Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pour dans le Littré

1 article· 158 citations· rimes· synonymes

pour prép. (pour)

  1. 1Sert à marquer le motif, la destination. Faire de l'exercice pour sa santé.

    • Le soleil, la lune et les astres sont conduits pour l'utilité des hommes, et obéissent à Dieu Saci, Bible, Baruch, VI, 59
    • ... Vivaient le cygne et l'oison : Celui-là destiné pour les regards du maître ; Celui-ci pour son goût La Fontaine, Fabl. III, 12
    • Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte ; et, si nous le suivons, il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle ; rien ne s'arrête pour nous Pascal, Pens. I, 1, éd. HAVET.
    • Puissent les princes entendre que leur vraie gloire est de n'être pas pour eux-mêmes ! Bossuet, Polit. III, III, 2
    • Les esclaves sont plutôt établis pour la famille qu'ils ne sont établis dans la famille Montesquieu, Esp. XVI, 1
    • En lui [à Racine] apprenant à écrire pour le petit nombre, il [Boileau] lui apprit à écrire pour la postérité Marmontel, Œuv. t. v, p. 145
    • Il se dit de ce qui est destiné comme part, comme lot à quelqu'un. Cela est pour vous.

    • Il se dit d'une destination toute fortuite. Pour mon malheur, je ne pus garder le silence.

      • N'est-ce pas cette même Agrippine Que mon père épousa jadis pour ma ruine ? Racine, Brit. I, 4
  2. 2À cause de. Il a été puni pour une faute légère.

    • Cette saison n'était guère propre à la navigation pour les grands calmes qu'il y a Voiture, Lett. 39
    • On abattit un pin pour son antiquité La Fontaine, Fabl. XI, 9
    • Ne perdez point courage pour toutes ces manières désagréables Mme de Sévigné, 9 nov. 1686
    • Salomon si estimé dans tout l'Orient pour sa sagesse Massillon, Carême, Salut.
  3. 3En faveur de, pour la défense de, pour l'intérêt de. Ce que je dis est autant pour vous que pour moi.

  4. 4Pour exprime l'attachement, l'intérêt. S'inquiéter pour quelqu'un.

    • Du parti de.

      • Il est pour Calvin contre les thomistes Pascal, Prov. XVIII
      • Il a pour lui le peuple. - Polynice : Et j'ai pour moi les dieux Racine, Théb. IV, 3
      • Si Onuphre est nommé arbitre dans une querelle de parents ou dans un procès de famille, il est pour les riches La Bruyère, XIII
      • Votre ouvrage [Mélanie] a enchanté tout Paris ; M. d'Alembert en est idolâtre ; vous avez pour vous les philosophes et les femmes ; avec cela on va loin Voltaire, Lett. Laharpe, 2 mars 1770
      • Les académiciens revenus du pôle avaient pour eux dans cette dispute la théorie et la pratique Voltaire, Phil. Newt. III, 9
    • Il se dit aussi des choses qu'on préfère.

      • Je vous avoue que je suis furieusement pour les portraits Molière, Préc. 10
      • Ceux qui étaient près de la mer étaient pour un gouvernement mêlé des deux [démocratie et aristocratie] Montesquieu, Esp. XVIII, 1
    • Absolument et sans régime. Êtes-vous contre ou pour ? Je parlerai pour.

  5. 5Envers, à l'égard de. La tendresse d'une mère pour ses enfants. La haine qu'il a pour lui. Son aversion pour la vie de campagne.

    • Il est pour les choses saintes, comme il était pour les profanes Mme de Sévigné, 516
    • Je vous aime et vous embrasse, et voudrais bien que mon cœur fût pour Dieu comme il est pour vous Mme de Sévigné, 132
    • Il est dans une seule province de l'Europe, entre les Alpes et les Pyrénées, plus de quarante petits peuples qui s'appellent compatriotes, et qui sont réellement étrangers les uns pour les autres, comme le Tonquin l'est pour la Chine Voltaire, Dict. phil. Lois.
  6. 6Il se dit pour exprimer ce qui sert contre quelque mal. Ce remède est bon pour la fièvre.

    • Malgré.

      • L'une était vénérable par son âge et l'autre par sa beauté, qui pour toutes ses afflictions n'était point changée Vaugelas, Q. C. 190
  7. 7Eu égard à, par rapport à. Cet habit est bien chaud pour la saison.

    • Quant à.

    • Il se dit en ce sens devant de, pris partitivement et suivi de l'article défini.

      • Pour du blé, il n'y en avait point ou bien peu Vaugelas, Q. C. 402
      • Pour de l'esprit, je pense qu'elles n'ont pas du plus fin ; mais pour des sentiments, ma belle, c'est tout comme chez nous, et aussi tendres et aussi naturels Mme de Sévigné, 197
      • Pour des amants la méthode est nouvelle Destouches, Cur. impert. III, 4
    • Il se dit quelquefois en ce sens devant un infinitif.

    • Au XVIIe et au XVIIIe siècle on a construit pour devant une autre préposition, par ellipse du verbe qui précédait.

      • J'aime bien la Hire et son discours à son maître.... il me semble que vous auriez dit la même chose à Charles VII ; car pour au roi d'au jourd'hui [pour le dire au roi], vous êtes bien éloigné d'avoir sujet de lui parler de la sorte Mme de Sévigné, à Bussy, 18 mars 1678
      • De vos affaires, vous en êtes le maître ; mais pour des miennes [pour être maître des miennes], je ne vous permets de faire.... Saint-Simon, t. I, p. 254, éd. CHÉRUEL.
      • Quoiqu'il eût entrée à ceux [conseils] de finance et de dépêches, il n'y allait presque jamais ; pour au travail particulier du roi [pour aller au travail], il n'en fut pas question pour lui Saint-Simon, t. IX, p. 137
      • Si vous m'eussiez parlé botanique et des plantes que produit votre contrée.... j'en aurais pu causer avec vous ; mais, pour de mes livres [pour causer de mes livres], vous m'en parleriez inutilement.... J.-J. Rousseau, Lett. à E. J. 13 mai 1767
  8. 8Pour sert à marquer le rapport entre une chose qui affecte, et la personne affectée. C'est une grande perte pour vous. Nouvelle fâcheuse pour tout le monde. Cela est heureux pour votre ami.

  9. 9En échange de, moyennant un certain prix. Il a donné son cheval pour mille francs. Les meubles se donnaient pour rien à cette vente.

    • Pour, devant un nom de nombre, indique une certaine proportion. Toucher, de commission, tant pour mille.

    • Pour cent, voy. CENT, n° 3.

  10. 10En la place de, au lieu de. Mon fils monte la garde pour moi. Il a pour lit un mauvais matelas.

    • Pour, employé au sens de comme. En qualité de. Laissez-le pour ce qu'il est.

      • Tous les bruits de Léon annoncent pour certainQu'à la comtesse Inès il va donner la main Molière, D. Garcie, I, 2
      • Je crois qu'il [un Grignan mourant] dispose de ce qu'il a en votre faveur ; gardez-le, quoique ce soit peu, pour une marque de sa tendresse Mme de Sévigné, 29 janv. 1672
      • Joas laissé pour mort frappa soudain ma vue Racine, Athal. I, 2
      • Il demeure pour prouvé que saint Thomas ne renonça au monde qu'au moment où il entra dans l'ordre de Saint-Dominique Mém. de Trévoux, 1725, t. X, p. 152
      • L'homme sensé comptera l'écu du pauvre pour un louis, et l'écu du financier pour un liard Buffon, Ess. arith. mor. Œuv. t. X, p. 131
      • Don Carlos.... n'a jamais dû croire que je pusse l'aimer, ne m'ayant jamais connue pour ce que j'étais Scarron, Rom. com. II, 11
      • Je suis auprès de lui gagé pour serviteur, Vous me voudriez encor payer pour précepteur Molière, l'Ét. I, 9
      • Et vous l'avez connu pour gentilhomme ? Molière, Bourg. gent. IV, 5
      • Romulus, le fondateur de Rome, en fut élu pour le premier roi VERTOT, Rév. rom. I, 18
      • Qui est-ce qui a lu les ouvrages de Richardson sans désirer de connaître cet homme, de l'avoir pour frère ou pour ami ? Diderot, Éloge de Richards.
      • Ah ! madame, s'écria-t-elle, quel ange vous avez pour sœur ! Mme de Genlis, Veillées du château t. II, p. 260, dans POUGENS
    • Être pour beaucoup, pour peu en quelque chose, n'y être pour rien, y avoir contribué beaucoup, peu, n'y avoir contribué en rien.

    • Passer pour, voy. PASSER, n° 29.

    • Prendre pour, voy. PRENDRE.

  11. 11Il se dit en un sens particulier à l'effet de mettre en regard un petit nombre en opposition à un grand.

    • Pour, devant tout, exprime qu'il n'y a pas autre chose. Pour toute récompense il eut des reproches.

      • Pour toute réponse aux cris des Espagnols, on produisit les offres qu'ils avaient faites eux-mêmes au protecteur [Cromwell] Voltaire, Louis XIV, 6
    • Ne.... pour un..., ne.... pas pour un..., pas seulement un.

  12. 12Au nom de. Il commande la province pour le roi, pour l'empereur.

  13. 13Pour, joint à un mot qui exprime le temps, signifie pendant, mais avec le sens d'un futur. Je n'en ai que pour un moment.

    • Souffrez que j'interrompe pour un peu la répétition Molière, Impromptu, 3
    • Monsieur le Duc est ici pour un jour, il ira rejoindre monsieur son père Mme de Sévigné, 202
    • Ils périront pour le temps, et vous périrez pour l'éternité Bourdaloue, 6e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III. p. 47
    • Il sert à indiquer l'époque où une chose s'est faite ou se fera, mais toujours avec le sens du futur. Ce sera pour demain. La cérémonie était pour hier (elle était pour hier, avant d'avoir lieu) ; elle est pour aujourd'hui (tant qu'elle n'est pas commencée ; dès qu'elle est commencée, on ne peut plus dire pour aujourd'hui).

    • Pour quand, sans interrogation, pour le temps où.

      • Ce que je trouve admirable, c'est qu'un homme qui s'est passé, durant la vie, d'une assez simple demeure, en veuille avoir une si magnifique pour quand il n'en a plus que faire Molière, D. Juan, III, 7
    • Pour jamais, ou pour toujours, pour un temps qui ne doit pas finir, pour une durée perpétuelle.

    • Pour quand, avec interrogation, pour quel temps ? Pour quand est la fête ?

  14. 14Pour, précédé et suivi du même mot, marque la comparaison.

    • Pour exprime la réciprocité.

      • Vous ferez rendre vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied Saci, Bible, Deutéron. XIX, 21
      • Vous me louez continuellement sur mes lettres, et je n'ose plus vous parler des vôtres, de peur que cela n'ait l'air de rendre louanges pour louanges Mme de Sévigné, 22 janv. 1672
      • Et moi.... Je n'aurais pas du moins à cette aveugle rage Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage Racine, Athal. II, 7
      • Rendre grâce pour grâce et plaisir pour plaisir DUFRESNY, Réconcil. norm. II, 6
    • Pour marque la relation, la correspondance exacte. Traduire un passage mot pour mot.

      • Il y a aujourd'hui neuf mois, jour pour jour, dimanche pour dimanche, que je vous quittai à Charenton avec bien des larmes Mme de Sévigné, 3 juill. 1689
    • Pour marque l'échange. Faire troc pour troc.

  15. 15Pour, précéde d'assez, s'emploie dans des phrases qui indiquent la suffisance. Il a fait assez pour sa gloire.

    • Avec un verbe à l'infinitif. Il est assez jeune pour s'instruire.

    • Avec que, et avec le subjonctif. Il est assez riche pour que nous lui demandions de contribuer à cette bonne œuvre.

    • Pour, précédé de trop, s'emploie dans des phrases qui expriment l'excès. Il a trop fait pour un ingrat.

    • Avec un infinitif.

      • On dit que M. de Noailles, votre digne et généreux ami, a rendu de très bons offices à M. de Vardes ; il est assez généreux pour n'en pas douter Mme de Sévigné, à Moulceau, 26 mai 1683
      • La condition m'est trop avantageuse pour la refuser Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 80
    • Avec que et le subjonctif. Il est assez de mes amis pour que je puisse compter sur lui. Vous êtes trop faible pour que nous vous imposions ce fardeau.

    • L'adverbe fort s'est employé avec pour d'une façon analogue à trop (cela n'est plus usité).

      • M. de Chaudebonne est fort chagrin à cette heure, pour bien battre les sonnettes [dans la danse des matassins] Voiture, Lett. 54
  16. 16En être pour, perdre.

    • Il n'y a pas de femme qui l'écoute qui n'en soit pour sa réputation Hamilton, Gramm. 9
    • M. de Sireuil en sera pour ses vers, Royer pour ses croches, et le prévôt des marchands pour son argent Voltaire, Lett. Thiriot, 19 déc. 1754
    • Être pour, être capable de, être de nature à.

      • Cesse de m'outrager, ou le respect des dames N'est plus pour contenir celui que tu diffames Corneille, Veuve, v, 10
      • Le sentiment d'autrui n'est jamais pour lui plaire Molière, Mis. II, 5
      • Ne pouvoir savoir d'une belle si l'amour qu'inspirent ses yeux est pour lui plaire ou lui déplaire, c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes Molière, Sicil. 3
      • Et ce n'est guère pour avoir le teint frais et les yeux brillants que de se lever dès la pointe du jour Molière, ib. 7
      • Puisque vous n'êtes point, en des liens si doux,Pour trouver tout en moi comme moi tout en vous Molière, Mis. v, 8
      • Harlay avait des yeux qui, fixés sur un client ou sur un magistrat, étaient pour le faire rentrer sous terre Saint-Simon, 17, 198
    • N'être pas pour, ne pas devoir.

    • Être pour, être sur le point de. Il était pour partir.

  17. 17Pour précédant un adjectif, et suivi de que a le sens de quelque.... que.

  18. 18Pour avec un infinitif, à l'effet de.

    • C'est pour vous dire que vous devez réserver votre humilité aux actions qui se passent entre Dieu et vous Guez de Balzac, liv. I, lett. 6
    • Pour juger de la beauté d'un ouvrage, il suffit de le considérer en lui-même ; mais, pour juger du mérite de l'auteur, il faut le comparer à son siècle FONT., Vie de Corn.
    • La nature, sur la fin de nos jours, nous dégoûte de la vie par la douleur, pour nous faire quitter ce monde avec moins de regrets FRÉDÉRIC II, dans GIRAULT-DUVIVIER
    • Il [Saint-Évremond] avait tant de réputation, qu'on lui offrit cinq cents louis d'or pour imprimer sa comédie de Sir Politik Voltaire, Temple du Goût.
    • Le ciel fit les femmes Pour corriger le levain de nos âmes, Pour adoucir nos chagrins, nos humeurs, Pour nous calmer, pour nous rendre meilleurs Voltaire, Nanine, I, 1
    • On sépare quelquefois pour de son verbe. Quoi que dise Vaugelas, c'est à l'oreille à juger.

      • Pour de ce grand dessein assurer le succès Corneille, Pomp. IV, 1
      • Mais pour en quelque sorte obéir à vos lois Corneille, D. Sanche, I, 3
      • Il a fallu en venir à l'altération du texte, pour du moins le rendre douteux Bossuet, Explic. du ps. 21, III, 3
      • Pour donc corriger l'abus et l'égarement de notre imagination vagabonde et dissipée, il la faut remplir d'images saintes Bossuet, Élévat. sur myst. IV, 8
      • Cette préposition ne doit rien avoir entre elle et l'infinitif qui les sépare, si ce n'est quelque particule d'une ou de deux syllabes ; par exemple on dira fort bien : pour y aller, pour en avoir, pour lui dire, etc. ; et encore : pour de là passer en Italie ; mais d'y mettre plusieurs syllabes, comme ont fait quelques-uns de nos meilleurs écrivains, il n'y a rien de si rude ni de si éloigné de la politesse du langage Vaugelas, Rem. t. I, p. 100, dans POUGENS
    • Suivi de que et du subjonctif, même sens. Je suis venu vous voir pour que nous parlions de nos affaires. Je lui ai parlé assez haut pour qu'il m'entendît.

    • Pour que est pour ce que, comme on peut le voir à l'historique.

  19. 19Pour, avec le passé de l'infinitif. signifie à cause que.

    • On ne s'avise point de dé fendre [empêcher, prohiber] la médecine pour avoir été bannie de Rome, ni la philosophie pour avoir été condamnée publiquement dans Athènes Molière, Tart. préface.
    • Pour n'avoir pas fait cette remarque on perdit beaucoup de temps et de travail Chateaubriand, Génie, I, I, 1
    • Il se dit dans le même sens avec le présent de l'infinitif.

      • Nature se maintient pour être variable Régnier, Épît. II
      • Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos juments entendent de si loin nos chevaux hennir, et conçoivent pour les entendre ? La Fontaine, Vie d'Ésope.
      • Ma foi, me trouvant las pour ne pouvoir fournirAux différents emplois où Jupiter m'engage.... Molière, Amphitr. prol.
      • Le désavouerez-vous, pour n'avoir point de seing ? Molière, Mis. IV, 3
      • Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n'osent rien entreprendre Molière, Scapin, III, 1
      • Mon révérend père, si vous avez peine à lire cette lettre, pour ne pas être en assez beau caractère Pascal, Prov. XVII
      • Je n'admire point l'excès d'une vertu, si je ne vois en même temps l'excès de la vertu opposée.... on ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois, et remplissant tout l'entre-deux Pascal, Pens. VI, 21
      • Adresser votre lettre à Mme de Vins, plus pour l'obliger que pour avoir besoin d'elle Mme de Sévigné, 26 août 1675
      • Je comprends que l'ennui serait grand pendant l'hiver : les longues soirées peuvent être comparées aux longues marches, pour être fastidieuses Mme de Sévigné, 28, août 1675
      • Et, pour ne rien rabattre de ses aigreurs et de ses caprices, on aliène le cœur et l'esprit d'un époux, et on le précipite dans des amours étrangères Massillon, Carême, Culte.
  20. 20Pour devant un infinitif, au sens de quoique, bien que, mais toujours joint, comme on le voit par les exemples, à une phrase négative ou restrictive.

  21. 21Pour avec un infinitif, signifiant de quoi. Il y a ici pour contenter tous les goûts.

  22. 22Pour lors, alors. Quand le mal sera fait, il ne sera pour lors plus temps d'aviser.

  23. 23S. m. Le pour, ce qui est en faveur de.

    • Le pour et le contre sont venus au monde avec le tien et le mien Guez de Balzac, liv. I, lett. 3
    • Soit par l'interprétation des termes, soit par des circonstances favorables, soit enfin par la double probabilité du pour et du contre, on accorde toujours ces contradictions prétendues Pascal, Prov. VI
    • Les lecteurs, longtemps promenés çà et là dans le vaste pays du pour et du contre, ne savaient plus à la fin où ils en étaient Fontenelle, Malebr.
    • Vous me dites toujours le pour et le contre dans toutes les choses que vous m'apprenez., -C, 'est que toutes les choses de ce monde ont un bon et un mauvais côté Voltaire, Dial. XXIX, 12
    • Après avoir balancé le pour et le contre D'Alembert, Réfl. sur l'inocul.
  24. 24Le pour, sorte de distinction à la cour de Louis XIV.

    • Le pour est une distinction dont j'ignore l'origine : elle consiste à écrire en craie sur les logis : Pour M. un tel, ou simplement écrire, M. un tel Saint-Simon, 60, 5
  25. 22Ajoutez :

    • Pour suivi de jusqu'à, signifiant de quoi aller jusqu'à.

      • En voilà pour jusqu'à la fin d'octobre le National, 14 août 1876, 2e page, 2e col.
    • Rien n'empêche de dire pour jusqu'à, comme dans les cas rares, il est vrai, où l'on fait régir une préposition par une autre.

  26. 24Ajoutez :

    • Saint-Simon n'est pas le seul qui ait parlé du pour. En voici des exemples dans deux auteurs plus anciens :

      • MM. les ambassadeurs qui sont à Paris ont une prétention de laquelle nous n'avions pas encore ouï parler ; ils veulent qu'en voyage on leur donne le pour DANGEAU, t. VI, p. 403
      • Cent mille écus et le pour que l'on demandait pour M. de la Rochefoucauld Retz, Mém. t. IV, p. 235, éd. Feillet et Gourdault.
    • Cet exemple, rapproché de celui de Saint-Simon, montre que le pour était ancien à la cour. La note suivante, que l'éditeur des Mémoires de Retz a jointe, jette quelque jour sur cette distinction : " On voit dans les Mémoires de la Rochefoucauld qu'on demandait pour lui un brevet pareil à celui de MM. de Bouillon et de Guemené pour le rang de leurs maisons. " Il semble résulter de là que le pour ne se donnait qu'aux plus grandes maisons.

Remarque

1. La règle des grammairiens est que tout infinitif précédé d'une préposition doit se rapporter d'une manière claire et précise soit au sujet de la proposition, soit au régime indirect, soit au régime direct, par exemple : L'homme vit pour travailler. Mais cette règle est trop absolue : quand l'équivoque est impossible, quand le vrai sens est évident, la règle n'a plus d'objet ; les exemples abondent. 2. Vaugelas dit : " Pour que, très usité le long de la Loire et depuis peu à la cour. On s'en sert de plusieurs façons qui ne valent rien. " Th. Corneille : " Pour que n'a pu s'établir ; on se le permet quelquefois dans la conversation, mais on ne l'écrit pas. " Chifflet, Gramm. p. 131 : " Pour que, au lieu de afin que, n'est qu'une barbarie. " Aujourd'hui il est en plein usage, justifié par l'analogie, après que, dès que, sans que, et par l'historique qui montre que c'est une ellipse au lieu de pour ce que.

Synonymes

POUR, AFIN. Ces deux mots sont synonymes dans le sens où ils signifient qu'on fait une chose en vue d'une autre ; mais pour marque une vue plus présente ; afin en marque une plus éloignée : on se présente devant le prince pour lui faire sa cour ; on lui fait sa cour afin d'obtenir des grâces. Pour regarde plus particulièrement un effet qui doit être produit. Afin regarde proprement un but où l'on veut parvenir :

Étymologie

Wallon, po, por ; bourguig. po, pôr ; mâconnais, pre ; picard, por ; espagn. et portug. por ; du lat. pro.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander