Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

lui dans le Littré

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1lui (lui)

  1. 1Pronom de la 3e personne qui est des deux genres et qui sert de régime indirect. Vous connaissez cette dame ; parlez-lui. Vous lui remettrez cet argent, signifie également vous remettrez à un homme ou à une femme.

  2. 2Lui, qui, d'origine, est des deux genres, n'a gardé ce caractère que quand il précède le verbe ou que, sans préposition, il suit un verbe à l'impératif ; en tout autre cas, c'est-à-dire après un verbe ou après une préposition, il est uniquement masculin. Vous recevrez de lui une récompense, c'est-à-dire de cet homme. Allez à lui, allez vers cet homme.

    • Tout à coup elle se leva, et, sans parler à lui, partit pleine de dépit que quelqu'un l'osât aimer D'URFÉ, Astrée, I, 3
    • Un acteur occupant une fois le théâtre, aucun n'y doit entrer qui n'ait sujet de parler à lui Corneille, 3e discours.
    • Dieu voulant, par un triste mais heureux abattement, qu'elle ne pensât plus qu'à lui, qu'elle ne se souvînt que de lui, qu'elle ne fût sensible que pour lui Fléchier, Dauphine.
    • Vous êtes après lui le premier de l'empire Racine, Esth. III, 1
  3. 3Il lui est parent, voy. LEUR.

  4. 4Lui se met quelquefois après le verbe comme régime direct, mais alors il doit être précédé de que, et il est toujours masculin. Vous n'accusez que lui.

    • Lui et surtout lui-même sert encore de régime direct quand dans une énumération il vient après ou avant un autre ou plusieurs autres substantifs. Nous avons avec nous son ami et lui.

      • Il semble que Valdo ait d'abord eu un bon dessein ; que la gloire de la pauvreté, dont il se vantait, ait séduit lui et ses sectateurs Bossuet, Variat. XI, Hist. des Vaudois.
      • Il [le mulot] a pour ennemis les loups, les renards, les martes, les oiseaux de proie, et lui-même Buffon, Quadrup. t. II, p. 297, dans POUGENS
  5. 5Lui, d'origine, est un régime, et dans les anciens textes il ne joue jamais d'autre rôle ; mais la langue moderne l'emploie souvent pour sujet, à l'instar de moi, toi, qui sont originairement des régimes.

  6. 6Lui ne se dit pas bien des choses. Ainsi ces phrases-ci ne sont pas élégantes : Lisez ce livre, je lui ai trouvé des qualités ; dites : j'y ai trouvé ; Cette étude m'a captivé, je lui ai donné beaucoup de temps ; dites : j'y ai donné beaucoup de temps : Cette maison n'était pas assez grande, je lui ai ajouté un corps de logis ; dites : j'y ai ajouté.

    • Cependant, pour peu que l'on puisse personnifier la chose, lui va fort bien.

      • Vous avez longtemps essayé du monde ; vous ne lui avez point trouvé de fidélité Massillon, Carême, Salut.
      • Les Goths, les Lombards, les Francs, les Allemands ou Germains, qui envahirent l'Italie tour à tour, lui laissèrent au moins son nom Voltaire, Dict. phil. Franc ou Franq ; France.
    • Lui n'est pas plus admissible pour un nom de chose quand il est régime d'une préposition. Ainsi on n'imitera pas ces exemples :

    • Les animaux ne sont pas exceptés de cette observation ; il faut dire : Ce cheval est fougueux, ne vous y fiez pas, et non : ne vous fiez pas à lui. Prenez ce cheval, et montez dessus, et non : montez sur lui. Cependant il est très facile de personnifier les animaux ; et on dit : Le cheval rua, et le charretier lui donna un coup de fouet.

  7. 7Lui représente quelquefois le pronom masculin le ou un nom. Vous l'outragez, lui qui vous aime si tendrement.

    • C'est cette même vanité qui a fait répéter tant de fois [au cardinal de Retz] : Je suis d'une maison de Florence aussi ancienne que celle des plus grands princes ; lui dont les ancêtres avaient été des marchands, comme tant de ses compatriotes Voltaire, Louis XIV, 4
  8. 8Lui est quelquefois explétif.

    • Pendant que son père le mariait ici, il s'est marié à Chartres, lui Lesage, Crisp. riv. de son maître, S. 2
    • Ce garçon a de l'esprit ; je gage qu'il ne se plaint pas des femmes, lui LEGRAND, Belphégor, II, 5
  9. 9Lui se dit substantivement, à la façon de moi.

    • Mon fils me mande des folies, et il me dit qu'il y a un lui qui m'adore, un autre qui m'étrangle, et qu'ils se battaient tous deux l'autre jour à outrance dans le mail des Rochers Mme de Sévigné, 383
  10. 10Lui-même signifie en personne. Il est venu lui-même. Il l'a dit lui-même.

    • À Rosbac, on vit le roi de Prusse lui-même acheter tout le linge d'un château voisin pour le service de nos blessés ; et, quand il les eut fait guérir, il les renvoya sur parole Voltaire, Tactique, notes.
  11. 11Il n'est plus lui-même, se dit d'un homme dont le moral éprouve quelque grand changement. Je l'ai trouvé tout abattu de ce revers, ce n'était plus lui-même.

  12. 12Un autre lui-même, voy. MÊME.

  13. 13Pour lui-même, pour la seule considération de sa personne.

    • Je ne sais pas s'il avait raison de vouloir qu'on aimât Dieu pour lui-même ; mais M. de Fénelon méritait d'être aimé ainsi Voltaire, Dict. phil. Sottise des deux parts.
  14. 14Lui ou lui-même s'emploie souvent pour soi ou soi-même.

Remarque

Lui joint à un nom ou à un pronom soit par et, soit par ni, soit par ou, veut que le verbe qui est auparavant soit précédé d'un pronom de même personne que le pronom adjoint à lui. Je vous accompagnerai vous ou lui ; Vous ne nous aimez ni lui ni moi. Cependant de bons auteurs ont omis le pronom qui précède. Les grammairiens condamnent ces phrases, mais le fait est qu'elles n'ont rien d'incorrect ; seulement cette tournure est moins usitée que l'autre. 2. Si lui est non avec un pronom, mais avec un substantif, on ne met d'ordinaire aucun pronom. Cependant on peut mettre aussi un pronom : Je l'ai vu, lui et son ami ; et encore : Je les ai vus, lui et son ami. 3. Avec un verbe à l'impératif, lui se met après le verbe, avec un trait d'union. Portez-lui cet argent. Cependant, s'il y a plusieurs impératifs de suite, et que lui appartienne à l'un de ceux qui suivent le premier, il peut se mettre avant son verbe. 4. À tout autre mode que l'impératif lui doit précéder le verbe, toutes les fois qu'il est le terme d'un rapport qui pourrait être exprimé par la préposition à : Je lui ai lu mon ouvrage. Au contraire il doit suivre le verbe, s'il est le terme d'un rapport exprimé par une autre préposition : Nous dépendons de lui ; J'ai parlé pour lui. Même quand lui est avec la préposition à, on le met après le verbe, s'il y a plusieurs régimes indirects : Parlez-vous à moi et à lui ? Parlez à son frère et à lui. Lui-même avec à suit toujours le verbe : J'ai parlé à lui-même. 5. Quand lui est avec en, il se met devant en : Je lui en ai parlé ; Vous lui en donnerez. 6. Lui ne se construit guère avec y : on ne dit pas : Il a une belle campagne, je lui y rendrai visite. Ce qui paraît s'y opposer, c'est l'oreille blessée de cette rencontre de deux i. 7. Lui ne peut représenter qu'une personne spéciale ; par conséquent il ne peut répondre à un nom indéterminé ; et c'est une faute que de dire : Chacun doit prendre garde à lui ; il faut : à soi. Il faut ranger cela dans cette catégorie ; et l'on ne dirait guère aujourd'hui comme fait Molière : Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre et ce ciel que voilà là-haut ; et si tout cela s'est bâti de lui-même, D. Juan, III, 1. 8. Lui-même ne se dit bien que des personnes. Cependant on trouve dans Molière : Je ne m'abuse point, c'est mon portrait lui-même, Sgan. 9. Massillon aussi a dit : L'usage lui-même de nos fonctions saintes, loin de nous réveiller de notre assoupissement.... Confér. retraite pour des curés. Ces emplois ne sont pas très bons ; mais ils ne sont pas irréguliers, et l'on conçoit qu'ils trouvent quelquefois place.

Étymologie

Wall. lu. Diez le tire de illi-huic, forme pléonastique, comme oïl, de hoc-illud ; cela paraît certain. En effet, il faut le rapprocher de autrui et de l'ancien nului ; on a voulu les tirer de illius, alterius, nullius ; mais, si on dit à la fois illĭus et illīus, on ne dit que alterĭus et nullĭus, de sorte que l'accent serait en défaut ; de plus, il serait singulier que l's eût disparu complétement. Tout cela parle en faveur de l'étymologie de Diez. C'est en raison de cette étymologie, que, à l'origine, dans l'ancienne langue lui, ainsi que autrui et nului, n'a jamais eu d'autre emploi que comme régime.

2lui part. passé indéclinable du verbe luire (lui)

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander