Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

marque dans le Littré

2 articles· 107 citations· rimes· synonymes

1marque s. f. (mar-k' ; Chifflet, Gramm. p. 182, met en garde contre la prononciation merque, qui d'ailleurs est un archaïsme)

  1. 1Signe servant à faire reconnaître. La marque des moutons de tel troupeau.

    • Échalas de marque, latte de marque, tringles sur lesquelles les treillageurs tracent leurs dimensions.

    • Terme de vétérinaire et de police sanitaire. Signe appliqué à un animal et propre à constater son état sanitaire dans les cas d'épizootie.

  2. 2Marque de la mer, trace qu'elle laisse sur le rivage.

    • Synonyme d'amers.

    • Se dit aussi des tonnes ou balises fixées par une ancre et flottant au-dessus de la mer pour indiquer une passe dangereuse.

    • Bout de fil à voile fixé sur une manœuvre courante pour indiquer pendant la nuit que cette manœuvre est suffisamment halée ou tendue, et afin de l'amarrer quand cette marque est rendue au point convenu.

    • Marque du tirant d'eau, petites lames de plomb clouées sur les côtes de l'étrave et de l'étambot.

  3. 3Empreinte que le gouvernement met sur toutes les marchandises assujéties à quelque contribution pour faire connaître qu'elles ont acquitté le droit. La marque de la douane.

    • Droit de marque, droit qu'on perçoit sur ces marchandises. Droit de marque et de garantie. Le droit de marque sur les cuirs, ou, simplement, la marque des cuirs.

    • Terme d'ancienne législation. Marque d'or et d'argent, droit prélevé sur l'or et l'argent mis en œuvre.

  4. 4Chiffre, figure que les marchands et ouvriers mettent à leurs marchandises et ouvrages. La marque de la fabrique. La marque du fabricant, du marchand, de l'ouvrier.

    • Fig. La marque de l'ouvrier, ce qui indique de la distinction, un caractère d'excellence.

      • J'ai envie de vous mander que votre fille est devenue blonde : quoi qu'il en soit, il y a toujours à tous vos enfants la marque de l'ouvrier Mme de Sévigné, 20 avril 1672
    • On dit de même : la marque de l'ouvrière.

      • Il y a dans tout ce qui vient de vous autres [Grignan] un petit brin d'impétuosité, qui est la vraie marque de l'ouvrière Mme de Sévigné, 9 mars 1672
    • Farine de première marque, celle qui, ne contenant pas de son, se compose de la fleur de farine, de la farine de premier gruau blanc, et de la farine du deuxième gruau blanc. Farine des quatre marques, farine qui porte, à la halle de Paris, les marques de certains meuniers réunis.

    • Par extension, les marques françaises, les marchandises qui proviennent de France.

      • L'année 1865 a été très propice à l'industrie et au commerce de la France ; les marques françaises ont su se faire apprécier à l'étranger Presse scientifique, fév. 1866, p. 131
    • Fig. Ancienne marque, le caractère antique, la loyauté antique.

      • C'était un docteur de l'ancienne marque Bossuet, Cornet.
    • On dit dans le même sens : la bonne marque.

      • C'était [dans les premiers temps du christianisme] une espèce de désertion que d'aspirer aux honneurs du monde ; et les sages ne pensaient pas qu'un chrétien de la bonne marque pût devenir magistrat Bossuet, Panég. St Thomas de Cant. 2
    • Chiffre secret dont les marchands se servent pour indiquer sur leurs marchandises le prix qu'elles leur ont coûté. Consulter la marque avant de dire le prix de la marchandise. Il y a aussi des marques en chiffres connus.

    • Signe qu'un artiste imprime sur ses ouvrages pour les distinguer de ceux des autres.

    • Marque se dit aussi des lettres qu'un particulier met sur son linge pour le reconnaître, particulièrement quand il l'envoie au blanchissage.

  5. 5Instrument avec lequel on fait une empreinte sur de la vaisselle, sur du drap, etc. La marque pour marquer la vaisselle.

    • Flétrissure imprimée avec un fer chaud, sur l'épaule d'une personne condamnée à cette peine. La peine de la marque a été abolie sous le gouvernement de Juillet.

    • Fig.

      • N'imprimez pas, seigneur, cette honteuse marque à ces rares vertus qui vous ont fait monarque Corneille, Cinna, II, 1
  6. 6Signe par lequel un homme qui ne sait pas écrire supplée au défaut de sa signature. Mettre sa marque au bas d'une pièce d'écriture.

  7. 7Impression que laisse sur le corps une lésion quelconque. Il a eu la petite vérole, il lui en reste des marques. Il a été frappé au front, la marque y est encore.

    • Familièrement. Faire porter ses marques à quelqu'un, lui donner quelque coup dont il reste marqué.

    • Fig.

      • La blessure guérit ; mais la marque reste, et cette marque est un sceau respecté qui préserve le cœur d'une autre atteinte J.-J. Rousseau, Hél. VI, 7
  8. 8Trace qu'un contact, qu'une action laisse sur un corps. Ces murs portent encore la marque du feu. La marque des roues est toute fraîche.

  9. 9Tache, signe que l'homme, l'animal apporte en naissant. Cet enfant avait cette marque en venant au monde.

    • Marques de Judas, taches de rousseur, ainsi dites parce qu'on représente Judas roux.

    • Terme de vétérinaire. Marque, signe aux dents du cheval, indiquant son âge ; on le nomme aussi germe de fève. Marque de feu, nuance de feu, nuance d'un rouge vif sur différentes régions du corps. Marque en tête, tache de poils blancs au milieu du front.

  10. 10Ornement distinctif, signe de quelque dignité. Les faisceaux et la hache étaient la marque des grandes magistratures romaines.

    • Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque Corneille, Poly. V, 6
    • Vous auriez une paroisse de plus, dont vous seriez le seigneur supérieur avec toutes les marques Mme de Sévigné, à Guitaut, 9 fév. 1683
    • On la fit abbesse [la princesse Bénédicte encore enfant], sans que dans un âge si tendre elle sût ce qu'elle faisait ; et la marque d'une si grave dignité fut comme un jouet entre ses mains Bossuet, Anne de Gonz.
    • Jésus-Christ, qui doit comme Fils de Dieu, présider à ce jugement, viendra avec toutes les marques de la puissance et de la majesté divine Bourdaloue, Jugem. dernier, l'Avent, p. 332
    • D'une longue soutane il endosse la moire,Prend ses gants violets, les marques de sa gloire Boileau, Lutr. IV
    • Marques d'honneur, certaines marques de distinction accordées par le souverain. La décoration de la Légion d'honneur, l'ordre de la Jarretière, sont des marques d'honneur.

    • On dit dans ce sens : porter les marques d'un ordre.

    • En armoiries, marques d'honneur, les pièces qu'on met hors de l'écu, comme le bâton de maréchal de France, le collier d'un ordre, etc.

    • Par extension.

      • La plupart des noms rapportés par Homère sont des marques de distinction BARTHÉLEMY, Anach. ch. 66
    • Fig. Marque d'honneur, une haute fonction.

  11. 11Fig. Distinction.

    • Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque ; Celle-ci porte seule un éclat radieux, Qui fait revivre l'homme et le met de la barque à la table des dieux Malherbe, II, 12
    • Il importe aux monarques Qui veulent aux vertus rendre de dignes marques.... Corneille, D. Sanche, I, 3
    • Un homme de marque, un homme qui occupe un rang éminent dans la société, en raison soit de sa famille, soit de ses fonctions.

  12. 12Ce qu'on emploie pour se souvenir de quelque chose. Faire un nœud à son mouchoir pour servir de marque. Mettre une marque dans un livre.

    • Chez les boulangers, la marque, petit morceau de bois sur lequel on fait une coche pour chaque pain fourni ; on règle le compte à l'aide de ces coches.

  13. 13Au jeu, jetons qui servent à marquer les points ou les parties qu'on gagne.

    • Ironiquement. Il est heureux à la marque, se dit d'un joueur que l'on soupçonne de marquer plus qu'il ne faut.

    • Petit ustensile en carton, ou en bois, ou en os, ou en ivoire, qui porte d'un côté une languette valant cinq, et quatre languettes valant chacune un, et de l'autre côté une languette valant cinquante, et quatre languettes valant dix chacune ; le total est 99, de sorte que, quand on joue en 100, un point de plus que 99 montre qu'on a gagné. On taille aussi des marques semblables avec une carte.

  14. 14Jetons, fiches ou autres signes que l'on met au jeu, au lieu d'argent.

    • On quitte le jeu à l'heure que je vous ai dit ; on n'a point du tout de peine à faire les comptes ; il n'y a point de jetons ni de marques Mme de Sévigné, 299
  15. 15Ancien nom du premier billet d'entrée donné au bureau des théâtres, par opposition à contre-marque qui est le second billet.

    • Tous les gagistes, receveurs de marques et de contre-marques que je rencontrai sur mon chemin, me firent de profondes révérences LE SAGE, Gil Blas, VII, 8
  16. 16Fig. Indice, présage, trace, impression, témoignage, preuve. C'est une marque de bonheur, de malheur. Le ciel rouge le soir au couchant est, au dire des paysans, une marque de vent pour le lendemain.

    • J'ai toujours vu ma dame avoir toutes les marques De n'être point soumise à l'outrage des Parques Malherbe, V, 24
    • Je découvrais en vous assez d'illustres marques,Pour vous préférer même aux plus heureux monarques Corneille, Poly. II, 2
    • Je suis devenu théologien, vous en allez voir les marques Pascal, Prov. I
    • Quelle plus haute marque peut-on produire de la foi de cet accusé ? Pascal, ib. III
    • Cela doit consoler ceux qui en sortent [des troubles], puisque, étant avertis que le chemin du ciel qu'ils cherchent en est rempli, ils doivent se réjouir de rencontrer des marques qu'ils sont dans le véritable chemin Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6
    • La vraie religion doit avoir pour marque d'obliger à aimer son Dieu Pascal, Pens. XI, 1, édit. HAVET.
    • Les trois marques de la religion : la perpétuité, la bonne vie, les miracles Pascal, ib. XXIII, 28
    • Si je voyais partout les marques d'un créateur, je reposerais dans la foi Pascal, ib. XIV, 2
    • La création et le déluge étant passés, et Dieu ne devant plus détruire le monde, non plus que le recréer, ni donner de ces grandes marques de lui Pascal, ib. XV, 1
    • Considérant combien il y a plus d'apparence qu'il y a autre chose que ce que je vois, j'ai recherché si ce Dieu n'aurait point laissé quelques marques de soi Pascal, ib. XI, 8
    • Nous avons tant de canons, tant de timbales, tant de drapeaux, tant d'étendards, tant de prisonniers [à Nerwinde], que jamais aucune bataille rangée ni gagnée, depuis cinquante ans, n'a fait voir tant de marques de victoire Mme de Sévigné, 7 août 1693
    • Je comprends mieux que personne du monde les sortes d'attachements qu'on a pour des choses insensibles et par conséquent ingrates ; mes folies pour Livry en sont de belles marques Mme de Sévigné, 18 oct. 1688
    • L'on dit quelquefois bien des choses qu'on ne pense pas ; et, quand on les penserait, ce ne serait point la marque de ne pas aimer Mme de Sévigné, 6 août 1680
    • Elle étudiait ses défauts, elle aimait qu'on lui en fît des leçons sincères ; marque assurée d'une âme forte que ses fautes ne dominent pas Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Et vous, prince, qui l'avez tant honorée pendant qu'elle était au monde.... et qui lui donnez les dernières marques de piété avec tant de magnificence et tant de zèle Bossuet, Ann. de Gonz.
    • Je suis très aise de recevoir des marques de votre souvenir Bossuet, Lett. 35
    • Le faux prophète [Mahomet] donna ses victoires pour toute marque de sa mission Bossuet, Hist. I, 11
    • Nous voyons des marques indubitables de leur réprobation [des Juifs] Bossuet, ib. II, 10
    • Ils périssent avec toutes les marques de la vengeance divine Bossuet, ib. II, 7
    • En vain de la faveur du plus grand des monarquesTout révère à genoux les glorieuses marques Racine, Esth. II, 1
    • Porter la marque de, avoir en soi, sur soi, l'indice de.

      • Nos corps dans leur formation portent la marque d'une invention, d'un dessein, d'une industrie explicable ; tout y a sa raison Bossuet, Conn. de Dieu, IV, 2
    • Donner des marques de, donner des témoignages de, des preuves de.

      • Vous ne me sauriez donner une marque plus agréable de votre amitié Mme de Sévigné, 1
      • Si vous m'aimez, vous m'en donnerez une marque cette année Mme de Sévigné, 162
      • Ils ont donné d'illustres marques de valeur Bossuet, Hist. III, 5
      • Il n'y a rien de si aimable que l'enfance des princes destinés à l'empire, lorsqu'ils donnent des marques d'un caractère heureux Fléchier, Mme de Mont.
      • Les Crétois leur donnèrent toutes les marques d'une amitié sincère Fénelon, Tél. IX
      • Ne vous ai-je pas donné assez de marques de ma protection ? Massillon, Carême, Pécheresse.
    • Familièrement. Une marque que j'ai fait cela, et, absolument, marque que j'ai fait cela, c'est-à-dire une preuve que j'ai fait cela.

    • On dit aussi : marque de cela, une preuve de cela.

  17. 17Anciennement, lettre de marque, acte du gouvernement qui autorisait celui qui en était porteur à se faire justice lui-même aux dépens d'une nation ennemie ; ces lettres s'appelaient aussi lettres de représailles.

    • Aujourd'hui, lettre de marque, qui ne se dit plus que pour la mer, est la commission dont tout capitaine ou patron d'un navire armé en course doit être pourvu, sous peine d'être réputé pirate ou forban.

Remarque

Comme dans l'ancienne langue, suivant les dialectes, marque et marche se confondent et ne sont en effet qu'un seul et même mot, et comme on trouve lettres de marche (voy. l'historique), on a conclu avec beaucoup de vraisemblance que lettres de marque ou de marche étaient des lettres autorisant à passer la marche ou frontière et à faire incursion sur le territoire ennemi. Cependant, voyez à MARQUER, dans l'historique, XIVe siècle, un exemple où marquer signifie piller, rançonner. Au reste, marche, frontière, et marque, marquer, ayant même radical, il n'est pas étonnant que les significations jouent entre elles.

Étymologie

Norm. merc, borne de pierre ; provenç. marca, marqua ; espagn. et portug. marca ; de l'allem. Mark, signe, borne ; comparez aussi le kymri marc, marque ; bas-bret. marz, marque, merka, marquer. Mark répond au latin margo et a un sens analogue.

Supplément

MARQUE. Acier à une, deux ou trois marques, voy. ACIER au Supplément.

2marqué, ée part. passé (mar-ké, kée)

  1. 1Distingué par une marque. Du linge marqué d'une L.

    • Papier marqué, parchemin marqué, papier, parchemin qui est marqué avec un timbre pour servir aux actes qui font foi en justice.

      • Autrefois on nous tuait [nous paysans] pour cinq sous parisis.... maintenant il en coûte à un maire sept sous et demi de papier marqué pour seulement mettre en prison l'homme qui travaille Paul-Louis Courier, Lett. 1re.
    • On dit aujourd'hui de préférence, papier timbré, parchemin timbré.

    • Marqué au coin de, se dit de ce qui a reçu l'empreinte d'un coin.

    • Fig. Ouvrage marqué au bon coin, ouvrage bien fait.

    • Terme de blason. Se dit pour indiquer la couleur des points des dés. Trois dés d'argent marqués de sable.

  2. 2Qui a subi la peine de la marque.

    • Moi qui.... Et jadis en public fus marqué par derrière, Pour être trop homme de bien Molière, Amph. I, 2
  3. 3Qui a reçu une marque, une impression.

    • Être marqué de petite vérole, avoir sur le corps et, principalement, au visage, des marques de petite vérole.

      • La petite vérole lui vint, elle en resta extrêmement marquée Marivaux, Marianne, 1re partie.
    • Absolument. Être marqué, même sens.

      • Mme de Saint-Valleri sera marquée ; j'ai si bien fait que son joli nez en sera gâté Mme de Sévigné, 7 août 1675
  4. 4Qui porte quelque marque, quelque signe sur quelque partie du corps. Être marqué au front, à la joue.

    • Être né marqué, avoir apporté en naissant quelque signe.

    • Son fruit en sera marqué, se dit d'une femme grosse qui désire avec ardeur quelque chose.

    • Fig. et familièrement. Il est marqué au B, se dit d'un boiteux, d'un borgne, d'un bossu. Donnez-vous de garde de ces gens qui sont marqués au B, ils sont ordinairement malins.

    • Il est comme les moutons du Berry, marqué sur le nez.

    • Cheval marqué en tête, cheval qui a l'étoile ou la pelote au front.

    • Faux-marqué, cheval chez lequel, par fraude, on a rétabli sur la dent, par des moyens artificiels, la cavité que l'usure naturelle a fait disparaître. On dit aussi, dans ce sens, contre-marqué.

    • Terme de vénerie. Faux-marqué, se dit aussi du cerf qui a plus d'andouillers d'un côté de la tête que de l'autre.

    • Terme d'histoire naturelle. Marqué, qui porte quelque tache.

      • La queue est grise et marquée d'une tache fauve dans son milieu Buffon, Quadrup. t. VII, p. 379
  5. 5Au piquet et au trictrac. Être marqué, perdre un des coups partiels dont l'ensemble forme la partie ; le perdant marque sa perte au moyen d'un jeton ; c'est pourquoi il est marqué.

    • Substantivement. Un marqué, deux marqués, trois marqués, se dit d'un point, de deux points, de trois points perdus de cette façon. Celui qui reçoit le plus de marqués perd la partie.

  6. 6Taille marquée, taille dessinée par quelque vêtement.

    • Avoir les traits marqués, avoir les traits du visage prononcés.

    • En termes de théâtre, rôle marqué, coquette marquée, jeune premier marqué, ceux qui ne sont plus de la première jeunesse. Elle est un peu marquée pour jouer les amoureuses.

  7. 7Noté, inscrit. Visite marquée sur l'agenda du médecin.

    • La pensée d'être fâché de paraître guidon dans le livre de notre généalogie est tellement passée à mon fils.... il importera peu, dans les siècles à venir, qu'il soit marqué pour cette charge, qui a fait le commencement de sa vie, ou pour la sous-lieutenance Mme de Sévigné, 25 avr. 1687
    • Cette province d'Allabad n'est pas seulement marquée dans nos cartes françaises de l'Inde ; il faut être bien établi dans un pays pour le connaître Voltaire, Pol. et lég. Fragm. hist. sur l'Inde, XXXVI.
    • Fig.

      • Il n'y a point d'endroit [à Livry] où je ne me souvienne de ma fille, et qui ne soit marqué tendrement dans mon imagination Mme de Sévigné, 27 sept. 1679
    • Fig. Être marqué sur le livre rouge, être noté pour quelque faute.

  8. 8Décrit.

    • Les hommes n'ont point changé selon le cœur et selon les passions, ils sont encore tels qu'ils étaient alors, et qu'ils sont marqués dans Théophraste, vains, dissimulés, flatteurs, intéressés, effrontés, importuns, défiants, médisants, querelleurs, superstitieux La Bruyère, Disc. sur Théophr.
  9. 9Mandé. Cela est marqué dans la dépêche qui vient d'arriver.

  10. 10Qui est connu par quelque chose comparé à une marque.

    • Il y aura demain un an que je ne vous ai vue.... mon Dieu ! que ce jour est présent à ma mémoire ! et que je souhaite en retrouver un autre qui soit marqué par vous revoir, par vous embrasser !... Mme de Sévigné, 2 oct. 1689
    • Quand je considère quatre-vingt-dix ans si soigneusement ménagés, quand je regarde des années si pleines et si bien marquées par les bonnes œuvres Bossuet, Yol. de Monterby.
    • Songez que ce grand jour doit être un jour propiceMarqué par la clémence et non par la justice Voltaire, Alzire, I, 1
    • Quoi ! dans ces jours marqués par la mort d'Alexandre.... Voltaire, Olymp. II, 3
    • Il regardait le Rhin, le Danube, les Alpes du Tyrol, marqués alors par d'autres noms, et tous les pays par où il devait passer avant d'arriver à la ville des sept montagnes Voltaire, Princ. de Babyl. 8
  11. 11Désigné, fixé d'avance, prédestiné.

    • Après que le temps marqué de Dieu eut été accompli, moi Nabuchodonosor j'élevai les yeux au ciel Saci, Bible, Daniel, IV, 31
    • Voilà vraiment un malheur bien marqué et une destinée que rien ne pouvait empêcher Mme de Sévigné, 26 fév. 1690
    • J'irai assurément ; et mon jour est si bien marqué, que ce serait signe de grand malheur si je ne partais pas Mme de Sévigné, 30 juill. 1677
    • C'est là ma dévotion [être soumise à la volonté de la Providence].... et, si j'étais digne de croire que j'ai une voie toute marquée, je dirais que c'est là la mienne Mme de Sévigné, 18 mai 1680
    • Ah ! ma bonne, fallait-il que ma vie fût rangée et marquée si loin de la vôtre ! Mme de Sévigné, 9 août 1671
    • Cette année 89 si prédite, si marquée, si annoncée par de grands événements Mme de Sévigné, 31 déc. 1688
    • Réservez-vous, dans les temps marqués par votre prédestination éternelle, de secrets retours à l'État et à la maison d'Angleterre ? Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Voyez, chrétiens comme les temps sont marqués [dans une prophétie], comme les générations sont comptées Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Eh ! seigneur, si votre heure est une fois marquée,Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer Racine, Phèdre, I, 1
    • Ce temps était marqué pour les événements rapides Voltaire, Louis XIV, 9
    • Voici les jours nouveaux marqués pour la victoire Voltaire, Fanat. II, 5
    • Je vois que malgré nous tous nos pas sont marqués Voltaire, Sémiram. V, 4
  12. 12Indiqué, témoigné.

    • On dit le miséréré [auprès de Saint-Aubin mourant] ; ce fut une attention marquée par ses gestes et par ses yeux ; il avait répondu à l'extrême-onction Mme de Sévigné, 19 nov. 1688
    • La distinction de ce choix si bien marqué par la lettre du roi [M. de Chaulnes nommé ambassadeur à Rome] Mme de Sévigné, 4 sept. 1689
  13. 13Fig. Apparent, visible, remarquable.

    • Il faut qu'il y ait eu quelque rudesse marquée à ces fêtes de Versailles Mme de Sévigné, 5 nov. 1676
    • Je n'ai point été malade, je n'ai point eu d'ennui marqué, j'ai vu de belles maisons, de beaux pays Mme de Sévigné, 3 juill. 1689
    • Toutes ces circonstances sont si touchantes et si marquées, qu'encore que ce ne soit point la première mort subite dont on ait entendu parler.... Mme de Sévigné, 1er janv. 1690
    • Mme de la Fayette a eu trois accès marqués de fièvre quarte Mme de Sévigné, 21 oct. 1676
    • Pouvait-on dépeindre l'usure sous des traits plus forts et plus marqués ? Bourdaloue, Serm. 22e dim. après la Pentec. Domin. t. IV, p. 329
    • Quoique son indignation et sa jalousie fussent assez marquées Hamilton, Gramm. 7
    • Ce que vos passions avaient de plus grossier et de plus marqué Massillon, Carême, Inconstance.
    • Laissons-là ces abus plus sensibles et plus marqués, et sur lesquels il est malaisé de s'abuser soi-même Massillon, Carême, Sur la comm.
    • Rien n'est plus dangereux pour un homme public que des vues marquées d'ambition et de fortune Massillon, ib. Passion.
    • Le roi le crut, et le crut si bien, qu'il en témoigna son mécontentement de la manière la plus marquée D'Alembert, Apolog. Clerm. Tonn. Œuv. t. IX, p. 152, dans POUGENS.
    • Ce n'est pas que ce prince [le régent] n'eût tiré une ligne de séparation très marquée entre ceux qui avaient part aux affaires et ses compagnons de plaisirs Duclos, Mém. rég. Œuv. t. V, p. 365, dans POUGENS
  14. 14Qui a été remarqué, qui se distingue, en parlant des personnes.

    • Nous lûmes une relation en détail du siége de Maestricht, qui est en vérité une très belle chose : les frères de Rippert y sont très bien marqués Mme de Sévigné, 16 sept. 1676
    • Les pères [de la maison de Sévigné] quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne, et bien marqués dans l'histoire Mme de Sévigné, 4 déc. 1668
    • Cette mère [Mme de Lavardin] dont la tête est marquée entre les bonnes Mme de Sévigné, 30 juin 1680
  15. 15Fig. Qui a mis sa marque, son empreinte.

    • Je comprends votre tristesse de la mort de ce jeune chanoine.... je vois, comme vous, la Providence marquée dans l'opiniâtreté de ne lui pas donner ce qui le pouvait guérir Mme de Sévigné, 12 oct. 1677
    • Il faut.... regarder la suite [d'une imprudence] comme une volonté de Dieu toute marquée Mme de Sévigné, 1er août 1685
  16. 16Qui se fait remarquer, en parlant des manières à l'égard des autres.

    • Je ne suis point du tout mal avec M. et Mme de Pontchartrain.... je n'ai rien du tout de marqué à leur égard ; car ce n'est pas un crime d'être amie de nos gouverneurs Mme de Sévigné, 12 oct. 1689
    • Il se dit en un sens analogue des personnes.

      • On ne me parle point sur ce sujet [la retraite du cardinal de Retz, pour la blâmer], je suis trop marquée Mme de Sévigné, 19 août 1676
  17. 17Marqué, sur qui la vieillesse a mis sa marque.

    • Il m'apprit qu'on avait d'abord pensé à moi pour le rôle, mais qu'on me trouve trop marqué.... trop marqué !... il y a de quoi l'être en effet avec des déceptions pareilles dans sa vie ALPH. DAUDET, Journ. offic. 10 sept. 1876, p. 5002, 3e col.
    • être jeune, tout est là ; moi, je suis vieux, je suis marqué ALPH. DAUDET, ib. 5003, 1re col.
    • Cet emploi provient des maquignons, qui jugent de l'âge d'un cheval par les marques des dents.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander