Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

fort dans le Littré

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fort, orte adj. (for, for-t' ; le t ne se lie pas : un homme for et hardi ; au pluriel, l's ne se lie pas : des hommes for et hardis ; cependant quelques-uns lient cette s : des hommes for-z et hardis ; quand fort est employé pour le superlatif absolu, le t se lie : elle est for-t aimable ; il se lie aussi dans la locution fort et ferme : for-tè-fèr-m')

  1. 1Qui a beaucoup de force. Cet enfant deviendra fort. Cet oiseau a l'aile forte.

    • J'eus beau crier et me défendre [d'être berné] ; la couverture fut apportée ; et quatre des plus forts hommes du monde furent choisis pour cela Voiture, Lett. 9
    • Mes gens vous aideront, et je les ai pris fortsPour vous faire service à tout mettre dehors Molière, Tart. V, 5
    • Comme elle [la jeunesse] se sent forte et vigoureuse, elle bannit la crainte, et tend les voiles de toutes parts à l'espérance qui l'enfle et qui la conduit Bossuet, Panég. St Bernard, 1
    • Les dernières levées étaient trop jeunes et trop faibles, il est vrai ; mais l'armée avait encore beaucoup de ces hommes forts et tout d'exécution, accoutumés aux situations critiques et que rien n'étonnait Ségur, Hist. de Nap. III, 3
    • Familièrement. Être fort comme un Turc, comme un bœuf, extrêmement fort.

    • Ironiquement. Il est le plus fort, il portera les coups.

    • Fort de, se dit de la partie où l'on a de la force. Fort des bras, des reins.

    • Fort de, se dit aussi de la chose qui rend fort.

      • Semblables à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur nourrice La Bruyère, I
    • Dans le langage biblique, le Dieu fort, Dieu.

      • Mon âme a une soif ardente pour le Dieu fort, le Dieu vivant Saci, Bible, Psaumes, XLI, 3
      • Et, ayant dressé là un autel, il [Jacob] y invoqua le Dieu très fort d'Israël Saci, Bible, Génèse, XXXIII, 20
    • Il se dit de la force de certaines choses comparée à la force musculaire.

      • Les gros aimants, même les plus faibles, répandent en proportion leur force à de plus grandes distances que les petits aimants les plus forts Buffon, Min. t. IX, p. 173, dans POUGENS
  2. 2Par extension, qui a pour soi la force matérielle.

  3. 3Terme de guerre. Redoutable par le nombre, l'armement, la position, etc. L'ennemi était plus fort que nous. Une armée forte de trente mille hommes Une escadre forte de six vaisseaux de ligne.

    • Votre armée est la plus forte en nombre Corneille, Sophon. I, 4
    • Une troupe aussi forte, un camp aussi nombreux Voltaire, Scythes, IV, 2
    • L'armée d'Alexandre, forte de trois cent mille hommes, contenait ces peuples Ségur, Hist. de Nap. IV, 1
    • Qui est en état de résister aux attaques de l'ennemi, en parlant de positions, de villes de guerre. Ville forte. La position de l'ennemi était très forte.

  4. 4Capable, par la grosseur, par l'épaisseur, de résister au choc, au poids, en parlant des choses. De fortes murailles. Une poutre très forte. De la vaisselle d'argent très forte.

    • Il [le rouge-gorge] place son nid près de terre sur les racines des jeunes arbres, ou sur des herbes assez fortes pour le soutenir Buffon, Ois. t. IX, p. 287
    • Terme de marine. Bâtiment fort de côté, bâtiment qui incline peu par un grand vent de travers. Fort en bois, qui a les côtés épais.

    • Il se dit de même des tissus, des cuirs, etc. Un cuir fort. Une étoffe très forte. Un ruban très fort.

    • Coffre-fort, voy. COFFRE.

  5. 5Grand et puissant de corps. Un homme grand et fort. Un fort cheval.

    • On dit de même : Avoir la main forte, le pied fort. Il a le nez un peu fort.

      • Placez la main autrement, et l'on ne s'apercevra plus qu'elle est un peu trop forte et trop caractérisée Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 196, dans POUGENS.
      • L'Hercule de Glycon a le cou très fort relativement à la tête et aux jambes Diderot, Pensées sur la peinture, Œuvres, t. XV, p. 213
  6. 6Qui est considérable en son genre, en parlant des choses. C'est une forte maison, on y fait beaucoup de dépense. Recevoir un fort salaire. Une forte dose. Un fort détachement.

    • La plupart des matelots accourant où la paye était la plus forte Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. IV, p. 49, dans POUGENS
    • Colbert attira d'Italie Dominique Cassini, Huyghens de Hollande, et Roëmer de Danemark par de fortes pensions Voltaire, Louis XIV, 31
    • Deux cents talents ! la somme est forte, mais allez dire à votre maître que, pour me tenter, ce ne serait pas trop de sa couronne Diderot, Claude et Nér. I, 12
    • Un ordinaire fort, une table servie copieusement chaque jour.

    • Une forte entrée, une entrée copieuse. On dit dans le même sens un plat fort, un plat copieux.

  7. 7Qui est en quelque excès sur la juste mesure.

    • Je soupçonne que ces mesures données par M. Mikhéli sont trop fortes, d'autant qu'elles excèdent de moitié celles qu'ont données MM. Cassini, Scheuchzer et Mariotti qui pourraient bien être trop faibles Buffon, Addit. Théor. ter. Œuvres, t. XII, p. 439, dans POUGENS.
    • Monnaie forte, monnaie évaluée sur un pied avantageux à celui qui la reçoit en payement.

      • Le roi [Charles XII] répandit au hasard mille bourses, qui font quinze cent mille francs de notre argent en monnaie forte Voltaire, Charles X'II, 6
    • Denier fort, voy. DENIER n° 3 et n° 8.

  8. 8Qui a une longue portée, en parlant de la vision. Une forte lunette.

    • Après avoir fait répéter cette expérience à d'autres dont les yeux étaient meilleurs et plus forts que les miens Buffon, Hist. min. t. VII, p. 321, dans POUGENS
  9. 9Voix forte, voix pleine et qui se fait bien entendre.

    • Il [Télémaque] appelle à lui d'une voix forte les chefs de l'armée Fénelon, Tél. XVII
    • Terme de grammaire. Articulation forte, celle pour laquelle il faut fermer exactement la bouche pour la prononcer ; plus l'interception est exacte, plus l'articulation sera forte. pa, ta, ka, sont des articulations fortes ; ba, da, ga, sont des articulations faibles.

    • Temps fort, en fait de musique, voy. TEMPS.

  10. 10Qui a une grande ténacité. Colle forte, voy. COLLE.

    • Terre forte, terre grasse, argileuse, tenace et difficile à labourer.

      • J'ai fait tirer de chacun de ces arbres une solive de 22 pieds, sur 5 pouces d'équarrissage ; la première solive qui venait du terrain fort pesait 281 livres ; l'autre qui venait du terrain sablonneux ne pesait que 232 livres Buffon, Hist. nat. Part. exp. Œuv. t. VIII, p. 226
  11. 11Touffu, dru, rangé près à près. Les blés sont forts cette année. Un bois extrêmement fort. Une forte haie l'empêcha de passer.

  12. 12Rude, difficile. Un ressort qui est très fort. Une forte tâche. Ils trouvèrent une montagne forte à monter.

    • Ce cheval a la bouche forte, il a la bouche dure.

    • Un cheval fort en bouche, cheval qui résiste au mors.

  13. 13Chargé, en parlant d'une couleur, d'une liqueur. Bouillon fort. Cette lessive est trop forte. Des teintes plus fortes.

  14. 14Qui fait beaucoup d'impression sur le goût, l'odorat. Ce tabac est très fort. De fortes épices.

    • Liqueurs fortes, liqueurs alcooliques.

      • L'on n'a d'autre intempérance à leur reprocher qu'une passion démesurée pour les liqueurs fortes Raynal, Hist. phil. XVIII, 16
      • Le grand muphti, désespéré de voir les mosquées abandonnées, décida que cette boisson [le café] était comprise dans la loi de Mahomet, qui proscrit les liqueurs fortes Raynal, ib. III, 12
    • Eau-forte, nom de l'acide azotique.

      • Ils cherchent à réveiller leur goût déjà éteint par les eaux-de-vie et par toutes ces liqueurs les plus violentes, il ne manque à leur débauche que de boire de l'eau-forte La Bruyère, VIII
    • Graver à l'eau-forte, graver sur une planche de cuivre à l'aide de l'eau-forte.

    • Eau-forte, estampe tirée sur une planche qui a été préparée à l'eau-forte. Une belle eau-forte.

  15. 15Âcre au goût, désagréable à l'odorat. Du beurre fort.

  16. 16Fig. Qui a de la grandeur, de l'impétuosité, de la violence, en parlant des choses. Une forte maladie. Son pouls est fort et élevé. Forte gelée. Le vent a été fort toute la nuit. Forte douleur. Donner une médecine trop forte. Forte chaleur.

  17. 17Un fort marchand, un marchand qui fait de grandes affaires.

    • On consulta enfin deux forts laboureurs et deux bons marchands de blé, et il y eut le lendemain plus de pain au marché qu'on n'en voulait Voltaire, Dict. phil. Conseiller ou juge
  18. 18Qui a de la force d'âme, de la fermeté. La femme forte de l'Écriture.

    • Ô dieux ! que de faiblesse en une âme si forte ! Corneille, Cinna, IV, 6
    • Une femme forte, pleine d'aumônes et de bonnes œuvres, précédée, malgré ses désirs, par celui que tant de fois elle avait cru devancer Bossuet, le Tellier.
    • Vous avez une âme forte à qui je dis quelquefois des vérités fortes Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 21 sept. 1764
    • Fort contre vos raisons, faible contre ses pleurs Voltaire, Brutus, IV, 1
    • Nous ne pouvons jamais nous affranchir de la nécessité d'avoir un suprême empire sur nous-mêmes ; si nous ne sommes pas fortes contre le vice, nous sommes obligées de l'être contre la honte Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 150, dans POUGENS
    • Il se dit, en un même sens, de certaines choses morales ou intellectuelles.

      • Voyons donc ce dernier combat [l'agonie] ; mais encore un coup affermissons-nous ; ne mêlons point de faiblesse à une si forte action, et ne déshonorons pas par nos larmes une si belle victoire Bossuet, Duch. d'Orl.
      • On n'entendit plus parler de cette éducation forte et sévère de la jeunesse persane Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 396
      • Je conviens que le sujet n'est guère théâtral pour nous qui, ayant beaucoup plus de goût, de décence, de connaissance du théâtre que les Anglais, n'avons généralement pas des mœurs si fortes Voltaire, Rome sauvée, Préf.
      • Les Mogols n'avaient plus rien de ces mœurs fortes qu'ils avaient apportées de leurs montagnes Raynal, Hist. phil. IV, 21
    • On dit quelquefois qu'une œuvre littéraire est forte, quand elle exprime surtout des sentiments de fermeté et de courage, etc.

      • On joue souvent Zaïre parce qu'elle est tendre ; on ne joue pas Brutus parce que cette pièce n'est que forte Voltaire, Lett. d'Argenson, 4 juin 4739
  19. 19Habile, capable. Vous êtes plus fort que moi aux échecs.

    • Absolument. Un homme fort, un homme dont l'esprit a plus d'étendue, de pénétration, de force qu'on n'en a d'ordinaire.

      • Un élève fort, un élève qui sait bien ce qu'on lui enseigne. Il est fort en grec, en mathématiques.

        • Malgré la sévérité de ce professeur, j'étudiai sous lui pendant six mois, et je devins un de ses plus forts écoliers LE SAGE, Est. Gonzalez, chap. 4
      • Familièrement. Il n'est pas fort, c'est-à-dire il s'en faut de beaucoup qu'il soit habile.

      • Familièrement. Il est fort pour parler, il parle plus qu'il n'agit.

      • Familièrement, être fort pour, signifie aussi avoir du goût pour. Il est fort pour le spectacle, pour le vin, pour jouer.

      • Être fort en gueule, parler beaucoup, avoir la repartie prompte, piquante, insolente.

      • En parlant des ouvrages d'esprit, qui témoigne de la force, de l'habileté. Ce jeune homme a fait une composition très forte.

        • Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux pour prier.... Pascal, Moyens, édit. FAUGÈRE.
        • Dieu veuille que ces derniers tomes soient cent fois plus forts que les premiers ! c'est ainsi qu'il faut répondre aux persécuteurs Voltaire, Lett. Damilaville, 26 juill. 1764
      • Ironiquement.

      • C'est une forte tête, une tête forte, c'est un homme judicieux et sagace.

      • Ironiquement, les fortes têtes de l'endroit, les notables les plus habiles d'une localité où il y a peu de lumières.

      • Une tête forte, se dit aussi d'un homme qui supporte bien le vin.

      • Une imagination forte, imagination qui se représente les choses avec énergie.

        • Les hommes d'une imagination forte, comme Pascal, parlent avec une autorité despotique Voltaire, Lett. S'gravesende, 1er juin 1738
      • Avoir l'esprit fort, avoir de la vigueur, de la pénétration dans l'esprit.

      • Esprit fort, voy. ESPRIT, n° 20.

        • Si c'est le grand et le sublime de la religion qui éblouit ou qui confond les esprits forts, ils ne sont plus des esprits forts, mais de faibles génies et de petits esprits La Bruyère, XVI
      • Bien fondé, appuyé sur de bons principes. De forts arguments. Une objection forte. De fortes preuves.

        • Il [Corneille] a un nom très respecté, il est mort ; voilà déjà une raison bien forte (je ne dis pas bien bonne) en sa faveur D'Alembert, Lett. à Voltaire, 27 janv. 1762
      • À plus forte raison, voy. RAISON.

  20. 21Il se dit du style, des expressions, pour dire que l'énergie est jointe à la justesse. Un style fort et concis. Une éloquence forte et rapide.

    • Madame a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs ; le matin elle fleurissait, avec quelles grâces vous le savez ; le soir nous la vîmes séchée, et ces fortes expressions, par lesquelles l'Écriture exagère l'inconstance des choses humaines, devaient être pour cette princesse si précises et si littérales Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Terme de peinture. Qui a de la précision et ne laisse rien de douteux. Contours forts.

  21. 22Il se dit, en un autre sens, des expressions qui ont quelque chose d'outré, de dur, de dépassant la mesure.

    • Le paradoxe est fort Molière, Femm. sav. IV, 3
    • L'épithète est un peu forte Molière, Critique, 2
    • S'il faut user de termes forts, la force de la vérité me les arrache Bossuet, Var. Défense, 1er disc. § 54
    • Le comte de Polignac a écrit au nonce une lettre un peu forte Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 6 déc. 1717
    • Les éloges que Virgile, Horace et Ovide même prodiguèrent à Auguste étaient beaucoup plus forts [que les éloges prodigués à Louis XIV] ; et, si on songe aux proscriptions, ils étaient assurément bien moins mérités Voltaire, Frag. sur l'hist. art. XXVIII
    • Après Milton, après le Tasse,Parler de moi serait trop fort,Et j'attendrai que je sois mort,Pour apprendre quelle est ma place Voltaire, Stances, 1
    • Familièrement. Cela est fort, paraît fort, voilà qui est fort, ou c'est trop fort, c'est par trop fort, c'est un peu fort, se dit d'une chose qu'on ne peut croire, qui surprend désagréablement.

      • Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la cour DE CAILLIÈRES, 1690
  22. 23Terme de fauconnerie. Volée du poing fort, action de lancer les oiseaux de poing sur le gibier.

  23. 24Terme de droit coutumier. Forte clameur, amende que payait en quelques endroits celui qui perdait un procès.

  24. 25S. m. Celui qui a une grande force musculaire ; il ne se dit que dans cette locution, les forts de la halle, les portefaix qui font le service de la halle au blé de Paris.

    • Se dit aussi de ceux qui portent les marchandises dans les ports.

  25. 26Celui qui a la force ou la puissance. Protéger le faible contre le fort.

    • Le pain des forts, voy. PAIN.

    • Dans le langage de la chaire, le fort armé, le diable.

      • Le fort armé, c'est le démon.... Jésus-Christ a chassé ce fort armé, quand il a ébranlé le cœur endurci et qu'on a fait pénitence Bossuet, Médit. sur les Évang. Sermon sur la mont. 19e jour.
  26. 27La partie la plus forte, la plus résistante d'une chose. Le fort de la voûte, d'une poutre.

    • Mettre du bois sur son fort, le placer dans la position où il résiste le mieux à la charge.

    • Le fort du pied, le côté qui appuie le plus sur la terre.

    • Le fort de l'épée, le tiers du tranchant qui est à partir du talon, et avec lequel on pare surtout.

      • Zadig sut parer le coup, en opposant ce qu'on appelle le fort de l'épée au faible de son adversaire Voltaire, Zadig, 21
    • Le mi-fort, la partie de l'épée qui vient après le fort et qui est entre ce qu'on nomme le fort et le faible.

    • Fort de la pique, le milieu de cette arme.

    • Fort d'une balance romaine, le côté qui est le moins éloigné du centre ou point de suspension.

    • Terme de marine. Le fort d'un navire, le milieu qui en est la partie la plus enfoncée et en même temps la plus large.

    • Ligne du fort, se dit, dans un navire, de la ligne jusqu'à laquelle il enfonce quand on le charge de toutes les marchandises qu'il peut porter commodément et sans péril, et qui est au-dessus de la ligne d'eau.

    • Le fort et le faible, ce qu'il y a de fort et de faible dans une personne, dans une chose.

      • Les hommes d'ailleurs, qui tous savent le fort et le faible les uns des autres, agissent aussi réciproquement comme ils croient le devoir faire La Bruyère, XI
      • Je connais le fort et le faible de tous les états de la vie Dancourt, Retour des officiers, sc. 6
      • Le fort et le faible de tous les gouvernements a été examiné de près dans les derniers temps Voltaire, Dict. phil. États, Gouvernements.
      • Enfin après avoir examiné le fort et le faible des sciences, il fut décidé que monsieur le marquis apprendrait à danser Voltaire, Jeannot et Colin.
    • Du fort au faible, le fort portant le faible, c'est-à-dire toute compensation faite. Quatre chevaux porteront tout cela, du fort au faible.

  27. 28Se dit en parlant des sons.

    • Il [le rossignol] saute du grave à l'aigu, du doux au fort Chateaubriand, Génie, I, V, 5
  28. 29Terme de monnaie. Le fort, ce qui est en excès. Travailler sur le fort, tailler des flans ou espèces qui pèsent plutôt plus que moins et au delà du poids ordinaire.

  29. 30Terme de chasse. Le plus épais du bois et des buissons, où les bêtes sauvages se retirent (on voit à l'historique que fort a été employé en termes de chasse bien avant de l'être en termes de fortification). Relancer la bête dans son fort.

    • Il entre dans le fort, se mêle avec les piqueurs La Bruyère, VII
    • Lorsque les louves sont prêtes à mettre bas, elles cherchent au fond du bois un fort, un endroit bien fourré, au milieu duquel elles aplanissent un espace assez considérable en coupant, en arrachant les épines avec les dents Buffon, Quadr. t. II, p. 193
    • Autrefois on en faisait le vol à l'épervier ou au faucon ; et, dans cette petite chasse, le plus difficile était de faire partir l'oiseau [le râle d'eau] de son fort Buffon, Ois. t. V, p. 239
    • Les ombrages ne sont pour l'autre que des viandis, des forts J.-J. Rousseau, Ém. IV
  30. 31Ouvrage de terre ou de maçonnerie capable de résister aux attaques de l'ennemi.

    • Forts de campagne, ceux qui sont faits pour garder des passages, ou pour défendre des lignes.

    • Fort à étoile, fort construit par angles rentrants et saillants, et ressemblant par sa forme à une étoile.

      • Le fort Louis, qui défend cette partie de l'établissement, n'est qu'un misérable fort à étoile, incapable d'une résistance un peu opiniâtre Raynal, Hist. phil. XIII, 32
    • Fort détaché, fort qui ne tient pas au corps de la place. Les forts détachés autour de Paris.

  31. 32Fig. La partie essentielle, principale d'une chose.

    • Ce n'est pas sur moi que tombe le fort de cette accusation Pascal, Prov. 17
    • Voici le fort de l'objection Bossuet, Hist. II, 13
    • Le fort de la dispute entre Zénon et Arcésilas roulait sur le témoignage des sens Rollin, Hist. anc. liv. XXVI, 2e part ch. 1er.
  32. 33Le plus haut degré, en parlant de choses physiques.

    • Il se dit, dans le même sens, des choses non physiques.

    • Ce qui fait la force, la supériorité d'une personne. La critique est son fort. Tout le fort de cet homme est la mémoire.

      • C'est ici son fort, et l'endroit fatal où il prend de nouveaux avantages Guez de Balzac, le Barbon.
      • Le principal effet de l'émulation, c'est de nous inspirer un désir de l'emporter sur notre adversaire dans les choses où il fait son fort Bossuet, 4e sermon, Annonc. 1
      • Même sur le siége, qui est son fort [de Vauban] et où il décide souverainement.... La Bruyère, XII
      • Il voulut provoquer Matta par son fort Hamilton, Gramm. 4
      • Nous inventons des réponses aux objections de l'adversaire, et nous ne songeons à lui que pour trouver le défaut de ses opinions ; d'où il arrive que nous sommes plus instruits de ce que nous appelons nos bonnes intentions que de celles où il met le fort de sa cause BAYLE, Comment. philos. IV, 2
    • Faire fort sur, compter sur, arguer de.

      • Je n'ai jamais trouvé, parmi nos prétendus réformés, aucun homme de bon sens qui fît fort sur cet article Bossuet, Var. XIII, § 10
  33. 35Fort, adv. D'une manière forte. Pousser fort.

    • Les chirurgiens, qui, ayant lié le bras médiocrement fort, au-dessus de l'endroit où ils ouvrent la veine, font que le sang en sort plus abondamment que s'ils ne l'avaient point lié Descartes, Méth. V, 7
    • Fort, madame, frappez comme il faut Molière, G. Dand. II, 11
    • Elle m'embrassa fort Mme de Sévigné, 12
    • Il se dit, dans le même sens, des choses morales.

    • Familièrement. De plus fort en plus fort, avec une force croissante. Il crie de plus fort en plus fort.

  34. 36Extrêmement, beaucoup. Il gèle fort. Fort beau. Fort aimable. Fort heureusement. Fort bien. Fort mal.

    • Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause Corneille, Cinna, IV, 5
    • Et je m'étonne fort d'où vous vient cette audace Corneille, Rodog. IV, 6
    • Vous m'obligerez fort d'en prendre le souci Corneille, Théod. II, 1
    • ....Je suis un valet, mais fort homme d'honneur Molière, l'Ét. II, 9
    • Quelque fort qu'on s'en défende, Il faut y venir un jour Molière, Princ. d'Él. V, 5e interm.
    • Je trouvai ici le chevalier à mon arrivée ; nous causâmes fort, il me dit des choses particulières et très agréables Mme de Sévigné, 30 oct. 1680
    • Il est fort de nos amis, j'ai reçu de lui mille consolations cet hiver passé Mme de Sévigné, 8 juill. 1685
    • Je postulerai fort et ferme une place dans votre académie Voltaire, Lett. Devaux, 1751
    • Du reste ils sont fort les maîtres de m'excommunier, si cela les amuse J.-J. Rousseau, Lett. à Meuron, 23 mars 1765
    • S'il suffit d'être homme pour nous plaire, pourquoi donc me déplaisez-vous si fort ? Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 4
    • Madame est fort amie avec Mme de Saint-Alban Mme de Genlis, Théât. d'éduc. l'Intrigante, I, 1
  35. 37Dans les raffineries de salpêtre, eaux fortes, celles qui n'ont plus qu'à passer une fois sur des terres neuves pour devenir eaux de cuite.

  36. 38De plus fort, plus fortement, avec plus de force.

    • L'ordonnance du 20 juillet 1825, voulant assurer de plus fort l'exécution complète de la loi du 1er mai 1822 Gaz. des Trib. 4 janv. 1873, p. 10, 3e col.

Remarque

1. Plusieurs grammairiens ont réclamé contre la décision qui oblige à dire : Cette femme se fait fort de fournir la somme demandée ; ils se font fort de.... Déjà, en 1668, Marguerite Buffet, Observ. p. 195, prétendait qu'il fallait dire : Elle se fait forte. La vérité est que la locution était parfaitement régulière quand fort était des deux genres ; l'ancienne langue disait uns hom fors, une femme fors. Aujourd'hui que fort fait au féminin forte, il ne reste plus là qu'un archaïsme qui mériterait sans doute d'être conservé s'il s'était transmis sans variation ; mais depuis longtemps, comme on peut voir à l'historique, l'analogie nouvelle de la langue l'a enfreint. Voilà pour le féminin ; quant au pluriel, dire : Ils se font fort et non forts, cela n'est fondé ni sur l'archaïsme ni sur la grammaire ; fort est ici adjectif et non adverbe. 2. Nodier et quelques autres ont signalé fort de.... comme un néologisme blâmable. Mais on peut voir au n° 2, que ce n'est point un néologisme. À quoi on peut ajouter que, grammaticalement, il n'y a rien à blâmer dans cette tournure.

Proverbes

Jeunesse est forte à passer, c'est-à-dire c'est un temps difficile à passer. Vos fortes fièvres quartaines, se disait par forme d'imprécation.

Étymologie

Bourguig. fô ; provenç. fort ; espagn. fuerte ; portug. et ital. forte ; du latin fortis.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander