objet s. m. (ob-jè ; le t se lie : un ob-jè-t agréable ; au pluriel, l's se lie : des ob-jè-z agréables ; objets rime avec traits, succès, paix, etc.)
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1Tout ce qui se présente à la vue.
Ils n'assurent quoi que ce soit, n'oseraient jurer qu'il soit jour en plein midi, ne sont point certains si les choses qu'ils voient sont objets ou illusions
Guez de Balzac, De la cour. 6e disc.Les images des objets ne se forment pas seulement ainsi au fond de l'œil, mais elles passent encore au delà jusques au cerveau
Descartes, Dioptr. VQuel objet se présente à mes yeux ? ce n'est pas seulement des hommes à combattre ; c'est des montagnes inaccessibles, c'est des ravines et des précipices
Bossuet, Louis de Bourbon.- Il n'est point de serpent ni de monstre odieuxQui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux ;D'un pinceau délicat l'artifice agréableDu plus affreux objet fait un objet aimable Boileau, Art p. III
- Mais il est des objets que l'art judicieuxDoit offrir à l'oreille et reculer des yeux Boileau, ib.
- Elle voit (quel objet pour les yeux d'une amante !)Hippolyte étendu sans forme et sans couleur Racine, Phèdre, V, 6
Tous les objets paraissent sombres et en confusion le matin aux premières lueurs de l'aurore ; mais ensuite ils semblent sortir comme d'un chaos, quand la lumière, qui croît insensiblement, les distingue et leur rend, pour ainsi dire, leurs figures et leurs couleurs naturelles
Fénelon, Tél. XXIV
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À cet objet, à cette vue.
- À cet objet d'horreur, l'œil troublé, le teint blême,J'ai demeuré longtemps plus morte que lui-même Rotrou, Antig. I, 2
- Jugez à cet objet ce que j'ai dû sentir Racine, Théb. V, 5
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2Tout ce qui affecte les sens. Les couleurs sont les objets de la vue, les odeurs de l'odorat, les saveurs du goût, les sons de l'ouïe.
Elle [l'âme] n'est pas plus heureuse en jouissant des plaisirs que les sens lui offrent.... ces sens, dont elle emprunte, empruntent eux-mêmes de tous côtés ; ils tirent tout de leurs objets, et engagent par conséquent à tous ces objets extérieurs l'âme qui, espérant en ses sens, ne peut plus rien avoir que par eux
Bossuet, la Vallière.
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3Terme de philosophie. Tout ce qui est en dehors de l'âme ; par opposition à sujet qui exprime ce qui est en dedans de l'âme. L'objet et le sujet.
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Terme de scolastique. Objet matériel, la chose même qu'une science considère.
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Objet formel, la manière dont l'objet matériel est considéré par la science.
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Objet total ou adéquat, réunion de l'objet matériel et de l'objet formel.
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4Chose, dans un sens indéterminé. C'est un objet de peu de valeur. Objets de première nécessité.
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Un objet de dépense, quelque chose qui occasionne de la dépense.
Ceuta, que les Portugais prirent en 1409, que les Espagnols eurent sous Philippe II, et qu'ils ont conservé toujours, n'a été qu'un objet de dépense
Voltaire, Mœurs, 162
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Un grand objet, quelque chose d'un grand intérêt.
Rome, toujours un grand objet pour les nations, mais toujours à plaindre
Voltaire, Mœurs, 31Dans le trésor particulier du sultan, on compte les confiscations pour un grand objet
Voltaire, ib. 159
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Fig en général, chose abstraite, morale.
Il y a deux choses importantes.... dont tous les citoyens doivent s'entretenir dans les pays libres : l'une est le gouvernement, l'autre la religion ; le marchand, l'artisan doivent se mettre en état de n'être trompés ni sur l'un ni sur l'autre de ces objets
Voltaire, Quest. miracl. Lett. 10
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5Fig. Tout ce qui se présente à l'esprit, tout ce qui l'occupe. Un objet important l'occupe présentement. Il ne saurait donner une attention suivie au même objet.
La mienne [tristesse] n'est point du tout dissipée par la diversité des objets
Mme de Sévigné, 4 oct. 1684Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom ; ceux-ci [les Anglais], occupés du premier objet qui les avait transportés, allaient toujours, sans regarder qu'ils allaient à la servitude
Bossuet, Louis de Bourbon.À la vue du saint viatique qu'il avait tant désiré, voyez comme ce prince s'arrête sur ce doux objet
Bossuet, ib.Toi [âme] qui étais née pour l'éternité et pour un objet immortel, tu deviens éprise et captive d'une fleur que le soleil dessèche
Bossuet, la Vallière.L'éternité se présentait à ses yeux comme le digne objet du cœur de l'homme
Bossuet, le Tellier.- César de tant d'objets en même temps frappé Racine, Brit. V, 8
Le plus charmant objet de la nature, le plus capable d'émouvoir un cœur sensible et de le porter au bien, est, je l'avoue, une femme aimable et vertueuse ; mais cet objet céleste où se cache-t-il ?
J.-J. Rousseau, Lett. à d'Alemb.La passion a toujours un objet : on ne désire point ce qu'on ne connaît point
Bonnet, Ess. anal. âme, 18
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Dans le langage philosophique, tout ce qui meut, occupe les facultés de l'âme. Le vrai est l'objet de l'entendement. Le bien est l'objet de la volonté.
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L'objet meut, émeut la puissance, c'est-à-dire la présence de l'objet excite le désir.
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6Fig. Tout ce qui sert de matière à une science, à un art, à une œuvre littéraire. Les corps naturels sont l'objet de la physique.
Le sublime ne peut se trouver que dans les grands sujets ; la poésie, l'histoire et la philosophie ont toutes même objet, et un très grand objet, l'homme et la nature
Buffon, Disc. de récept.Ses dialogues [de Fénelon] sur l'éloquence, et sa lettre à l'Académie française sur le même objet, renferment les principes les plus sains sur l'art d'émouvoir et de persuader
D'Alembert, Éloges, Fénelon.La durée d'un ouvrage, quelque mérite qu'il ait d'ailleurs, est presque nécessairement liée à celle de son objet
D'Alembert, Destruct. des jésuit. Œuv. t. V, p. 57, dans POUGENS.Quel est l'objet de la philosophie ? c'est de lier les hommes par un commerce d'idées et par l'exercice d'une bienfaisance mutuelle
Diderot, Claude et Nér. II, 2Qu'on ne dise plus que les grands objets manquent à l'éloquence, mais bien plutôt que l'éloquence manque le plus souvent aux grands objets qui la demandent, qui l'appellent, qui l'invoquent de toutes parts
Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. X, p. 107, dans POUGENS
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On dit dans un sens analogue : l'objet de la conversation. La conversation a changé d'objet. Vous étiez l'objet de notre entretien.
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7Fig. Tout ce qui est la cause, le sujet, le motif d'un sentiment, d'une passion.
- Mais si vous connaissez l'amour et ses ardeurs,Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs Corneille, Médée, II, 6
- Et je serais moins roi qu'un objet de pitié,Si le bandeau royal m'ôtait votre amitié Corneille, Nicom. IV, 5
- Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet ? Corneille, Cinna, III, 2
- Je te donne Émilie,Le digne objet des vœux de toute l'Italie Corneille, ib. V, 1
Ce superbe.... se met au rang des gens désabusés.... et, devenu le seul objet de ses complaisances, il se fait lui-même son dieu
Bossuet, Anne de Gonz.Princesse, le digne objet de l'admiration de deux grands royaumes
Bossuet, Duch. d'Orl.Mes frères, je parle à vous ; à vous, dis-je, qui faites l'objet de nos plus tendres inquiétudes
Bossuet, 1re instr. 37Sylla devint l'objet de la jalousie de Marius
Bossuet, Hist. III, 7Mme la duchesse d'Orléans est un objet de pitié
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 2 sept. 1717- Un esclave est pour elle un objet de courroux Racine, Alex. I, 2
Lève-toi, triste objet d'horreur et de tendresse
Voltaire, Brutus, V, 7Ce même Sarmate objet de vos dédains
Voltaire, Sémiram. II, 3
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8Fig. But, fin qu'on se propose.
- Elle n'a d'autre objet que la voûte éthérée Régnier, Sat. XII
L'unique objet de l'Écriture est la charité
Pascal, Pens. part II, art. 9On peut avoir trois principaux objets dans l'étude de la vérité
Pascal, ib. part. I, art. 2Sachez que leur objet [des jésuites] n'est pas de corrompre les mœurs ; ce n'est pas leur dessein
Pascal, Prov. VLa chronologie contentieuse n'est pas votre objet
Bossuet, Hist. I, 12Mon principal objet est de vous faire considérer, dans l'ordre des temps, la suite du peuple de Dieu et celle des grands empires
Bossuet, ib. II, 1Cette élection divine avait un objet plus haut que celui qui paraît d'abord
Bossuet, ib. II, 4Jusqu'ici les traités de paix avaient la guerre pour véritable objet ; on se ménageait ou un repos de quelques années pour réparer ses forces, ou plus de force pour attaquer un ennemi commun
Fontenelle, Rép. card. Dub. Œuv. t. III, p. 320 dans POUGENSC'est à eux d'amuser le peuple qui lit sans objet, sans pénétration et sans goût
VAUVENARGUES, Max. CCXIIIOn avait fait la guerre de la Fronde pour je ne sais quel édit du tarif, qui ne devait pas être regardé comme un objet
Voltaire, Polit. et législ. Lett. à M. T***.Le grand objet du maréchal de Saxe était toujours de prendre Maëstricht
Voltaire, Louis XV, 26Leurs arts [des sauvages], qui tous n'ont pour objet que les moyens de se procurer une subsistance convenable à leur goût
Buffon, Quadrup. t. II, p. 174Un mouvement sans objet
Duclos, Consid. mœurs, 1Le premier objet de ceux qui imaginèrent les hiéroglyphes, fut de conserver la mémoire des événements, et de faire connaître les lois, les règlements, et tout ce qui a rapport aux matières civiles
CONDILLAC, Conn. hum. II, I, 13
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Remplir son objet, atteindre le but proposé.
Les Français furent vainqueurs, et les alliés ne furent pas mis dans une déroute assez complète pour que le grand objet du siége de Maëstricht pût être rempli
Voltaire, Louis XV, 26L'objet du mariage est d'avoir des enfants ; mais quelquefois cet objet ne se trouve pas rempli
Buffon, Hist. nat. Hom. Œuv. t. IV, p. 262
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9Fig. et par excellence, femme aimée.
- Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire,Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère Corneille, Cid, III, 1
- Ô trop aimable objet qui m'avez trop charmé Corneille, Poly. II, 2
- Lorsqu'un digne objet a pu nous enflammer,Qui le cède est un lâche et ne sait pas aimer Corneille, Rodog. I, 5
- Adieu, trop vertueux objet et trop charmant Corneille, Poly. II, 2
- Mais quand d'un bel objet on est bien amoureux,Que ne ferait-on pas pour devenir heureux ? Molière, l'Ét. II, 2
- Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable Molière, Mis. II, 5
L'objet s'appelle Mlle de la Coste ; elle a plus de trente ans, elle n'a aucun bien, nulle beauté
Mme de Sévigné, 384- Volage adorateur de mille objets divers Racine, Phèdre, II, 6
- Et pour tout autre objet ton âme indifférenteDédaignait de brûler d'une flamme innocente Racine, ib. IV, 2
- Cet objet que ma rage a privé de la vie Voltaire, Zaïre, V, 10
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10Il s'est dit pour la personne d'un homme ou d'une femme, pour l'image d'un objet (ce qui n'est plus usité).
- Il fait tous ses efforts pour gagner mes parents,Et, s'il les peut fléchir, quant à moi, je me rends ;Non, à dire le vrai, que son objet me tente ;Mais, mon père content, je dois être contente Corneille, la Place roy. V, 6
Prononcez donc, madame, et faites un monarque : Nous céderons sans honte à cette illustre marque ; Et celui qui perdra votre divin objet Demeurera du moins votre premier sujet
Corneille, Rodog. III, 4[Le cerf se mirant dans une fontaine]... ne pouvait qu'avecque peine Souffrir ses jambes de fuseaux, Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux
La Fontaine, Fabl. VI, 9- Si ce parfait amour que vous prouvez si bienSe fait vers votre objet un grand crime de rien Molière, les Fâch. I, 1
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11Terme de grammaire générale. Se dit quelquefois du complément ou régime direct, par opposition à sujet.
L'objet est un accessoire du verbe ; il doit le suivre immédiatement, ou du moins il n'en peut être séparé que par des modifications mêmes du verbe
Condillac, Gramm. II, 26
Synonymes
OBJET, SUJET. Au mot sujet, l'Académie dit : Les corps naturels sont le sujet de la physique. Et au mot objet, elle dit : Les corps naturels sont l'objet de la physique. Quel est, dans cet emploi, le sens précis des deux mots sujet et objet ? Ces deux mots ne diffèrent que par les prépositions : ob signifiant devant soi, et sub, sous soi : le sujet c'est sur quoi l'on travaille ; l'objet c'est ce à quoi l'on vise. Il est plus usité de dire l'objet d'une science que le sujet d'une science ; cependant cela se dit aussi, et le sens revient au même ; mais on dit le sujet d'une comédie, d'une tragédie, d'un tableau, et non l'objet ; ou du moins le sens serait tout différent : l'objet d'une comédie, d'un tableau, serait l'effet moral ou esthétique auquel viseraient cette comédie, ce tableau.
Étymologie
Ital. obbietto et oggetto ; du lat. objectum, chose mise en avant, de objicere (voy. OBJECTION).