Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

ni dans le Littré

1 article· 55 citations· rimes

ni conj. (ni)

  1. 1Ni répété devant chacun des termes qu'il s'agit de nier.

    • La religion commande des choses difficiles, mais elle n'est ni affreuse, ni farouche, ni cruelle BENSERADE, dans GIRAULT-DUVIVIER
    • Elle n'a ni parents, ni support, ni richesse Molière, Éc. des f. III, 5
    • Il goûta le repos d'un homme heureusement dégagé à qui ni l'Église, ni le monde, ni son prince, ni sa patrie, ni les particuliers, ni le public n'avaient plus rien à demander Bossuet, le Tellier.
    • Les enfants n'ont ni passé, ni avenir, et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent La Bruyère, XI
    • La boussole n'a point été trouvée par un marin, ni le télescope par un astronome, ni le microscope par un physicien, ni l'imprimerie par un homme de lettres, ni la poudre à canon par un militaire L. RACINE, la Religion, ch. V, note 173
    • Je n'ai l'avantage d'être, pour ma consolation, ni le plus grand capitaine, ni le plus grand roi ni le plus grand et le plus vrai philosophe de ce siècle, ni le protecteur de l'Allemagne, ni le réformateur de la justice, ni enfin l'exemple des souverains et des gens de lettres D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 15 sept. 1780
    • Ni le jour, ni les ténèbres, ni le bruit, ni le silence, rien ne peut mettre obstacle à l'esprit d'un homme qui sait penser CONDILLAC, Art de penser, 2e part. ch. 3
  2. 2Ni l'un ni l'autre, voy. UN.

  3. 3Ni mis une seule fois ; en cet emploi on ne s'en sert guère qu'avec des substantifs sans article ou avec des noms propres. Honneurs ni richesses ne font le bonheur.

  4. 4Ni est quelquefois suivi immédiatement de ne, lorsqu'il joint deux propositions négatives ; dans ce cas la proposition liée rejette la particule pas ou point.

    • Jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, ni ne s'en crut plus indigne Bossuet, le Tellier.
    • Le prince n'a point d'autre but, ni n'en veut connaître Montesquieu, Lett. pers. 127
  5. 5Ni joint quelquefois deux propositions négatives, comme fait et.

    • Si on n'aimait pas les justes, ni on ne les protégeait pas pour eux-mêmes, il les faudrait protéger pour le bien public Bossuet, Méd. sur l'Évang. dern. serm. du Sauveur, 83e jour.
  6. 6Quand ni n'est pas répété, il peut se construire avec pas ou point.

    • Est-il possible que ce même Sostrate qui n'a pas craint Brennus ni tous les Gaulois.... Molière, Am. magn. I, 1
    • Que la fortune ne tente donc pas de nous tirer du néant, ni de forcer la bassesse de notre nature Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Ma maison ni mon lit ne sont point faits pour vous Boileau, Sat. X
    • Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme Boileau, Art p. I
    • Personne ne souhaitera jamais plus que moi que vous goûtiez des plaisirs, mais des plaisirs qui ne vous passionnent ni ne vous amollissent point Fénelon, Tél. VIII
  7. 7Quand ni est répété, on ne met pas la particule point ou pas. On ne dit pas : Il ne faut pas être ni prodigue ni avare ; mais : Il ne faut être ni prodigue, ni avare. On ne dit pas : Ni la prudence ni l'humanité ne permettent pas une telle conduite ; mais : Ni la prudence ni l'humanité ne permettent une telle conduite.

  8. 8Avec jamais on omet un des ni, mais aussi on le répète très bien. Je ne l'ai jamais vu, lui ni son frère.

    • La justice ne fut jamais ni si éclairée, ni si secourable Bossuet, le Tellier.
    • Il en est du substantif personne comme de l'adverbe jamais.

      • La nature n'avait donné à personne ni une âme plus élevée, ni un génie plus heureux, qu'à la fille de Théon Diderot, Opin. des anc. phil. (éclectisme).
  9. 9Lorsqu'il y a plusieurs verbes qui se suivent, le premier n'est point précédé de ni. Je ne veux, ni ne dois, ni ne puis obéir.

    • Cependant cet usage n'est pas absolu.

      • Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit La Bruyère, II
  10. 10Ni liant non des mots, mais des propositions, peut se mettre en tête des propositions, surtout dans le style élevé.

    • Ni sa main n'est point raccourcie, ni ses trésors ne sont point épuisés Bossuet, Panég. de St Franç. d'Assise, I
    • Ni l'édifice n'est plus solide que le fondement, ni l'accident attaché à l'être, plus réel que l'être même Bossuet, Duch. d'Orl.
  11. 11Ni s'est construit avec sans.

    • Elle [la Brinvilliers] écouta son arrêt, dès le matin, sans frayeur ni sans faiblesse Mme de Sévigné, 22 juill. 1676
    • Mon équipage est venu jusqu'ici sans aucun malheur, ni sans aucune incommodité Mme de Sévigné, 27 juillet 1672
    • Aujourd'hui on mettrait et au lieu de ni.

  12. 12Après un que conjonctif que précède un verbe accompagné d'une négation, le membre de phrase qui suit doit toujours commencer par ni.

    • Cet usage est souvent violé, sans aucune faute.

  13. 13Ni suivi de la préposition de et d'un nom pris partitivement.

    • Elle ne peut causer ni d'enflure ni d'enfoncement Pascal, Équil. des liqueurs, VII
    • Qu'il lui coûtait moins d'exposer sa vie que de dissimuler ses sentiments, et qu'il n'achèterait jamais ni de faveur ni de fortune aux dépens de sa probité Fléchier, Duc de Mont.
  14. 14Ni se met quelquefois sans ne et sans verbe, et par la seule vertu d'une proposition sous-entendue. Comment la trouvez-vous ? Ni belle ni laide.

    • Ayant pour maxime inviolable avec mes amis de me montrer à leurs yeux exactement tel que je suis, ni meilleur, ni pire J.-J. Rousseau, Confess. X
  15. 15Ni se dit quelquefois pour et en des phrases qui ont un sens négatif implicite.

    • C'est cet emploi de ni qui rend correcte cette phrase : Il n'est pas possible ou il est impossible que ni le temps ni l'art apportent quelque amélioration à l'état de sa vue.

  16. 16Ni sans ne, archaïsme tombé en désuétude et qui est aujourd'hui considéré comme une faute.

    • Elle n'ôte à pas un ni donne d'espérance Corneille, Cid, I, 1 (scène changée).
    • Une douceur que rien n'émeut ni aigrit Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 90
    • Lorsque le père n'instituait ni exhérédait son fils Montesquieu, Esp. XXVII
  17. 17Ni pris substantivement. [il s'agit de ces vers de Nicomède : Je vous avais prié de l'attaquer lui-même, Et de ne mêler point, surtout dans vos desseins, Ni le secours du roi, ni celui des Romains, III, 6].

    • Ces deux ni avec point ne sont pas permis Voltaire, Comm. Corn.

Remarque

1. Ni la douceur ni la force n'y peut rien ou n'y peuvent rien : les deux se disent également, suivant qu'on a dans l'esprit la conjonction ou la disjonction des sujets. 2. Ni fait hiatus dans les vers, et on ne le met pas devant une voyelle. Cependant Malherbe a dit :

Étymologie

Provenç. ne, ni ; anc. esp. ne ; esp. mod. ni ; port. nem ; ital. ne ; du lat. nec. L'ancien français est toujours ne ; on voit apparaître ni dans les écrits de Froissart ; puis dans le XVIe siècle ni s'introduit et entre en lutte avec ne, et souvent dans la même phrase on trouve les deux. Enfin dans le XVIIe siècle ne n'est plus qu'un archaïsme, aujourd'hui complétement tombé en désuétude, excepté quand on répète en plaisantant le ne plus ne moins du Malade imaginaire.

Supplément

NI. - REM. Ajoutez : 3. Saint-Simon a dit : On rendrait cette phrase plus usuelle en mettant : et n'avait tant souffert de sa vie. L'ellipse préférée par Saint-Simon est dure, mais non incorrecte. 4. Remarquez cette tournure de Bossuet, très bonne d'ailleurs : 5. Ni suivi immédiatement de pas ou point.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander