Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

muse dans le Littré

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1muse s. f. (mu-z')

  1. 1Chacune des neuf déesses qui présidaient, suivant les anciens, aux arts libéraux (on met une majuscule). Clio, Muse de l'histoire ; Calliope, Muse de l'éloquence et de la poésie héroïque ; Melpomène, Muse de la tragédie ; Thalie, Muse de la comédie ; Euterpe, Muse de la musique ; Érato, Muse de la poésie amoureuse ; Terpsichore, Muse de la danse ; Polymnie, Muse de la poésie lyrique ; Uranie, Muse de l'astronomie.

    • Muse, redis-moi donc quelle ardeur de vengeanceDe ces hommes sacrés rompit l'intelligence Boileau, Lutr. I
    • Le loisir fut certainement le père des Muses, les affaires en sont les ennemis, et l'embarras les tue Voltaire, Lett. d'Argental, 21 juin 1761
    • Ô Muses, accourez, solitaires divines, Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines André Chénier, ib. XI
    • Ah ! je les reconnais, et mon cœur se réveille ; Ô sons, ô douces voix chères à mon oreille, ô mes Muses, c'est vous ; vous, mon premier amour, Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour André Chénier, ib. IV
    • On a appris par l'examen des Muses dont nous avons les statues, et de celles qui se trouvent sur les médailles et dans des bas-reliefs, que les sculpteurs anciens les ont ordinairement représentées vêtues et la gorge couverte MONGEZ, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. V, p. 156
    • Dixième Muse, se dit, par flatterie ou par admiration, de toute femme qui cultive la poésie avec succès. Les anciens ont dit que Sapho était une dixième Muse. Les modernes ont appliqué ce nom à diverses femmes.

    • Voltaire a nommé dixième Muse la critique.

      • Nous eûmes longtemps neuf Muses ; la saine critique est la dixième qui est venue bien tard ; elle n'existait point du temps de Cécrops, du premier Bacchus, de Sanchoniaton, de Thaut, de Brama Voltaire, Dict. phil. Pierre le Grand et J. J. Rousseau.
    • Fig. Les nourrissons, les favoris, les amants des Muses, les poëtes.

  2. 2Fig. Les belles-lettres, et, particulièrement, la poésie (dans ce sens et dans tous les suivants on met une minuscule). Cultiver les muses.

    • L'art de la poésie. Enfin Malherbe vint.. .

    • Les muses grecques, latines, françaises, etc. la poésie grecque, latine, etc.

      • Il est certain, et vous le savez aussi bien que moi, vous qui connaissez les bonnes choses, et qui les faites, qu'il n'y a point de muses si sévères que les françaises, ni de langue qui souffre moins le fard et l'apparence du bien que la nôtre Guez de Balzac, liv. X, lett. 3
    • En ce sens, on le dit aussi au singulier. La muse latine. La muse française.

  3. 3Absolument. L'inspiration poétique en général.

    • Il est de ceux à qui la muse accorde aisément ses faveurs Dict. de l'Académie
  4. 4Particulièrement, le génie de chaque poëte, le caractère de sa poésie.

  5. 5Muse se prend quelquefois pour les poëtes, pour un poëte.

  6. 6La personne ou le sentiment qui inspire le poëte. L'indignation est sa muse.

    • La brillante marquise de la Sablière, la femme du monde qui a inspiré le plus de jolis vers, puisqu'elle était à la fois la muse de son mari, celle de la Fare son amant, et de la Fontaine son ami Mme de Genlis, Mme de Mainten. t. I, p. 102, dans POUGENS
    • Camille, où tu n'es point, moi, je n'ai pas de muse André Chénier, Élég. III

Étymologie

Provenç. espagn. et ital. musa ; du lat. musa ; grec, μοῦσα ; dorique, μῶσα ; éol. μοῖσα. Μοῦσα est le participe présent de μάομαι, forme primitive de μαίνω, penser, s'exalter, désirer ; μοῖσα est une forme éolique fréquente aux participes présents.

2muse s. f. (mu-z')

  1. Terme de vénerie. Le commencement du rut des cerfs. La muse dure cinq ou six jours.

Étymologie

Mus, radical de museau (voy. MUSEAU, à l'étym.), comme le prouve ce passage :

3muse s. f. (mu-z')

  1. Nom donné à quelques figues d'Égypte plus douces que les autres.

4muse s. f. (mu-z')

  1. Ancienne locution, inusitée aujourd'hui. Donner la muse à quelqu'un, tromper, amuser quelqu'un de belles promesses.

Étymologie

Voy. MUSER.

5muse s. f. (mu-z') supplément

    • Nom donné, dans le Rhône, aux chèvres sans cornes ; elles sont généralement plus douces que les autres les Primes d'honneur, Paris, 1872, p. 376

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander