Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

jeune dans le Littré

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1jeune adj. (jeu-n')

  1. 1Qui n'est guère avancé en âge.

    • Les jeunes gens, les personnes qui sont dans la jeunesse ; se dit des jeunes hommes, et aussi d'un mélange de jeunes hommes et de jeunes filles.

      • Qui ne voit pas la vanité du monde est bien vain lui-même ; aussi qui ne la voit, excepté de jeunes gens qui sont tous dans le bruit, dans le divertissement, et dans la pensée de l'avenir ? PASCAL, Pens. VI, 59 bis, édit. HAVET.
      • Seulement il se mêlait d'encourager au travail et de conduire, quand il le fallait, de jeunes gens à qui il trouvait du talent pour les mathématiques Fontenelle, Reyneau.
      • Vous êtes de jeunes gens en comparaison du vieillard des Alpes Voltaire, Lettr. Cideville, 4 janv. 1761
    • Une jeune personne, voy. PERSONNE.

    • De jeunes mains, signifie, en poésie ou dans le style élevé, des jeunes gens.

    • Un jeune cœur, se dit ou d'un jeune homme ou d'une jeune fille.

    • Jeune France, jeune Allemagne, etc. se dit de certains partis politiques, littéraires ou artistiques, qui se jettent avec ardeur dans les innovations.

    • Jeunes détenus, les mineurs de 16 ans qui sont envoyés par le juge dans une maison de correction. Un jeune détenu.

    • Substantivement. Faire le jeune, la jeune, affecter des manières qui ne conviennent qu'à la jeunesse.

  2. 2Qui n'est pas assez avancé en âge pour remplir certains offices. Ce précepteur est bien jeune.

  3. 3Fig. et familièrement. Une jeune barbe, un jeune homme. Il veut décider de tout et ce n'est qu'une jeune barbe.

    • Vous avez la barbe trop jeune, se dit à celui qui veut reprendre un plus âgé que lui.

  4. 4Qui appartient à la jeunesse.

    • Ce visage si jeune que les traits de l'enfance s'y faisaient remarquer encore Mme de Staël, Corinne, XVII, 9
  5. 5Fig. Jeune se dit de choses morales et intellectuelles.

  6. 6Cadet, par opposition à aîné. Celui-ci est l'aîné ; celui-là est le jeune frère.

    • Substantivement.

      • Et la raison d'État qui rompt votre hyménée Regarde-t-elle plus la jeune que l'aînée ? Corneille, Agés. IV, 1
      • Il se dit aussi par opposition à ancien, pour distinguer certains personnages historiques. Pline le jeune. Denys le jeune.

  7. 7Par extension, qui conserve quelque chose de la vivacité et de l'agrément de la jeunesse. Il ne vieillit point, il est toujours jeune.

    • Vous n'avez de votre vie été si jeune que vous êtes, et je vois des gens de vingt-cinq ans qui sont plus vieux que vous Molière, Avare, II, 6
  8. 8Qui n'a point encore l'esprit mûri par l'expérience. Je crois qu'il sera toujours jeune.

    • Familièrement et par ironie. Naïf, simple, facile à tromper. Vous croyez cela, vous êtes jeune.

  9. 9Jeune se dit des animaux peu avancés, comme l'homme, dans le cours de leur vie. Un jeune chien. Un jeune chat. Un jeune coq.

    • [Je] trottais comme un jeune rat, Qui cherche à se donner carrière La Fontaine, Fabl. VI, 5
    • Il est fou comme un jeune chien, se dit d'une personne folâtre.

    • Jeune se dit également des arbres et des plantes. Un jeune chêne. Un jeune bois. Un jeune plant.

    • Terme de l'administration forestière. Jeunes baliveaux, par opposition aux baliveaux modernes, qui ont deux ou trois âges, et aux baliveaux anciens, qui ont plus de trois âges.

  10. 10S. m. Les jeunes, les hommes peu avancés en âge.

    • Tu murmures, vieillard ! vois ces jeunes mourir, Vois-les marcher, vois-les courir à des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres cependant et quelquefois cruelles LAFONT., Fabl. VIII, 1
    • C'est donc à dire Que je ne suis qu'un vieux, dont les jeunes vont rire ? Victor Hugo, Hernani, II, 3
    • En cet emploi, il ne se dit qu'au pluriel.

    • Jeune de langue, nom de jeunes gens entretenus pour apprendre les langues orientales et devenir drogmans. Un jeune de langue. Des jeunes de langue.

    • Terme de féodalité. Officier subalterne. Les jeunes d'un duc, d'un comte.

    • Terme de physiologie. Le jeune des mammifères, des oiseaux, etc. mammifère, oiseau peu avancé dans la vie, et n'ayant pas encore sa taille, son pelage, son plumage, etc. permanents.

  11. 11Les jeunes, ancien nom de certaines confréries d'artisans dans le Midi.

Remarque

1. Quand jeune est précédé de l'article, il a des sens différents suivant qu'il est placé avant ou après son substantif. Le jeune Scipion signifierait que Scipion n'était pas âgé ; Scipion le jeune se dit pour le distinguer de Scipion l'ancien. 2. De jeunes gens ou des jeunes gens, voy. GENS, remarque 11. 3. On dit d'ordinaire de jeunes filles, jeunes filles faisant moins dans l'usage un mot unique que jeunes gens. Cependant on trouve aussi des jeunes filles :

Proverbes

Jeune procureur et vieil avocat, c'est-à-dire un procureur doit être actif et un avocat réfléchi. On dit aussi dans un sens analogue : Vieux médecin, jeune chirurgien. Jeune chair, vieux poisson, c'est-à-dire il faut manger les animaux de boucherie, la volaille, le gibier jeune et les poissons vieux. Aussitôt meurent jeunes que vieux. Le diable était beau quand il était jeune.

Étymologie

Berry, jenne ; nivernais, zeune ; wallon, jône ; namur. et picard, jone ; provenç. jove ; espagn. joven ; ital. giovine, giovane ; du lat. juvenis ; allem. jung ; russe, ioúni ; persan, djuvan ; sanscr. yuvan. Yuvan paraît être pour yavan, par assimilation du v sur a ; et on l'a rapproché des yavanas (voy. IONIENS) ; de sorte que les jeunes, juvenes, seraient ceux qui combattent, repoussent, aident.

2jeûne s. m. (jeû-n')

  1. 1Abstinence d'aliments. Un trop long jeûne est nuisible à l'estomac.

    • Vous leur faites observer [à vos chevaux] des jeûnes si austères que ce ne sont plus rien que des idées ou des fantômes, des façons de chevaux Molière, l'Avare, III, 5
    • Fig. Toute espèce de privation. Ne pas pouvoir lire est un véritable jeûne pour l'esprit.

      • Nous avons été jusqu'ici dans un jeûne effroyable de divertissements Molière, Préc. 10
  2. 2Particulièrement. Pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s'abstenir d'aliments par mortification.

    • Il fit publier un jeûne dans le royaume de Juda Saci, Bible, Paralip. II, XX, 3
    • Savez vous quel est le jeûne que j'aime, dit le Seigneur : délivrez ceux qui sont détenus dans les prisons ; déchargez.... Bossuet, Polit. VII, III, 11
    • Les jeûnes, si fréquents et si rigoureux [en Russie], incommodaient trop les troupes et les rendaient souvent incapables d'agir FONTENELLE, Czar Pierre.
    • Le jeûne était établi chez plusieurs peuples, et chez les Juifs et chez les chrétiens ; Mahomet le rendit très sévère en l'étendant à un mois lunaire, pendant lequel il n'est pas permis de boire un verre d'eau ni de fumer avant le coucher du soleil Voltaire, Mœurs, 7
    • Par quels jeûnes cruels son corps s'est-il usé ? Casimir Delavigne, Paria, II, 2
  3. 3Le jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu'un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner.

    • Si j'ai vingt et un ans et qu'il soit demain jeûne Pascal, Prov. V
    • Vous en pourriez boire sans rompre le jeûne Pascal, ib.
    • L'on dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers où vous faites doubler les quatre-temps et les vigiles, afin de profiter des jeûnes où vous obligez votre monde Molière, l'Av. III, 5
    • Les jeûnes y [dans les observances de l'Église] sont mêlés dans les temps convenables, afin que l'âme, toujours sujette aux tentations et aux péchés, s'affermisse et se purifie par la pénitence Bossuet, Mar.-Thér.
    • À présent, les fidèles se réjouissent après le carême [au dimanche de Pâques], il n'est que trop vrai ; mais ce n'est pas vous, mon Sauveur, qui faites leur joie ; on se réjouit de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence ; plus de jeûnes, plus d'austérités... Bossuet, 1er sermon, Pâques, 1
    • Vous savez mieux que moi qu'il y a de la différence des jeûnes de règle à ceux de l'Église Mme de Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 2 nov. 1705
    • Il reprit sa vie ordinaire [après un jeûne], et, au bout de quatre jours, il avait regagné quatre livres ; ce qui marque qu'en huit ou neuf jours il aurait repris son premier poids, et qu'on répare facilement ce que le jeûne a dissipé Fontenelle, Dodart.
    • Le jeûne chez les protestants, qui diffère de celui des catholiques en ce que les protestants peuvent manger de la viande, mais ne peuvent manger qu'après le soleil couché.

    • On dit d'une chose qui ennuie, qu'elle est longue comme un jour de jeûne.

Proverbes

Il a bien fait des jeûnes qui n'étaient pas de commandement, se dit de quelqu'un qui a souffert de grandes privations, beaucoup de misère. Double jeûne, double morceau.

Étymologie

Lat. jejunium, jeûne, de jejunus. Les étymologistes considèrent jejunus comme un participe comparable à Neptunus (Neptumnus, νιπτόμενος), et répondant à une forme sanscrite fictive yayamana, qui a dompté (sa faim), venant de l'intensif yayam, réduplicatif de yam, dompter.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander