gueux, euse adj. (gheù, gheû z', l'x se lie : un gheû-z impudent. Du temps de Chifflet, Gramm. p. 218, il ne se liait pas : un gheû impudent)
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1Qui est necessiteux, réduit à mendier (ce qui se dit avec un sens de dédain plutôt que de pitié).
Figurez-vous l'orgueilleux Diogène qui foulait aux pieds l'orgueil de Platon, les presbytériens d'Écosse ne ressemblent pas mal à ce fier et gueux raisonneur
Voltaire, Dict. phil. Presbytériens.
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Familièrement. Être gueux comme un rat, comme un rat d'église, comme un peintre, c'est-à-dire être fort pauvre.
Chartier [l'éditeur d'Hippocrate et de Galien] est plus gueux qu'un pauvre peintre, dix mille écus ne payeront pas ses dettes
GUI PATIN, Lett. t. II, p. 85Tous ces blondins sont agréables.... la plupart sont gueux comme des rats
Molière, l'Av. III, 8
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2Qui n'a pas de quoi vivre selon son état ou ses désirs.
- Mais il aime sa fille et voudra s'informer ;S'il apprend qu'il est gueux ? HAUTER., Bourg. de qual. IV, 5
Il est gueux, archigueux
Thomas Corneille, Comt. d'Orgueil, II, 1- Choisir un gendre gueux... ? - Taisez-vous, s'il n'a rien,Sachez que c'est par là qu'il faut qu'on le révère Molière, Tart. II, 2
Quoique ses parents ne soient point gueux
Mme de Sévigné, 148- Qui, toujours assignant et toujours assignés,Souvent demeurent gueux de vingt procès gagnés Boileau, Épît. II
- Riche, gueux, triste ou gai, je veux faire des vers Boileau, Sat. VII
C'est un duc assez malhonnête homme et fort gueux
Mme de Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 14 juillet 1669- Il s'offre deux partis, vous les chassez tous deux :Le premier est trop riche et le second trop gueux Regnard, Distrait, I, 1
- Grâce à moi qu'il rendit moins folle,D'être gueux il se consolait Béranger, Épitaphe.
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3Il se dit des choses qui attestent la gueuserie. Un équipage gueux.
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Fig. Terme d'architecture. Corniche gueuse, corniche dénuée d'ornements.
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4S. m. Celui qui fait métier de demander l'aumône. Mener une vie de gueux.
Il rencontra un gueux couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rongé....
Voltaire, Candide, 3Sages et fous, gueux et monarques, Apprenez un fait tout nouveau
Béranger, Parq.
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Il est jaloux comme un gueux de sa besace, il est très jaloux.
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Fig. C'est un gueux revêtu, se dit d'un homme de rien qui a fait fortune, et qui en est devenu arrogant.
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Fig.
- N'est qu'un gueux revêtu des dépouilles d'Horace Boileau, Sat. IX
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Gueux fieffé, mendiant qui se tenait toujours à la même place.
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Gueux de l'ostière, mendiant qui allait de porte en porte.
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Au fémin. Une gueuse, une mendiante. Vieilli en cet emploi.
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5Celui qui est dans la gêne, dont les ressources sont au-dessous de son état.
C'étaient des gueux adorés des souverains et des peuples, que les consuls et les dictateurs de ce temps-là
Guez de Balzac, De la gloire.Diogène là-bas est aussi riche qu'eux [ceux qui entassent], Et l'avare ici-haut, comme lui, vit en gueux
La Fontaine, Fabl. IV, 20- Un gueux qui, quand il vint, n'avait pas de souliers,Et dont l'habit entier valait bien six deniers Molière, Tart. I, 1
- Et tout gueux, quel qu'il soit, ne peut être qu'un sot Thomas Corneille, D. César d'Avalos, I, 3
Mon maître ? fi donc ! voilà un plaisant gueux pour une fille comme Angélique !
Lesage, Crispin riv. de son maître, sc. 2Je n'ai pas voulu te parler au logis, de peur que mon gueux de mari ne nous écoutât
BRUEYS, Avoc. Pat. I, 2Des gueux chantons la louange ; Que de gueux hommes de bien !
Béranger, Gueux.
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Ce qui a le caractère mesquin.
- Non de ces gueux d'avis dont les prétentionsNe parlent que de vingt ou trente millions Molière, Fâcheux, III, 3
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6Terme de dédain qu'on applique à des gens de mauvaise apparence ou de mauvaise conduite.
- Je veux le faire, moi, mourir sous le bâton,Ou le gueux dès ce soir quittera ma maison DESTOUCH., Glor. III, 8
Mandrin, suivi de cinquante gueux, met une ville entière à contribution ; dès qu'il est entré par une porte, on dit à l'autre qu'il vient avec quatre mille combattants et du canon
Voltaire, Dict. phil. Population.Les petits gueux [des enfants en haillons] quittèrent aussitôt le jeu en laissant à terre leurs palets, et tout ce qui avait servi à leur divertissement
Voltaire, Candide, ch. 10
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Il se dit au féminin dans le même sens.
N'est-ce pas là cette gueuse que vous chassâtes hier ?
BRUEYS, Grondeur, II, 16C'est du fond d'un vieux carrosse traîné par deux chevaux étiques, que cette gueuse de marquise m'a fait insulter par des laquais tout déguenillés
Dancourt, Chev. à la mode, I, 1
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Particulièrement. Coquin, fripon. Méfiez-vous de cet homme, c'est un gueux.
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Au féminin. Très familièrement, une coquine, une femme qui vit mal.
- Monsieur, défiez-vous des gueuses de Paris HAUTEROCHE, Espr. foll. I, 1
La querelle [du fils aîné du comte d'Auvergne et du chevalier de Quélus] était venue pour du cabaret et des gueuses
Saint-Simon, 43, 259
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7Gueux de, dans le langage populaire, s'emploie comme diable de. Une gueuse de souris qui m'empêche de dormir. Je souffre toujours de mon gueux de rhumatisme.
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8S. m. pl. Les gueux, nom que prirent au seizième siècle les huguenots des Flandres, à l'occasion du discours peu mesuré de Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas, qui avait dit en parlant des seigneurs calvinistes que c'était des gueux qu'elle ne redoutait pas.
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Gueux de mer, s'est dit des marins hollandais qui armèrent à la Brielle, en 1572, pour faire la course contre les Espagnols.
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Gueux des bois, s'est dit, à la même époque, des paysans armés qui commencèrent à faire la guerre en partisans, pour fonder l'indépendance des Provinces-Unies.
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9S. m. Espèce d'oiseau de mer.
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10Sorte de chaufferette.
On a retrouvé une de ces chaufferettes en terre rouge dite gueux, et l'on suppose que la pauvre vieille s'était endormie dans son fauteuil ayant sous les pieds ce gueux qui a mis le feu à ses vêtements
le Droit, 10 nov. 1871
Étymologie
L'exemple du XVe siècle prouve que gueux a signifié cuisinier et est une autre forme de queux (voy. ce mot). On peut aussi citer à l'appui ce passage de Voltaire : L'Europe fut inondée de ces dignités héréditaires, de maréchaux, de grands veneurs, de chambellans d'une province ; il n'y eut pas jusqu'à la grande maîtrise des gueux de Champagne qui fut une prérogative de famille, Mœurs, 70. Ce mot a passé, par dénigrement, des marmitons aux mendiants, aux mauvais sujets. Diez objecte que, si gueux représente queux, queux, qui représente coquus, n'a l's ou x qu'à titre de nominatif, que ces sortes d's ne comptent pas dans la dérivation, et qu'ainsi gueux n'aurait pu donner gueuser, gueuserie. Mais ces mots ne sont pas anciens et ils ont été formés en un temps où l's de gueux valait une lettre radicale. On a donné une origine hollandaise (guit, coquin) à la dénomination des gueux de Hollande ; il se pourrait en effet que cette dénomination fût indépendante du mot français ; cependant Schiller les appelle die Geusen, ce qui semble appuyer fortement l'étymologie française.