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masque dans le Littré

3 articles· 51 citations· rimes· synonymes

1masque s. f. (ma-sk')

  1. Terme familier d'injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice.

Étymologie

Languedocien, masco, sorcière ; en Auvergne, d'après du Cange, masque, femme de mauvaise vie ; du bas-latin masca, sorcière. Grimm, dont Diez ne repousse pas la conjecture, rattache le bas-latin à masticare, mâcher, la sorcière ayant été ainsi nommée parce qu'elle mange les petits enfants ; c'est ainsi qu'en latin manducus, le mangeur, a signifié un épouvantail. Cela est ingénieux, mais n'est pas assuré (voy. MASQUE 2).

2masque s. m. (ma-sk')

  1. 1Faux visage de carton peint, etc. dont on se couvre la figure pour se déguiser.

    • Je vous invite ce soir à mes noces. - Je n'y manquerai pas ; et je veux y aller en masque, afin de les mieux honorer Molière, Mariage forcé, 2
    • Vous faisiez, Henri III, mille grimaces : aller en masque le mardi gras, et, le jour des Cendres, à la procession en sac de pénitent Fénelon, t. XIX, p. 397
    • Le masque donne une certaine hardiesse, façon d'insolence qui ne me déplaît pas, et qui est assez dans mon caractère Dancourt, Second chap. du Diable boit. I, 4
    • Ce n'est point dans ce sens propre que Malherbe prenait le mot de masque lorsqu'il disait qu'à la cour il y avait plus de masques que de visages DUMARSAIS, Tropes, part. I, art. 6
    • ...Un masque à mes yeux dérobait son visage ANCELOT, Fiesque, III, 5
    • Lever le masque à quelqu'un dans une mascarade, soulever son masque pour chercher à le reconnaître.

    • Le masque de fer ou l'homme au masque de fer, mystérieux prisonnier d'État du règne de Louis XIV.

      • Je suis assez instruit de l'aventure de l'homme au masque de fer, mort à la Bastille ; j'ai parlé à des gens qui l'ont servi Voltaire, Lett. abbé Dubos, 30 oct. 1738
    • Masques à domino, masques qui n'ont pas de menton, et sont coupés à la hauteur de la lèvre supérieure.

    • Fig. Faire un masque à quelqu'un, lui jeter au visage quelque chose qui le barbouille. Il prit de la boue et lui en fit un masque.

    • Faire un masque, se dit aussi simplement d'une chose que l'on jette contre la face de quelqu'un.

    • Ancien terme militaire. Lever le masque d'une batterie, la découvrir. On dit aujourd'hui démasquer une batterie.

  2. 2Morceau de velours noir où l'on fait un nez et deux yeux, dont les dames se couvraient le visage. Les dames n'ont commencé à porter des masques que sur la fin du seizième siècle.

  3. 3Terme d'escrime. Armure de fil de fer, à mailles très serrées, et garnie de peau, qu'on se met sur le visage quand on fait des armes, pour le protéger contre les coups de fleuret.

  4. 4Terme d'antiquité. Masque de théâtre, masque aux traits gigantesques qui couvrait la figure et une partie de la tête. Masque tragique, comique, etc.

  5. 5Caractère de la physionomie, en parlant des acteurs. Cet acteur a un bon masque, le masque mobile, un masque comique, etc.

    • Nom d'une ancienne sorte de représentation théâtrale.

      • L'Angleterre ne possédait alors (1720) que les masques, genre de spectacle d'une pompe extraordinaire et bizarre, un ensemble de musique, de danses, de constructions improvisées, de peintures, de festins, de scènes parlées ou mimées entre des personnages allégoriques, accoutrés avec un luxe prodigieux C. BLAZE, Hist. de l'opéra italien, IV, p. 110
  6. 6Personne masquée. Aller voir les masques.

    • Quoi ! masques toute nuit assiégeront ma porte ! Molière, l'Ét. III, 13
    • Bonjour, beau masque, vous me voyez à visage découvert, et vous ne me connaissez pas ; vous êtes masquée, et je vous connais Dancourt, les Fêtes du Cours, sc. 5
    • Fig. Je vous connais, beau masque, se dit à quelqu'un que l'on reconnaît sous le masque, ou, figurément, dont on pénètre les vues, les intentions.

      • Je lui criai : masque, je te connais Voltaire, Hypocr.
      • Je vous reconnais, beau masque : c'est de vous cela Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XV, p. 97
  7. 7Terre préparée et appliquée sur le visage de quelqu'un pour en prendre le moule. Buste fait d'après un masque.

  8. 8Terme de peinture et de sculpture. Visage séparé du reste du corps, dont les traits sont ordinairement chargés, et qu'on met quelquefois dans les ornements de ces deux arts. On a mis des masques à toutes les clefs de ces arcades.

  9. 9Fig. Fausse apparence.

  10. 10Terme de médecine. Nom donné quelquefois, dans la description des maladies, à l'aspect offert par tout le visage.

    • Masque des femmes en couches, bouffissure et teinte particulière que prend le visage pendant les derniers temps de la grossesse et de la durée des couches. Cette femme a le masque.

  11. 11Terme de botanique. Fleurs en masque, fleurs personnées.

  12. 12Terme de marine. Rempart de toile élevé sur le pont d'un navire pour abriter la cheminée (Jal fait ce mot féminin).

    • Sorte de revêtement en croûte de chêne ou de sap, que l'on établit devant les parties supérieures, devant la poupe et la poulaine des bâtiments en construction, afin d'abriter ces parties contre la pluie et le soleil.

    • Grand plan de bois que l'on met à l'arrière d'un navire qu'on lance à l'eau, pour retarder son erre et empêcher qu'il n'aille se briser contre le quai voisin.

    • Abri que l'on obtient soit fortuitement, soit à dessein sur une côte.

  13. 13Petit ciseau gravé en creux ou en relief, dont les arquebusiers, les armuriers et d'autres artisans se servent pour leurs ciselures.

  14. 14Lèvre inférieure des larves ou nymphes des libellules.

  15. 15Genre de coquilles univalves. Le masque grimace dit vulgairement la grimace, la bossue qui était le murex anus de Linne.

  16. 16Demi-masque noir, espèce de fauvette.

  17. 17Terme de guerre. Masse couvrante derrière laquelle sont abrités des travailleurs, ou disposée en certains points d'un ouvrage de fortification pour boucher une trouée, pour abriter un passage.

  18. 18Pointe d'une digue.

    • Lors de la révolution, les ouvrages [de deux digues] furent absolument abandonnés : si on avait pu prévoir cette circonstance, on aurait donné aux masques la solidité convenable pour résister aux événements BREMONTIER, Rech. sur le mouv. des ondes, p. 99

Étymologie

Bas-latin, mascha, sorcière. Du sens de sorcière on a pu passer, et il paraît bien effectivement qu'on a passé au sens de faux visage, destiné à faire peur : XIIe s. Mascha, simulacrum quod terret, quod vulgo dicitur mascarel, quod apponitur faciei ad terrendos parvos, UGUTIO, dans DU CANGE, masca. Cependant Kiliaen suppose que le masque est primitivement un réseau, et le rapporte à l'ancien haut allemand masca, filet ; allem. mod. Masche ; mais rien n'indique que le masque ait été un filet. On voit par la citation d'Ugution que le nom vulgaire était mascarel, qui est de même forme que l'italien maschera ; espagn. mascara ; portug. mascara et mascarra. En regard de ces substantifs sont des verbes : ital. mascherare ; anc. espagn. mascarar ; provenç. mascarar, barbouiller ; anc. franç. mascerer, barbouiller : À cela se rapporte le verbe machurer, barbouiller ; bourguig. machurer, noircir, barbouiller. Ces verbes tiennent au germanique : vieux flamand, mascher, tache ; anglo-saxon, mäscre ; mais ils ne paraissent pas avoir une origine commune avec la forme primitive, masque. Masque vient du bas-latin mascha, sorcière, et, par dérivation, faux visage qui fait peur ; l'origine de mascha, qui se trouve dès les Lois des Lombards, est inconnue, si on n'adopte pas la conjecture de Grimm (voy. MASQUE 1) ; les formes maschera, mascarel, etc. en sont des allongements. Cette étymologie écarte celle de Souza, adoptée par Mahn : arabe, mascharat, plaisanterie. L'ancien français disait très souvent faux visage.

3masqué, ée part. passé (ma-ské, skée)

  1. 1Couvert d'un masque.

    • Bal masqué, bal où les danseurs portent un masque et un déguisement.

    • Terme de blason. Lion masqué, lion qui a un masque.

  2. 2Intercepté par quelque obstacle comme par un masque.

    • La porte étant masquée par des aunes et des coudriers qui ne laissent que deux étroits passages sur les côtés, je ne vis plus en me retournant par où j'étais entré J.-J. Rousseau, Hél. IV, 11
    • Batterie masquée, batterie dressée, mais tellement couverte qu'on ne peut l'apercevoir.

  3. 3Terme de marine. Brûlot masqué, brûlot qui a la même apparence qu'un autre bâtiment de guerre.

    • Fig. Être masqué, être arrêté dans une entreprise par un obstacle imprévu.

  4. 4Terme d'imprimerie. Les pages blanches restent ordinairement masquées, afin que l'encre ne puisse pas maculer le papier.

  5. 5Terme de zoologie. Dont la face est en totalité ou en partie d'une autre couleur que le reste du corps.

  6. 6Fig. Caché sous de fausses apparences.

    • Fig. Être toujours masqué, avoir l'habitude de se contrefaire, de dissimuler.

      • Un roi connaît beaucoup moins que les particuliers les hommes qui l'environnent ; on est toujours masqué auprès de lui Fénelon, Tél. XI
      • La femme masquée jusqu'aux dents, qui croit son secret ignoré de l'univers entier Mme de Genlis, Ad. et Théod. t. III, p. 174, dans POUGENS
  7. 7S. m. Terme de scolastique. Le masqué, espèce de sophisme.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander