Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

part dans le Littré

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1part s. m. (par ; l'Académie dit que le t se prononce ; c'est une erreur ; ceux qui usent de ce mot, les légistes et les médecins, ne prononcent pas le t)

  1. 1Terme de jurisprudence. L'enfant dont une femme vient d'accoucher.

    • Exposition de part, l'action de déposer et de délaisser un enfant.

    • Suppression de part, l'action de soustraire et de cacher un enfant immédiatement après sa naissance, et de le priver ainsi, non pas de la vie, mais de son état civil.

    • Supposition de part, l'action de présenter un enfant comme né de telle femme, bien que cette femme ne soit pas accouchée.

    • Substitution de part, l'action de remplacer un enfant mort-né, ou un enfant dont le sexe ne répond point aux vues que l'on peut avoir, par un enfant vivant ou un enfant d'un sexe différent.

    • Il n'a point de pluriel.

  2. 2La mise bas des animaux.

    • Le lait du quatrième jour qui suit le part peut entrer dans le commerce Mme de Genlis, Maison rust. t. II, p. 35, dans POUGENS

Étymologie

Lat. partus, de parere, enfanter ; Berry, cette vache a bien fait son part.

2part s. f. (par ; le t ne se prononce pas et ne se lie pas ; cependant beaucoup de personnes disent : de par-t-en part, de par-t et d'autre ; au pluriel, l's ne se lie pas : des par égales ; cependant plusieurs la lient : des par-z égales)

  1. 1Partie, portion d'un tout quelconque.

  2. 2Particulièrement, portion d'une chose divisée, lot. On a fait trois parts du bien de la succession. La plus forte part. La moindre part. Les parts d'un gâteau.

    • Par extension.

      • Le Dieu des chrétiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de l'ordre des éléments ; c'est la part des païens et des épicuriens Pascal, Pens. XXII, 3, édit. HAVET.
      • Il n'eut point de part avec les hypocrites Fléchier, Lamoignon.
    • Fig.

    • Quote-part, voy. QUOTE.

    • J'y retiens part, se dit quand on est avec quelqu'un qui trouve quelque chose et qu'on veut partager sa trouvaille.

      • Je n'ai pu résister au plaisir de me vanter de vos bontés, et un passant a dit : j'en retiens part Voltaire, Lett. d'Argenson, 7 mars 1739
    • Part à deux, se dit dans le même sens.

    • Faire la part au plus jeune, partager inégalement et injustement (le plus jeune étant traité sans façon).

    • Terme d'ancienne législation. Part avantageuse, la portion que l'aîné avait dans les fiefs, outre son préciput.

    • Fig. La part du lion, celle qu'un homme, par abus d'autorité, s'attribue dans un partage ; locution tirée de la fable où le lion, faisant société avec la génisse, la chèvre et la brebis, s'attribue tout le profit.

    • Il n'en jetterait pas sa part aux chiens, se dit de celui qui a des prétentions sur quelque chose.

    • On dit dans le même sens : n'en pas donner sa part, n'en pas quitter sa part.

      • En voilà une [la duchesse du Lude] qui a bonne envie de devenir dame d'honneur et qui n'en donne pas sa part Saint-Simon, 39, 189
      • Le récipiendaire [à l'Académie française] ayant assuré que son prédécesseur était un grand homme, que le cardinal de Richelieu était un très grand homme, le chancelier Séguier un assez grand homme, Louis XIV un plus que grand homme, le directeur lui répond la même chose, et ajoute que le récipiendaire pourrait bien aussi être une espèce de grand homme, et que, pour lui directeur, il n'en quitte pas sa part Voltaire, Lett. sur les Anglais, XX
    • Fig. Avoir part au gâteau, avoir un intérêt secret en quelque affaire.

    • Fig. Avoir sa bonne part d'une chose, avoir beaucoup de quelque chose, et, le plus ordinairement, en un sens péjoratif, beaucoup de quelque chose de pénible.

      • Toute la cour est affligée, j'en ai ma bonne part Mme de Maintenon, Lett. à Mme de..., 1705, t. III, p. 163, dans POUGENS
    • Faire la part du feu, abattre une partie des édifices que le feu menace, afin de sauver le reste ; et fig. sacrifier une portion de ce que l'on possède pour mettre le reste à l'abri.

    • Faire la part des accidents, prévoir ce que les accidents pourront apporter d'obstacles, causer de préjudice dans une affaire.

    • En général, faire la part de, faire entrer en ligne de compte. Cet acteur a peu réussi dans son début, mais il faut faire la part du trouble, de la timidité.

    • Faire la part du diable, tenir compte de la faiblesse humaine.

    • Faire la part de la critique, mêler des critiques aux éloges.

    • Faire la part de la jeunesse, user d'indulgence.

  3. 3Part se dit des quotités qui reviennent à chaque personne participant à une affaire. Entrer en part.

    • Je lui promets un quart de part dans toutes les pièces qu'on jouera dorénavant de moi, où l'on ne sifflera pas Dancourt, Femme d'intrigues, v, 2
    • Je fais des vœux et je crains pour M. de Richelieu ; quoiqu'il ait refusé un malheureux quart de part à Lekain, je l'aime toujours Voltaire, Lett. d'Argental, 5 janv. 1758
    • Les succès dépendent entièrement des acteurs ; s'il y en avait trois ou quatre comme vous, vos parts seraient au moins de vingt mille livres Voltaire, Lett. à Lekain, 4 mars 1767
    • Être de part, avoir une part dans les bénéfices d'une affaire.

    • Mettre de part, admettre à la participation des bénéfices.

      • En mettant Caméron de part dans toutes les bonnes parties Hamilton, Gramm. 3
      • Je t'apprendrai le métier, il n'est pas bien difficile ; je te mettrai de part, et nous vivrons gaiement dans le coin de la terre où nous sommes nés Voltaire, Jeannot et Colin.
    • Terme de marine. Être à la part, naviguer à la part, avoir part dans les bénéfices de la campagne.

    • Part de prise, voy. PRISE.

    • Au sens juridique, portion qui, dans un partage, appartient à chacun des copartageants, et, spécialement, portion de la succession qui appartient à chaque cohéritier. Part en nature (Cod. Nap. art. 826), part des biens meubles ou immeubles tels qu'ils sont ; part en argent, portion du prix des biens vendus. Part virile, portion d'un partage égal et opéré par tête ; part héréditaire, la portion, égale ou inégale, qui revient à un cohéritier en vertu de ses droits spéciaux à une succession.

  4. 4Participation.

    • Nos malheurs jusqu'ici vous touchent faiblement ; Vous n'avez point encor de part à nos misères Corneille, Hor. III, 6
    • Mais, comme vous aviez votre part aux offenses,Je vous ai réservé votre part aux vengeances Corneille, Rodog. II, 3
    • Je chargeai ma mémoire de ce terme [pouvoir prochain] ; car mon intelligence n'y avait aucune part Pascal, Prov I
    • C'est [les échecs] le plus beau et le plus raisonnable de tous les jeux ; le hasard n'y a point de part Mme de Sévigné, 403
    • Nous avons peu de part en nos destinées, tout est entre les mains de Dieu Mme de Sévigné, 20 janv. 1675
    • Le raisonnement n'avait point de part à une erreur si brutale [l'idolâtrie] Bossuet, Hist. II, 11
    • Elle [Sémiramis] avait eu trop de part aux conseils et aux victoires de Ninus pour ne pas suivre ses desseins Bossuet, ib. III, 4
    • Le hasard et la force ont beaucoup de part au succès Fénelon, Tél. XXII
    • Devenir les complices et peut-être les ministres des passions de ceux de qui nous dépendons, et entrer en part de leurs désordres, pour participer plus sûrement à leurs grâces Massillon, Pet. car. Tent. des gr.
    • Il [la Fontaine] fut le seul des grands hommes de son temps qui n'eut point de part aux bienfaits de Louis XIV Voltaire, Louis XIV, écrivains, la Fontaine.
  5. 5Portion morale, c'est-à-dire part d'affection, d'amour, etc.

  6. 6Communication, renseignement.

    • Faire part de quelque chose à quelqu'un, l'en informer.

      • Faites, je vous prie, part de cette lettre à M. de la Chapelle, si vous trouvez qu'elle en vaille la peine Racine, Lett. 20 à Boileau.
    • On dit aussi donner part.

      • Mon petit colonel m'a écrit, et à son oncle, pour nous donner part de son exaltation Mme de Sévigné, 11 déc. 1689
      • J'ose en donner part à Votre Éminence comme à un ami Bossuet, Lett. 203
    • En diplomatie, donner part, faire une communication officielle. Il y a déjà longtemps que la nouvelle en est arrivée ; mais l'ambassadeur n'en a pas encore donné part.

    • Billets de faire part, ou, elliptiquement, billets de part, et quelquefois un faire part, billets, circulaires, par lesquels on fait part d'un mariage, d'un décès, d'une naissance, etc.

  7. 7De la part de, se dit de la personne de qui vient quelque chose. De quelle part viennent ces avis ? Je sais cela d'autre part que vous. De quelque part qu'il vienne, il sera bien reçu.

    • Rodrigue de ma part n'a rien à redouter Corneille, Cid, IV, 5
    • Voyez-la de ma part, tâchez de la gagner Corneille, Cinna, II, 1
    • Dieu a tenu douze ans sans relâche, sans aucune consolation de la part des hommes, notre malheureuse reine.... Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Un officier qui venait de la part d'Astarbé Fénelon, Tél. III
    • Si c'est pour eux qu'elles [les femmes] se fardent ou qu'elles s'enluminent, j'ai recueilli les voix, et je leur prononce de la part de tous les hommes.... que le blanc et le rouge les rendent affreuses et dégoûtantes La Bruyère, III
    • Il voulait parler à Mme la marquise ; je lui demandai de quelle part : De la mienne, répondit-il fièrement Lesage, Gil Bl. IV, 8
  8. 8Endroit, lieu. Voilà un homme que j'ai vu quelque part.

    • Nulle part, en aucun lieu.

      • C'est [le monde] une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part Pascal, Pens. I, 1, éd. HAVET.
    • De toute part, de toutes parts, loc. adv. De tout côté.

      • De part et d'autre, de côté et d'autre. J'ai couru de part et d'autre.

      • Fig. De part et d'autre, réciproquement. Ils se sont bien traités de part et d'autre.

        • Je crois qu'on est fort content de part et d'autre, et qu'on s'avoue en secret qu'on l'aurait été à moins Mme de Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 4 mars 1698
      • De part et d'autre, d'une et d'autre part, à l'un et à l'autre point de vue. D'une part il considérait que.... d'autre part il envisageait.... D'une et d'autre part je vois de grands avantages.

      • Dans les contrats, dans les procès, d'une part..., d'autre part.... se dit des parties contractantes, plaidantes. Transaction entre un tel d'une part et un tel d'autre part.

      • Dans les mémoires, dans les livres de compte, en l'autre part, de l'autre part, de l'autre côté de la feuille.

      • Des deux parts, chez l'un comme chez l'autre. Sottise des deux parts.

  9. 9De part en part, loc. adv. D'un côté à l'autre, tout à travers.

    • Qu'un homme.... Qu'on a de deux grands coups percé de part en part, Soit dès le lendemain si frais et si gaillard Corneille, le Ment. IV, 3
    • Elle eût de part en part Percé son cœur La Fontaine, Court.
    • Un coup lui perça le bras de part en part Hamilton, Gramm. 11
    • Fig. À part, loc. adv. Séparément. Mettez cela à part.

      • L'aristocratie est le gouvernement qui défend le plus les ouvrages satiriques.... un seigneur aristocratique en est percé de part en part Montesquieu, Esp. XII, 13
      • Camille, je suis père et j'ai mes droits à part Corneille, Hor. IV, 1
      • Toute la Bretagne était ivre ce jour-là : nous avions dîné à part Mme de Sévigné, 77
      • Accoutumez-vous, monseigneur, à faire une lettre à part de ce que vous voulez que je montre au roi Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 8 nov. 1695
      • Si chacun mettait à part une portion de ses biens.... Massillon, Carême, Aumône.
    • Faire lit à part, se dit d'un mari et d'une femme qui couchent séparément.

      • Il m'enivra de champagne, Et Rose fit lit à part Béranger, Sénateur.
    • Fig. Mettre à part, laisser de côté.

    • Laisser à part, même sens.

    • À part, en particulier.

      • Va, me dit-il à part, va, fille infortunée Rotrou, St Gen. III, 6
      • La sentence prononcée contre ceux qui font secte à part Bossuet, Var. XV, 175
      • Il prit à part Télémaque et Mentor Fénelon, Tél. VIII
      • Je le tirai à part et lui dis : Va, mon enfant, va te reposer à l'hôtellerie, et me laisse ici avec ma mère Lesage, Gil Bl. X, 2
      • Elle passa dans une chambre à part où je lui parlai Marivaux, Pays. parv. part. 4
    • Fig. Avoir un but à part, avoir un but particulier.

    • Fig. À part, exceptionnel, particulier. C'est un fait à part. C'est un homme à part. C'est un esprit à part.

      • Leur gloire a son brillant, a ses règles à part ;Où la nôtre se perd, la leur est sans hasard Corneille, Illus. com. v, 2
      • Former un peuple à part au milieu de leur peuple Massillon, Carême, Élus.
      • Personne ne sait se mettre à ma place ; on ne veut pas voir que je suis un être à part, qui n'a point le caractère, les maximes, les ressources des autres J.-J. Rousseau, Lett. à M. Grimm, Corresp. t. IV, p. 315, dans POUGENS.
      • Le royaume des Deux-Siciles est quelque chose d'à part en Italie Chateaubriand, Italie, Voy. de Naples.
    • Telle chose à part, en mettant de côté telle chose, en faisant abstraction de telle chose.

    • Terme de théâtre. Dire quelque chose à part, le dire en quelque sorte à soi-même, de manière à être entendu des spectateurs, mais de telle façon qu'ils puissent croire que l'autre acteur ne l'ait pas entendu. Voy. APARTÉ.

      • Cléanthis, à part : Homme, veuf, ni garçon ! - Strabon, à part : Fille, femme ni veuve ! - Cléanthis, à part : Le cas est tout nouveau. - Strabon : L'aventure est très neuve Regnard, Démocrite, IV, 7
  10. 10À part, loc. prép. Excepté (à part en ce sens se met en tête de la phrase). À part sa vivacité, on ne peut qu'être satisfait de son caractère.

  11. 11À part moi, à part soi, loc. adv. Seul.

  12. 12La plupart, voy. PLUPART.

  13. 6Ajoutez :

    • Anciennement, part, billet de faire part.

      • Je vous préviens, monsieur le comte, que le roi est décidé à prendre le deuil jeudi, que la part soit arrivée ou non Corresp. de Marie-Antoinette, publiée par Hunolstein, p. 296

Proverbes

À un cheval hargneux il faut une étable à part, se dit d'un homme difficile qui ne peut vivre avec les autres. On vous en garde dans un petit pot à part, se dit ironiquement à quelqu'un pour signifier qu'il n'a rien à espérer.

Étymologie

Prov. part ; espagn. et ital. parte ; du lat. partem, qui, d'après Corssen (Beitr. p. 76), viendrait du radical sanscr par, prĭ, donner, achever. À part paraît venir du latin scolastique : a parte rei, indépendamment du réel : an res universales sint a parte rei, id est secundum se, si les choses universelles sont indépendamment du réel, c'est-à-dire par elles-mêmes, RÉMUSAT.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander