Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

tout dans le Littré

1 article· 298 citations· rimes· synonymes

tout, toute adj. (tou, tou-t' ; le t se lie : tou-t homme ; au pluriel, l's se lie : tou-z animaux ; tou-z y sont ; quelques-uns font sentir l's du pluriel même devant une consonne : tous' viendront ; ils y sont tous' ; c'est une mauvaise prononciation ; remarquez d'ailleurs que la prononciation de tout et de tous n'est pas la même ; ou dans le premier a un son moins grave que dans le second : tou et toû)

  1. 1Qui comprend totalité, intégrité, qui ne laisse rien en dehors. Tout ceci ; tout cela.

    • Tout ce qui, tout ce que, peut être représenté par le pronom il.

      • Tout ce que nous faisons, que nous pleurions, que nous nous réjouissions, il doit être d'une telle nature que nous puissions du moins le rapporter à Jésus-Christ, et le faire pour sa gloire Massillon, Carême, Élus.
    • Tous tant que..., autant qu'il y en a.

    • Tout ce qui, tout ce que.... s'emploie quelquefois pour désigner des personnes.

    • Familièrement. Tout-ci, tout-ça, toutes sortes de choses, de discours.

      • Il lui disait tout-ci, tout-ça, qu'il l'aimait bien, et qu'elle était la plus belle du monde Molière, Mal. imag. II, 11
    • Ils sont tous étonnés, tous vivants, tous entiers, etc. il n'y en a aucun parmi eux qui ne soit étonné, qui ne soit vivant, qui ne soit entier, etc. Ils sont tout étonnés aurait un autre sens (voy. TOUT adverbe).

    • Tout ce qu'il y a.... sont les...., construction dans laquelle le substantif au pluriel, quoique placé après le verbe, en détermine le nombre.

      • On m'a montré la pièce ; et, comme tout ce qu'il y a d'agréable sont effectivement les idées qui ont été prises de Molière.... Molière, Impromptu, 3
      • Tout ce qu'il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire, non pas par la preuve, mais par l'agrément Pascal, l'Art de persuader, édit. FAUGÈRE.
    • Tout ce qu'il y a de.... avec un adjectif, équivaut à un superlatif, et signifie tout ce qui est le plus...

      • Il [Jésus-Christ] a été tout ce qu'il y a de grand et tout ce qu'il y a d'abject Pascal, Lettre sur la mort de son père
    • Se faire tout à tous, s'accommoder à toutes les opinions, à tous les caractères.

      • Enfin je me suis fait tout à tous pour les sauver tous Saci, Bible, St Paul, 1re épît. aux Corinth. IX, 22
      • Chacun croit être tout à tous Pascal, Pens. XXV, 19, édit. HAVET.
      • Mme de Castries, aimable, amusante, gaie, sérieuse, toute à tous, charmante quand elle voulait plaire Saint-Simon, 42, 252
      • Il savait se faire tout à tous ; je me plaisais fort avec lui, j'en parlais à tout le monde J.-J. Rousseau, Conf. X
    • Bossuet, pour employer cette locution au pluriel, a fait de tout à tous une locution invariable :

      • On ne peut compter les exemples ni des riches qui se sont appauvris.... ni des pasteurs charitables qui se sont faits tout à tous Bossuet, Hist. II, 7
    • Somme toute, somme totale, toutes les sommes jointes ensemble.

    • Fig. Somme toute, en définitive, à tout prendre. Il a de l'argent, des places ; mais, somme toute, il n'est pas heureux.

  2. 2Il se construit avec l'article défini et les adjectifs possessifs, et se met avant eux. Tout le monde, voy. MONDE 1, n° 15.

    • C'est tout le rare exploit dont il se peut vanter Corneille, Andromède, v, 2
    • Il m'a sacrifié tout ce haut avantage Corneille, ib.
    • Nous prîmes en même temps toutes ses villes, nous en tuâmes tous les habitants, hommes, femmes et petits enfants Saci, Bible, Deutéron. II, 34
    • J'y ai parlé [à la Sorbonne] toute ma demi-heure Pascal, Prov. II
    • Je prie M. le gouverneur de donner sur cela [la peste en Provence] tous les meilleurs ordres du monde Mme de Sévigné, 6 avr. 1672
    • Crains Dieu et observe ses commandements, car c'est là tout l'homme Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Dans cette courte prière vous voyez la soumission aux ordres de Dieu, l'abandon à sa providence, la confiance en sa grâce et toute la piété Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines Bossuet, Reine d'Anglet.
    • La puissance, les richesses, la violence, la flatterie, l'autorité, la faveur, tous les vents ne l'ébranlent pas La Bruyère, XII
    • L'on est né quelquefois avec des mœurs faciles, de la complaisance, et tout le désir de plaire ; mais.... La Bruyère, XI
    • Un simple dépit est souvent toute la raison qui nous arrache brusquement au siècle et nous précipite dans la retraite Massillon, Carême, Vocation.
    • Tout l'homme, c'est-à-dire, l'homme en entier, l'homme entièrement, l'homme considéré comme un individu spécifique DUMARS., Œuvres, t. IV, p. 202
    • Nous avons tout le temps de nous ennuyer Voltaire, Micromégas, 2
    • Le marquis de Feuquières veut qu'on ne donne à la bataille de Sénef que le nom de combat, parce que l'action ne se passa pas entre deux armées rangées, et que tous les corps n'agirent point Voltaire, Louis XIV, 12
    • Ce bel esprit de tous les temps,Cet homme de toutes les heures Voltaire, Lett. en vers et en prose, 81
    • Voilà [au siége de Philisbourg], madame, la folie humaine dans toute sa gloire et dans toute son horreur Voltaire, Lett. Mme de la Neuville, 1734
    • Toutes mes pensées n'étaient que des désirs, toutes mes réflexions que des projets, tous mes sentiments que des espérances GRAFFIGNY, Lett. péruv. 18
    • Tous les peuples qui vivent misérablement sont laids ou mal faits Buffon, De l'homme.
    • En marine. Tout le monde en haut ! commandement pour faire monter tout l'équipage sur les gaillards.

    • On dit de même : tout le monde en bas ! tout le monde à la bande ! etc.

  3. 3Tous les jours, tous les mois, tous les ans, chaque jour, chaque mois, chaque an.

    • Tous les deux jours, tous les trois jours, tous les quatre mois, tous les six ans, etc. de deux jours en deux jours, de trois jours en trois jours, de quatre mois en quatre mois, de six ans en six ans, etc.

      • Tous les cent dix ans les Romains devaient célébrer des fêtes solennelles en l'honneur des dieux, pendant trois jours et pendant trois nuits DUMARS., Œuvres, t. I, p. 45
    • Toutes les deux heures, toutes les vingt-quatre heures, etc. de deux heures en deux heures, de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures.

  4. 4Il se construit avec l'article un, une, dans le sens d'entier. Tout un pays.

    • Souvent il ne faut qu'un grand dans un royaume, ferme dans la foi, pour arrêter le progrès de l'erreur et des nouveautés, et conserver à tout un État la foi de ses ancêtres Massillon, Petit car. Vices et vertus.
  5. 5Il se joint aux pronoms personnels, et se met après. Nous tous, vous tous, eux tous, elles toutes.

  6. 6Tous deux, ou tous les deux, l'un et l'autre. Ils partirent tous deux pour la ville. Tous les deux sont morts depuis longtemps.

    • On dit de même : tous trois, tous quatre, et tous les trois, tous les quatre.

    • Au delà de ce dernier nombre jusqu'à dix, on supprime rarement l'article ; au delà de dix on l'emploie toujours. Tous les cinq, tous les six, etc. tous les seize, tous les vingt, etc.

    • On a voulu trouver une distinction entre tous deux et tous les deux ; tous trois et tous les trois, etc. On supposait que, disant : Ils viennent tous trois, pour exprimer qu'ils viennent ensemble, on ne pouvait dire qu'ils sont morts tous trois depuis longtemps pour exprimer que ces trois personnes avaient cessé de vivre, et qu'il fallait mettre ils sont morts tous les trois. Le fait est que l'usage n'établit aucune distinction réelle entre les deux expressions ; et ce qui le prouve, c'est qu'au delà de dix on ne peut se dispenser de mettre l'article. Ainsi on ne dira pas : Ils sont partis tous seize, mais on dira : ils sont partis tous les seize ; soit qu'il s'agisse d'un départ simultané, soit qu'il s'agisse seulement d'exprimer que les seize ne sont plus là.

  7. 7Tout s'emploie au sens de chaque, et alors il se construit sans article. à tout propos. De tout point. En tout point. À toute occasion. À tout moment. De toute part. De toute sorte.

    • Tout dieu veut aux humains se faire reconnaître La Fontaine, Fill. de Minée
    • Toute autre place qu'un trône eût été indigne d'elle Bossuet, Reine d'Anglet.
    • .... en tout lieu disposée à les suivre Boileau, Sat. XI
    • Tout éloge imposteur blesse une âme sincère Boileau, Épît. IX
    • Toute musique n'est pas propre à louer Dieu, et à être entendue dans le sanctuaire ; toute philosophie ne parle pas dignement de Dieu, de sa puissance, des principes de ses opérations et de ses mystères La Bruyère, XVI
    • L'auteur des dialogues a dit que les belles sont de tous pays, et moi je dis que les sottises sont de tous les siècles Fontenelle, Jug. de Plut.
    • Tout mortel en naissant apporte dans son cœur Une loi qui du crime y grave la terreur L. RAC., Épît. II
    • Trente mille habitants de tout âge et de tout sexe sont écrasés sous des ruines Voltaire, Candide, 5
    • Tout bourgeois est soldat, tout Paris est en armes Voltaire, Henr. III
    • Tout empereur allemand appelé en Italie y est toujours mal reçu Voltaire, Ann. Emp. Conrad II, 1025
    • Tout esprit de parti doit céder au désir de s'instruire Voltaire, Comm. Corn. Rem. Bérén. préf.
    • Nous avions la liberté de nous voir à toute heure LEGRAND, la Nouveauté, sc. 7
    • Toute femme m'amuse, aucune ne m'attache GRESS., le Méch. II, 1
  8. 8Tout, construit sans article, au sens de plein, entier, sans réserve.

    • En toute liberté goûtez un bien si doux Corneille, Hor. II, 3
    • Cette amitié me charme, et je dois avouerQu'Othon a jusqu'ici tout lieu de s'en louer Corneille, Othon, II, 5
    • On s'élève par cette passion [l'amour], et on devient toute grandeur Pascal, Pass. de l'amour.
    • Elle le livra pour tout supplice à sa conscience Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Il sauva [dans une épidémie] ce peuple [de la Normandie, dont il était gouverneur] qui avait perdu toute espérance de santé et toute mesure de prudence Fléchier, Duc de Montausier.
    • Il [le duc Bernard de Veimar] en gagne une quatrième [bataille], contre le duc de Lorraine, Charles IV, qui, comme Veimar, n'avait pour tout Etat que son armée Voltaire, Ann. Emp. Ferdinand III, 1638
    • Le monde étant de toute éternité, ce qui fait sa beauté et son harmonie est aussi éternel Diderot, Opin. des anc. philos. (pythagorisme).
    • Tout moi-même, ma personne entière.

    • En tout bien, tout honneur, sans qu'il y ait rien à redire.

      • Mme de Brissac a une très bonne provision pour son hiver, c'est-à-dire M. de Longueville et le comte de Guiche, mais en tout bien et tout honneur Mme de Sévigné, 111
    • À tout hasard, au risque de tout ce qui peut arriver.

    • À toute force, par toute sorte de moyens. Il veut à toute force faire fortune.

    • À toute force, signifie aussi à la rigueur, absolument. On pourrait à toute force lui accorder ce qu'il demande.

    • Aller, courir à toutes jambes, à toute bride, aller courir fort vite.

    • Être à toutes mains, être propre à tout, se prêter à tout.

    • On dit de même : un homme à toutes mains.

    • Prendre de toutes mains, prendre de tous les côtés, à l'aide de tous les moyens.

    • On dit de même : prendre à toutes mains.

      • Elle [Mme de Grancey] a mandé que l'âme prenante de Mme de Fienne avait passé heureusement dans son corps, et qu'elle prenait à toutes mains Mme de Sévigné, 391
    • Dans le canton de Neufchâtel, Seine-Inférieure, fromage de tous biens, le fromage fabriqué avec la crème et le caillé du lait, tandis que les fromages fins se font seulement avec la crème.

  9. 9Tout devant un nom de peuple, de pays, de ville, etc. exprime la totalité, l'ensemble des habitants.

    • J'ai vu tout Israël dispersé dans les montagnes comme des brebis qui n'ont point de pasteur Saci, Bible, Rois, III, XXII, 17
    • Si l'opéra comique attire toujours tout Paris Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 11 fév. 1771
    • Tout, joint avec un nom de pays, de ville, exprime une extrême affluence.

      • Toute la France a visité cette maison Mme de Sévigné, 23 déc. 1671
      • Vous allez vous distinguer, j'espère ; cela peut doubler votre réputation ; j'ai tout Paris ce soir PICARD, Duhautcours, I, 5
    • Tout est invariable avec un nom de ville.

      • C'est moi qui suis Sosie, et tout Thèbes l'avoue Molière, Amph. I, 2
      • Vous parlez devant un homme à qui tout Naples est connu Molière, l'Av. v, 5
      • Ce prélat [Fénelon] a rempli tout Rome et toute la terre du grand nombre des sectateurs dont il se vantait, dans la faculté de Paris Bossuet, Signatures des docteurs.
      • Et tout Smyrne ne parlait que d'elle et d'Euphrosyne ; leur amitié passait en proverbe La Bruyère, III
  10. 10Tout Corneille, toutes les œuvres de Corneille.

    • Quant à la lecture des poëtes français, nous l'interrompîmes, lorsque le prince eut beaucoup lu plusieurs tragédies de Corneille, tout Racine, tout Molière, tout Regnard et toutes les pièces de théâtre de M. de Voltaire Condillac, Œuv. t. v, p. CXLVI
  11. 11Tous, au plur. s'emploie pour récapituler, résumer. Il fut obligé de solliciter, d'avancer de l'argent, de répondre ; toutes choses fort désagréables.

    • Auprès de lui la fait asseoir, Prend une main, un bras.... Toutes sottises dont la belle Se défend avec grand respect La Fontaine, Fabl. IV, 4
  12. 12Tout, dans le sens de toute espèce de..., de rien que.... Ce sont toutes fables que vous contez là.

  13. 13Tous, toutes, au plur. s'emploie substantivement au sens de tous les hommes, toutes les femmes. Voyez ces femmes, toutes sont belles.

  14. 14Terme de marine. Égal à tous, nom d'un des pavillons de la série des signaux, qui égale en valeur un des dix-neuf autres, quand il est hissé à une place inférieure.

  15. 15S. m. Tout, nom donné, sur le turf anglais, à un homme qui a pour profession d'espionner les écuries des courses.

  16. 16Une chose considérée dans son entier, une chose complète.

    • Et le drôle eut lapé le tout en un moment La Fontaine, Fabl. I, 18
    • Notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers imperceptible lui-même dans le sein du tout Pascal, Pens. I, 1
    • Ils [les Perses] ne surent jamais trouver ce bel art depuis si bien pratiqué par les Romains, d'unir toutes les parties d'un grand État et d'en faire un tout parfait Bossuet, Hist. III, 5
    • Que d'un art délicat les pièces assortiesN'y forment qu'un seul tout de diverses parties Boileau, Art p. I
    • Entre esprit et talent il y a la proportion du tout à sa partie La Bruyère, XII
    • Tandis que nous ne formerons qu'un même esprit et un même tout avec lui [le monde] Massillon, Mystères, Pentecôte.
    • J'avais déjà compris qu'en morale comme en géométrie le tout est plus grand que la partie STAAL, Mém. t. I, p. 41
    • Étant, comme dit Timée, un point entre deux éternités, il me sera impossible de comprendre ce grand tout et son maître, qui m'engloutissent de toutes parts Voltaire, Princ. d'act. 3
    • Les gens du monde, faute d'étude et de talent exercé, sont rarement capables de former un tout tel que le théâtre l'exige Duclos, Œuv. t. VIII, p. 99
    • Cessons de considérer ce qui détermine une étendue à être telle, un tout à être tel, nous aurons les idées abstraites d'étendue et de tout Condillac, Conn. hum. sect. 5
    • Tout ou partie, le tout ou une portion.

    • Au plur. Tout, dans ce sens substantif, conserve le t. Plusieurs touts distincts les uns des autres.

      • Il y a de la différence, une différence du tout au tout, la différence est complète.

  17. 17Il se dit aussi sans article. Tout ou rien. Il joue à tout perdre. Ce n'est pas tout.

    • Dieu sur tout, se dit proverbialement, comme une parole de résignation et de confiance en Dieu.

      • Dieu et sa providence sur tout Mme de Sévigné, 597
    • C'est tout dire, on ne peut dire rien de plus.

    • C'est tout, et puis c'est tout, il n'y a rien de plus.

      • Quoiqu'il n'eût guère vu d'autres gens qu'un ermite, Son troupeau, ses mâtins, le loup, et puis c'est tout La Fontaine, Fabl. x, 10
    • C'est un bon homme, et puis c'est tout, il n'a que de la bonté, ce n'est qu'un bon homme.

    • Ce n'est pas tout, ce n'est pas le tout, il ne suffit pas, ce n'est pas assez. Ce n'est pas tout, ce n'est pas encore tout, il faut que vous alliez là.

      • Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici La Fontaine, Fabl. III, 5
      • Monsieur Fleurant, ce n'est pas tout que d'être civil, il faut être aussi raisonnable et ne pas écorcher les malades Molière, Mal. imag. I, 1
      • J'ai conclu, après la lecture, que ce n'était pas le tout d'être fanatique, qu'il fallait tâcher encore de n'être pas ridicule D'Alembert, Lett. à Voltaire, 18 janv. 1773
      • Ce n'est pas tout pour un magistrat d'être serviteur des gendarmes ; il faudrait être bon et ami de l'équité Paul-Louis Courier, Lettre au Censeur, IV
    • Ce n'est pas le tout que des choux, il faut encore de la graisse, se dit quand on n'a qu'une partie de ce qui est nécessaire.

    • Voilà tout, il n'y a rien à ajouter.

      • Vous êtes légère, étourdie et paresseuse ; voilà tout Mme de Genlis, Veillées du château t. I, p. 154, dans POUGENS
    • Terme de marine. La barre dessous, tout ! commandement de mettre la barre tout à fait sous le vent.

    • Sciez tout ! sciez autant que possible avec vos avirons.

  18. 18Tout, sans article, signifiant toute chose, toute sorte de choses.

    • Dans une grande âme tout est grand Pascal, Pass. de l'amour.
    • Ma fille, on n'a jamais tout craint, quand on aime comme je fais Mme de Sévigné, 4 oct. 1679
    • Et, dans ce désespoir, qui peut tout ose tout Thomas Corneille, Comte d'Essex, III, 4
    • Tout fuit, tout diminue, tout disparaît à mes yeux Bossuet, Anne de Gonz.
    • Tout est vain dans l'homme, si nous regardons le cours de sa vie mortelle ; mais tout est précieux, tout est important, si nous contemplons le terme où elle aboutit et le compte qu'il en faut rendre Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Tout était Dieu, excepté Dieu même Bossuet, Hist. II, 3
    • Tout, s'il est généreux, lui prescrit cette loi ;Mais tout, s'il est ingrat, lui parle contre moi Racine, Brit. I, 1
    • La jeunesse est présomptueuse, elle se promet tout d'elle-même ; quoique fragile, elle croit pouvoir tout, et n'avoir jamais rien à craindre Fénelon, Tél. I
    • Tout était adoré dans le siècle païen ;Par un excès contraire on n'adore plus rien L. RAC., Relig. VI
    • Hé bien, mon ami, tiens, voilà Jupiter qui peut tout, qui se mêle de tout, qui gouverne tout, qui est maître de tout ; et je suis Momus, moi, qui me moque toujours de tout Dancourt, Comédie des coméd. l'Amour charlat. III, 2
    • [Les Français] vivant comme des enfants qui ne savent jamais la raison de ce qu'on leur ordonne, qui murmurent de tout, se consolent de tout, se moquent de tout et oublient tout Voltaire, Dial. 1
    • Algarotti était un Vénitien fort aimable.... il savait un peu de tout, et donnait à tout de la grâce Voltaire, Mém. Volt.
    • Il a réponse à tout, se dit d'une personne qui lève les objections, écarte les soupçons, etc.

    • Il y va de tout, il importe de tout, rien n'est plus important.

      • C'est cela même qui est le principal artifice de votre conduite, de faire croire qu'il y va de tout en une chose qui n'est de rien Pascal, Prov. XVIII
      • Il importe de tout de bien savoir choisir [les conversations], pour se le former [l'esprit] et ne point le gâter Pascal, Pens. VII, 16, éd. HAVET.
    • Être de tout, se mêler de toutes les affaires, aller dans toutes les sociétés, être de toutes les parties.

      • Cette incommodité [la surdité] n'est pas médiocre dans un âge où l'on aime fort à être de tout Mme de Sévigné, 4 oct. 1677
      • Le voilà [Dangeau] de tout à la cour, mais toujours subalterne Saint-Simon, 39, 196
    • Familièrement. Comme tout, extrêmement, on ne peut davantage.

      • Ils s'ennuient comme tout à ce camp, et votre maison leur vient bien à point Dancourt, Maison de camp. sc. 6
      • Voilà un petit mot qui me plaît comme tout Marivaux, Arleq. poli par l'amour, sc. 12
    • Tout y va, la paille et le blé, on n'y épargne rien.

    • Bien que tout soit sans article, on peut y rapporter le pronom il.

      • Il voit tout comme il est, et jamais ne s'abuse Corneille, Imit. II, 4
      • Dans une action tout allait comme il pouvait, sans que personne fût en état d'y pourvoir Bossuet, Hist. III, 5
      • Une raison première et universelle qui a tout conçu avant qu'il fût Bossuet, Conn. v, 2
    • Se faire à tout, se prêter à tout, s'habituer, se prêter aux usages, aux convenances.

    • Tout compté, tout rabattu, ou tout bien compté et rabattu, tout étant bien examiné, toutes compensations faites. Tout compté, tout rabattu, il me doit encore mille francs.

    • On dit dans un sens analogue : tout débattu, tout pesé, tout compté.

      • Ceci montre aux provinces Que, tout compté, mieux vaut en bonne foi S'abandonner à quelque puissant roi, Que s'appuyer de plusieurs petits princes La Fontaine, Fabl. VIII, 19
      • Tout débattu, tout bien pesé, Les âmes des souris et les âmes des belles Sont très différentes entre elles La Fontaine, ib. IX, 7
  19. 19Tout signifiant tout le monde, tout homme, tout ce qu'il y a de gens, de personnes.

  20. 20Le tout, toutes les choses en question. Je vous laisse le tout pour six francs.

    • Il se dit après l'énumération de plusieurs choses, pour les joindre toutes ensemble. Il a fait telle et telle chose, le tout pour parvenir à son but.

    • Le tout ensemble, ce qui résulte de l'assemblage de plusieurs parties formant un tout. Il y a quelques beaux vers dans cette pièce ; mais le tout ensemble n'en vaut rien. Le tout signifiant tout ce qu'il y a de plus important, de principal dans une chose.

      • Il ne s'agit ici [dans la recherche de la vraie religion] de l'intérêt léger de quelque personne étrangère.... il s'agit de nous-mêmes et de notre tout Pascal, Pens. IX, 1
      • Chacun est un tout à soi-même ; car, lui mort, le tout est mort pour soi Pascal, ib. XXV, 19
      • On ne perd jamais que d'une voix [dans le procès de Fouquet], et cette voix fait le tout Mme de Sévigné, 9 déc. 1664
      • C'est notre tout que notre présent ; et nous le dissipons, et l'on trouve la mort Mme de Sévigné, 8 avr. 1676
      • Vous avez des grâces de toutes les manières, et surtout un don de persévérance qui est le tout Mme de Sévigné, à Moulceau, 24 nov. 1687
      • La piété est le tout de l'homme Bossuet, Louis de Bourbon.
      • La seule créature qui cherche au dehors et qui ne soit pas à soi-même son tout, c'est l'homme Chateaubriand, Génie, I, VI, 1
      • Aux sots revêtus Le tout est de plaire Béranger, Scand.
    • Il en fait son tout, c'est son tout, c'est l'objet de sa sollicitude exclusive, il l'aime uniquement.

  21. 22Mon tout, dans une charade, se dit du mot composé qui forme le sujet.

  22. 23Au jeu, à la bouillotte, je fais mon tout, je risque tout ce que j'ai d'argent devant moi.

    • Fig. Le tout pour le tout, expression dont on se sert pour indiquer qu'on est disposé à ne rien épargner pour venir à bout d'une affaire. Mettre, risquer, jouer le tout pour le tout.

    • Le tout, la troisième partie qui se joue après qu'un des deux joueurs a perdu partie et revanche, et où l'on joue autant d'argent qu'on en a joué dans les deux premières parties ensemble.

      • Je lui gagnai partie, revanche et le tout dans un clin d'œil Hamilton, Gram. III
    • Le tout du tout, la partie qui se joue, après que la même personne a perdu partie, revanche et le tout, et dans laquelle on joue autant d'argent qu'on en a joué dans les trois parties précédentes.

  23. 24À tout, se dit, à certains jeux de cartes, de la couleur qui emporte toutes les autres. Jouer à tout.

    • On en fait d'ordinaire un seul mot, voy. ATOUT.

  24. 25À tout prendre, en considérant une chose dans son ensemble, dans ce qu'elle a de bon et de mauvais. À tout prendre, la situation est bonne.

  25. 26Après tout, dans le fond, tout bien considéré.

  26. 27Du tout, complétement, absolument, de tout point (emploi affirmatif qui a vieilli).

  27. 28En tout, tout compris, sans rien omettre. Cela revient à deux cents francs en tout.

    • En tout et par tout, entièrement.

      • Je suis de votre avis en tout et par tout Dict. de l'Académie
  28. 29Sur le tout, par surcroît.

    • Terme de blason. Sur le tout, voy. SUR 2, n° 45.

  29. 30Surtout, voy. SURTOUT.

  30. 31Adv. Entièrement, complétement, sans exception, sans réserve. Je suis tout à vous. Il est tout en Dieu.

    • La réflexion des lumières sur ce bronze en fait sortir un jour tout extraordinaire Corneille, Andromède, décor. du 5e acte.
    • Que celui qui souffre et est persécuté ne soit ni tout méchant ni tout vertueux, mais un homme plus vertueux que méchant Corneille, Cid, avert.
    • Seigneur, il est tout vrai, j'aime en votre palais Corneille, Œd. I, 3
    • Il [Dieu] est toujours tout juste et tout bon.... Corneille, Poly. I, 1
    • Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique La Fontaine, Fabl. III, 4
    • Il fut tout heureux et tout aiseDe rencontrer un limaçon La Fontaine, ib. VII, 4
    • Par un exemple tout égal La Fontaine, ib. X, 1
    • On ne saurait excuser en aucune sorte ses sentiments [de Montaigne] tout païens sur la mort Pascal, Entret. avec M. de Saci.
    • Votre marquis est tout aimable, tout parfait, tout appliqué à ses devoirs ; c'est un homme Mme de Sévigné, 551
    • Je voudrais que vous fussiez, ou tout un, ou tout autre ; que vous fussiez ouvertement, ou contre moi, ou pour moi Bourdaloue, Dim. Octave de l'Ascension, Dominic. t. II, p. 253
    • C'est là ce qui fait peur aux esprits de ce temps,Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans Boileau, Disc. au roi.
    • Nos vaisseaux tout chargés des dépouilles de Troie Racine, Andr. II, 1
    • Le Seigneur tout seul lui paraît bon, véritable, fidèle Massillon, Carême, Pécheresse.
    • Des ajustements tout achetés, tout prêts à être mis, sont bien aussi séduisants que l'argent même avec lequel on les achète Marivaux, Pays. parv. 1re part.
    • Je ne deviendrai point, je suis tout devenu Marivaux, ib.
    • Comme il disait ces mots, arrive frère Coutu en hâte, tout courant, tout essoufflé, tout suant, tout haletant Voltaire, Facéties, Rel. appar. Bertier.
    • Familièrement. C'est tout un, c'est la même chose, cela revient au même.

      • Notre mort (Au moins de nos enfants, car c'est tout un aux mères) LAFONT., Fabl. III, 6
    • Proverbialement. C'est tout un, mais ce n'est pas de même, cela revient au même, quoique ce ne soit pas la même chose.

    • Tout nouveau, tout beau, se dit de choses qui plaisent par le changement, et pour avertir de ne pas se fier à cette satisfaction.

    • Avoir tout l'air de, avoir complétement l'apparence. Il a tout l'air d'avoir été dupe.

  31. 32Tout se construit de même avec un adjectif ou un participe féminin, commençant par une voyelle ou une h muette. Des mains tout écorchées.

    • Autrefois on écrivait, on imprimait (et quelques personnes suivent encore cette orthographe) toute dans ces cas-là.

      • Et puisque vous voyez mon âme toute entière.... Corneille, Nicom. III, 2
      • Je vous embrasse, ma très chère et très aimable, et suis toute entière à vous Mme de Sévigné, 229
      • Pour moi, j'étais toute ébaubie Mme de Sévigné, 5 mars 1683
      • Elle se trouve toute vive et toute entière entre les bras de la mort Bossuet, Duch. d'Orl.
      • D'un repas sortant toute enfumée Boileau, Sat. X
      • Eucharis, rougissant et baissant les yeux, demeurait derrière, toute interdite, sans oser se montrer Fénelon, Tél. VII
      • Il a commencé son règne par une conduite toute opposée à celle de Pygmalion Fénelon, ib. VIII
      • Je me sens toute émue ; il n'y a rien de si charmant que vous Montesquieu, Templ. de Gnide, 3
  32. 33Tout, mis devant un adjectif ou un participe féminin commençant par une consonne ou par une h aspirée, reçoit même genre et même nombre que l'adjectif ou le participe (anomalie que l'oreille a exigée). Elles parurent toutes honteuses. C'est par analogie avec cet emploi qu'on a dit toute de glace, en parlant d'un objet féminin.

    • Oui, j'ai fait vanité d'être toute romaine Corneille, Hor. I, 1
    • Sévigné.... qui naquîtes toute belle, à votre indifférence près La Fontaine, Fabl. IV, 1
    • D'un loup écorché vif appliquez-vous la peauToute chaude et toute fumante La Fontaine, ib. VIII, 3
    • Ma toute bonne, nous commençons d'être connues Molière, Préc. 12
    • La bonne d'Escars, en vérité, ne se peut trop remercier : elle était toute malade, et cependant elle s'est appliquée avec un soin extrême à faire cette commission Mme de Sévigné, 309
    • Enfin me voilà toute reposée, toute tranquille, toute contente d'être en repos dans ma solitude Mme de Sévigné, 9 sept. 1671
    • Toute couchée et toute à votre aise, vous causerez avec moi Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 1684
    • Une autre Rome toute chrétienne sort des cendres de la première Bossuet, Hist. III, 1
    • Ces lois qu'il a protégées l'ont rétabli [Charles II] presque toutes seules Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Notre duchesse de Bourgogne est toute triste de l'extrémité où se trouve la reine sa sœur MAINTEN., Lett. au duc de Noaill. 22 févr. 1706
    • C'est surtout de Phénicie que vient le culte de la déesse que nous appelons Vénus ; la fable de Vénus et d'Adonis est toute phénicienne Voltaire, Déf. mil. Bolingbr. 9
    • Didon, jadis toute de glace,Devint bientôt toute de feu Scarron, Virg. IV
    • Il a plu à Dieu de se faire aimer ; et comme il a vu la nature humaine toute de glace pour lui, toute de flamme pour d'autres objets.... Bossuet, 2e sermon, Annonciat. Préambule.
  33. 34Tout s'emploie adverbialement devant un substantif pour exprimer plénitude. Il est tout cœur.

    • Ah ! qu'il est doucereux, c'est tout sucre et tout miel Molière, Éc. des maris, I, 2
    • Le chien est tout zèle, tout ardeur, tout obéissance Buffon, Chien.
    • Timidité touchante dans un homme dont le regard était tout esprit et tout âme Marmontel, Mém. VI
    • Mon admirable frère est tout âme Chateaubriand, Natch. 2e partie, 1re moitié.
    • Être tout œil et tout oreille être tout yeux et tout oreilles, regarder, écouter très attentivement.

    • Si le substantif est féminin et commence par une consonne ou par une h aspirée, tout n'en reste pas moins invariable.

      • N'usez pas de toute votre raison, ne soyez pas tout intelligence et tout lumière Guez de Balzac, De la cour, 4e disc.
      • Pourquoi ne songez-vous pas qu'il [Dieu] est tout vue, tout ouïe, tout intelligence Bossuet, Sermons, 1er dim. de l'avent, Nécessité, 1
      • Mon Dieu, vous êtes tout amour et par conséquent tout jalousie Fénelon, t. XVIII, p. 303
      • Dans nos souhaits innocents, nous désirions être tout vue, pour jouir des riches couleurs de l'aurore ; tout odorat pour sentir les parfums de nos plantes ; tout ouïe pour entendre les concerts de nos oiseaux ; tout cœur pour reconnaître ces bienfaits Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.
    • Pourtant Molière, dans un cas semblable, a suivi la règle de l'adjectif féminin. Harpagon : Sais tu bien de quoi nous parlons ? - Valère : Non ; mais vous ne sauriez avoir tort, et vous êtes toute raison, l'Av. I, 7.

    • Familièrement. Cet enfant est tout le portrait de son père, il lui ressemble parfaitement.

  34. 35Il se joint à plusieurs prépositions et adverbes pour donner à l'expression plus d'énergie. Tout de travers. Il lui parla tout froidement. Tout haut. Tout court. Parler tout bas.

    • Ce que vous dites là sont tout autant de fables, sont tout autant de visions, les choses que vous nous dites ne sont que des fables, des visions.

    • Tout juste, avec une correspondance tout à fait exacte.

      • On oublie que la moitié de la nation égorgea l'autre pour des arguments théologiques ; il y aura bientôt deux cents ans tout juste [à la Saint-Barthélemy] Voltaire, Dial. XXIV, 3
    • Tout maintenant, voy. MAINTENANT.

    • Tout à cette heure, voy. HEURE, n° 18.

    • Tout d'un temps, voy. TEMPS, n° 38.

    • Populairement. Tout de même, néanmoins. On m'a défendu d'aller, mais j'irai tout de même.

  35. 36Il se met devant des superlatifs.

    • Joignez-y quelque bœuf : choisissez pour ce donTout le plus gras du pâturage La Fontaine, Fabl. XI, 1
    • Et, quoique amis enfin, je suis tout des premiers.... Molière, Mis. I, 1
    • Votre hôtellerie est toute des plus fréquentées Mme de Sévigné, 430
    • La fête sera toute des meilleures Mme de Sévigné, 18 août 1680
    • Conservez votre joie et votre santé tout le plus longtemps que vous pourrez Mme de Sévigné, à Bussy, 29 juin 1686
    • J'étais tout au mieux avec le prélat, qui, toutes les fois qu'il me rencontrait, s'arrêtait pour me parler Lesage, Estev. Gonz. 28
    • Il est vrai, madame, qu'il est tout des plus laids, mais on n'en trouve pas facilement BRUEYS, Muet, IV, 6
    • Il me paraît que chacun s'en va tout le plus loin qu'il peut Voltaire, Lett. Richelieu, 19 juill. 1773
    • Contravention toute des plus graves et des plus répréhensibles MONTAIGLON, Hist. de l'Acad. de peint. t. I, p. 143
    • À tout le moins, pour le moins.

      • Tous tes péchés confesseras à tout le moins une fois l'an Commandements de l'Église
  36. 37Tout au plus, en portant la chose aussi loin qu'il est possible.

    • César, né du temps de Scipion l'Africain, n'aurait pas subjugué la république romaine ; et, si Mahomet revenait aujourd'hui, il serait tout au plus shérif de la Mecque Voltaire, Dict. phil. à propos.
  37. 38Il sert à former certaines locutions dont on ne peut le retrancher sans détruire ou altérer le sens. Tout à coup, tout de go, tout à fait, tout beau, tout de bon, etc. Voy. COUP, GO, FAIT, BEAU, BON, etc.

  38. 39Tout le premier, toute la première, tout les premiers, le premier de tous, la première de toutes, les premiers de tous. Nous avons douté de cette nouvelle et vous tout le premier. Madame, les femmes prendront cette mode, et vous toute la première (et vous deux toutes les premières). On suivra cet exemple, et nous tout les premiers.

  39. 40Tout le même, tout les mêmes, toute la même, toutes les mêmes. C'est tout le même homme que vous avez connu. Ce sont tout les mêmes hommes.

    • Il est certain que l'action par laquelle maintenant il [Dieu] le conserve [le monde] est toute la même que celle par laquelle il l'a créé Descartes, Méth. v, 7
  40. 41Tout un autre homme, un homme tout différent.

    • Il semble que l'on ait toute une autre âme quand on aime que quand on n'aime pas Pascal, Pass. de l'amour.
    • J'ai toujours cru que Mme de Coulanges.... serait toute une autre personne Mme de Sévigné, 25 juin 1690
    • On dit plutôt aujourd'hui : un tout autre homme.

  41. 42Je suis tout à vous, formule de politesse, signifiant : je suis tout disposé à faire ce qui vous sera agréable.

    • Elliptiquement. Tout à vous, se dit dans les formules de salutation par lesquelles on finit une lettre.

      • En ce sens, une femme écrit : je suis tout à vous.

  42. 43Tout.... que.... avec un adjectif, bien que, quoique, avec le verbe à l'indicatif ; en cet emploi tout s'accorde avec l'adjectif féminin, quand cet adjectif commence par une consonne ou une h aspirée. Tout habiles et tout artificieux qu'ils sont.

    • Les peines que me donne cette amitié sont douces, tout amères qu'elles sont Mme de Sévigné, 4 oct. 1684
    • Tout éclairée qu'elle était, elle n'a point présumé de ses connaissances Bossuet, Duch. d'Orléans.
    • La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle était Bossuet, Hist. II, 5
    • M. Chapelain a reçu l'ode avec la plus grande bonté du monde : tout malade qu'il était, il l'a retenue trois jours, et a fait des remarques par écrit, que j'ai fort bien suivies Racine, Lett. 3 à Levasseur.
    • La valeur, tout héroïque qu'elle est, ne suffit pas pour faire les héros MASCAR., Or. fun. de Tur.
    • Et, tout amie des bienséances que je suis, je ne vous approuve pas Marivaux, le Legs, sc. 10
    • On dit que vos chevaux manquent de fourrage en Westphalie, et qu'on leur donne du jambon ; pour Dieu, faites donner à dîner à Lekain, tout laid qu'il est Voltaire, Lett. Richelieu, 4 juin 1757
    • Tout roi qu'il est, il [Frédéric II] ne trouve pas mauvais que les grands devoirs de l'amitié aillent les premiers Voltaire, Lett. Thiriot, 16 août 1743
    • Au XVIIe siècle, on écrivait quelquefois toute même devant une voyelle.

      • Cette pensée.... me blesse, toute impossible que je la vois présentement Mme de Sévigné, 17 juin 1685
    • On mettait quelquefois le verbe au subjonctif ; mais ce n'est plus l'usage.

      • Tout grand jurisconsulte que je sois, je me trouve bien empêché à y répondre Voiture, Lett. 76
    • Il se construit en ce sens avec un substantif. Tout hôtelière qu'elle était.

    • Mais, si le substantif est féminin et commence par une consonne ou par une h aspirée, tout s'accorde avec le substantif. Toute femme qu'elle est. Toutes harpies qu'elles sont.

    • Cependant, même avec un substantif féminin présentant ces conditions, tout reste invariable si ce substantif est un nom de chose.

      • Ce cœur se réveille, tout poudre qu'il est Bossuet, Reine d'Anglet.
  43. 44Tout.... que étant suivi d'autres membres de phrase qui en dépendent, on peut supprimer le que dans ces membres de phrase.

  44. 45Tout, au sens de quoique, a été employé sans que.

    • Cette tournure, bien que tombée en désuétude, pourrait encore être employée en des circonstances bien choisies.

  45. 46Tout, devant en et un participe présent, signifie simultanéité. Il lui a dit ses vérités tout en riant. Il sortit tout en grondant.

  46. 47Tout à bas, se dit au trictrac quand, avec les deux dames prises à la pile, on joue les deux nombres qu'on a amenés.

    • Tout d'une, se dit quand on joue ces deux nombres avec une seule dame.

  47. 36Ajoutez :

    • Tout le plus, autant qu'il est possible.

      • M. Nicole avait devant lui saint Chrysostome et Bèze, ce dernier afin de l'éviter ; ce qu'on a fait tout le plus qu'on a pu Racine, Lexique, éd. P. Mesnard.

Remarque

1. Il faut distinguer : ils sont tous étonnés, et ils sont tout étonnés. Le premier signifie que tous sont étonnés ; le second, qu'ils sont entièrement étonnés. Mais cette distinction disparaît au pluriel féminin ; elles sont toutes confuses signifiant : elles sont entièrement confuses. Si on voulait exprimer que la confusion est chez toutes, il faudrait dire : toutes sont confuses. 2. Devant un adjectif féminin ou une locution équivalant à un adjectif, commençant par une voyelle ou par une h muette, on met tantôt tout et tantôt toute, suivant le sens. On met tout, quand il s'agit d'exprimer excès, intensité, et que tout ne peut pas être déplacé : Elle était tout en larmes ; elle est tout à son devoir. Au contraire on mettra toute quand on voudra exprimer la totalité, et que toute pourra être déplacé : la forêt lui parut toute enflammée, on peut dire : toute la forêt lui parut enflammée ; la maison était toute en feu, on peut dire : toute la maison était en feu ; cette maison est toute à lui, on peut dire : toute cette maison est à lui. Cette distinction relative à tout n'était pas observée dans le XVIIe siècle ni dans le XVIIIe. Dans tout entier employé comme une seule expression, tout reste toujours invariable. Une heure tout entière. Les bons pères ne meurent pas tout entiers. Des masses tout entières de rochers. Cette règle, aujourd'hui obligatoire, ne l'était pas du tout au XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe. 4. Au reste, au XVIIe siècle et même plus tard, la règle générale était de faire accorder en tous les cas tout avec son substantif, au lieu d'en faire un adverbe, un mot invariable. 5. Tout autre présente deux cas qu'il faut distinguer. Dans le premier cas, tout y signifie entièrement, et autre ne peut pas être déplacé ; alors tout reste invariable : c'est tout autre chose ; voici de tout autres affaires ; la cour était tout autre à Marly qu'à Versailles. Mais, quand tout y signifie chaque et que autre peut être déplacé, alors tout s'accorde avec le substantif : demandez toute autre chose, c'est-à-dire toute chose autre ; toute autre femme se serait rendue à ces sages conseils, c'est-à-dire toute femme autre ; laissez là toutes autres affaires. 6. On répète tout devant chaque substantif qu'il modifie. Ainsi l'on doit dire : il a perdu toute l'affection et toute l'inclination qu'il avait pour moi, et non pas : il a perdu toute l'affection et inclination. Fléchier a manqué à cet usage : [Jésus] dans sa crèche supprimant toute sa grandeur et sa gloire.... Serm. pour le jour de Noël. À plus forte raison faut-il le répéter devant deux substantifs de genre différent et dire : Je suis avec toute l'ardeur et tout le respect possible ; cependant Bossuet a dit : Il en prend [des psaumes] avec David tous les sentiments et les affections, Ét. d'orais. VI, 42. Cet exemple ne peut guère être imité. Si on voulait supprimer le second tout, il faudrait prendre le tour ancien et retrancher en même temps l'article avec le pronom : Toute la grandeur et gloire, toute sa grandeur et gloire ; mais cela est archaïque. Toutefois il serait utile de réhabiliter cette tournure, qui abrège notablement la phrase. 7. On trouve dans les auteurs toute nuit pour toute la nuit. Cette tournure est tombée en désuétude. On en trouve des exemples dans les plus anciens textes (voy. l'historique). 8. 9. Tout ce qui.... n'est pas. Grammaticalement, cette locution signifie que la première condition n'entraîne pas toujours la seconde : Tout ce qui reluit n'est pas or ; c'est-à-dire ce qui reluit n'est pas tout de l'or. Mais on ne dira pas : Tout ce qui est créé n'est pas éternel ; car cela ne peut se tourner en : Ce qui est créé n'est pas tout doué d'éternité. En un mot, pour que la locution soit tout à fait claire, il faut que tout puisse être ôté de sa place, et passer dans le second membre. Mais cette locution a aussi un autre sens ; elle signifie : tous ceux, nul de ceux, tout ce qui, rien de ce qui. En conséquence, il faut avoir présents à l'esprit les deux sens de cette locution, afin de ne pas tomber, par inadvertance, dans une amphibologie. 10. Notez encore ceci : Tous les champs ne sont pas ravagés, signifie que parmi les champs tous ne sont pas ravagés. Mais cette tournure peut encore signifier qu'aucun des champs n'est ravagé. Exemples : Ici encore il faut prendre garde à l'amphibologie, et avoir soin que le contexte détermine précisément le sens de la tournure.

Étymologie

Bourguig. tô ; wallon, to ; provenç. tot ; espagn. et portug. todo ; ital. tutto ; du lat. totus, entier. Totus est pour toutus ; osque, touto ; sabellien, touta ; qui veulent dire cité, commune ; du rad. sanscr. tu, croître.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander