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franc dans le Littré

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1franc s. m. (fran)

  1. Nom d'un peuple germain qui habitait les bords du Rhin, qui envahit les Gaules et y fonda une monarchie.

    • Les Francs commençaient alors à se faire craindre ; c'était une ligue de peuples germains qui habitaient le long du Rhin ; leur nom montre qu'ils étaient unis par l'amour de la liberté Bossuet, Hist. I, 10
    • Adj. Franc, franque, qui appartient aux Francs. Période franque. La monarchie franque.

      • Au milieu du VIe siècle, la race franque s'était répandue et dominait dans toute la Gaule GUIZOT, Hist. de la civil. en France, 8e leçon.

Étymologie

Lat. Francus, nom de cette peuplade germanique, qui devint aussi l'appellation de l'homme libre ; dans l'anc. h. allem. il est sous la forme franco. Ce mot de francus est d'origine obscure. Diefenbach, le trouvant aussi dans le celtique, croit qu'il vient de là ; J. Grimm y voit un dérivé de la racine gothique freis, allem. mod. frei, libre ; d'autres le rattachent à l'anglo-saxon. franca, javelot.

2franc s. m. (fran ; le c ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : les fran-z et les livres)

  1. 1Anciennement, synonyme de la livre tournois valant 20 sous.

  2. 2Aujourd'hui, pièce d'argent alliée d'un dixième de cuivre, et pesant en tout cinq grammes ; c'est l'unité monétaire du système décimal. Le franc se divise en dix décimes ou cent centimes (vingt sous).

    • La livre est restée synonyme de franc, mais elle n'est plus qu'une monnaie de compte évaluée à cent centimes.

  3. 3Au marc le franc, ou, suivant le langage décimal, au centime le franc, proportionnellement à ce que chacun doit ou à ce qui est dû à chacun. Les créanciers ont été payés au marc le franc.

Remarque

Dans l'ancien emploi, franc était l'objet de quelques observations qui n'ont plus de raison d'être. On disait bien plutôt : Il a vingt mille livres de rente que vingt mille francs ; et réciproquement on disait : Cette maison m'a coûté vingt mille francs et non vingt mille livres. Vaugelas observe qu'on dit indifféremment cinquante livres et cinquante francs, cent livres et cent francs, à cause que c'est un compte rond ; mais, dans un compte rompu, on dit quatre livres dix sous, cent cinquante livres, mille quatre cents livres, et non pas quatre francs dix sous, cent cinquante francs, mille quatre cents francs, Rem. Not. Th. Corn. t. II, p. 662, dans POUGENS.

Étymologie

Franc 1. En 1360 le roi Jean fit frapper une monnaie représentant le roi à cheval et armé de toutes pièces ; elle fut nommée franc à cheval, à cause de la devise Francorum rex, qui y était ; il y avait aussi des francs à pied représentant le roi armé de toutes pièces, mais à pied.

Supplément

2. FRANC. Ajoutez : - REM. Le franc, unité fondamentale du système monétaire décimal, correspond à un alliage de 4 grammes 5 décigrammes d'argent et 5 décigrammes de cuivre, ou de 290 milligrammes d'or et 32 milligrammes de cuivre. Le franc, pièce d'argent n'est, comme les pièces divisionnaires de la pièce de 5 francs, composé que de 4 grammes 175 milligrammes d'argent alliés à 825 milligrammes de cuivre ; titre de 835 millièmes.

3franc, franche adj. (fran, fran-ch' ; le c se lie : un fran-k original ; il lui dit fran-k et net ; au pluriel, l's se lie : de fran-z originaux)

  1. 1Qui jouit de sa liberté. Un esclave en entrant en France devient franc et libre.

    • Corps francs, voy. CORPS, n° 16.

    • Avoir ses coudées franches, voy. COUDÉE.

    • Terme de philosophie. Franc arbitre, pouvoir de se déterminer sans autre cause que la volonté elle-même, voy. ARBITRE (LIBRE).

      • La volonté seule ou la liberté du franc arbitre que j'expérimente en moi être si grande que je ne conçois point l'idée d'aucune autre plus ample Descartes, Médit. IV, 7
  2. 2Qui n'a point souffert de dommage.

  3. 3Exempt d'impôts, de dettes, de charges. Les denrées nécessaires à la vie devraient être absolument franches. Terre franche et quitte de toute dette.

    • Le comte son beau-père [de Frédéric Barberousse], nommé Renaud, ayant obtenu de grandes immunités en faveur de ce mariage, s'intitula le comte franc, et c'est de là qu'est venu le nom de Franche-Comté Voltaire, Ann. Frédéric 1er, 1156
    • Fig. Être franc de, exempt de. Franc d'ambition.

    • Franc-bord, voy. FRANC-BORD.

    • Port franc, port où les marchandises jouissent de la franchise des droits d'entrée et de sortie.

    • Villes franches, celles qui ne payaient pas la taille.

    • Provinces franches, se disait des parties de la France qui n'avaient jamais été soumises à l'impôt des gabelles.

    • Franc tenancier, celui qui tenait des terres en roture, mais qui en avait racheté les droits.

    • Francs-archers, ancienne milice établie par Charles VII, et formée d'un homme équipé que fournissait chaque paroisse et qui y demeurait franc de charges.

    • Francs devoirs, se disaient d'un fief dont l'hommage avait été changé en simple rente, et des charges dues par des personnes libres pour l'usage des bois, des pacages, etc.

    • Familièrement. Franche lippée, repas qui ne coûte rien. Un chercheur de franches lippées.

      • Car quoi ! rien d'assuré ! point de franche lippée ! Tout à la pointe de l'épée La Fontaine, Fabl. I, 5
    • Jouer part franche, se dit lorsque plusieurs personnes, jouant à qui aura quelque objet qui est l'enjeu, comme un bijou, un livre, etc. conviennent que celui qui gagnera ne payera rien pour sa part.

    • Fig. Part franche, celle à laquelle on a droit sans payer. Avoir part franche dans une affaire.

  4. 4Se dit des choses dont on a payé d'avance le transport. Une lettre franche de port. Recevoir franc de port un panier de gibier.

    • Franc de port se dit adverbialement. Je vous envoie une bourriche franc de port.

    • Avoir ses ports francs. Être dispensé de payer le port des lettres qu'on reçoit par la poste.

      • Ne sachant pas si vous avez vos ports francs pour les gros paquets qui ne viennent point de votre gouvernement Voltaire, Lett. Richelieu, 7 août 1773
  5. 5Fig. Qui dit ouvertement ce qu'il pense, qui agit conformément à ce qu'il dit. Je n'ai jamais vu d'homme plus franc.

    • Être franc comme osier, parler et agir sincèrement (sans doute par un jeu de mot entre franc, sincère, et osier franc, osier de bonne espèce). On dit dans le même sens : être franc comme l'or (sans doute par allusion à la pureté de l'or).

    • Un franc Gaulois, un homme de bonne foi, et aussi un homme simple et d'une franchise un peu rude.

    • Il se dit des choses. Une conduite franche. Des manières nobles et franches.

    • Avoir son franc parler, dire tout haut ce qu'on pense.

      • Ce sont des fous sublimes qui ont leur franc parler Diderot, Lett. à Galiani
      • Qu'on ait craint son franc parler [de la presse] Dans la chambre et l'antichambre ; Riez-en avec moi Béranger, Censure
  6. 6Qui a les qualités requises, sans mélange. Drogue franche. Vin franc.

    • Le foyer de ces lentilles à l'eau [faites avec deux verres comprenant de l'eau entre eux] n'est jamais franc, ni bien terminé, ni réduit à sa plus petite étendue Buffon, Hist. min. Introd. Part. exp. t. VII, p. 279, dans POUGENS.
    • Terres franches, celle qui ne sont ni calcaires, ni argileuses, ni décidément siliceuses, mais formées d'une quantité de calcaire qui ne dépasse pas quarante pour cent et qui peut être moindre.

      • Mon projet était de reconnaître, au bout de trente ans, la différence que produirait sur mon bois semé l'épaisseur plus ou moins grande de cette terre, qui partout était franche et de bonne qualité Buffon, Min. t. II, p. 135
    • Pierre franche, pierre parfaite dans son espèce, qui n'a ni la mollesse du moellon, ni la dureté du caillou.

  7. 7Terme de peinture et de sculpture. Dessin, pinceau, ciseau franc, dessin, pinceau, ciseau net et hardi.

  8. 8Terme de marine. Vent franc, vent dont la direction et la force ne varient pas.

    • Pompe franche, pompe qui ne jette plus d'eau, parce que l'eau est épuisée.

    • Gouverner à barre franche, gouverner avec la main seulement, sans roue, ni palans.

    • Franc-tillac, Voy. TILLAC.

  9. 9Il se dit, précédant son substantif, dans le sens de vrai, véritable (mais avec une nuance ironique qui n'en fait pas un éloge). Ce qu'il vous dit est une franche sottise.

    • Vrai, naturel, sans nuance d'ironie.

      • Nous leur conserverons les noms de friquet et de soulcie, qui sont leurs anciens et vrais noms, parce qu'en effet, ce ne sont pas de francs moineaux Buffon, Ois. t. VI, p. 210
    • Un franc Breton, un franc Picard, un homme qui a pleinement les qualités et les défauts des gens de ces provinces.

    • Il se joint, en les précédant, à des termes injurieux pour les renforcer.

      • Les valets de Saldagne, francs ivrognes, laissèrent tout faire au valet de Verville Scarron, Rom. com. II, 12
      • Un franc animal, un brutal, un stupide, un sot.... Molière, Le Méd. malgré lui, III, 3
    • On dit de même : une franche sottise ; une franche bévue.

    • Courir à franc étrier, voy. ÉTRIER. La locution signifie sans doute : avec l'étrier franc, vrai, c'est-à-dire sans le quitter durant toute la chevauchée.

  10. 10Entier, complet, en parlant de choses. Un jour franc. Huit jours francs. Sauter vingt-quatre semelles franches. Dormir la franche matinée.

  11. 11Terme d'escrime. Botte franche, coup de fleuret porté net et qui n'a pu être paré.

  12. 12Avoir un jeu (manière de jouer) franc, avoir un jeu bien dessiné, bien correct et sans timidité.

    • Fig. Y aller de franc jeu, y aller pour tout de bon, sans arrière-pensée.

    • On dit au jeu qu'une carte est affranchie ou franche lorsqu'elle n'est plus exposée à être prise. Pourquoi jouer ainsi ? vous aviez la dame franche.

  13. 13Terme d'horticulture. Dans le sens le plus étendu, se dit de tout arbre qui n'a pas été greffé.

    • Dans un sens plus étroit. Un arbre franc de pied, ou, simplement, arbre franc, arbre qui, sans avoir besoin d'être greffé, produit une bonne espèce de fruit. Un prunier franc.

    • On le dit quelquefois des fruits mêmes. Noisettes franches. Pêche franche.

    • Enter franc sur sauvageon, enter un scion d'un arbre franc sur un sauvageon.

    • Enter franc sur franc, greffer un arbre franc sur un arbre franc.

    • Fig. et par plaisanterie. Enter franc sur franc, se dit d'un bâtard qui a un autre bâtard.

  14. 14Cheval franc du collier, voy. COLLIER.

    • Franc d'amble, se dit d'un cheval qui va l'amble naturellement.

  15. 15Franc carreau, nom d'un jeu, qui consiste à jeter une pièce de monnaie dans un carré qu'on a tracé sur la terre. Le vainqueur est celui qui approche le plus du centre.

  16. 16Terme de coutume. Franche vérité, acte de justice d'un seigneur qui fait informer par ses juges des délits commis sur ses terres.

  17. 17Terme de blason. Franc canton, pièce à dextre dans un carré.

  18. 18Terme d'argot. Franc bourgeois, nom donné à des filous qui quêtent pour des infortunes imaginaires.

  19. 19Franc, adv. Ouvertement, résolument, sans rien déguiser ; il ne se dit qu'avec tout, un peu.

    • Franc et net, même sens. Je lui ai dit franc et net ce que je pensais de sa conduite.

    • Franc-pensant, s'est dit pour libre penseur.

      • Cet acte, qui paraît si ridicule à milord Bolingbroke, à Woolston, et à tous les franc-pensants Voltaire, Déf. de Bolingbroke, ch. 32
    • Entièrement, sans qu'il y manque rien. Il sauta le fossé franc, tout franc.

    • Avec exemption de toutes charges, peines, dettes, etc.

      • Il ne reste pas trois ans [de bonheur] franc et quitte pour les plus heureux Voltaire, Dial. XXIV, 16

Étymologie

Provenç. franc ; espagn. portug. et ital. franco ; du lat. francus, nom du peuple (voy. FRANC 1) ayant conquis la Gaule, qui devint une qualification indiquant la bonne origine et la liberté. Dans ce mot, ainsi que dans quelques autres fort rares, il est vrai, l'usage avait conservé le génitif pluriel latin : Gent francour, gens Francorum. Le Francur (sous-entendu roi), rex Francorum.

4franc, franque s. m. et f. (fran, fran-k')

  1. 1Nom générique des Européens dans les ports du Levant. Le quartier des Francs.

  2. 2Adj. Langue franque, jargon mêlé d'italien, d'espagnol, etc. à l'usage des Francs d'Orient. Molière a écrit des strophes en langue franque, dans le Bourgeois gentilhomme, IV, 10 et 11.

Étymologie

Franc est le nom que les Orientaux, depuis les croisades, donnent aux Occidentaux, à cause du grand rôle que les Français jouèrent dans ces expéditions.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander