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ente dans le Littré

5 articles· 31 citations· rimes· synonymes· étymologie· prononciation (3)

1ente s. f. (an-t')

  1. Terme d'arboriculture. Espèce de greffe qui consiste à insérer un scion dans un autre arbre. De belles entes.

    • L'arbre même où l'on a fait une ente. De jeunes entes.

Étymologie

Piémont. et parmesan, enta ; bas-latin, impotus ; anc. h. allem. impitôn (l'accent sur im) ; allem. mod. impfen. Diez propose le grec ἔμφυτον, implanté ; le sens, la forme, l'accent, tout convient ; cette étymologie est donc bonne. On remarquera que ente a été masculin aussi bien que féminin.

2ente s. f. (an-t')

  1. 1Terme de peinture. Le bois qui sert de manche à un pinceau.

  2. 2Terme de chasse. Peau remplie de paille ou de foin, qu'on met, en forme d'oiseau, sur un piquet, pour attirer les oiseaux dans un piége.

  3. 3Terme d'architecture. Nom donné en général aux jambes de force qui sortent un peu hors du mur.

  4. 4Partie du volant d'un moulin.

Étymologie

Le même que le précédent, par comparaison d'une ente, greffe, avec un manche et, en un mot, tout ce qui s'ajuste.

3gent, ente adj. (jan, jan-t')

  1. Terme du style archaïque ou du style badin. Gentil, joli. Une gente demoiselle. Une gente fillette.

    • Ces femmes.... Qui gentes en habits et sades en façons Régnier, Sat. IX
    • Mesdemoiselles du Vigean Ont le cœur noble et le corps gent Voiture, Poésies, Œuvres, t. II, p. 131, dans POUGENS
    • Que dit-elle de moi cette gente assassine ? Molière, l'Ét. I, 6

Étymologie

Provenç. gent, au fém. genta ; anc. espagn. gent ; anc. ital. gente (que le Dictionnaire de la Crusca dit venir du provençal). Gent ne représente pas directement gentilis, qui, ayant l'accent sur ti, a donné gentil ; mais on peut admettre que le français et le provençal ont reculé l'accent de gentilis, ont dit gentĭlis, et ont fait gent ; c'est ainsi que mansuetus a fourni l'espagnol manso. Diez, qui reconnaît cette possibilité, préfère cependant tirer gent de genitus (ce qui est bon lettre pour lettre), signifiant celui qui est né, qui est de bonne naissance, et, par suite, gent, gentil ; cela est appuyé par le féminin provençal genta. Pourtant remarquez que, dans l'historique qui remonte haut, on ne trouve jamais le sens d'engendré et toujours celui de gentil. L'anglais gentle ne peut venir en preuve de l'étymologie par gentilis ; car gentle ou genteel proviennent du français. Cet adjectif avait un comparatif gentior, plus gent, et un adverbe gentement.

4lent, ente adj. (lan, lan-t')

  1. 1Proprement, souple, flexible, sens qui est un latinisme rarement usité et seulement en poésie.

  2. 2Par un passage du sens de flexible à mou, faible, qui n'agit pas avec promptitude, qui tarde, en parlant des personnes. Il est lent dans tout ce qu'il fait, à tout ce qu'il fait. C'est un esprit lent.

  3. 3Qui manque de promptitude, d'activité, qui tarde, en parlant des choses. Un poison lent. Une mort lente.

    • Terme de marine. Se dit d'un navire qui n'obéit pas assez vivement à l'action du gouvernail.

  4. 4Terme de médecine. Fièvre lente, fièvre continue, peu intense dans ses symptômes, et qui suit une marche chronique. Souvent le mot fièvre lente est synonyme de fièvre hectique.

    • Pouls lent, pouls dont les battements sont en nombre moindre que dans l'état normal. On le dit aussi quand la systole est plus prompte que la diastole.

Remarque

Lent veut à avec les verbes et dans avec les noms : lent à choisir, lent dans son choix. L'ancienne langue disait avec un verbe aussi bien lent de que lent à.

Étymologie

Wallon, lêne, lente (au féminin seulement) ; provenç. lent ; espagn. et ital. lento ; du lat. lentus, flexible, visqueux, lent.

Supplément

.... LENT, suffixe, en latin lentus, qui se trouve dans faeculentus, sanguinolentus, vinolentus, pestilentus, etc. ; il est considéré par Bopp (Gr. comp. §§ 20, 795) comme une altération phonétique du suffixe sanscr. vant, qui signifie pourvu de, muni de. Corssen (Beitr. p. 304) combat, et il a raison, cette théorie, et nie que le v devienne l en latin ; il pense que vant devient ent, qui se trouve dans cruentus, fluentus, etc. ; que l'l appartient à un suffixe précédent : pestilentus, de pest-il-entus, faeculentus, de faec-ul-entus, etc. ; et que le suffixe lentus ainsi formé s'est introduit dans sanguinolentus, vinolentus, où l'l est inorganique.

5enté, ée part. passé. (an-té, tée)

  1. 1Qui a reçu une ente. Cognassier enté de prunier.

  2. 2Mis en ente. Prunier enté sur cognassier.

  3. 3Par extension, il se dit des choses qui sont jointes les unes aux autres, posées les unes sur les autres.

    • Nous pouvons bien imaginer distinctement une tête de lion entée sur le corps d'une chèvre, sans qu'il faille conclure pour cela qu'il y ait au monde une chimère Descartes, Mèth. IV, 8
    • Il fallait que ce nouveau peuple fût enté sur le premier Bossuet, Hist. II, 7
    • Ce sont morceaux de rochers Entés les uns sur les autres Et qui font dire aux cochers De terribles patenôtres La Fontaine, Lettres à sa femme, 19 sept. 1663
    • Ce visage d'Éthiopienne enté sur un corps de Grecque semblait quelque chose de fort étrange La Fontaine, Psyché, II, 211
    • Canne entée, canne composée de plusieurs pièces emboîtées les unes dans les autres.

  4. 4Il se dit aussi des choses qui ne peuvent que métaphoriquement être supposées unies, entées. Il a un orgueil enté sur une très grande dignité d'âme.

    • Un songe sur lequel les autres sont entés Pascal, Grandeur, 25
    • La personnalité humaine a été comme entée sur la personnalité du verbe Pascal, Prov. 11
    • La religion seule fait quelquefois des conversions surprenantes et des changements miraculeux ; mais elle ne fait guère toute une vie égale et uniforme, si elle n'est entée sur un naturel philosophique Fontenelle, des Billettes.
    • Cette maison est entée sur telle autre, elle en a pris le nom.

      • C'est [Montbron] le dernier de ces faux entés sur Montbron, c'est-à-dire son père qui lui survécut Saint-Simon, 3, 359
      • Un grand nom sur lequel on est enté et qu'on ne tient pas de ses ancêtres Massillon, Petit car. Obstacles.
  5. 5Il se dit d'une personne par rapport à ses diverses qualités. C'est un financier enté sur un praticien.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander