaleurs.

    • Ces ardents ou feux follets qui s'y jouent Descartes, Météor. 7
    • Je les voyais comme deux ardents qui marchaient toujours devant moi, et qui m'éclairaient en me perdant Voiture, Lett. 149
  7. 7Le mal des ardents ou le feu Saint-Antoine, sorte d'érysipèle gangréneux qui a sévi d'une façon fort cruelle durant le moyen âge.

  8. 8Nom que portent certains académiciens à Naples.

Étymologie

Arder ; bourguig. adan ; provenç. ardent ; ital. ardente.

7clément, ente adj. (klé-man, man-t')

  1. Qui a de la clémence.

    • C'était la force et la sévérité qui sortait du doux et du clément Massillon, Or. fun. Dauph.
    • Je veux bien avouer de lui [Charles 1er] ce qu'un auteur célèbre a dit de César : qu'il a été clément jusqu'à être obligé de s'en repentir Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Ainsi mourut César ; il fut clément et brave Voltaire, Triumv. IV, 2
    • Elle calma souvent la colère du czar, et le rendit plus grand encore en le rendant plus clément Voltaire, Russie, II, 1
    • En termes de dévotion. Dieu est clément et miséricordieux.

    • Un ciel clément, un climat doux, propice ; et fig. un destin prospère.

Étymologie

Le latin clemens.

8cogent, ente adj. (ko-jan, jan-t')

  1. Terme de philosophie. Qui contraint.

Étymologie

Le latin cogere, forcer, de co, et agere, pousser.

9content, ente adj. (kon-tan, tan-t')

  1. 1Qui se contente de, qui s'accommode de, se borne à. Content de peu.

  2. 2Satisfait.

  3. 3Qui éprouve un sentiment de plaisir intérieur.

    • Allons lui rendre hommage, et d'un esprit content Montrer Héraclius au peuple qui l'attend Corneille, Héracl. V, 8
    • Ô dieux ! que ce discours rend mon âme contente ! Corneille, Hor. I, 4
    • D'un esprit content Hâtez-vous d'embrasser ma sœur qui vous attend Racine, Brit. V, 2
    • Je ne l'ai jamais vu ni gai, ni triste, mais toujours content J.-J. Rousseau, Hél. III, 20
  4. 4Être content de.... agréer, consentir.

  5. 5Substantivement et familièrement. Avoir son content de quelque chose, en avoir tout ce qu'on en désire. Et, par ironie, avoir son content d'une chose très désagréable, comme de coups, de disgrâces, de pertes. Il est condamné à six mois de prison, il en a son content.

    • Jeu du content, le jeu de trente et un.

Étymologie

Provenç. content ; espagn. et ital. contento ; du latin contentus, participe passé de continere (voy. CONTENIR), retenu, qui se borne à, qui a sa suffisance de, et, de là, satisfait.

10décent, ente adj. (dé-san, san-t')

  1. 1Qui est conforme à la décence. Costume décent. Mise décente.

    • Ce n'est point assez que les mœurs du théâtre ne soient point mauvaises, il faut encore qu'elles soient décentes et instructives La Bruyère, I
    • Soyez décents, parce que vous n'êtes point des animaux et que vous vivez dans les villes et non dans le fond des forêts Diderot, Opin. des anc. phil. Épicuréisme.
  2. 2Qui est conforme à une réserve pudique. Propos décent. Conduite décente. Des manières décentes.

    • Mais les douces vertus et les grâces décentes N'inspirent aux cœurs purs que des flammes constantes André Chénier, Élég. 30
    • S. m. Le décent, ce qui est décent.

      • La différence du décent et de l'indécent, c'est la différence d'une femme qu'on voit et d'une femme qui se montre Diderot, Salon de 1767, Œuvres, t. XIV, p. 194, dans POUGENS.

Étymologie

Lat. decens, de decere, convenir.

11dément, ente adj. (dé-man, man-t')

  1. Terme de médecine. Qui est atteint de démence ; qui concerne cette affection.

    • Substantivement. Un dément.

Étymologie

Lat. demens, de la préposition de, hors, et mens, esprit : hors de son esprit, qui a perdu l'esprit. L'ancien français avait le verbe dementer, du latin dementare, ôter l'esprit ; se dementer, perdre l'esprit ; très bons mots qu'il est dommage qu'on ait perdus.

12dolent, ente adj. (do-lan, lan-t')

  1. 1Qui souffre et se plaint. Une femme dolente.

  2. 2Substantivement.

Remarque

Aujourd'hui, dans l'usage le plus ordinaire, dolent emporte une idée de moquerie ou du moins d'exagération dans la plainte.

Étymologie

Lat. dolens, de dolere (voy. DOULOIR) ; norm. douillant. Quant à la forme doleant, qui est dans un très ancien texte, et qui est confirmée par doléance, elle suppose un verbe doloier ou doleier, dérivé de douloir.

13éminent, ente adj. (é-mi-nan, nan-t')

  1. 1Qui s'élève, qui est plus haut que le reste. Lieu éminent.

  2. 2Fig. Très grand.

    • Quelles obligations peuvent être plus pressantes que de rendre à une si éminente vertu les honneurs qu'elle mérite ? Voiture, Lett. 13
    • Jamais homme n'a eu tant de vices ensemble et dans un degré plus éminent Scarron, Rom. com. II, 15
    • Elle leur attribue la charité dans le degré éminent Bossuet, Nouv. myst. 5
    • Au service éminent que vous m'avez rendu Lemercier, Clovis, V, 5
  3. 3Excellent, distingué entre tous.

Remarque

Vaugelas, qui trouve que péril éminent est une locution peu justifiable, admet que l'usage est pour elle (en effet, dans le XVIe siècle, on n'a pas dit autrement), et rejette péril imminent comme inusité, quoique conforme à la raison. Aujourd'hui péril imminent est admis, et péril éminent, bien que l'Académie le donne encore, ne l'est plus guère, courant toujours risque de se confondre par la forme avec imminent. Un péril éminent est un péril élevé, apparent, considérable ; et dans aucun cas il ne doit être confondu avec péril imminent.

Étymologie

Lat. eminens, de eminere, de e. hors, et minere, faire saillie, s'avancer.

14évident, ente adj. (é-vi-dan, dan-t')

  1. Qui est connu tout d'abord et sans peine. Vérité évidente. Péril évident.

    • Il est évident que, il est clair et incontestable que.

      • Il m'est évident que les sensations de couleur ne sont, pour mon âme, que différentes manières de se sentir : ce ne sont que ses propres modifications CONDILL., Art de rais. I, 6

Remarque

Cependant Montesquieu a dit : En cet emploi, évident reçoit fort bien la marque de la comparaison.

Étymologie

Provenç. evident ; eviden ; espagn. et ital. evidente ; du latin evidens, de e, et videre, voir.

15fervent, ente adj. (fèr-van, van-t')

  1. 1Qui a beaucoup de ferveur.

    • Vous dormez trop pour un jeune novice qui doit être fervent FÉNEL., Dial. des morts mod. X
    • Par extension. Un amoureux, un adorateur fervent.

  2. 2Où il y a de la ferveur, qu'on fait avec ferveur.

    • Je crains même que vous ne m'appreniez cette prière fervente que vous faites les matins et qui vous donne sujet de ne plus penser à Dieu tout le reste de la journée Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 19 mai 1677
    • Cet amour prompt, fervent, constant, que rien n'arrête et que rien ne lasse Bourdaloue, Exhort. sur l'obs. des règles, t. I, p. 210
    • Fervente contrition Bourdaloue, Ouvert. du jub. Myst. t. II, p. 547

Étymologie

Provenç. fervent, ferven ; espagn. ferviente ; ital. fervente ; du latin ferventem, de fervere, être chaud (voy. FERVEUR).

16fluent, ente adj. (flu-an, an-t')

  1. 1Terme de philosophie. Qui coule, qui passe. Les choses fluentes, opposées aux choses persistantes. Scaliger, ayant divisé toutes les choses du monde en permanentes et fluentes, croyait que les noms exprimaient les premières et les verbes les secondes.

  2. 2Terme de beaux-arts. Qui ondoie, qui flotte.

    • En longues, fluentes et larges robes Diderot, Salon de 1767, Œuvres, t. XIV, p. 385, dans POUGENS.
  3. 3Fig. Qui semble couler.

    • Si, sans rien changer à l'ordonnance des figures, l'artiste avait su leur donner seulement ce contour mou et fluent, cette variété d'attitudes naturelles Diderot, ib. t. XV, p. 97
    • On le dit aussi du style.

      • Un style mou et fluent CORMENIN, cité dans LEGOARANT

Étymologie

Fluer.

17gent, ente adj. (jan, jan-t')

  1. Terme du style archaïque ou du style badin. Gentil, joli. Une gente demoiselle. Une gente fillette.

    • Ces femmes.... Qui gentes en habits et sades en façons Régnier, Sat. IX
    • Mesdemoiselles du Vigean Ont le cœur noble et le corps gent Voiture, Poésies, Œuvres, t. II, p. 131, dans POUGENS
    • Que dit-elle de moi cette gente assassine ? Molière, l'Ét. I, 6

Étymologie

Provenç. gent, au fém. genta ; anc. espagn. gent ; anc. ital. gente (que le Dictionnaire de la Crusca dit venir du provençal). Gent ne représente pas directement gentilis, qui, ayant l'accent sur ti, a donné gentil ; mais on peut admettre que le français et le provençal ont reculé l'accent de gentilis, ont dit gentĭlis, et ont fait gent ; c'est ainsi que mansuetus a fourni l'espagnol manso. Diez, qui reconnaît cette possibilité, préfère cependant tirer gent de genitus (ce qui est bon lettre pour lettre), signifiant celui qui est né, qui est de bonne naissance, et, par suite, gent, gentil ; cela est appuyé par le féminin provençal genta. Pourtant remarquez que, dans l'historique qui remonte haut, on ne trouve jamais le sens d'engendré et toujours celui de gentil. L'anglais gentle ne peut venir en preuve de l'étymologie par gentilis ; car gentle ou genteel proviennent du français. Cet adjectif avait un comparatif gentior, plus gent, et un adverbe gentement.

18jacent, ente adj. (ja-san, san-t')

  1. Terme de palais. Qui, étant gisant et délaissé, n'a point de propriétaire connu. Biens jacents. Succession jacente.

Étymologie

Ital. giacente ; du lat. jacentem, de jacēre, gésir (voy. ce mot).

19latent, ente adj. (la-tan, tan-t')

  1. 1Terme technique. Qui est caché. Chaleur latente, chaleur qui n'est point sensible au thermomètre (voy. CALORIQUE).

    • Terme de médecine. Maladie latente, maladie dont le diagnostic est obscur, qui ne présente pas de symptômes caractéristiques.

  2. 2Terme de médecine vétérinaire. Vices latents, maladies latentes, certaines maladies des chevaux, dont les symptômes peuvent rester longtemps cachés. La pousse, la morve et la courbature sont des vices latents.

    • Terme de jardinage. Œil latent ou expectant, œil resté à l'état rudimentaire, peu apparent et ne se trouvant que sur le vieux bois ; il peut rester inactif plusieurs années.

  3. 3Dans le langage général. Qui n'est pas apparent. Une désaffection latente s'était emparée du peuple. Des dangers latents.

Étymologie

Lat. latentem, qui est caché, de latere, être caché.

20lent, ente adj. (lan, lan-t')

  1. 1Proprement, souple, flexible, sens qui est un latinisme rarement usité et seulement en poésie.

  2. 2Par un passage du sens de flexible à mou, faible, qui n'agit pas avec promptitude, qui tarde, en parlant des personnes. Il est lent dans tout ce qu'il fait, à tout ce qu'il fait. C'est un esprit lent.

  3. 3Qui manque de promptitude, d'activité, qui tarde, en parlant des choses. Un poison lent. Une mort lente.

    • Terme de marine. Se dit d'un navire qui n'obéit pas assez vivement à l'action du gouvernail.

  4. 4Terme de médecine. Fièvre lente, fièvre continue, peu intense dans ses symptômes, et qui suit une marche chronique. Souvent le mot fièvre lente est synonyme de fièvre hectique.

    • Pouls lent, pouls dont les battements sont en nombre moindre que dans l'état normal. On le dit aussi quand la systole est plus prompte que la diastole.

Remarque

Lent veut à avec les verbes et dans avec les noms : lent à choisir, lent dans son choix. L'ancienne langue disait avec un verbe aussi bien lent de que lent à.

Étymologie

Wallon, lêne, lente (au féminin seulement) ; provenç. lent ; espagn. et ital. lento ; du lat. lentus, flexible, visqueux, lent.

Supplément

.... LENT, suffixe, en latin lentus, qui se trouve dans faeculentus, sanguinolentus, vinolentus, pestilentus, etc. ; il est considéré par Bopp (Gr. comp. §§ 20, 795) comme une altération phonétique du suffixe sanscr. vant, qui signifie pourvu de, muni de. Corssen (Beitr. p. 304) combat, et il a raison, cette théorie, et nie que le v devienne l en latin ; il pense que vant devient ent, qui se trouve dans cruentus, fluentus, etc. ; que l'l appartient à un suffixe précédent : pestilentus, de pest-il-entus, faeculentus, de faec-ul-entus, etc. ; et que le suffixe lentus ainsi formé s'est introduit dans sanguinolentus, vinolentus, où l'l est inorganique.

21opulent, ente adj. (o-pu-lan, lan-t')

  1. Qui est dans l'opulence.

    • M. Quinault était opulent ; sa femme lui avait apporté plus de cent mille écus D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 255, dans POUGENS
    • Le roi de France eut avec facilité et en un moment tout l'argent dont il avait besoin, par une de ces promptes ressources qu'on ne peut connaître que dans un royaume aussi opulent que la France Voltaire, Louis XIV, 31
    • Montesquieu partit de Vienne pour voir la Hongrie, contrée opulente et fertile, habitée par une nation fière et généreuse, le fléau de ses tyrans et l'appui de ses souverains D'Alembert, Éloges, Montesq.
    • Il n'y a plus de bonheur pour vous dans ce monde ! et vous êtes opulent, et il existe autour de vous tant de malheureux à soulager ! Diderot, Claude et Nér. II, 42
    • Ces superbes rideaux, ces coussins fastueux,Des amours opulents trône voluptueux Delille, Trois règnes, V

Étymologie

Lat. opulentus (voy. OPULENCE).

22patent, ente adj. (pa-tan, tan-t')

  1. 1Évident, manifeste. Un fait patent.

  2. 2Autrefois, acquit patent, brevet du roi scellé du grand sceau, portant gratification d'une somme d'argent et servant d'acquit et de décharge à celui à qui il s'adressait.

    • Ancien terme de chancellerie. Lettres patentes, voy. LETTRE, n° 16.

    • Lettres patentes, se dit encore aujourd'hui de certains actes de l'autorité souveraine.

Étymologie

Lat. patentem, de patere, être ouvert ; mot en rapport avec πετάννυμι, étendre.

23patient, ente adj. (pa-si-an, an-t')

  1. 1Terme didactique. Qui souffre, reçoit l'impression d'un agent.

    • Dans les passions comme nous les considérons, l'âme est patiente, et elle ne préside pas aux dispositions du corps, mais elle y sert Bossuet, Connaiss. III, 11
    • S. m. L'agent et le patient, le sujet qui agit et celui sur lequel il agit.

      • Bien que l'agent et le patient soient souvent fort différents Descartes, Pass. I, 1
      • Si Dieu était nécessité, il ne serait plus agent, il serait patient Voltaire, Métaph. 7
      • Fig. et familièrement. Il n'a été que le patient, se dit de celui qui, dans une querelle avec un autre, a souffert les injures, sans rien faire pour les repousser.

  2. 2Qui a de la patience, qui supporte, tolère.

    • Un Dieu qu'on fait à sa mode, aussi patient, aussi insensible que nos passions le demandent, n'incommode pas Bossuet, Anne de Gonz.
    • Que vous sert-il d'avoir de l'âge, de l'esprit, si vous n'êtes pas plus patient ? Mme de Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 25 juin 1684
    • Les aventures du sage et patient Ulysse valent bien la colère de l'impétueux Achille Fénelon, Dial. des morts anc. 4
    • Dans le langage de l'Écriture, Dieu est patient et miséricordieux, il supporte nos fautes pour nous donner le temps de nous corriger.

    • Dans le même langage, la charité est patiente.

    • Il se dit aussi des choses.

      • Cette vertueuse mère plia son fils avec douceur au joug de l'autorité maternelle, l'accoutumant insensiblement à une vie simple et patiente Fléchier, Duc de Mont.
    • Substantivement. Celui qui a de la patience.

      • Madame m'a fait connaître la vérité de cette parole du sage : Le patient vaut mieux que le fort Bossuet, Duch. d'Orl.
  3. 3Qui attend et qui persévère avec tranquillité.

    • Ce n'est jamais qu'aux esprits patients et laborieux qu'appartient le don de l'invention dans les sciences naturelles Voltaire, Mœurs, 178
    • Je serai patient pourvu que je le frappe Casimir Delavigne, Louis XI, IV, 2
  4. 4Celui qui est condamné à mort et que l'on va exécuter.

  5. 5Celui qui est entre les mains des chirurgiens, ou, en général, le malade.

    • Elle [la princesse de Conti] était défigurée par les martyres qu'on lui avait fait souffrir pour tâcher de la faire revenir : on lui avait rompu les dents et brûlé la tête ; c'est-à-dire que, si on ne mourait pas de l'apoplexie, on serait à plaindre dans l'état où l'on met les pauvres patients Mme de Sévigné, 5 fév. 1672
    • Montmartel, qui est à Genève au nombre des patients de Tronchin Voltaire, Lett. Mme d'Argental, 2 janv. 1763

Étymologie

Provenç. patient, passien ; espagn. paciente ; ital. paziente ; du lat. patientem, de pati, souffrir.

24présent, ente adj. (pré-zan, zan-t')

  1. 1Qui est dans le lieu où l'on est ou dont on parle.

    • Dieu est présent partout, il existe dans tous les lieux en même temps.

      • Il ordonnait qu'on se tût devant la majesté présente [de Dieu, dans une église] Fléchier, Duc de Mont.
    • Fig. Il n'est jamais présent, il est toujours distrait, inattentif.

      • Il n'est ni présent ni attentif dans une compagnie à ce qui fait le sujet de la conversation La Bruyère, XI
    • Être tenu présent à une assemblée, à une séance, ne pas y assister, et pourtant participer aux droits de présence.

    • Quand on fait des appels nominaux, chaque personne appelée répond : présent.

    • Dans le style des notaires, présents tels et tels, formule qui constate la présence de tels et tels. À ce présents et acceptants tels et tels.

  2. 2Il se dit de ce qui est actuellement sous les yeux, personne ou chose. Les objets présents.

    • Le présent acte, l'acte que l'on rédige actuellement.

    • La présente lettre, ou, substantivement, la présente, la lettre qu'on écrit.

      • Un bourgmestre de Middelbourg m'écrivit il y a quelque temps pour me demander en ami.... si la matière est éternelle, si elle peut penser, si l'âme est immortelle, et me pria de lui faire réponse sitôt la présente reçue Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 22 juill. 1761
      • Mon général, M. Pigalle, mon parent, qui vous remettra la présente, vous expliquera l'embarras où je me trouve Paul-Louis Courier, Lett. I, 235
    • On dit de même : le présent billet.

    • À tous ceux qui ces présentes lettres qui les présentes verront, formule du style de chancellerie.

    • Le présent porteur, l'homme qui porte la lettre ou le billet qu'on écrit.

  3. 3Présent à, se dit des personnes qui regardent, qui ressentent.

    • Voilà Dieu présent au pécheur pour l'observer et pour l'éclairer Bourdaloue, 5e dim. après l'Épiphan. Dominic. t. I, p. 222
    • Présent à tout ce qui m'importune, absent de tout ce qui m'intéresse MONTESQUIEU, Lett. pers. 155
    • Par exagération. Cet homme est présent à tout, il voit, il surveille tout.

    • On dit de même : Cet homme est présent partout.

  4. 4Fig. Il se dit des choses que l'on se rappelle, que l'on croit voir encore.

    • Il se dit des personnes dans le même sens.

    • Avoir la mémoire présente, se rappeler parfaitement les choses.

      • Une mémoire heureuse et très présente La Bruyère, X.
    • Avoir l'esprit présent, l'avoir très prompt.

      • La Rancune avait l'esprit fort présent Scarron, Rom. com. II, 2
      • Pour délasser l'esprit, pour le rendre plus présent et plus attentif à ce qui va suivre La Bruyère, les Caractères.
      • Dans le temps que la crainte de la mort semblait avoir égaré l'esprit de Louis XI, il l'eut toujours sain et présent dans les affaires Duclos, Œuv. t. III, p. 332
  5. 5Qui est dans le temps où nous sommes, par opposition à passé et à futur.

    • L'auditeur aime à s'abandonner à l'action présente, et à n'être point obligé, pour l'intelligence de ce qu'il voit, de réfléchir sur ce qu'il a déjà vu Corneille, Cinna, Exam.
    • L'inclination naturelle que tous les hommes ont à chercher plutôt le soulagement présent, que ce qui leur en doit faire un jour Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 73, dans POUGENS
    • Notre condition jamais ne nous contente ;La pire est toujours la présente La Fontaine, Fabl. VI, 11
    • Notre imagination nous grossit si fort le temps présent.... et amoindrit tellement l'éternité.... que nous faisons de l'éternité un néant, et du néant une éternité Pascal, Pens. III, 6, édit. HAVET.
    • Si, rappelant la mémoire des siècles passés, j'en fais un juste rapport à l'état présent Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Ô paroles qu'on voyait sortir de l'abondance d'un cœur qui se sent au-dessus de tout ; paroles que la mort présente et Dieu plus présent encore ont consacrées Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Qu'on peut mépriser les charmes de la grandeur, même présente Bossuet, le Tellier.
    • L'état présent d'une substance simple procède naturellement de son état précédent Diderot, Opin. des anc. philos. (leibnitzianisme).
    • Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui,Je ne veux point mourir encore A. CHÉNIER, la Jeune captive.
  6. 6Qui opère sur-le-champ. Remède présent.

    • Il faut m'arracher le cœur qui vous aime, ou souffrir que je prenne un grand et présent intérêt à vous Mme de Sévigné, 6 avr. 1672
    • Quand j'y pourrais donner atteinte [à ce que Mme de Sévigné avait fait pour Mme de Grignan], ce qui me fait horreur à penser, et que j'en aurais des moyens aussi présents qu'ils seraient difficiles à trouver CH. DE SÉV., (dans SÉV. t. X, p. 410, édit. RÉGNIER)
    • Il n'est point de poison plus présent ni de peste plus pénétrante Bossuet, 1er sermon, Conception, 1
    • Vieilli en ce sens. On dit remède actif, poison actif.

  7. 7S. m. pl. Les présents, les personnes présentes. Les présents et les absents.

    • Terme de jurisprudence. La prescription immobilière est de dix ans entre présents, et de vingt ans entre absents ; elle s'acquiert par dix ans quand le véritable propriétaire habite le ressort de la cour royale dans lequel l'immeuble est situé, et par vingt ans quand il n'y réside pas.

    • Il se dit quelquefois au singulier.

    • À tous présents et à venir salut, formule du style de chancellerie.

  8. 8S. m. Ce qui est actuel.

    • Le présent n'étant jamais qu'un point.... Voiture, Œuv. t. II, p. 313
    • Nous sentons l'écoulement de l'avenir dans le passé, et c'est ce qui fait le présent, comme le présent fait toute notre vie NICOLE, Ess. de mor. 2e traité, chap. 3
    • Le présent n'est jamais notre fin ; le passé et le présent sont nos moyens ; l'avenir est notre fin Pascal, Pens. III, 5, édit. HAVET.
    • Le présent est le seul temps qui est véritablement à nous Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 7
    • Je ne vous dis point.... combien je regrette ma vie ; je me plains douloureusement de la passer sans vous ; il semble qu'on en ait une autre, où l'on réserve de se voir et de jouir de sa tendresse ; et cependant, c'est notre tout que notre présent, et nous le dissipons ; et l'on trouve la mort : je suis touchée de cette pensée Mme de Sévigné, 264
    • Si quelque chose les empêche de régner sur nous, ces saintes et salutaires vérités, c'est que le monde nous occupe, c'est que les sens nous enchantent, c'est que le présent nous entraîne Bossuet, Duch. d'Orl.
    • La vieillesse.... Toujours plaint le présent et vante le passé Boileau, Art p. III
    • Le présent qui s'enfuit est déjà bien loin, puisqu'il s'anéantit dans le moment que nous parlons, et ne peut plus se rapprocher Fénelon, Tél. XIX.
    • Ce qui passe a été et sera et passe du prétérit au futur par un présent imperceptible Fénelon, Exist. II, 2, Éternité.
    • Il faut l'avouer, le présent est pour les riches, et l'avenir pour les vertueux et les habiles La Bruyère, VI
    • Nous tenons le présent dans nos mains ; mais l'avenir est une espèce de charlatan, qui, en nous éblouissant les yeux, nous l'escamote Fontenelle, Bonheur.
    • L'indiscrète avidité du présent nous ôtait toute ressource pour l'avenir J.-J. Rousseau, Hél. I, 44
    • Le présent est un point indivisible qui coupe en deux la longueur de la ligne infinie Diderot, Mém. t. III, p. 244, dans POUGENS
    • Jouir du présent, et s'inquiéter peu de l'avenir, telle est la logique commune, logique moitié bonne, moitié mauvaise, dont il ne faut pas espérer que les hommes se corrigent D'Alembert, Réfl. sur l'inocul. Œuv. t. IV, p. 346, dans POUGENS.
    • Le présent est le fils du passé, il lui ressemble BAILLY, Atlantide, p. 330
    • Ceux dont le présent est l'idole,Ne laissent point de souvenir E. LEBRUN, Odes, I, à Buffon.
    • Terme de jurisprudence. Épouser par paroles de présent, voy. PAROLE, n° 18, par opposition à épouser par paroles de futur, voy. FUTUR, n° 2.

  9. 9Terme de grammaire. Le premier temps de chaque mode d'un verbe, celui qui exprime une époque présente. Le présent de l'indicatif, du subjonctif.

    • Présent antérieur, s'est dit quelquefois de l'imparfait.

    • Adjectivement. Le participe présent.

  10. 10À présent, loc. adv. Maintenant, dans le temps présent.

  11. 11Dès à présent, dès le moment présent.

  12. 12Pour le présent, loc. adv. Dans le temps présent.

    • Il accorda aux soldats qui avaient accompagné le tribun double ration de blé pour tout le temps qu'ils serviraient ; et, pour le présent, il leur donna à chacun deux bœufs et deux habits Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 483, dans POUGENS.
  13. 13En style de pratique. De présent, maintenant. De présent résidant à Paris.

Synonymes

À PRÉSENT, PRÉSENTEMENT.

Étymologie

Lat. præsentem, de præsum, qui vient de præ, avant, et sum, je suis.

25prudent, ente adj. (pru-dan, dan-t')

  1. 1Qui a de la prudence.

    • C'était la femme prudente qui est donnée proprement par le Seigneur Bossuet, Mar.-Thér.
    • Plus prudent dans les affaires du siècle que le ministre de la pénitence, qui souvent ne les connaît pas Massillon, Carême, Confess.
    • Une femme prudente est la source des biens DESTOUCH., Diss. v, sc. dern.
    • Maman, bonne, humaine.... heureuse comme le sont presque toujours les personnes prudentes Diderot, Lett. à Mlle Voland, 15 nov. 1768
    • Substantivement.

      • Ce sont de tels sages et de tels prudents à qui Jésus-Christ déclare que les secrets de son royaume sont cachés Bossuet, Comédie, 9
  2. 2Conforme à la prudence, en parlant des choses. Conduite prudente.

Étymologie

Lat. prudentem, contracté de providentem, prévoyant (voy. PROVIDENCE).

Supplément

PRUDENT. Ajoutez : - REM. Régnier a dit prudent à : Très bon emploi et digne d'être imité.

26récent, ente adj. (ré-san, san-t')

  1. 1Nouvellement fait ou arrivé.

    • L'exemple récent d'une reine que la France admirera éternellement Fléchier, Mar.-Thér.
    • Songez.... Au meurtre tout récent du malheureux Osman Racine, Bajaz. II, 1
    • Quelques lecteurs pourront s'étonner qu'on ait osé mettre sur la scène une histoire si récente ; mais je n'ai rien vu dans les règles du poëme dramatique qui dût me détourner de mon entreprise Racine, ib. Préf.
    • Des faits récents, connus et circonstanciés La Bruyère, XIV
    • La découverte des défenses d'éléphants dans le Canada est assez récente, et j'en ai été informé des premiers Buffon, Not. just. Ép. nat. Œuv. t. XIII, p. 225
    • Blessure toujours récente, injure qui ne s'oublie pas.

      • Il y a quinze ans, direz-vous, que cela est passé [l'exil de Voltaire pour le Mondain] ; non, mes anges, il y a un jour, et ces injustices atroces font toujours des blessures récentes Voltaire, Lett. d'Argental, 28 août 1750
    • Avoir la mémoire récente d'une chose, s'en souvenir comme si elle venait d'arriver.

    • La mémoire en est encore toute récente, se dit de choses arrivées il n'y a pas longtemps.

  2. 2Il se dit quelquefois des personnes, pour exprimer qu'elles ont encore la mémoire fraîche de quelque chose.

    • Je ne suis pas assez récent de mon latin pour me vanter d'entendre tous les mots choisis dont vous avez semé cet ouvrage Corneille, Lett. à l'abbé de Pure, 25 août 1560

Étymologie

Provenç. recent ; espagn. reciente ; ital. recente ; du lat. recentem.

Supplément

RÉCENT. - ÉTYM. Le latin recens signifiant proprement : qui vient récemment de, qui a quitté récemment, comme on voit par ces exemples, recens a victoria, Rhodo recentes Romam venerunt, se sépare en rec-ens, et se rattache à la racine zend raç, venir, Rev. critique, 23 déc. 1876, p. 403.

27régent, ente adj. (ré-jan, jan-t')

  1. 1Qui exerce la régence. Le prince régent, la reine régente.

    • Substantivement. Le régent, la régente du royaume.

      • Après avoir fait sentir aux ennemis durant tant d'années l'invincible puissance du roi, s'il fallut agir au dedans pour la soutenir, je dirai tout en un mot : il fit respecter la régente Bossuet, Louis de Bourbon.
      • Se dit, absolument, de Philippe d'Orléans, régent de France pendant la minorité de Louis XV.

      • Nom d'un diamant de la couronne, évalué 12 millions, et qui fut acheté par Philippe d'Orléans.

      • Tabac du régent, tabac à priser, préparé avec des aromates.

  2. 2S. m. Régent de la banque de France, membre du conseil général de la Banque.

  3. 3Un des officiers de la chancellerie romaine.

  4. 4

    • Autrefois, ceux qui enseignaient dans un collége ; dès le XIIe siècle, regere scholas signifiait professer ; on s'habitua à dire par abréviation regere ; magister regens était un maître qui enseignait CH. THUROT, De l'organisat. de l'enseign. dans l'univ. de Paris au moyen âge, p. 90
    • Outre ces instructions publiques et communes, le régent peut encore beaucoup servir aux écoliers, par l'attention qu'il a sur leur conduite Rollin, Traité des Ét. Devoirs des régents
  5. 5Anciennement, docteur régent, titre des docteurs professeurs en théologie, en droit, en médecine.

  6. 6En Bretagne, se dit de l'agent d'un propriétaire dont l'emploi consiste à surveiller les métayers et à toucher les redevances.

    • Quand notre Jeanne sera grande, Si le fils de notre régent En mariage la demande, Nous donnerons tout notre argent P. DUPONT, la Chanson des Bœufs
  7. 7Régent de village, nom, dans la Suisse romande, du maître d'école.

    • La commune [de Vallorbe, près de Lausanne] s'intéressa à ces expériences [de pisciculture], et quelques centaines de francs furent mis annuellement à la disposition du régent pour l'aider dans son entreprise BOUCHON-BRANDELY, Journ. offic. 28 oct. 1873, p. 6589, 2e col.

Étymologie

Lat. regentem, part. prés. de regere (voy. RÉGIR).

28tangent, ente adj. (tan-jan, jan-t')

  1. 1Terme de géométrie. Qui touche une ligne ou une surface en un seul point.

    • Une ligne droite tangente à une courbe est la limite des positions d'une sécante dont un des points d'intersection avec la courbe va en se rapprochant indéfiniment de l'autre ; réciproquement, la courbe est tangente à la ligne droite. La ligne droite peut être sécante à la courbe en un autre point ; elle peut t même traverser la courbe au point de tangence comme cela a lieu pour les droites tangentes aux points d'inflexion.

    • Deux courbes sont dites tangentes en un point, quand une même ligne droite leur est tangente à toutes deux en ce point.

    • Un plan est dit tangent à une surface en un point, suivant une ligne, lorsqu'il contient les droites tangentes à toutes les courbes qu'on peut tracer sur cette surface par ce point ou par tous les points de cette ligne. Réciproquement, la surface est tangente au plan.

    • Une ligne est dite tangente à une surface en un point, quand la droite tangente à cette surface en ce point est située dans le plan tangent à la surface au même point ; et, réciproquement, la surface est tangente à la ligne.

    • Deux surfaces sont dites tangentes en un point, suivant une ligne, quand elles ont même plan tangent en ce point, en tous les points de cette ligne.

  2. 2Il se dit quelquefois simplement pour touchant à.

    • De ces trois enveloppes [autour du soleil], la première, tangente au noyau solide, est formée de nuages semblables aux nuages terrestres A. GIRARD, Journal des Débats, 20 avril 1865

Étymologie

Lat. tangentem, touchant, de tangere, toucher.

29urgent, ente adj. (ur-jan, jan-t')

  1. Qui ne souffre point de retardement, pressant.

Étymologie

Lat. urgentem, qui presse, de urgere, presser.

30violent, ente adj. (vi-o-lan, lan-t')

  1. 1Qui agit avec force. Vent violent.

    • L'orage est violent.... Thomas Corneille, Essex, I, 2
    • Qui se fait sentir avec force. Une douleur violente. Une fièvre violente. Un violent mal de dents.

      • Pouvons.... craindre.... un plus cruel rabat-joie que la douleur sensible de songer à se séparer.... cette pensée est violente Mme de Sévigné, 15 août 1685
  2. 2Qui épuise les forces.

    • Cet exercice [être berné] est un peu violent, pour un homme aussi faible que je suis Voiture, Lett. 9
    • Je vous vois dans une dépense si violente.... Mme de Sévigné, 15 juin 1689
    • Suivant le principe des philosophes que tout ce qui est violent ne peut durer BOISGUILLEBERT, Factum de la France, XI
    • Respectez un jeune chasseurLas d'une course violente J.-B. Rousseau, Cantate de Céphale.
    • On supporte un état violent, quand il passe ; six mois, un an ne sont rien, on envisage un terme et l'on prend courage ; mais quand cet état doit durer toujours, qui est-ce qui le supporte ? J.-J. Rousseau, Hél. VI, 6
    • Quel état violent ! ô ciel ! que dois-je faire ? BOISSY, Deh. tromp. II, 1
    • Un si violent effort [l'attaque de Smolensk] lui paraissait inutile [à Murat], puisque les Russes se retiraient d'eux-mêmes Ségur, Hist. de Nap. VI, 4
  3. 3Qui se livre à des violences, en parlant des personnes.

    • Je sais quel est Pyrrhus, violent mais sincère Racine, Andr. IV, 1
    • Chez ces nations violentes, rendre la justice n'était autre chose qu'accorder à celui qui avait fait une offense sa protection contre la vengeance de celui qui l'avait reçue Montesquieu, Esp. XXX, 20
    • Il [Socrate] était né violent ; il est à présent le plus doux et le plus patient des hommes Barthélemy, Anach. ch. 7
  4. 4Où l'on emploie la violence.

    • Les grâces pudiques de la reine Esther eurent un effet aussi salutaire, mais moins violent [que l'action de Judith] Bossuet, Reine d'Angleterre.
    • Les moyens violents ne conviennent point à la cause juste J.-J. Rousseau, Lett. de la Mont. 8
    • Mort violente, mort causée par force, par accident, et non par une cause naturelle.

  5. 5Fig. Il exprime l'intensité, la force. On a de violents soupçons contre lui.

    • Que n'ose et que ne peut l'amitié violente ! La Fontaine, Fabl. XII, 15
    • Il faut que la force du proverbe soit bien violente, s'il est bien vrai que vous ne soyez pas prophète en votre pays Mme de Sévigné, à Coulanges, 28 mai 1695
    • Les âmes fortes ont des sentiments bien plus violents que les autres, quand elles sont tendres Voltaire, Ingénu, 20
    • Pour moi, j'ai des doutes violents, mais je les écarte, je me mets un bandeau sur les yeux Voltaire, Amabed, 6e lettre.
    • Il se dit des personnes en un sens analogue.

      • Il [Lavardin, l'évêque du Mans] était connu pour un des plus violents esprits forts du siècle de Louis XIV Voltaire, Dict. phil. Ordination.
  6. 6Qui ne garde pas la mesure, en parlant du style.

    • Celui [style] de Rousseau [Jean-Baptiste] me paraît inégal, recherché, plus violent que vif, et teint, si j'ose m'exprimer ainsi, de la bile qui le dévore Voltaire, Lett. en vers et en prose, 8
  7. 7Qui fait violence à un texte.

    • Que de violents correctifs ne faut-il point apporter à ses propositions [de Rusbroc, mystique] pour les rendre supportables ? Bossuet, Ét. d'orais. I, 5
  8. 8Fig. et familièrement. Qui sort de la mesure ; qui ne se peut tolérer. La proposition est violente.

    • Allons, des siéges ; holà ! laquais, laquais, laquais ! en vérité, voilà qui est violent, de ne pouvoir pas avoir un laquais pour donner des siéges Molière, Comtesse, 4
    • Le parallèle de monsieur le Prince et de M. de Turenne est un peu violent ; mais il [Bossuet] s'en excuse en niant que ce soit un parallèle Mme de Sévigné, à Bussy. 25 avril 1687
    • Vous m'avouerez que cela est violent, locution de la cour DE CAILLIÈRES, 1690
    • M. Thomasseau : Un lit de damas ! cela est violent Dancourt, Vend. Surène, sc. 22

Étymologie

Wallon, violain ; provenç. violent ; espagn. et ital. violento ; du lat. violentus, de même radical que violare, violer.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander