Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

moitié dans le Littré

1 article· 58 citations· rimes· synonymes

moitié s. f. (moi-tié)

  1. 1Une des deux parties égales dans lesquelles un tout est divisé. Les deux moitiés d'un cercle. La moitié de 12 est 6. Dans les assemblées, la moitié des voix plus une fait la majorité absolue. La moitié de cette succession lui appartient. Il a moitié dans tous les meubles.

    • Couper, partager une chose par la moitié, la couper, la partager en deux parties égales. Le diamètre coupe le cercle par la moitié.

    • Partager un différend, le différend par la moitié, se relâcher des deux côtés, dans un marché, dans une contestation, sur ce qui empêche de conclure, de s'entendre.

      • Je lui demandais mon congé et mes gages, il a partagé le différend par moitié ; il m'a donné mon congé et me retient mes gages Regnard, Attendez-moi sous l'orme, 3
    • Partager quelque chose par la moitié, prendre chacun la moitié d'une chose qui était à partager.

  2. 2Par extension, une part qui est à peu près la moitié. La moitié d'un pain, d'un poulet. Il n'a fait que la moitié de son ouvrage. Venez vous asseoir auprès de moi, je vous donnerai la moitié de ma place.

    • La moitié du temps, pendant une bonne partie de son temps. La moitié du temps il est sans argent.

    • Offrir la moitié de son lit à quelqu'un, offrir place dans son lit à quelqu'un.

    • La moitié suffit, se dit pour mettre fin à des exhortations, représentations, reproches que l'on trouve inutiles ou déplacés.

    • On dit, pour donner à entendre qu'un récit, un éloge, une plainte sont exagérés : il en faut rabattre la moitié.

    • On dit de même : n'en croire que la moitié.

      • La princesse n'ajouta pas foi à tout ce qu'on lui dit : elle pensa qu'elle ne devait en croire que la moitié Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. II, p. 6, dans POUGENS
  3. 3Moitié de la vie, moitié de moi-même, termes d'affection.

  4. 4Femme, à l'égard de son mari, dans le style élevé et poétique.

  5. 5La plus belle moitié du genre humain, les femmes en général.

    • Il est capable de nous rendre ridicules à la plus belle moitié du monde Guez de Balzac, liv. IV, let. 19
  6. 6Moitié, pris adverbialement pour signifier à demi. Moitié sérieusement, moitié en plaisantant.

    • Moitié par adresse, moitié par force, il se rendit le plus puissant Bossuet, Hist. III, 5
    • Moitié vaincue par les raisons, et moitié attendrie de reconnaissance pour toute la peine que je lui voyais prendre, afin de me persuader Marivaux, Marianne, 8e part.
    • Chaque corps serait composé de moitié Chinois et moitié Tartares Montesquieu, Esp. X, 15
    • Je suis un pauvre vieillard, moitié poëte, moitié philosophe, et qui n'est pas à moitié persécuté, quoiqu'il ne dût être qu'un objet de pitié, étant surchargé de quatre-vingt-quatre ans et de quatre-vingt-quatre maladies Voltaire, Lett. à Mme Dubocage, 2 nov. 1777
    • Les Français seront toujours moitié tigres et moitié singes ; ils se réjouiront également à la Grève et aux danseurs de corde du boulevard Voltaire, Lett. Panckoucke, 30 avril 1777
    • Cette dynastie fondant par les mains d'un vieux et sage roi la monarchie représentative au milieu d'une cour moitié d'ancien régime, moitié de noblesse nouvelle VILLEMAIN, Souvenirs contemporains, les Cent-Jours, ch. 2
    • Moitié guerre, moitié marchandise, voy. MARCHANDISE.

    • Moitié figue, moitié raisin, voy. FIGUE.

    • Moitié chair, moitié poisson, voy. POISSON.

  7. 7À moitié, avec le nom suivant sans article et sans préposition, en partageant par moitié ce dont il s'agit. Louer une terre à moitié fruits.

    • À moitié chemin, à la moitié du chemin.

      • Elle était tombée malade dans une petite ville à moitié chemin d'Édimbourg Mme de Staël, Corinne, XVII, 8
    • À moitié prix, pour la moitié du prix ordinaire.

    • Dans le langage rural, à moitié, pris absolument, signifie : en partageant par moitié les produits entre le tenancier et le propriétaire. Donner, prendre des terres à moitié. Il laboure cette terre à moitié. Il fait cette vigne à moitié.

    • À moitié de, dans le même sens.

      • Une fille est une marchandise qu'on ne saurait garantir, et l'on n'en a pas plutôt fait l'emplette qu'on voudroit en être défait à moitié de perte Regnard, la Sérén. sc. 1
    • À moitié de perte et de gain, et aussi à moitié perte et gain, en partageant également soit la perte soit le gain. Prendre un marché à moitié de perte et de gain.

    • À moitié, en partie, à demi. De l'argent plus d'à moitié dépensé. Un fruit à moitié pourri.

    • On dit plus rarement : plus qu'à moitié. De l'argent plus qu'à moitié dépensé.

  8. 8Être de moitié, se mettre de moitié, être, se mettre en société avec quelqu'un, de manière que la perte et le gain se partagent par moitié. Ils sont de moitié dans cette affaire. Mettons-nous de moitié pour cette partie d'écarté.

    • Fig. Être de moitié, prendre part ; mettre de moitié, faire partager.

      • Si tu veux, avec toi je serai de moitié Corneille, le Ment. IV, 6
      • Ma fille est de moitié de tout ce que je vous dis ici Mme de Sévigné, à Moulceau, 4 fév. 1696
      • Je trouve ce livre admirable [les Essais de morale de Nicole] ; personne n'a écrit sur ce ton que ces messieurs ; car je mets Pascal de moitié à tout ce qui est de beau Mme de Sévigné, 23 sept, 1671
      • Vous ne sauriez trop en parler [l'espérance d'un régiment pour le jeune Grignan], ni trop me conter toutes vos pensées, ni tous vos raisonnements pour et contre, ni le dialogue de la crainte et de l'espérance ; je suis de moitié de tout cela Mme de Sévigné, 598
      • Mon amour-propre était de moitié avec le sien, dans tous les affronts que je supposais qu'elle essuyait Marivaux, Marianne, IIe part.
      • Pour ton bonheur qu'ils règnent de moitié Béranger, Coin de l'am.
    • Être de moitié, consentir.

      • Villeroy manda au roi qu'il obéirait avec soumission et sans se plaindre, mais qu'il n'attendît pas de lui qu'il en fût jamais de moitié Saint-Simon, 159, 91
  9. 9De moitié, ou de la moitié, loc. adv. signifiant de beaucoup.

    • Le moindre bruit que l'on peut faireEst le plus sûr de la moitié La Fontaine, Joc.
    • Sa taille [de Mme de Montespan] qui n'est pas de la moitié si grosse qu'elle était, sans que son teint, ni ses yeux, ni ses lèvres en soient moins bien Mme de Sévigné, 29 juill. 1676
    • Je suis plus riche de la moitié que je ne voudrais Fénelon, Pittacus.
    • Les Caraïbes sont de la moitié plus heureux que nous J.-J. Rousseau, Ém. I
    • En rabattre de moitié ou de la moitié, se dit pour exprimer qu'on diminue beaucoup l'estime qu'on avait pour une personne.

Remarque

Si les mots moitié, tiers, quart, etc. expriment précisément la moitié, le tiers, le quart, ils sont collectifs généraux, et le verbe s'accorde avec le collectif : La moitié des députés a voté pour, et l'autre moitié contre le projet de loi. La moitié des recrues est dirigée sur Paris, et l'autre sur Lyon. Mais, s'il ne s'agit pas d'une quantité précise, le collectif n'a en réalité d'autre valeur que celle de beaucoup, de quantité ; alors il devient collectif partitif, et c'est le nom qui suit le collectif qui est le sujet du verbe : La moitié, le tiers, le quart des fruits de ce fruitier sont gâtés. De la même façon on dira : Une douzaine d'exemplaires de cette grammaire vous coûtera quinze francs, et : Une douzaine de livres étaient épars sur son bureau. Mais cette remarque n'est point une règle absolue ; et Corneille ne l'a pas suivie dans ces vers : Maxime et la moitié s'assurent de la porte, L'autre moitié me suit, et doit l'environner [Auguste], Cinna, II, 3.

Étymologie

Bourguig. mitié ; provenç. meitat, mitat ; espagn. mitad ; portug. metade ; ital. metà ; du latin medietatem, de medius (voy. MI).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander