Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

mal dans le Littré

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mal, ale (mal, ma-l' ; au pluriel, maux, qu'on prononce mô ; l'x se lie : des mô-z affreux)

  1. 1Adj. Qui nuit, qui blesse. Mal est adjectif masculin dans les locutions : bon gré, mal gré ; bon an, mal an.

    • Il est aussi adjectif dans cette tournure : Il est mal d'acquérir la fortune par des voies illicites.

    • Il est féminin dans les locutions suivantes (féminin que ne donne pas le Dictionnaire de l'Académie) : la male faim, voy. FAIM et MALEFAIM ; la male heure (voy. HEURE, n° 13) ; la male tache.

      • La force de la male tache du péché originel GUI PATIN, Lett. t. II, p. 556
    • Autrefois mal, male était un adjectif pleinement usité ; il ne reste plus, comme on voit, que des traces de cet usage.

  2. 2S. m. Le mal, ce qui nuit, ce qui blesse ; le contraire du bien (c'est l'adjectif mal pris substantivement).

  3. 3Absolument. Le mal, la part de mal qui aux yeux de l'homme règne dans l'univers. Les philosophes ont cherché longtemps la cause du mal. La religion de Zoroastre attribue le mal à un mauvais principe qui partage la souveraineté du monde avec le principe de bien.

    • Terme de philosophie. Mal métaphysique, imperfection de nature qui tient à l'essence des choses.

    • Mal physique, les souffrances, les maladies, la mort.

    • Mal moral, crime et péché. e qui est contraire à la vertu, à la probité, à l'honneur. La science du bien et du mal.

      • Il y a des gens de qui l'on ne peut jamais croire du mal sans l'avoir vu ; mais il n'y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant La Rochefoucauld, Max. 197
      • Il n'a point vu le soleil et n'a point connu la différence du bien et du mal Saci, Bible, Ecclésiaste, VI, 5
      • Et le mal n'est jamais que dans l'éclat qu'on fait Molière, Tart. IV, 5
      • On ne doit pas faire le moindre mal pour faire réussir le plus grand bien Pascal, Prov. 11
      • On se corrige quelquefois mieux par la vue du mal que par l'exemple du bien Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 7
      • Dieu conserve au juste un plus grand don ; il retire le pécheur d'un plus grand mal Bossuet, Mar.-Thér.
      • Il [saint Augustin] nous apprend qu'il y a en nous deux sortes de maux : il y a en nous des maux qui nous plaisent, et il y a des maux qui nous affligent Bossuet, Sermons, Vêture de Mlle de Bouillon, 2
      • Quand les hommes veulent quitter le mal, le mal semble encore les poursuivre longtemps Fénelon, Tél. XXII
      • Laure avait eu autant de peine à porter sa fille au mal que les autres mères en ont à porter les leurs au bien LE SAGE, Gil Blas, XII, 3
      • Que personne ne songe à tromper les autres, c'est s'abuser soi-même ; qui mal fait, mal trouvera LE SAGE, Guz. d'Alfar. I, 6
      • La honte, compagne du mal, me rendit muet, tremblant devant elle J.-J. Rousseau, Confess. IX
      • Tout ce qui est mal en morale est mal encore en politique J.-J. Rousseau, Lett. à d'Alembert.
      • Serait-ce un mal de s'unir quand on s'aime, Pour que le ciel voulût nous en punir ? MALFILÂTRE, Narcisse, II
    • Induire quelqu'un à mal, le porter au vice, au péché, au crime.

    • Mettre une femme à mal, la séduire.

      • Le luxurieux animalMit une pauvre fille à mal Scarron, Virg. VI
      • Femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content Molière, Festin, V, 7
      • Je ne pense pas que vous espériez la mettre à mal Hamilton, Gramm. 7
    • Mettre à mal, se dit aussi, en général, pour corrompre.

      • C'est l'imprimerie qui met le monde à mal, c'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création, et Caïn lisait les journaux dans le paradis terrestre Paul-Louis Courier, Lett. au réd. du Cens. 9
    • Penser, songer à mal, avoir quelque intention maligne ou mauvaise.

      • Si un pauvre philosophe qui ne pense point à mal, s'avise de vouloir faire tourner la terre Voltaire, Dict. phil. Contradictions.
      • Toutes ces bonnes gens sont trop occupés pour songer à mal Voltaire, Dial. XXIV, 3
    • Il n'y a pas de mal à, on ne pèche pas en.

      • Quel mal y a-t-il d'aller dans un champ et de s'y promener en attendant un homme ? Pascal, Prov. 7
    • Il n'y a pas de mal entre eux, se dit pour exprimer que les relations d'un homme et d'une femme sont tout à fait innocentes.

      • Messieurs, vous vous trompez, si vous croyez qu'il y ait du mal entre nous : je vous assure que nous sommes comme frère et sœur Mme de Sévigné, 48
    • Familièrement. Faire du mal, commettre quelque action contraire à la morale.

      • Un jour la duchesse d'Uzès, étonnée de ses scrupules [de Mme de Montespan], ne put s'empêcher de lui en dire un mot : Eh ! pourquoi, madame reprit Mme de Montespan, faut-il, parce que je fais un mal, faire tous les autres ? Mme DE CAYLUS, Souvenirs, édit. 1805, p. 69
      • La comtesse : Si quelqu'un entrait ? - Suzanne : Est-ce que nous faisons du mal donc ? Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 4
  4. 5Douleur physique, maladie.

    • J'ai une extrême tristesse de voir que mon âme soit divisée en deux corps si faibles que le vôtre et le mien, et qu'il faille que je sois toujours malade de mes maux ou des vôtres Voiture, Lett. 42
    • Mes yeux ont-ils du mal pour en donner au monde ? Molière, Éc. des f. II, 6
    • Considérez les maux que je souffre et qui me menacent ; voyez d'un œil de miséricorde les plaies que votre main m'a faites, Ô mon Sauveur, qui avez aimé vos souffrances en la mort Pascal, Prière pour le bon usage des maladies, 10
    • Faites-moi bien connaître que les maux du corps ne sont autre chose que la punition et la figure tout ensemble des maux de l'âme Pascal, ib. 7
    • Quand on se porte bien, on admire comment on pourrait faire si on était malade ; quand on l'est, on prend médecine gaiement ; le mal y résout Pascal, Pens. VI, 16, éd. HAVET.
    • La pauvre la Mousse a eu mal aux dents Mme de Sévigné, 78
    • Il a un peu mal à la main droite Mme de Sévigné, 474
    • Elle [ma fille] me mande qu'elle est mieux, qu'elle n'a point de mal à la poitrine Mme de Sévigné, au comte de Guitaut, 18 mai 1680
    • Toujours assis, comme son mal le demandait Bossuet, le Tellier.
    • Et celle [la maladie] que nous appelons la dernière, qu'est-ce autre chose, à le bien entendre, qu'un redoublement et comme le dernier accès du mal que nous apportons au monde en naissant ? Bossuet, Mar.-Thér.
    • Lorsqu'un mal funeste et contagieux se répandit tout à coup.... Fléchier, Duc de Mont.
    • Ces douces ménades Qui, dans leurs vains chagrins, sans mal toujours malades... Boileau, Sat. X
    • Courtois et Denyau [deux médecins], mandés à son secours.... sauront bien.... Lui donner sagement le mal qu'elle n'a point Boileau, ib.
    • Vous périssez d'un mal que vous dissimulez Racine, Phèdre, I, 1
    • Philoctète est peut-être le seul sujet tragique dans lequel les maux physiques puissent être admis Mme de Staël, Corinne, VIII, 3
    • Un mal cuisant déchire ma poitrine Béranger, le Malade
    • Particulièrement, les maux, petites souffrances continuelles, par opposition à maladie.

      • Ne soyez point en peine de ma santé, elle est délicate : un rien la dérange : souvent des maux, jamais de maladie Mme de Maintenon, Lett. à Mme d'Aubigné, 22 oct. 1681
    • Maux de nerfs, souffrances indéterminées, synonyme de vapeurs, hypocondrie, etc.

    • Mal de tête, douleur qu'on éprouve à la tête, céphalalgie.

    • Mal du pays, maladie du pays, la nostalgie.

    • Chaud mal, la fièvre chaude, le transport au cerveau.

    • Fig. Tomber de fièvre en chaud mal, tomber d'un petit accident en un plus grand, voir empirer sa condition.

    • Allez, Dieu vous garde de mal, se dit à quelqu'un que l'on congédie, que l'on reconduit.

    • Faire mal à, causer de la douleur, de la maladie.

      • Mon cœur.... N'entend pas que mes yeux fassent mal à personne Molière, l'Étourdi, I, 3
      • La bise de Grignan [qui règne à Grignan, en Provence].... me fait mal à votre poitrine Mme de Sévigné, 29 déc. 1688
    • Faire mal se dit aussi de la partie qui est douloureuse. Le doigt me fait mal. Le genou m'a fait mal toute la nuit.

    • Se faire mal, se blesser. Elle s'est fait mal au doigt.

      • Sous prétexte que je me fais mal aux yeux Mme de Sévigné, 239
  5. 6Familièrement, un mal, un furoncle, un clou, un abcès, une tumeur.

    • Je ne puis continuer ma lettre : on parle d'ouvrir le mal du roi en quatre Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 7 sept. 1697
  6. 7Mal joint à une autre qualification sert à dénommer diverses maladies ou souffrances.

    • Mai des ardents, maladie qui paraît avoir été une affection gangréneuse, caractérisée surtout par des destructions de la peau et des membres ; cette affection a régné à diverses reprises d'une manière épidémique, pendant le moyen âge.

    • Mal d'aventure, nom donné à de petits abcès qui surviennent près d'un des ongles de la main.

    • On donne aussi aux panaris le nom de mal d'aventure.

    • Mal caduc, mai Saint-Jean, mal sacré, haut mal, l'épilepsie.

    • Mal chimique, nom donné par les ouvriers à la nécrose de la mâchoire inférieure causée par le travail prolongé dans les fabriques d'allumettes phosphorées ou allumettes chimiques.

    • Mal de cœur, envie de vomir, nausées.

      • À moitié chemin j'eus un grand mal de cœur Mme de Sévigné, 58
    • Mal de cœur, maux de cœur, symptôme de grossesse.

    • Fig. Mal de cœur, dégoût de quelque chose ou de quelqu'un.

      • Parlons un peu de votre frère, ma fille, il est d'une faiblesse à faire mal au cœur ; il est tout ce qu'il plaît aux autres Mme de Sévigné, 44
      • Il me vient tout conter, en disant qu'il se fait mal au cœur à lui-même ; je lui dis qu'il me fait mal au cœur aussi, je lui fais honte, je lui dis que ce n'est point la vie d'un honnête homme Mme de Sévigné, ib.
    • Mal d'enfant, les douleurs d'une femme qui accouche.

    • Mal de Fiume ou scherlievo, voy. ce mot.

    • Mal français, voy. mal de Naples.

    • Mal de gorge des prédicateurs, angine glanduleuse ou granuleuse.

    • Mal de mâchoire, nom vulgaire donné au trismus.

    • Mal de mer, indisposition à laquelle beaucoup de personnes sont sujettes lorsqu'elles vont sur mer, et qui est caractérisée par des désordres d'estomac.

    • Mal de mère, l'hystérie.

    • Mal de misère, nom donné par quelques médecins à la pellagre.

    • Mal de montagne, l'ensemble des phénomènes qui se manifestent lors de l'ascension sur les hautes montagnes.

    • Mal de mort, nom d'une espèce de lèpre, dans laquelle les parties affectées prenaient une couleur livide et semblaient dans un état complet de mortification.

    • Mal de Naples, nom que les Français donnent à la syphilis, parce que des soldats l'apportèrent, dit-on, autrefois du siége de Naples, vers la fin du XVe siècle ; les Italiens, au contraire, qualifient cette maladie de mal français.

      • Tu pourras lui dire, que sans ma maladie de Naples (qui n'était pas le mal de Naples), j'aurais fait il y a six mois cette demande Paul-Louis Courier, Lett. 27 juill. 1808
    • Mal de rose ou mal des Asturies, sorte de pellagre, ainsi dite parce qu'elle donne une teinte rouge à la peau et qu'elle règne dans les Asturies.

    • Mal rouge de Cayenne, espèce d'éléphantiasis.

    • Mal Saint-Antoine, sorte d'érésipèle.

    • Mal Saint-Jean, la chorée. Mal Saint-Lazare, l'éléphantiasis.

    • Mal Saint-Main, nom donné tantôt à la gale, tantôt à la lèpre.

    • Mal de Saint-Roch, maladie des paveurs et tailleurs de pavés de Paris et de Fontainebleau, et qui provient de l'introduction de la poussière du grès dans les poumons.

    • Mal de Siam, nom donné à la fièvre jaune, parce qu'on a cru que, dans le XVIIe siècle, elle avait été apportée de Siam dans les îles de l'Amérique ; ce qui est une erreur.

    • Mal vénérien, la syphilis.

    • Populairement. Avoir du mal, avoir la syphilis. Donner du mal, gagner du mal, communiquer la syphilis, être atteint de syphilis.

      • Il s'emporta, et dit... que, si sa femme avait du mal, elle était.... Mme de Sévigné, 21 août 1675
    • Mal vertébral de Pott, carie d'une ou de plusieurs vertèbres, ainsi appelée parce que Pott, chirurgien anglais, en a donné une excellente description.

  7. 8Mal est employé dans le langage des vétérinaires pour désigner diverses affections des animaux.

    • Mal d'âne, crevasses qu'on remarque souvent autour de la couronne du sabot des bêtes chevalines, de l'âne surtout, lorsque ces animaux sont atteints d'eaux aux jambes.

    • Mal de bois ou mal de brout, maladie qui attaque les bestiaux qu'on mène paître, au printemps, dans les bois.

    • Mal de cerf, maladie du cheval qui ne paraît pas différer du tétanos.

    • Mal d'encolure, nom générique des blessures de la partie supérieure de l'encolure produites par des contusions ou des frottements répétés.

    • Mal de feu ou mal d'Espagne, hépatite aiguë des animaux, accompagnée d'inflammation des méninges. On l'appelle aussi vertige idiopathique.

    • Mal de foie, nom vulgaire qui a été donné à la pourriture du mouton ou cachexie aqueuse.

    • Mal de garrot, meurtrissure ou blessure faite au garrot du cheval.

    • Mal de pied, nom vulgaire donné au piétin.

    • Mal de rognon, contusion sur les apophyses épineuses des dernières vertèbres dorsales et des vertèbres lombaires, chez les bêtes chevalines.

    • Mal de taupe, tumeur qui survient à la région de la nuque chez le cheval, et même chez le bœuf, où elle porte le nom d'écrouellet.

    • Mal de tête de contagion, nom donné tantôt à l'anasarque, tantôt à la morve gangréneuse chez le cheval.

  8. 9Terme de magnanerie. Mal de vers ou mal de bassine, affection observée dans les fabriques où l'on dévide les cocons de soie.

    • Terme de fauconnerie. Mal subtil, espèce de phthisie qui attaque les oiseaux de proie.

  9. 10Peine, travail. Il a eu bien du mal à l'armée.

    • Le lendemain aura soin de lui-même ; à chaque jour suffit son mal Saci, Bible, Évang. St Math. VI, 34
    • Se donner du mal, prendre de la peine. Il s'est donné beaucoup de mal pour faire réussir cette affaire.

      • Que de mal nous nous donnons Pour tromper des infidèles ! Béranger, Chapons.
    • Fig. Avoir du mal, bien du mal à faire une chose, la faire avec répugnance, avec chagrin. Il a eu bien du mal à vous quitter.

  10. 11Dommage, perte, calamité. La gelée a fait beaucoup de mal aux vignes.

  11. 12Inconvénient.

    • Il n'y a que demi-mal, le mal est peu considérable.

  12. 13Paroles désavantageuses tenues sur quelqu'un ou quelque chose ; et aussi interprétation défavorable donnée à quelque chose. C'est un homme qui prend tout en mal. La médisance tourne en mal les paroles innocentes. Pourquoi expliquer en mal ce qui est dit indifféremment ?

    • On lit dans la Bruyère, VIII : Pensant mal de tout le monde, il n'en dit de personne. Il serait plus correct de dire : Pensant du mal de tout le monde.

  13. 14Mal, adv. Autrement qu'il ne faut.

  14. 15Se mettre mal, s'habiller sans goût, voy. METTRE.

  15. 16Prendre mal une chose, s'en offenser. Il a mal pris la réponse qu'on lui a faite.

  16. 17Se trouver mal, tomber en faiblesse, en défaillance, et aussi éprouver du malaise.

    • Se trouver mal d'une chose, en éprouver du dommage, de l'inconvénient.

    • Mal en point, voy. POINT.

  17. 18Être mal avec quelqu'un, être brouillé avec lui.

    • Je vous assure que ceux qui disent et qui écrivent que vous êtes mal avec moi sont mal instruits : vous n'y avez jamais été si bien Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 24 mars 1706
    • C'est mon avis ; si vous ne le suivez pas, nous n'en serons pas plus mal ensemble Mme de Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, t. II, p. 146, dans POUGENS
    • Il est vrai que j'étais née douce, et qu'avec le caractère que j'avais, rien ne m'aurait plus inquiétée que de me sentir mal dans l'esprit de quelqu'un Marivaux, Marianne, 10e part.
    • L'opinion publique, la créance de tous les ligueurs était qu'il fallait tuer son roi, s'il était mal avec la cour de Rome Voltaire, Henr. Évén. sur lesquels elle est fondée.
    • Mettre quelqu'un mal avec, le brouiller avec.

      • Il était impossible de le mettre mal [Aristippe] avec eux [les rois] Fénelon, Aristippe.
    • Se mettre mal avec quelqu'un, se brouiller avec lui. Être mal en cour, n'avoir pas la faveur du prince.

      • Ce sont apparemment mes ennemis, madame, qui vous ont fait ces contes ; ils vont criant que je suis mal en cour Voltaire, Taureau blanc, 3
    • Fig.

      • Trop mal avec la fortune pour pouvoir en soutenir la dépense [d'une certaine existence] Hamilton, Gramm. 5
    • N'être pas mal avec une dame, se dit dans un style cavalier pour faire entendre qu'on a touché son cœur.

      • Je suis venu à la campagne, me dit-il, pour faire plaisir à la maîtresse de la maison, avec laquelle je ne suis pas mal Montesquieu, Lett. pers. 48
  18. 19Être mal, être extrêmement malade.

    • Être très mal, être en grand danger.

      • Sa fille a été très mal Mme de Sévigné, 34
      • J'ai pu vous dire, madame, j'ai été très mal, je le suis encore, parce que la chose est vraie, et parce que l'expression est très conforme à nos décisions académiques ; ce le signifie évidemment : je suis très mal encore ; ce le signifie toujours la chose dont on vient de parler Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 30 mars 1775
    • Être au plus mal, être dans un état désespéré.

  19. 20Être mal, être dans une mauvaise situation ; se mettre mal, se mettre dans une mauvaise situation.

    • Être mal en, être peu pourvu de.

    • Être mal en, signifie aussi que ce qu'on a est mauvais. Il est mal en femme.

      • Tous [les amants de Pénélope] s'écrièrent que Télémaque était bien mal en hôtes : l'un, dirent-ils, est un mendiant, et l'autre nous donne des extravagances pour des prophéties Fénelon, t. XXI, p. 469
  20. 21Dans le langage familier, être mal se dit pour exprimer que le visage est laid, que la tournure est laide. Cette jeune fille est mal. Cette jeune fille n'est pas mal.

    • On le dit aussi des choses. Ce vin n'est pas mal. Ce thème n'est pas mal.

  21. 22Pas mal, se dit familièrement pour approuver quelque chose. Pas mal, vraiment.

    • Pas mal, pour un barbare Voltaire, Dict. phil. Dieu.
    • Dans le langage familier, pas mal signifie aussi en assez bon nombre, en assez grande quantité. Il n'y avait pas mal de curieux à ce spectacle.

      • Pour une jeune fille, elle n'en sait pas mal ;De ces ruses d'amour la croirait-on capable ? Molière, Éc. des maris, II, 8
      • Tu n'es pas mal impertinent BARON, Homme à bonnes fort. I, 5
      • Après quelques plaintes sur la fausseté des calomnies et l'indécence des outrages répandus dans un mémoire signé, dit-on, Beaumarchais Malbête [Me Malbeste était l'avocat de Beaumarchais], le gazetier de France entreprend de se justifier par un petit manifeste signé Marin, qui n'est pas Malbête Beaumarchais, Supplém. au 1er mém. à cons. note 1
  22. 23Mal à pied, voy. MAL-À-PIED au Supplément.

Remarque

Avec un participe présent, le participe s'accorde si mal est devant, et reste invariable si mal est après. Des personnes mal pensantes ; des personnes pensant mal.

Proverbes

Mal vit qui ne s'amende pas, c'est-à-dire il vient un temps où il faut se résoudre à changer de vie. Mal sur mal n'est pas santé, se dit en parlant de plusieurs afflictions et infortunes qui arrivent coup sur coup. Chacun sent son mal, se dit en se plaignant de quelque affliction secrète dont on ne veut pas dire la cause, et aussi en signifiant qu'on se fait seul idée du mal qu'on ressent. Aux grands maux les grands remèdes. Mal d'autrui n'est que songe, c'est-à-dire on est bien moins touché du mal d'autrui que du sien propre.

Étymologie

Wallon, mâ, mau ; bourguig. maul : quique maule foteugne, quelque mauvaise fortune ; mau, un mal ; picard, mau : Berry, c'est une male affaire ; mau, un mal ; provenç. mal, mau ; espagn. mal ; portug. mão, et adv. mal ; ital. malo, et adv. mate ; du lat. malus. Il y a dans le sanscrit mala, sale, avare, malina, sale, noir, mauvais ; ces sens conduisent à malus ; le sens primitif est noir, sale ; il y faut donc rattacher μέλας, μέλανος, noir.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander