-
1Faux visage de carton peint, etc. dont on se couvre la figure pour se déguiser.
Je vous invite ce soir à mes noces. - Je n'y manquerai pas ; et je veux y aller en masque, afin de les mieux honorer
Molière, Mariage forcé, 2
Vous faisiez, Henri III, mille grimaces : aller en masque le mardi gras, et, le jour des Cendres, à la procession en sac de pénitent
Fénelon, t. XIX, p. 397
Le masque donne une certaine hardiesse, façon d'insolence qui ne me déplaît pas, et qui est assez dans mon caractère
Dancourt, Second chap. du Diable boit. I, 4
Ce n'est point dans ce sens propre que Malherbe prenait le mot de masque lorsqu'il disait qu'à la cour il y avait plus de masques que de visages
DUMARSAIS, Tropes, part. I, art. 6
...Un masque à mes yeux dérobait son visage
ANCELOT, Fiesque, III, 5
-
Lever le masque à quelqu'un dans une mascarade, soulever son masque pour chercher à le reconnaître.
-
Le masque de fer ou l'homme au masque de fer, mystérieux prisonnier d'État du règne de Louis XIV.
Je suis assez instruit de l'aventure de l'homme au masque de fer, mort à la Bastille ; j'ai parlé à des gens qui l'ont servi
Voltaire, Lett. abbé Dubos, 30 oct. 1738
-
Masques à domino, masques qui n'ont pas de menton, et sont coupés à la hauteur de la lèvre supérieure.
-
Fig. Faire un masque à quelqu'un, lui jeter au visage quelque chose qui le barbouille. Il prit de la boue et lui en fit un masque.
-
Faire un masque, se dit aussi simplement d'une chose que l'on jette contre la face de quelqu'un.
-
Ancien terme militaire. Lever le masque d'une batterie, la découvrir. On dit aujourd'hui démasquer une batterie.
-
2Morceau de velours noir où l'on fait un nez et deux yeux, dont les dames se couvraient le visage. Les dames n'ont commencé à porter des masques que sur la fin du seizième siècle.
-
3Terme d'escrime. Armure de fil de fer, à mailles très serrées, et garnie de peau, qu'on se met sur le visage quand on fait des armes, pour le protéger contre les coups de fleuret.
-
4Terme d'antiquité. Masque de théâtre, masque aux traits gigantesques qui couvrait la figure et une partie de la tête. Masque tragique, comique, etc.
- Les grands, pour la plupart, sont masques de théâtre ;Leur apparence impose au vulgaire idolâtre La Fontaine, Fabl. IV, 14
- Eschyle dans le chœur jeta les personnages,D'un masque plus honnête habilla les visages Boileau, Art p. III
La tragédie employa le masque presque au moment où elle prit naissance ; on ignore le nom de celui qui l'introduisit dans la comédie
Barthélemy, Anach. ch. 70
Les masques, dont il est permis de changer à chaque scène, et sur lesquels on peut imprimer les symptômes des principales affections de l'âme, peuvent seuls entretenir et justifier l'erreur des sens, et ajouter un nouveau degré de vraisemblance à l'imitation
Barthélemy, ib.
-
5Caractère de la physionomie, en parlant des acteurs. Cet acteur a un bon masque, le masque mobile, un masque comique, etc.
-
6Personne masquée. Aller voir les masques.
Quoi ! masques toute nuit assiégeront ma porte !
Molière, l'Ét. III, 13
Bonjour, beau masque, vous me voyez à visage découvert, et vous ne me connaissez pas ; vous êtes masquée, et je vous connais
Dancourt, les Fêtes du Cours, sc. 5
-
Fig. Je vous connais, beau masque, se dit à quelqu'un que l'on reconnaît sous le masque, ou, figurément, dont on pénètre les vues, les intentions.
Je lui criai : masque, je te connais
Voltaire, Hypocr.
Je vous reconnais, beau masque : c'est de vous cela
Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XV, p. 97
-
7Terre préparée et appliquée sur le visage de quelqu'un pour en prendre le moule. Buste fait d'après un masque.
-
8Terme de peinture et de sculpture. Visage séparé du reste du corps, dont les traits sont ordinairement chargés, et qu'on met quelquefois dans les ornements de ces deux arts. On a mis des masques à toutes les clefs de ces arcades.
-
9Fig. Fausse apparence.
La vertu.... Sert aux jeunes de masque, aux plus vieux de risée
Régnier, Ép. I
- Et ce masque trompeur de fausse hardiesseNous déguise sa crainte et couvre sa faiblesse Corneille, Nicom. III, 4
- Et le masque est levé de votre trahison Molière, D. Garc. IV, 8
Vous voyez sous quel masque de sympathie et de rapports de sentiments je me déguise pour lui plaire
Molière, l'Avare, I, 1
Il [Harlay] se piqua surtout de probité et de justice dont le masque tomba bientôt
Saint-Simon, 17, 197
Cette conduite [de la cour de France s'alliant avec les protestants du dehors et faisant la guerre à ceux du dedans] prouve assez manifestement que le zèle de la religion n'a jamais été dans les cours que le masque de la religion et de la perfidie
Voltaire, Mœurs, 176
- C'est trahir à la fois sous un masque hypocriteEt le Dieu qu'on préfère et le Dieu que l'on quitte Voltaire, Alz. V, 5
La nature ne porte qu'un voile, nous lui donnons un masque ; nous la couvrons de préjugés, nous supposons qu'elle agit, qu'elle opère comme nous agissons et pensons
Buffon, Animaux carnassiers.
- D'un masque saint ils couvrent leur vengeance ;Rougiraient-ils devant ma probité ? Béranger, Ad. à la campagne.
- Et quand l'honneur n'est plus, ma vertu désormaisEst d'en offrir au moins et le masque et les traits BRIFFAUT, Ninus II, IV, 10
-
Absolument.
Quelque graves et dissimulés qu'ils soient, à la première alarme le masque leur tombe à terre
Guez de Balzac, Des ministres et du ministère
Je me réjouis donc d'avoir trouvé un visage parmi tant de masques et de pouvoir embrasser quelque chose de sensible et de véritable
Guez de Balzac, liv. V, lett. 19
- Mettre bien la franchise et la feinte en usage,Porter tantôt un masque et tantôt un visage Rotrou, Vencesl. I, 1
- Au travers de son masque on voit à plein le traître ;Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être Molière, Mis. I, 1
- Je vais par des douceurs, puisque j'y suis réduite,Faire poser le masque à cette âme hypocrite Molière, Tart. IV, 4
- Mais au moindre revers funesteLe masque tombe, l'homme reste,Et le héros s'évanouit J.-B. Rousseau, Ode à la fortune.
-
Lever le masque, parler franchement, paraître tel qu'on est en effet, ne plus se déguiser, mettre au jour ce qu'auparavant on avait tenu caché.
Ce fut là qu'il leva le masque et qu'il se donna en proie à toutes ses passions
Vaugelas, Q. C. liv. VI, dans RICHELET
Quoi ! si la déloyale enfin lève le masque, Oses-tu te fâcher d'être désabusé ?
Corneille, Mélite, III, 4
- De l'artifice enfin il faut bannir l'usage,Il faut lever le masque et montrer le visage Rotrou, Vencesl. III, 2
Il faut lever le masque et.... découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon cœur
Molière, Princ. d'Él. V, 2
Ne levez point le masque, et ne vous chargez point d'avoir une haine à soutenir
Mme de Sévigné, 58
-
Arracher, ôter le masque à quelqu'un, faire connaître sa fausseté, sa perfidie, etc.
Eh quoi ! lorsqu'autrefois Horace, après Lucile, ....Allait ôter le masque aux vices de son temps
Boileau, Sat. VII
-
Être toujours en masque, faire toujours paraître d'autres sentiments que ceux que l'on a.
-
10Terme de médecine. Nom donné quelquefois, dans la description des maladies, à l'aspect offert par tout le visage.
-
11Terme de botanique. Fleurs en masque, fleurs personnées.
-
12Terme de marine. Rempart de toile élevé sur le pont d'un navire pour abriter la cheminée (Jal fait ce mot féminin).
-
Sorte de revêtement en croûte de chêne ou de sap, que l'on établit devant les parties supérieures, devant la poupe et la poulaine des bâtiments en construction, afin d'abriter ces parties contre la pluie et le soleil.
-
Grand plan de bois que l'on met à l'arrière d'un navire qu'on lance à l'eau, pour retarder son erre et empêcher qu'il n'aille se briser contre le quai voisin.
-
Abri que l'on obtient soit fortuitement, soit à dessein sur une côte.
-
13Petit ciseau gravé en creux ou en relief, dont les arquebusiers, les armuriers et d'autres artisans se servent pour leurs ciselures.
-
14Lèvre inférieure des larves ou nymphes des libellules.
-
15Genre de coquilles univalves. Le masque grimace dit vulgairement la grimace, la bossue qui était le murex anus de Linne.
-
16Demi-masque noir, espèce de fauvette.
-
17Terme de guerre. Masse couvrante derrière laquelle sont abrités des travailleurs, ou disposée en certains points d'un ouvrage de fortification pour boucher une trouée, pour abriter un passage.
-
18Pointe d'une digue.
Lors de la révolution, les ouvrages [de deux digues] furent absolument abandonnés : si on avait pu prévoir cette circonstance, on aurait donné aux masques la solidité convenable pour résister aux événements
BREMONTIER, Rech. sur le mouv. des ondes, p. 99
Étymologie
Bas-latin, mascha, sorcière. Du sens de sorcière on a pu passer, et il paraît bien effectivement qu'on a passé au sens de faux visage, destiné à faire peur : XIIe s. Mascha, simulacrum quod terret, quod vulgo dicitur mascarel, quod apponitur faciei ad terrendos parvos, UGUTIO, dans DU CANGE, masca. Cependant Kiliaen suppose que le masque est primitivement un réseau, et le rapporte à l'ancien haut allemand masca, filet ; allem. mod. Masche ; mais rien n'indique que le masque ait été un filet. On voit par la citation d'Ugution que le nom vulgaire était mascarel, qui est de même forme que l'italien maschera ; espagn. mascara ; portug. mascara et mascarra. En regard de ces substantifs sont des verbes : ital. mascherare ; anc. espagn. mascarar ; provenç. mascarar, barbouiller ; anc. franç. mascerer, barbouiller : À cela se rapporte le verbe machurer, barbouiller ; bourguig. machurer, noircir, barbouiller. Ces verbes tiennent au germanique : vieux flamand, mascher, tache ; anglo-saxon, mäscre ; mais ils ne paraissent pas avoir une origine commune avec la forme primitive, masque. Masque vient du bas-latin mascha, sorcière, et, par dérivation, faux visage qui fait peur ; l'origine de mascha, qui se trouve dès les Lois des Lombards, est inconnue, si on n'adopte pas la conjecture de Grimm (voy. MASQUE 1) ; les formes maschera, mascarel, etc. en sont des allongements. Cette étymologie écarte celle de Souza, adoptée par Mahn : arabe, mascharat, plaisanterie. L'ancien français disait très souvent faux visage.