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nuit dans le Littré

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nuit s. f. (nui ; le t se lie : travailler nui-t et jour, une nui-t obscure ; au pluriel, l's se lie : des nui-z obscures)

  1. 1L'espace de temps qui suit le crépuscule du soir, jusqu'au crépuscule du matin. Il fait nuit. Il se fait nuit. À nuit tombante.

    • La nuit, pendant la nuit ; cette nuit, la nuit qui va venir ou qui vient de s'écouler.

    • Fig. Je ne m'en relèverai pas la nuit, c'est-à-dire c'est une chose dont je ne me soucie guère.

    • Nuit close, nuit fermée, le moment où la nuit est devenue complète.

      • On la voit, à nuit fermée, entrer seule dans de petites rues PATRU, Plaidoyer 11, dans RICHELET
    • Oiseaux de nuit, les oiseaux de proie que le jour incommode et qui chassent à la tombée de la nuit.

    • La nuit tombe tout à coup, c'est-à-dire le crépuscule ne dure guère.

    • Se mettre à la nuit, s'exposer à être surpris par la nuit.

    • Bon soir et bonne nuit, ou je vous souhaite une bonne nuit, se dit en prenant congé, le soir, des personnes avec qui l'on vit en familiarité.

    • Nuit blanche, nuit passée dans l'insomnie.

      • J'ai passé une nuit blanche Mme DU DEFFANT, Lettre à H. Walpole, t. IV, p. 384, dans POUGENS
      • Êtes-vous reposé, mon cher Persée [Klinglin], de la nuit blanche que nous avons passée ensemble ? Correspondance du général Klinglin, I, 462
    • Une bonne nuit, une nuit pendant laquelle on dort bien dans son lit. Passer une bonne nuit.

      • Son état est toujours bien fâcheux ; depuis quelques jours cependant il a de meilleures nuits D'ALEMBERT, Lett. à Voltaire, 22 octob. 1768
    • Une mauvaise nuit, une nuit pendant laquelle on ne dort pas, en raison de souffrances physiques ou morales. Passer une mauvaise nuit.

    • On dit dans le même sens : bien passer, mal passer la nuit.

    • On dit d'un malade : Comment a-t-il passé la nuit ? c'est-à-dire a-t-il eu une bonne, une mauvaise nuit ?

    • Ce malade ne passera pas la nuit, c'est-à-dire il mourra dans la nuit.

    • Passer la nuit à étudier, à jouer, à danser, à boire, etc. étudier, jouer, etc. pendant toute la nuit.

    • Absolument. Passer la nuit, veiller hors de son lit.

      • [Les paysans] forcés de passer les nuits dans leurs fèves et leurs pois avec des chaudrons, des tambours, des sonnettes pour écarter les sangliers J.-J. Rousseau, Confess. X
      • Il y a autant à dire que du jour à la nuit, c'est-à-dire la différence est extrême.

      • Il ne dort pas toute la nuit, se dit d'un homme qui a du souci, des affaires qui le font veiller.

      • Nuit sacrée, dans les dates des manuscrits, la veille de Pâques.

      • Fig. Faire un trou à la nuit, voy. TROU.

  2. 2Dans le langage poétique ou élevé. Les feux de la nuit, les étoiles.

    • Figurez-vous une nuit tranquille et belle, qui dans un ciel net et pur étale tous ses feux Bossuet, Élévat. sur myst. XVII, 3
    • L'astre des nuits, la reine des nuits, la lune.

      • Le soleil a cédé l'empire à la pâle reine des nuits Lamartine, Médit. I, 21
    • Les voiles de la nuit, l'obscurité de la nuit.

  3. 3Bonnet de nuit, coiffure de nuit, bonnet, linge dont on se couvre la tête pour dormir.

    • Chez certaines femmes, les mœurs de parade et les mœurs négligées sont aussi différentes que la coiffure de jour et la coiffure de nuit DUFRESNY, Double veuvage, I, 10
    • Familièrement. Triste comme un bonnet de nuit, très triste, très sombre.

    • Chemise de nuit, chemise que l'on met le soir en se couchant, et que l'on quitte le jour.

    • Table de nuit, table que l'on place à côté de son lit pour divers besoins.

    • Pot de nuit, vase que l'on a près de soi pendant la nuit pour satisfaire aux besoins naturels.

    • Sac de nuit, sac dans lequel on emporte ce qui est nécessaire dans un voyage, surtout pour la nuit.

  4. 4Terme de peinture. Effet de nuit, scène où l'on ne voit point d'autres clairs ni d'autres reflets que ceux qui paraissent venir de la lueur de la lune, d'une bougie, d'une lampe, ou d'une lanterne.

    • Une nuit, un tableau qui représente un effet de nuit. Une nuit du Corrége.

  5. 5Terme de mythologie. Déesse qui préside à la nuit, et qui était figurée avec un voile semé d'étoiles, portée sur un char et traînée par des chevaux noirs (on met une majuscule).

  6. 6Fig. Les faveurs d'une femme.

    • Ils achetèrent de leur vie une nuit de Cléopâtre J.-J. Rousseau, Ém. IV
  7. 7Nuit d'un cheval, en termes d'auberge, le foin, la paille qu'on lui donne pendant la nuit.

    • Terme de pêche. Harengs d'une nuit, ceux qui ont été pris la nuit du jour où on les livre.

    • Terme de vénerie. Faire sa nuit dans un lieu, y repaître, s'y reposer, en parlant d'un animal.

    • Défaire la nuit d'une bête, la rencontrer dans l'endroit où elle a fait sa nuit.

    • On dit aussi que le faucon se perche pour faire sa nuit.

  8. 8Une obscurité quelconque.

    • Fig. La nuit des temps, les temps reculés dont les traditions sont effacées.

      • Tous les siècles à venir N'auront point de nuit assez noire Pour en cacher le souvenir Malherbe, IV, 5
      • La communion se perd dans la nuit des temps Chateaubriand, Génie, I, I, 7
  9. 9La nuit du tombeau, ou des tombeaux, la nuit du cercueil, la nuit éternelle, la nuit infernale, c'est-à-dire la mort, le séjour de la mort.

  10. 10Fig. Obscurité qui, par une cause interne, physique ou morale, se répand sur la vue.

  11. 11Fig. Ténèbres de l'esprit ou du cœur.

    • La nuit de l'ignorance, se dit des époques ou des pays privés de connaissances, de lumières.

  12. 12Fig. Ce qui cache, enveloppe comme ferait la nuit.

  13. 13De nuit, loc. adv. Pendant la nuit.

  14. 14Nuit et jour, ou jour et nuit, loc. adv. Sans cesse.

    • Elle [la mort] lui fut [à le Tellier malade] nuit et jour toujours présente ; car il ne connaissait plus le sommeil Bossuet, le Tellier.
    • Ni jour ni nuit, jamais.

      • Tant de jets d'eau qui ne se taisaient ni jour ni nuit Bossuet, Louis de Bourbon.

Proverbes

La nuit tous les chats sont gris, c'est-à-dire il est aisé de se méprendre, de ne pas reconnaître ceux à qui l'on parle ; et aussi on ne connaît, pendant la nuit, si une personne est belle ou laide. La nuit porte conseil, c'est-à-dire il est prudent de se donner le temps de réfléchir.

Étymologie

Wallon, nute, neit ; bourg. neu ; picard, neuit ; angoumois, neut ; provenç noit, noich, nuoit, nuot, nueh, nuh ; cat. nit ; esp. noche ; port. noite ; ital. notte ; du latin noctem ; all. Nacht ; goth. naths ; angl. night ; russe, notch ; sanscr. naktā. M. Ad. Regnier, Idiome des Védas, p. 120, pense que naktā se rattache à la racine naj, avoir honte, et signifie, comme l'autre participe nagna, la nue, latin nuda ; il fait remarquer l'analogie entre l'allemand Nacht, nuit, et nackt, nu.

Supplément

NUIT. Ajoutez : - REM. Toute nuit pour toute la nuit, voy. TOUT, Rem. 7.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander