Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

prendre dans le Littré

1 article· 461 citations· rimes· synonymes· conjugaison

prendre v. a. (pren-dr')

  1. 1Saisir, mettre en sa main.

    • Prends ta foudre, Louis, et va.... Malherbe, II, 12
    • Il vit son éléphant couché sur l'autre rive ;Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive La Fontaine, Fabl. x, 14
    • Célimène : Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable ?... Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors ? - Alceste : Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre, Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre Molière, Mis. II, 1
    • Je sais que, quand j'aurai dans l'esprit de prendre une chose plutôt qu'une autre, la situation de cette chose me fera diriger de son côté le mouvement de ma main Bossuet, Lib. arb. 2
    • Elle vit avec étonnement que Dieu.... alla prendre comme par la main le roi son fils pour le conduire à son trône Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Il le prend par la main, le fait descendre avec lui La Bruyère, XI
    • On a inventé aux tables une grande cuiller pour la commodité du service : il la prend, la plonge dans le plat La Bruyère, ib.
    • Télémaque, qui était abattu et inconsolable, oublie sa douleur ; il prend ses armes, don précieux de la sage Minerve Fénelon, Tél. XVII
    • Cent écus par jour sont bons à prendre, monsieur mon frère Dancourt, Déroute du pharaon, II, 3
    • Il arriva qu'à l'oraison funèbre du maréchal de Guébriant, prononcée à Notre-Dame, les présidents des enquêtes prirent par le bras le vieux doyen Savare et l'arrachèrent de sa place Voltaire, Hist. parl. LIV
    • Prendre les armes, s'armer, soit pour combattre, soit simplement pour rendre des honneurs.

      • Et, sans jeter d'alarmes, à tous mes Tyriens faites prendre les armes Racine, Athal. II, 6
    • Prendre quelqu'un aux cheveux, le saisir par les cheveux.

    • Fig. Prendre l'occasion aux cheveux, saisir l'occasion, en profiter.

    • On ne sait par où le prendre pour ne pas le faire crier, se dit d'un malade dont le corps est si douloureux qu'on ne peut le remuer sans lui causer de vives souffrances.

    • Fig. On ne sait par où le prendre, se dit d'un homme très susceptible ou insensible à tout.

    • Au jeu de paume, prendre la balle de volée, à la volée, au bond, la jouer de volée, la jouer au bond.

    • Fig. Prendre la balle au bond, saisir vivement et à propos une occasion.

    • Fig. Prendre le tison par où il brûle, prendre une affaire par le côté le plus difficile. Fig. Prendre la mouche, prendre la chèvre, se fâcher tout à coup et pour un sujet qui n'en vaut pas la peine.

    • Prendre la clef, mettre en sa poche la clef qui ouvre un appartement. Il a pris la clef, je ne puis rentrer.

    • Fig. Prendre la clef des champs, s'évader, s'échapper.

    • Prendre une chose à pleine main, en prendre à poignée autant que la main peut en tenir.

    • Fig. Prendre une affaire en main, la diriger.

      • Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main Molière, l'Avare, V, 1
      • Si vous ne prenez pas cette affaire [faire jouer une tragédie de Voltaire] avec vivacité, avec emportement, avec rage, je suis perdu Voltaire, Lett. d'Argental, 25 oct. 1777
    • Prendre en main les intérêts, le droit de quelqu'un, soutenir ses intérêts, ses droits.

      • Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable à les protéger tous se croit intéressé, Et d'abord prend en main le droit de l'offensé Boileau, Art p. I
    • Dans le style soutenu, prendre en main le timon des affaires, les rênes de l'État, etc. gouverner les affaires publiques.

  2. 2Saisir une chose non avec la main, mais avec quelque instrument ou de toute autre manière. Prendre du feu sur une pelle.

    • Prendre la lune avec les dents, voy. LUNE.

    • Il est à prendre, ou il n'est pas à prendre avec des pincettes, se dit de quelqu'un, de quelque chose extrêmement sale.

  3. 3Il se dit des animaux qui saisissent avec leur gueule, leurs pattes, leurs griffes, etc. Le perroquet prend avec sa patte ce qu'on lui donne.

    • Prendre le mors aux dents, voy. MORS.

  4. 4En parlant de vêtements, mettre sur soi. Vous avez pris aujourd'hui un habit bien léger.

    • Prendre le deuil, s'habiller de noir à l'occasion de la mort d'une personne.

    • Prendre l'habit de religieux, ou, simplement, prendre l'habit, entrer en religion.

    • Prendre le voile, se faire religieuse.

    • Familièrement. Prendre le froc, se faire moine.

    • Prendre le petit collet, entrer dans l'ordre ecclésiastique.

    • Prendre la cuirasse, embrasser la profession des armes.

    • Prendre le bonnet, se faire recevoir docteur.

    • Prendre la haire, embrasser une vie pénitente.

    • Prendre la livrée, se faire laquais.

    • Prendre la perruque, ou prendre perruque, commencer à porter perruque.

  5. 5Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution. Prendre un parapluie, une lanterne. Prendre sa canne. son mouchoir, sa tabatière.

  6. 6Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu'un ce qu'il a. On lui a pris une vache dans son pré.

    • Absolument.

      • Figaro : J'étais né pour être courtisan. - Suzanne : On dit que c'est un métier si difficile. - Figaro : Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 3
    • Absolument et en un sens particulier. Faire des profits illicites.

      • Il [le chancelier Séguier] était aussi riche en entrant à la cour, qu'il l'était en mourant ; il est vrai qu'il a établi sa famille ; mais, si l'on prenait chez lui, ce n'était pas lui Mme de Sévigné, 3 févr. 1672
      • Prendre un baiser, se dit d'un baiser ravi à une femme sans qu'elle le veuille.

        • Cet objet.... Me fit prendre un baiser sur votre belle bouche ; Mais las ! ce fut plutôt le baiser qui me prit Voiture, Poés. Œuv. t. II, p. 90
      • Prendre la maîtresse de quelqu'un, le supplanter près de sa maîtresse.

        • Ah ! s'il vous a pris votre maîtresse, repartit Freind, c'est une autre chose ; il ne faut jamais prendre le bien d'autrui Voltaire, Jenni, 2
      • Poétiquement, prendre les jours, la vie, disposer de la vie de quelqu'un, le faire mourir.

      • Fig. Il en prendrait sur l'autel, sur le maître autel, c'est-à-dire il prend hardiment tout ce qu'il peut et partout où il peut.

      • Prendre se dit aussi des animaux. Le chat a pris le fromage. Le renard m'a pris trois poules.

  7. 7Se saisir, s'emparer d'une personne. Il voulait résister, on l'a pris de force.

    • Nous n'avons pu prendre le jeune homme, parce qu'il était plus fort que nous, et qu'ayant ouvert la porte il s'est sauvé Saci, Bible, Daniel, XIII, 39
    • Prendre au corps, arrêter prisonnier.

    • Prendre de force ou par force une femme, attenter à son honneur.

    • Il se dit aussi des choses que l'on saisit, dont on s'empare. Il a pris le sabre de son ennemi.

    • Prendre son bien où on le trouve, mettre ia main sur ce qui est à soi, en quelque endroit qu'on le rencontre.

      • La même réponse que faisait Molière à ceux qui lui reprochaient d'avoir pris une scène entière à Cyrano de Bergerac : cette scène m'appartient, puisqu'elle est bonne, et je prends mon bien où je le trouve D'Alembert, Éloges, Despréaux.
  8. 8Prendre se dit de levées d'hommes qui se font. L'empereur Napoléon prenait tous les jeunes gens de chaque conscription.

    • Il prendra vos enfants pour conduire ses chariots, il s'en fera des gens de cheval, et il les fera courir devant son char Saci, Bible, Rois, I, VIII, 11
  9. 9Prendre se dit de Dieu qui fait disparaître un être humain par la mort.

  10. 10Arrêter pour emprisonner.

    • Aussitôt le roi ordonna en secret à Hégésippe de prendre Protésilas et Timocrate, de les conduire en sûreté dans l'île de Samos, et de les y laisser Fénelon, Tél. XI
    • J'ouvre la bouche et dis : je voudrais, s'il vous plaisait, ne pas payer Chambord ; sur ce mot on me prend, on me met en prison Paul-Louis Courier, Rép. aux anonym.
    • Il a été pris comme dans un blé, il a été attrapé de manière à ne pouvoir se sauver.

  11. 11En guerre, s'emparer, se rendre maître de.

    • Vauban dit que le canon prendra cette place PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 8
    • On avait conté auparavant qu'un courtisan avait dit au roi : " Sire, vous prenez des loups comme Monseigneur, et il prend des villes comme vous, " Mme de Sévigné, 474
    • Philisbourg est pris, ma chère enfant, votre fils se por e bien Mme de Sévigné, 475
    • Je m'en vais après dîner à Brévanes.... Mme de Coulanges m'y souhaite, il y a six semaines : mais j'avais Philisbourg à prendre Mme de Sévigné, 479
    • Ce duc [le duc de Lunebourg] avait chargé le maréchal de Créquy en flanc, pris son canon et son bagage Mme de Sévigné, 205
    • La prise du vaisseau de guerre ostendois a satisfait Sa Majesté, et vous devez observer que ce n'est pas faire beaucoup que de prendre un vaisseau et laisser aller ensuite le capitaine et l'équipage... Seignelay à Panetié, 7 févr. 1678, dans JAL
    • Cet étranger [un Allemand au service de Russie], exalté du désir de reprendre Moscou et de se naturaliser en Russie par cet exploit signalé, s'emporta loin des siens.... il se précipite vers le Kremlin, rencontre des avant-postes, les méprise, tombe dans une embuscade, et, se voyant pris dans une ville qu'il voulait prendre.... Ségur, Hist. de Nap. IX, 6
    • Faire prisonnier.

      • Josèphe leur concitoyen [des Juifs], un de leurs capitaines, un de leurs prêtres, qui avait été pris dans cette guerre en défendant son pays Bossuet, Hist. II, 8
      • S'ils [les Grecs] l'eussent prise [Artémise], elle n'aurait mérité que d'être comblée de louanges et d'honneurs Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 239, dans POUGENS
  12. 12Attraper à la chasse, à la pêche, dans un piége, etc.

    • Fig. Se laisser prendre au piége, à l'hameçon, se laisser tromper.

    • Dans un sens analogue. Ne vous laissez pas prendre à ses paroles, à sa feinte douceur.

      • Qui, chaleur, force, enthousiasme, voilà ses expressions, et vous vous laissez prendre à ce galimatias Mme de Genlis, Théât. d'éduc. les Faux amis, I, 4
    • Fig. Cette femme l'a pris dans ses filets, cette femme l'a séduit.

    • Fig. Prendre quelqu'un au trébuchet, obtenir par artifice quelque chose de quelqu'un.

    • Fig. Prendre un rat, voy. RAT.

    • Prendre se dit aussi des animaux qui chassent ou pêchent. Le chat a pris une souris. La mouette a pris un poisson.

    • Fig. S'emparer de l'esprit, du cœur.

    • Prendre quelqu'un par son faible, flatter, toucher son inclination favorite.

    • Savoir prendre quelqu'un, connaître les mobiles par lesquels on peut agir sur lui.

    • Prendre quelqu'un par ses propres paroles, le convaincre par ce qu'il a dit lui-même, se faire contre lui un droit de ses propres paroles.

      • M. Basnage fait semblant de me vouloir prendre par mes propres paroles Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 42
  13. 13Surprendre. Je l'ai pris à voler des fruits. On m'a pris au dépourvu.

    • En un sens analogue.

      • Dieu connaît de toute éternité tout ce que la créature fera librement, en quelque temps qu'il la puisse prendre, et en quelques circonstances qu'il la puisse mettre Bossuet, Lib. arb. VI
    • Prendre quelqu'un sur le fait, le prendre au moment même où il fait quelque chose qu'il voulait cacher.

    • Fig.

      • En vain la nature s'était cachée dans des lieux si profonds et si inaccessibles pour travailler à la végétation des pierres, elle fut, pour ainsi dire, prise sur le fait par des curieux si hardis FONT., Tournefort.
      • Ah, disait-il [le nain de Saturne], j'ai pris la nature sur le fait ; mais il se trompait sur les apparences.... Voltaire, Microm. 8
    • On dit dans le même sens : prendre quelqu'un en flagrant délit (voy. FLAGRANT).

    • Prendre quelqu'un la main dans la poche, la main dans le sac, le surprendre au moment où il commet un vol ou quelque détournement.

    • Prendre en faute, surprendre pendant qu'une faute se commet.

      • Ma situation était pire encore par l'animosité de mes ennemis, qui ne cherchaient qu'à me prendre en faute J.-J. Rousseau, Conf. XI
    • Prendre quelqu'un sans vert, voy. VERT.

    • Prendre quelqu'un au pied levé, voy. LEVÉ, n° 1.

    • Prendre quelqu'un au saut du lit, l'aller trouver dès le matin afin de ne pas le manquer.

    • Prendre quelqu'un au mot, se hâter d'accepter une offre.

    • Prendre quelqu'un à son avantage, le saisir, le surprendre quand on a l'avantage sur lui.

      • J'ai fait une réponse à M. de Carcassonne.... je l'ai pris à mon avantage, et, comme je le tiens à cent cinquante lieues de moi, je lui dis tout ce que je pense Mme de Sévigné, 510
    • Prendre le défaut d'un joueur, à la paume, pousser la balle de manière que celui qui est obligé de la renvoyer ne puisse aisément aller au-devant.

    • Terme d'escrime. Prendre sur le temps, porter une botte à son adversaire dans l'instant où il s'occupe de quelque mouvement.

      • Y prendre, prendre à cela, c'est-à-dire prendre quelqu'un dans une occupation, dans une circonstance, dans un état d'esprit indiqués par le contexte du discours Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus La Fontaine, Fabl. 1, 2
      • Ah ! je vous y prends enfin, perfide ! me voilà sûre de votre inconstance.... Voltaire, Écoss. IV, 4
      • Vous lisez donc des chansonnettes ?Ah ! je vous y prends, monseigneur Béranger, Cardin.
  14. 15Manger, boire, avaler Je n'ai encore rien pris de la journée.

    • Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre quantité de pain trempé dans du vin Molière, Méd. malgré lui, II, 6
    • J'ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit médecines Molière, Mal. imag. I, 1
    • J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat, j'en pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper ; et j'en ai pris hier pour me nourrir, et pour jeûner jusqu'au soir Mme de Sévigné, 94
    • Il était incommodé d'un dévoiement au commencement de son service ; il prit du lait sans préparation pour le faire cesser Mme de Sévigné, 128
    • J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veinesUn poison que Médée apporta dans Athènes Racine, Phèdre, V, 7
    • Voudriez-vous prendre quelque chose ? se dit à une personne que l'on invite à manger un morceau.

    • On dit : prendre du café, du thé, du chocolat, plutôt que boire.

    • Trop prendre de son vin, ou, absolument, en trop prendre, s'enivrer.

      • Il faut.... Ou que mon maître ait pris le soir pour le matin, Ou que trop tard au lit le blond Phébus sommeille, Pour avoir trop pris de son vin Molière, Amph. I, 2
      • C'est lui qui en a trop pris ; pour moi, j'en ai pris aussi ; ils sont si longtemps à table que par contenance on boit, et puis on boit encore, et on se trouve avec une gaieté extraordinaire Mme de Sévigné, 29 août 1677
    • Fig.

      • Son cœur n'est pas usé pour moi, il n'est seulement qu'un peu rassasié du plaisir de m'aimer, pour en avoir trop pris d'abord Marivaux, Marianne, part. 8
    • Faire usage d'une chose pour sa santé, pour son agrément, etc. Prendre un bain.

      • Comment ! que voulez-vous faire ? - Prendre ce petit lavement-là ; ce sera bientôt fait Molière, Mal. imag. III, 4
      • De quoi vous mêlez-vous.... d'empêcher monsieur de prendre mon clystère ? Molière, ib.
      • On a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit Molière, ib. III, 6
      • Je prendrai la douche dans quelques jours Mme de Sévigné, 277
      • J'ai donc pris des eaux ce matin, ma très chère ; ha ! qu'elles sont méchantes ! Mme de Sévigné, 277
    • Prendre du tabac, mettre de la poudre de tabac dans son nez.

      • Il n'est rien d'égal au tabac.... ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde ? Molière, Festin, I, 1
    • Prendre la poudre d'escampette, voy. ESCAMPETTE.

    • Prendre l'air, sortir d'un lieu où l'on était renfermé pour aller dans un endroit découvert, aéré.

    • Prendre l'air, sortir de la ville pour aller passer quelque temps à la campagne.

    • Familièrement. Prendre l'air, s'évader, se retirer d'une situation où l'on court quelque péril. On voulut l'arrêter ; mais il avait pris l'air.

    • Prendre le frais, respirer la fraîcheur.

      • Quel grand mal est-ce qu'il y a à prendre le frais la nuit ? Molière, G. Dand. III, 8
      • Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d'orangers Voltaire, Candide, 30
    • En un sens analogue.

      • Quand j'ai pris toute la beauté du soleil en marchant toujours, je rentre dans ma chambre Mme de Sévigné, 26 nov. 1684
    • Prendre du repos, prendre du relâche, interrompre le travail, l'action, par du repos, par du relâche.

    • Dans les maisons religieuses, prendre la discipline, se donner la discipline. Ces religieuses prenaient la discipline deux fois la semaine.

  15. 16Être atteint par communication, en parlant de maladies contagieuses. Il a pris le typhus dans l'hôpital.

    • Je suis effrayée de ces fièvres que je crains que vous ne preniez à Versailles ; on mande ici que tout en est plein Mme de Sévigné, 22 sept. 1687
    • Fig. Prendre un mal, une passion, contracter un mal moral, une passion, etc.

      • Vous avez pris ce mal-là de moi Mme de Sévigné, 18 oct. 1688
      • Son maître.... Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulais amener sa tendresse Racine, Brit. IV, 2
      • Elle ne pensait jamais à donner de l'amour, mais elle était sujette à en prendre Marivaux, Pays parv. 4e part.
      • Le roi prit de l'amour pour Mme de Montespan dans le temps qu'il vivait avec Mlle de la Vallière en maîtresse déclarée Mme DE CAYLUS, Souvenirs.
  16. 17Il se dit de certaines conditions corporelles. Prendre de l'embonpoint, du corps, devenir plus gras, plus gros.

    • Le tarier prend beaucoup de graisse dès la fin de l'été, et alors il ne le cède point à l'ortolan pour la délicatesse Buffon, Ois. t. IX, p 327
    • Un coq est capable d'engendrer à l'âge de trois mois, et il n'a pas alors pris plus du tiers de son accroissement Buffon, Hist. anim. t. III, p. 457
    • Prendre du ventre, devenir ventru.

    • Prendre des forces, se fortifier.

    • Fig.

    • Prendre de l'âge, avancer en âge.

    • Ce cheval prend quatre ans, cinq ans, il entre dans sa quatrième, dans sa cinquième année.

    • Prendre les dents, se dit du cheval, lorsque les secondes dents lui poussent.

    • Prendre une posture, une attitude, placer son corps d'une certaine manière.

    • Il se dit de certains mouvements du corps. Prendre son vol, commencer à s'envoler.

      • Déjà prenait l'essor, pour se sauver dans les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d'abord effrayé nos provinces Fléchier, Tur.
    • Prendre son élan. se donner une certaine impulsion en courant afin de s'élancer plus loin.

    • Prendre la fuite, s'enfuir.

    • Anciennement, prendre son escousse, s'élancer.

    • Prendre le trot, le galop, se dit d'un cheval qui se met à trotter, à galoper.

    • Prendre les aides des jambes, se dit d'un cheval qui commence à répondre à ces aides.

    • Prendre chair, se dit d'un cheval qui commence à se rétablir après une longue maladie.

    • Prendre les coins, entrer dans les angles du manége.

  17. 18Contracter, adopter, en parlant de certaines qualités ou manières. Il prend de mauvaises habitudes. Il prit un ton sévère.

    • Cet homme prend des airs, prend certains airs, il affecte un ton, des manières qui ne lui conviennent pas.

    • Prendre le haut ton, parler avec fierté.

    • En un même sens, le prendre sur le haut ton, ou, elliptiquement, le prendre haut.

      • Tu le prends d'un haut ton, et je crois qu'au besoinCe discours emphatique irait encor bien loin Corneille, Mél. I, 1
      • Le sage, disaient les stoïciens, est invulnérable et inaccessible à toute sorte de maux.... il est lui-même sa félicité ; c'est le prendre d'un ton bien haut pour des hommes faibles et mortels Bossuet, Sermons, 3e dim. après Pâq. Préambule.
      • Au commencement de 1520, il [Luther] le prit d'un ton un peu plus haut Bossuet, Var. I, 23
      • Enfin Rolando, fatigué d'une scène où il mettait inutilement beaucoup du sien, le prit sur un ton si haut, qu'il imposa silence à la compagnie Lesage, Gil Bl. I, 5
    • On dit de même : Vous le prenez bien haut.

    • Le prendre sur un certain ton, affecter telle ou telle manière.

      • Luther le prenait d'un ton de prophète contre ceux qui s'opposaient à sa doctrine Bossuet, Var. I, 31
      • .... Je ne veux pas le prendre Sur le ton fier et sérieux Thomas Corneille, Circé, I, 2
      • De quel ton le prenez-vous là, s'il vous plaît ? Dancourt, Chev. à la mode, II, 2
      • Tout innocent que je suis, vous le prenez sur un ton qui ne laisse pas d'embarrasser mon innocence LE SAGE, Crispin rival, 14
      • Oui, sur ce ton Puisque vous le prenez, je la garde COLLIN D'HARLEVILLE, Vieux célib. IV, 5
    • Le prendre par là, le prendre sur ce ton.

      • Qui ! tu le prends par là ? Molière, le Dép. IV, 4
      • Elle [la princesse de Tarente] me demande toujours de vos nouvelles : si elle le prend par là, elle me fera fort bien sa cour Mme de Sévigné, 29 sept. 1675
    • Le prendre ainsi, même sens.

      • Puisque vous le prenez ainsi, je ne puis vous le refuser Pascal, Prov. VII
    • Le prendre d'un air, d'une façon, employer un air, une façon.

      • Elle eut beau le prendre d'un air riant avec lui, et lui dire même : Je vous attendais, il n'en reprit pas plus de sérénité Marivaux, Pays. parv. 5e part.
  18. 19Prendre quelque chose, un nom, un titre, se le donner, se l'appliquer.

    • Prendre un titre, une qualité, se donner un titre, une qualité, l'employer en parlant de soi.

    • Prendre la liberté de faire une chose, prendre sur soi de la faire.

    • Par politesse. J'ai pris la liberté de vous écrire.

    • Prendre des libertés, agir trop librement, peu décemment avec quelqu'un.

    • Il se dit particulièrement d'actions, de gestes trop libres auprès des femmes. On dit de même : prendre des licences, des privautés.

  19. 20Exiger un certain prix pour une chose. Ce marchand prend trente francs de ce drap. À l'octroi, on prend tant par kilogramme d'huile. Les fiacres prennent tant par heure.

    • Allez, faites-moi vendre [procurez-moi du débit], Et pour l'amour de vous je n'en voudrai rien prendre [d'un objet qu'on vend] Corneille, Galer. du Pal. IV, 14
    • On dit qu'il prenait une fois plus de ceux qui venaient à lui pour apprendre à jouer de la flûte après avoir eu un autre maître Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re part. p. 233, dans POUGENS.
    • Il se dit quelquefois pour acheter. Je prendrai cela pour six francs, si vous voulez me le donner.

      • Si M. le duc de Praslin veut des montres, nous sommes à ses ordres ; M. le duc de Choiseul a la bonté de nous en prendre Voltaire, Lett. d'Argental, 4 juin 1770
    • Absolument.

      • C'est à prendre ou à laisser, vous avez le choix, mais il faut vous décider pour le oui ou le non.

    • Substantivement. Avoir le prendre ou le laisser, avoir le choix.

      • Trouvant sur les arbres un refuge, il a partout le prendre et le laisser J.-J. Rousseau, Orig. I
  20. 21Accepter, recevoir. Prenez ce petit présent. J'ai pris ce qu'on m'a donné.

    • Fig. Dans ce qu'il dit, il faut en prendre et en laisser, ce qu'il dit ne mérite pas grande confiance.

    • Absolument. Prendre à pleines mains, à toutes mains, de toutes mains, à deux mains, se dit des gens avides qui ne laissent échapper aucune occasion de s'enrichir.

      • Par analogie.

      • Prendre l'ordre de quelqu'un, recevoir l'ordre de celui qui doit le donner.

        • Voudront-ils recevoir un ordre souverain De qui l'a jusqu'ici toujours pris de leur main ? Corneille, Pulch. II, 2
      • Par politesse, prendre les ordres de quelqu'un, lui demander ce qu'il a à commander.

      • Prendre congé de quelqu'un, lui faire, avant de partir, les adieux qu'exige la politesse.

        • L'évêque de***.... dont, avant de prendre congé de lui, il a ramassé la pantoufle, comme l'un de ses gants La Bruyère, XI
      • Prendre des leçons, recevoir des leçons.

      • Prendre les choses comme elles viennent, les recevoir avec indifférence sans se mettre en peine des suites qu'elle peuvent avoir.

      • Prendre les hommes comme ils sont, s'en accommoder quel que soit leur caractère.

        • Je prends tout doucement les hommes comme ils sont Molière, Mis. I, 1
        • Il faut prendre les gens comme ils sont, à ce qu'on dit Voltaire, Lett. d'Argental, 4 janv. 1773
        • Homère n'inventa rien sur les dieux ; il les prit comme ils étaient Voltaire, Philos. Déf. Bolingbr. 12
      • Prendre le temps comme il vient, s'accommoder à tous les événements.

        • Si vous aviez appris à prendre le temps comme il vient.... Mme de Sévigné, 399
      • Prendre légèrement quelque chose, le supporter, en user avec une sorte d'allégresse.

        • Jeune encore, Honfroy prenait légèrement la vie Chateaubriand, Natch. V
      • Familièrement. Prenez que, supposez que.

  21. 22Être partie prenante.

    • Le rapport de l'argent donné se fait en moins prenant dans le numéraire de la succession, Code Nap. art 869
  22. 23Au jeu de l'écarté, prendre des cartes, changer une ou plusieurs des cartes de son jeu pour autant de cartes du talon.

    • Jouer sans prendre, à l'hombre, nommer l'atout et jouer sans écarter.

    • S. m. Se dit, à l'hombre, quand on fait jouer sans écarter. Demander le sans prendre.

      • Au jeu de quadrille, jouer sans prendre, se dit de celui qui entreprend de jouer sans appeler une autre carte.

  23. 24Recevoir en partage.

    • Je trouve plaisant que cette vertu ne soit donnée qu'aux mâles de notre maison, et que nous autres femmes nous ayons pris toute la timidité Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 15 oct. 1674
  24. 25Tirer de, emprunter. Il a pris cela dans Cicéron. Il a pris l'idée de cette tragédie dans un vieux roman.

    • Le Pompée, où j'ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de lui, quand il a fallu me passer de son secours Corneille, Médée, Examen.
    • Molière ne prit-il pas deux scènes du Pédant joué de Cyrano de Bergerac, son compatriote et son contemporain ? Voltaire, l'Héraclius espagnol, Dissertation
    • Familièrement.

      • Où avez-vous pris cela ? c'est-à-dire qui vous a dit cette nouvelle ? qui vous fait avoir cette pensée ? Peste ! où prend mon esprit toutes ces gentillesses ? Molière, Amph. I, 1
      • On demanda aigrement à la Chaise où il avait pris cela : il fit voir un manuscrit Mme de Sévigné, 560
      • Où est-ce qu'il prend tout ce qu'il me dit ? Marivaux, Double inconst. I, 12
    • On dit de même : où avez-vous pris que je voulusse vendre ma maison ?

      • Où avez-vous pris qu'un enfant qui n'a point de dents et qui ne se soutient pas à dix-huit mois, ait échappé à tous les périls ? Mme de Sévigné, 14 juill. 1677
    • On le dit avec l'indicatif, quand on a dans l'esprit quelque assertion positive.

      • Si on lui demande [à l'athée] d'où il a pris que cette exclusion de tous les autres êtres appartient à la nature de l'infini.... Descartes, Rép. aux secondes obj. 25
      • Où avez-vous pris, mon cher duc, que je suis affligée des discours des courtisans, vous qui savez que nous vivons d'injures ? Mme de Maintenon, Lett. au D. de Noailles, t. V, p. 98, dans POUGENS
  25. 26Terme de peinture. Prendre le trait, calquer un tableau.

    • Prendre au voile, calquer au moyen d'un voile de soie noire.

  26. 27Engager quelqu'un sous certaines conditions, ou s'engager avec lui sous certaines conditions. Prendre un domestique, une cuisinière. Prendre un maître de danse. Prendre un associé.

    • J'ai encore ouï dire, madame, qu'il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie Molière, Bourg. gent. III, 3
    • Elle prendra une douzaine d'ouvrières avec elle, s'il le faut, et nous vous aurons l'obligation d'une nouvelle manufacture Voltaire, Lett. à Mme de St-Julien, 31 juill. 1772
    • Prendre femme, se marier.

      • Quant à vous, suivez Mars, ou l'amour, ou le prince ; ...Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement, Les gens en parleront, n'en doutez nullement La Fontaine, Fabl. III, 1
      • Cléonte et Lycidas ont pris femme tous deux Molière, Femm. sav. II, 3
    • Prendre une femme, choisir une femme et l'épouser.

      • Alexandre prit des femmes de la nation qu'il avait vaincue ; il voulut que ceux de sa cour en prissent aussi Montesquieu, Esp. X, 14
    • Prendre se dit aussi d'une femme qui prend un homme pour amant, ou pour mari, ou d'un homme qui prend une femme pour maîtresse.

      • Il n'avait pris la Castelmaine que quand son maître n'en voulait plus Hamilton, Gramm. 11
      • Voilà nos honnêtes femmes, poursuivit-il : quand elles nous prennent, c'est excès d'amour ; quand elles nous quittent, c'est effort de vertu Marmontel, Contes mor. Alcib.
      • À propos, savez-vous que la belle Mme de N*** a pris un amant ? Mme de Genlis, Ad. et Théod t. III, p. 15, dans POUGENS
  27. 28Aller joindre quelqu'un en quelque endroit, pour de là se rendre ailleurs avec lui.

    • Je sais où vous prendre, c'est-à-dire je sais où vous êtes, où je pourrai m'adresser si j'ai quelque affaire avec vous.

      • Je sais où vous êtes, et cette connaissance démêle un peu mon imagination, qui sait où vous prendre à point nommé Mme de Sévigné, 508
      • Je ne sais plus où le prendre [M. Trouvé] ; il a quitté Saint-Jacques.... Mme de Sévigné, 11 mai 1683
      • Je ne sais où vous prendre, monsieur ; vous ne m'avez point informé de votre demeure à Paris Voltaire, Lett. d'Argence, 26 févr. 1762
    • Prendre quelqu'un, l'emmener avec soi.

    • Il se dit d'une troupe que l'on emmène avec soi.

      • Il prit son régiment des gardes, et courut à l'aile gauche D'ABLANCOURT, Arrien, dans RICHELET
  28. 29Recueillir quelqu'un, lui donner l'hospitalité.

    • Il [M. Trouvé] a quitté Saint-Jacques par discrétion, ne voulant pas abuser de la bonté extrême du plus pauvre curé de Paris ; un autre [curé] l'a pris Mme de Sévigné, 11 mai 1683
    • Savez-vous bien que j'ai chez moi un jésuite pour aumônier ?... il est vrai que je ne l'ai pris qu'après m'être bien assuré de sa foi Voltaire, Lett. d'Alembert, 28 sept. 1763
    • Prendre quelqu'un, signifie aussi recevoir sa visite.

      • Je ferai ce que je pourrai, je ne promets pas, vous me prendrez si je viens Diderot, Mém. t. IV, p. 224
  29. 30Prendre quelqu'un, le séparer du reste de la compagnie et s'adresser à lui. Prendre quelqu'un à part.

    • Quand le repas fut fini, la déesse prit Télémaque et lui parla ainsi Fénelon, Tél. I
  30. 31Retrancher une partie d'un tout, ôter, tirer. J'ai pris le quart de cette somme. Familièrement. Il a pris sa bonne part de la fête, du plaisir, etc. il y a beaucoup participé.

    • Bienfaisant et par conséquent juste, Montesquieu ne voulait rien prendre sur sa famille, ni des secours qu'il donnait aux malheureux, ni des dépenses considérables auxquelles ses longs voyages, la faiblesse de sa vue et l'impression de ses ouvrages l'avaient obligé D'Alembert, Éloges, Montesq.
    • Absolument. Prendre sur sa nourriture, sur sa dépense, retrancher de sa nourriture, de sa dépense ordinaire, pour subvenir à autre chose.

      • Prendre sur son sommeil pour travailler, pour étudier, diminuer les heures du sommeil, pour augmenter celles du travail, de l'étude.

      • Fig. Prendre sur, retrancher à.

        • Voilà le vrai secret de faire Attale roi,Comme vous l'avez dit, sans rien prendre sur moi Corneille, Nicom. II, 3
        • Je ferai vos compliments à Brancas.... prenez une page sur moi pour lui donner Mme de Sévigné, 10 août 1680
        • Prendre un peu sur sa probité pour donner aux intérêts d'un maître Hamilton, Gramm. 8
        • Toutes ces entreprises commencées et qui ne prenaient rien sur les devoirs, marquent assez combien M. Dodart était laborieux Fontenelle, Dodart.
        • Que prenons-nous sur nos passions, sur nos humeurs, sur nos goûts ....pour pouvoir prétendre au titre de ses disciples [de Jésus] ? Massillon, Carême, Mot. de conv.
        • Le monde n'a-t-il rien pris sur tes mœurs ? J.-J. Rousseau, Ém. V
    • Absolument.

      • Si .... vous êtes incommodée d'écrire, comme il y a bien de l'apparence, prenez sur moi comme sur celle qui vous aime le plus, sans faire tort à personne Mme de Sévigné, 5 nov. 1684
      • Vous prenez sur votre repos, sur vos plaisirs, sur vos besoins mêmes, quand il s'agit de votre devoir Massillon, Petit carême, Drapeaux
      • Cette philosophie de Newton a un peu pris sur notre commerce, mais rien sur mes sentiments Voltaire, Lett. en vers et en prose, 57
      • Familièrement. Je n'y prends ni n'y mets, c'est-à-dire la chose m'est indifférente.

        • Voilà ce qu'il [Corbinelli] vous demande ; vous voyez bien que je n'y prends ni n'y mets Mme de Sévigné, 19 juill. 1677
  31. 32Se charger de. Prendre une somme en dépôt.

    • Prendre une affaire à ses risques, périls et fortune, s'en charger à tout hasard, profit ou perte.

    • Prendre une affaire à forfait, s'en charger pour un prix convenu, qu'il y ait perte ou gain.

    • Prendre un ouvrage à la tâche, s'en charger à raison de tant pour telle ou telle mesure, telle ou telle quantité.

    • Prendre une somme à intérêt, l'emprunter à condition d'en payer les intérêts.

    • Prendre un intérêt dans une affaire, dans une entreprise, contribuer de ses fonds dans une entreprise, à la condition d'avoir part aux profits ou aux pertes.

    • Prendre un engagement, contracter un engagement.

    • Prendre un rôle, voy. RÔLE.

    • Prendre quelqu'un sous sa protection, le protéger.

    • Prendre sur soi, se charger de quelque obligation.

    • Prendre sur soi quelque chose, consentir qu'une chose nous soit imputée.

      • Il ne se contente pas de se charger de nos crimes, il en prend sur lui toute la honte Massillon, Carême, Passion.
    • Prendre quelque chose sur soi, s'en porter responsable ou solidaire.

    • On dit aussi : prendre quelque chose sur son compte.

    • Prendre sur soi quelque chose, se décider à faire quelque chose.

      • Il faut donc que j'aie le courage de prendre ce voyage sur moi Mme de Sévigné, 520
      • Vous prendrez sur vous de voir votre frère Massillon, Carême, Pardon.
      • Jamais il [le régent] ne put prendre sur lui de rien refuser à ses amis, à ses ennemis, à ses maîtresses.... Raynal, Hist. phil. IV, 18
    • Prendre sur soi, signifie quelquefois regarder comme adressé à soi.

      • Il [le Seigneur] prend sur lui les plus légers mépris dont on déshonore ses serviteurs Massillon, Carême, Médis.
    • Prendre tout sur soi, trop sur soi, se donner toute la peine, se donner beaucoup de peine, vouloir faire plus qu'on ne peut.

      • Je vous recommande, ma chère enfant, un peu de repos.... vous prenez tout sur votre courage, cela fait mal Mme de Sévigné, 26 nov. 1688
      • Je prends trop sur moi, pour que le corps ou l'esprit n'y succombe pas Mme de Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 27 oct. 1675
      • Elle prend tout sur elle, et ne songe qu'à faire du bien Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. 17
    • Absolument. Prendre sur soi, beaucoup sur soi, se contraindre.

      • Vous n'êtes plus en état, ma fille, de prendre sur vous ; tout y est pris, ce qui reste tient à votre vie Mme de Sévigné, 379
      • Ils [M. et Mme de Chaulnes] savaient fort bien prendre sur eux-mêmes pour soutenir les grandes places où Dieu les a destinés Mme de Sévigné, 3 févr. 1695
      • Vous avez appris à prendre sur vous-même, et à sacrifier tous les jours vos penchants à des intérêts plus forts Massillon, Carême, Samarit.
  32. 33S'établir dans.

    • Gagner les bords de la Düna, où il prendra ses quartiers d'hiver Ségur, Hist. de Nap. IX, 6
    • Entrer en jouissance d'une chose à certaines conditions. Prendre des terres à ferme.

    • Prendre un logement, un appartement à loyer, ou, simplement, prendre un logement, un appartement, retenir par bail ou autrement un logement, un appartement.

      • Je vous conjure seulement de mander à d'Hacqueville ce que vous avez résolu pour cet hiver, afin que nous prenions l'hôtel de Carnavalet ou non Mme de Sévigné, 6 sept. 1677
  33. 34Choisir, préférer, se décider pour. Il faut prendre le plus beau papier pour cette impression.

    • Prendre le haut bout, choisir la place la plus honorable.

    • Prendre un expédient, choisir un moyen, un expédient pour terminer une affaire.

    • Prendre des mesures, prendre ses mesures, employer des moyens, des expédients pour faire réussir une chose.

    • Prendre ses précautions, ses sûretés, prendre les moyens nécessaires pour éviter un danger, un dommage.

    • Prendre une résolution, une détermination, un dessein, se résoudre à quelque chose.

    • Prendre le parti de, prendre son parti de, voy. PARTI 3, n° 7.

    • Prendre le parti de la robe, des armes, etc. voy. PARTI 3, n° 10.

    • Prendre les ordres sacrés, entrer dans les ordres.

  34. 35Trier, faire un choix.

    • Je ne prends que les vertus extraordinaires, et je choisis les fleurs que je jette sur son tombeau Fléchier, Duch. d'Aiguil.
  35. 36S'engager dans une route, dans une voie de communication, etc.

    • J'ai pris un escalier, elle venait par l'autre Thomas Corneille, Baron d'Albikrac, III, 1
    • Lève-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse Racine, Esth. I, 1
    • Faut-il de si grands talents et une si bonne tête à un voyageur pour suivre d'abord le grand chemin, et, s'il est plein et embarrassé, prendre la terre, et aller à travers champs ? La Bruyère, VI
    • Avec cette armée, il [le czar Pierre] prit son chemin par la Moldavie et la Valachie, autrefois le pays des Daces Voltaire, Charles XII, 5
    • Ils voient [à Moscou] d'autres flammes s'élever précisément dans la nouvelle direction que le vent venait de prendre sur le Kremlin Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6
    • Prendre le plus long, le plus court, son plus long, son plus court, prendre le chemin le plus long ou le plus court.

      • On aime une personne qu'on va trouver, et on prend son plus court ; cela est naturel Marivaux, Pays. parv. 3e part.
    • Absolument. Prendre à droite, à gauche, entrer dans un chemin situé à main droite ou à main gauche.

      • Promote, un des lieutenants généraux de l'empereur, prit à gauche avec une partie de la cavalerie Fléchier, Hist. de Théodose, II, 4
      • On dit de même : prendre à l'est, au nord, etc.

        • Pour avoir trop pris à l'ouest, la petite flotte manqua son terme Raynal, Hist. phil. XVI, 3
      • Prendre par, suivre une direction par un certain endroit.

      • Prenez par ici, par là, allez par ce chemin-ci, par ce chemin-là.

      • Prendre à travers champs, à travers les terres labourées, aller directement, sans suivre le chemin frayé.

      • Fig et familièrement. Prendre à travers les choux, à travers choux, aller à son but tout droit, sans s'inquiéter d'aucune considération, et aussi procéder au hasard, sans méthode.

      • Prendre la voie de la messagerie, de la diligence, la voie du coche, aller par la messagerie, par la diligence, par le coche.

      • On dit de même : prendre la diligence, prendre la poste, prendre la messagerie, prendre le coche, prendre le chemin de fer, le premier train.

      • On dit dans le même sens : prendre un fiacre, un bateau, un cheval.

      • Fig. Prendre la bonne voie, la mauvaise voie, se porter au bien, au mal.

      • Fig. Prendre la bonne voie, se servir de bons ou de mauvais moyens pour réussir en quelque chose.

      • On dit dans le même sens : prendre les voies de la rigueur, de la douceur, etc.

      • Fig. Prendre le chemin de se ruiner, de faire fortune, faire ce qu'il faut pour se ruiner, pour s'enrichir.

      • Prendre les devants, le devant, partir avant quelqu'un, et fig. le prévenir, le devancer dans une affaire.

      • Prendre le pas sur quelqu'un, passer devant lui pour le précéder ; prendre sa droite, se mettre à sa droite. Prendre la main, prendre le pas, c'est-à-dire prendre la droite. Les princes du sang prennent la main chez eux.

  36. 37Il se dit de la façon dont on taille, emploie une étoffe. Le tailleur a mal pris cette étoffe. Prendre du drap à contre-poil.

    • Prendre un habit, faire un habit sur un patron donné.

      • Je vous porte un habit complet à la valaisane, et j'espère qu'il vous ira bien ; il a été pris sur la plus jolie taille du pays J.-J. Rousseau, Hél. I, 23
      • Je gagerais qu'elles ont été prises d'après le même modèle Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 300, dans POUGENS
    • Il se dit, en un sens analogue, de viandes qu'on découpe. Vous coupez mal ce bouilli ; vous n'avez pas pris le sens de la viande.

    • Fig. Prendre une affaire à contre-poil, la prendre en un sens contraire à celui qui serait convenable.

    • Fig. Prendre bien, prendre mal une affaire, la conduire bien ou mal.

    • Fig. Prendre une affaire du bon, du mauvais biais, la conduire bien, la conduire mal.

    • Fig. Prendre une chose du bon, du mauvais côté, la considérer comme il convient, comme il ne convient pas, et aussi supposer une bonne, une mauvaise intention.

      • Elle prend toujours les choses du mauvais côté Regnard, Sérénade, 13
    • Prendre une chose d'une certaine façon, la considérer, la traiter d'une certaine façon.

  37. 38Comprendre, interpréter, considérer d'une certaine manière.

    • Vous prenez tout d'un sens contraire à ma pensée Rotrou, Antig. II, 4
    • Je vous crois l'âme trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable Molière, Mis. III, 5
    • Je lui fis excuse d'avoir mal pris son sentiment Pascal, Prov. I
    • Ils [les philosophes] ont été sous l'erreur qui a aveuglé tous les hommes dans le premier : ils ont tous pris la mort comme chose naturelle à l'homme Pascal, Lettre du 17 oct. 1651
    • On a pris cela, comme s'il avait voulu braver le roi ; jamais rien ne fut si innocent Mme de Sévigné, 134
    • On demande comment il faut prendre cette parole de saint Antoine.... que la vraie raison ne se connaît pas elle-même Bossuet, Or. V, 12
    • On prend tout à mal Bossuet, Pensées, 29
    • Il faut vous accoutumer à bien prendre mes lettres Bossuet, Lett. Corn. 88
    • Lorsque la suite du discours détermine le sens auquel on les prend [les termes] Malebranche, Rech. vér. Éclairc. l. I, t. IV, p. 36, dans POUGENS.
    • Vous avez fait comme tous les commentateurs ; vous n'avez pas pris le sens de l'auteur Voltaire, Lett. Thiriot, 4 juin 1756
    • Ne lui fais pas de plaisanterie à deux sens, puisqu'il les prend à mal Mirabeau, Lett. orig. t. III, p. 545
    • Oh ! vous savez bien prendre la chose AL. DUVAL, Projet de mar. sc. 12
    • Le bien prendre, se faire une juste idée de la chose.

      • Vraiment, dit Ariste, vous le prenez bien, et je ne doute presque pas que votre explication ne soit la meilleure BOUHOURS, Entret. d'Ariste et d'Eug. VI
    • À le bien prendre, en donnant une juste interprétation.

    • Prendre quelque chose en bonne part, en mauvaise part, recevoir bien ou mal ce qu'on nous dit, ce qu'on nous fait.

    • Prendre mal, se fâcher de.

      • Il pourrait se trouver des gens qui prendraient mal vos discours Pascal, Prov. VIII
    • Le prendre mal, se fâcher mal à propos.

    • Prendre pour soi, s'attribuer, se faire l'application de.

      • Le jeune Ménécée a pris ces mots pour lui Rotrou, Antig. I, 3
      • Je vous supplie de ne prendre pour vous aucune des plaintes que je ferai, parce que je ne vous impute aucune des choses dont je me plains Fénelon, Lett. à Noailles, 8 juin 1697
    • Prendre une chose à la lettre, au pied de la lettre, l'expliquer selon le sens littéral, dans la rigueur de l'expression.

      • S'il faut prendre au pied de la lettre et sans figure tout ce qu'il vient de raconter Bossuet, 6e avert. I, 8
      • Comment, sans vous compromettre, Vous tourner un compliment ? De ne rien prendre à la lettre Nos juges ont fait serment Béranger, Halte-là.
    • Prendre les choses à la rigueur, les interpréter trop selon le sens propre.

    • Le prendre à, s'en rapporter au sens de.

    • Prendre sérieusement une chose, l'entendre comme si elle avait été dite sérieusement.

      • Vous moquez-vous de le prendre sérieusement avec un homme comme cela ? ne voyez-vous pas qu'il est fou ? Molière, Bourg. gent. III, 14
      • Il a pris sérieusement et de travers tout mon badinage Mme de Sévigné, 17 janv. 1689
    • Prendre sérieusement, prendre au sérieux, donner une attention sérieuse.

      • Ceux qui vivent dans les plaisirs.... ne prennent rien sérieusement Bossuet, Sermons, Am. des plaisirs, I
      • Jupiter prend le fait très sérieusement Dancourt, Céphale et Procris, I, 7
      • Au bout de cinquante ans, vous avez daigné enfin me prendre sérieusement Voltaire, Lett. Richelieu, 4 juin 1772
      • La chose fut prise au sérieux J.-J. Rousseau, Conf. I
    • Prendre en riant quelque chose, ne s'en point fâcher, n'en faire que rire.

  38. 39Prendre quelqu'un, le considérer, en faire l'objet d'une étude.

    • Il [Bourdaloue, dans une oraison funèbre] a pris le prince [de Condé] dans ses points de vue avantageux Mme de Sévigné, 15 déc. 1683
  39. 40Soutenir, adopter.

    • Prendre le parti de, parti pour, voy. PARTI 3, n° 5, et, absolument, prendre parti, voy. le n° 10.

    • Terme de palais. Prendre le fait et cause de quelqu'un, ou prendre fait et cause pour quelqu'un, intervenir en cause pour lui.

    • Fig. Dans le discours ordinaire, prendre fait et cause pour quelqu'un, prendre la défense de quelqu'un.

  40. 41Il se dit des sentiments, des passions que l'on éprouve.

    • Prendre l'épouvante, avoir tout à coup une grande frayeur.

  41. 42Obtenir, se procurer.

    • Prendre des renseignements, des informations, se renseigner, s'informer.

    • On dit à peu près dans le même sens : prendre connaissance d'une chose.

    • Prendre la vengeance, se venger de.

    • Prendre ses avantages, profiter des occasions qui se présentent.

      • Il [Mazarin] croyait que, tous les gros joueurs ayant la réputation de tromper, il ne lui était pas défendu de faire comme les autres, ce qu'il appelait d'un ton plus doux prendre ses avantages BRIENNE, Mémoires, ch. VIII
    • Prendre avantage, même sens. Cet homme prend avantage de tout.

    • Prendre de l'avantage, prendre son avantage pour monter à cheval, se dit de ceux qui, pour monter plus facilement à cheval, s'aident d'une pierre, d'un banc.

    • Prendre le dessus, se dit d'une personne dont la santé, les affaires, etc. se rétablissent.

    • Prendre la grande main, la haute main dans une affaire, y prendre la principale autorité.

    • Prendre l'avis, consulter.

    • Prendre les avis, les voix, les recueillir.

    • Prendre des inscriptions en médecine, en droit, s'inscrire pour commencer ses études dans la médecine, dans le droit.

    • Prendre ses degrés, ses grades, obtenir, dans une université, les titres de maître ès arts, de bachelier, de licencié, de docteur.

    • On dit de même : prendre ses licences.

  42. 43Avec un nom de temps, remettre à une autre époque, à un autre moment. Prendre du délai. Prendre du temps.

  43. 44Prendre les choses de haut, les traiter avec une grande étendue d'esprit.

    • Prendre la chose de plus haut, en parlant d'une narration, faire le récit des choses qui ont précédé celles que l'on raconte.

    • On dit dans le même sens : prendre les choses de loin.

  44. 45Il se dit de quelques opérations scientifiques.

    • Terme d'astronomie. Prendre des distances d'astres, observer avec un instrument les distances angulaires de ces astres.

    • Terme de marine. Prendre la hauteur du soleil, de la lune ou d'un autre astre, ou, absolument, prendre hauteur, mesurer avec un instrument la hauteur d'un astre au dessus de l'horizon pour en conclure la latitude.

      • Pendant douze jours je n'ai pas quitté le compas et la carte marine ; j'ai même pris hauteur, ce qui est très fort pour un ambassadeur ecclésiastique, Lettre du card. de Polignac, 1693, dans JAL
    • En médecine clinique, prendre l'observation d'un malade, consigner jour par jour les phénomènes de la maladie.

    • En général, prendre des observations, recueillir des notes sur certaines choses.

  45. 46Au jeu, prendre sa revanche, jouer une seconde partie pour se racquitter de ce qu'on a perdu.

    • Fig. Prendre sa revanche, regagner un avantage qu'on avait perdu, ou l'équivalent.

    • Au jeu de paume, prendre sa bisque, compter le quinze qu'on a reçu de celui contre qui l'on joue, et qu'on est en droit de prendre quand on veut.

    • Fig. et familièrement. Bien ou mal prendre sa bisque, faire usage à propos ou mal à propos d'un moyen qu'on a pour réussir dans une affaire, pour obtenir une grâce.

  46. 47Terme de chasse. Prendre le change, se dit des chiens lorsqu'ils quittent la bête qui a été lancée pour en prendre une autre.

    • Fig. Prendre le change sur un objet, sur une affaire, s'y tromper.

    • Faire prendre le change à quelqu'un, le tromper, l'induire en erreur.

    • Prendre les devants, faire un tour avec les chiens pour requêter et retrouver la voie d'un animal.

    • On dit que le cerf prend son buisson, quand il choisit un endroit dans une forêt pour se retirer le jour et aller aisément la nuit dans les champs.

    • Prendre le vent, se dit de l'action des chiens qui vont à la rencontre du gibier.

    • Terme de fauconnerie. Prendre motte, se dit d'un oiseau qui se pose à terre au lieu de se percher.

  47. 48Terme de marine. Prendre le bord du large, prendre au large, prendre le large, s'éloigner de terre pour gagner la haute mer.

    • Les galères sortirent à petit bruit de leurs postes, et prirent au large, Duquesne à Seignelay, 1680, dans JAL
    • Fig. Prendre le large, s'enfuir.

    • Prendre la haute mer, gagner la haute mer.

    • Prendre le largue, passer de l'allure du plus près du vent à celle du largue, c'est-à-dire courant près du vent, élargir l'angle de sa route.

    • Prendre la mer, s'embarquer.

    • Prendre terre, prendre port, débarquer.

    • Prendre les amures sur le bord, les fixer.

    • Prendre vent devant, virer de bord.

    • Prendre la mer de bout, mettre ou avoir le cap dans la direction de la lame, et la couper directement avec l'étrave en faisant route.

    • Prendre une bitture, retirer de la cale et élonger sur le pont la longueur de câble nécessaire pour un fond où l'on va mouiller.

    • Prendre un corps-mort, en faire parvenir les câbles à bord pour s'amarrer, au mouillage, sur ce corps-mort.

    • Prendre chasse, fuir devant la poursuite d'un ennemi.

    • Un bâtiment, une voile, prennent ou sont pris, lorsqu'en venant au vent le bâtiment est masqué ou la voile coiffée.

    • Prendre des ris, voy. RIS.

    • Prendre le plus près, voy. PRÈS.

    • Prendre en chargement, prendre du monde, des troupes, des passagers, etc. les mettre, les recevoir à bord.

  48. 49Prendre à, accepter comme.

    • Prendre une chose à cœur, s'en affecter.

      • Il me semble que vous prenez la chose fort à cœur Molière, Préc. 1
    • Prendre une chose à tâche, chercher tous les moyens de la faire.

    • Prendre quelqu'un à témoin, invoquer son témoignage. Je les prends à témoin de l'insulte que vous me faites.

      • Je prends à témoin le prince votre père si ce n'est pas vous que j'ai demandée Molière, Princ. d'Él. V, 2
    • On dit de même : prendre Dieu à témoin.

    • Prendre à partie, voy. PARTIE 1, n° 17.

  49. 50Prendre dans, puiser à.

  50. 51Prendre quelqu'un en, le surprendre, l'attaquer d'une certaine façon.

    • Attaquer. Prendre les ennemis en queue, en flanc, les attaquer par la queue, par le flanc.

      • L'empereur, avec le reste, côtoyant la colline à droite, s'approcha des ennemis pour les prendre en flanc Fléchier, Hist. de Théodose, II, 4
    • Fig. Prendre quelqu'un en, ressentir un certain sentiment pour lui. Prendre quelqu'un en amitié, en haine. Prendre quelque chose en gré.

      • Cela me fait prendre le monde en horreur avec justice Voltaire, lett. roi de Prusse, 21 avril 1760
    • Prendre quelqu'un ou quelque chose en guignon, en grippe, être prévenu contre quelqu'un, contre quelque chose.

    • Prendre quelqu'un en pitié, avoir pour lui de la pitié ou du dédain.

    • Quand le substantif n'est pas sans article, on met dans au lieu de en.

      • Aussi m'a-t-elle pris dans le plus parfait dédain J.-J. Rousseau, Hél. I, 34
    • Prendre le mal d'autrui en pitié, en être touché.

    • Prendre les choses en patience, les supporter patiemment.

    • Prendre une chose en considération, la remarquer, en tenir compte.

  51. 52Prendre pour, regarder comme, supposer.

    • Quand je prendrai l'un pour l'autre, vous me remettrez au droit chemin Guez de Balzac, liv. VII, lett. 22
    • Ils prennent pour affront la pitié qu'on a d'eux Corneille, Hor. III, 2
    • Un jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup,Prit pour oison le cygne La Fontaine, Fabl. III, 12
    • Car enfin, mes pères, pour qui voulez-vous qu'on vous prenne ? pour des enfants de l'Évangile, ou pour des ennemis de l'Évangile ? Pascal, Prov. XI
    • Je n'aurais pas pris votre courage pour de la force comme on a fait Mme de Sévigné, 21
    • Athènes, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, prenait pour athées ceux qui parlaient des choses intellectuelles, et c'est une des raisons qui avaient fait condamner Socrate Bossuet, Hist. II, 5
    • Tircis, l'amour n'est point de votre connaissance,Vous prenez sa sœur pour lui DESHOUL., Poés. t. I, p. 126
    • C'est lui [le distrait] encore qui entre dans une église, et, prenant l'aveugle qui est collé à la porte pour un pilier et sa tasse pour le bénitier, y plonge sa main La Bruyère, XI
    • Rien n'est plus commun que de prendre sa tête pour son cœur Diderot, Lett. à Mlle Voland, 8 sept. 1767
    • Familièrement. Pour qui me prenez-vous ? se dit pour avertir quelqu'un qu'il se trompe du tout au tout sur ce que je suis.

      • Comment, madame, pour qui prenez-vous monsieur Jourdain ? Molière, Bourg. gent. IV, 1
      • Que va-t-il penser de moi ? pour qui me prendra-t-il ? mon Dieu ! que je suis malheureuse ! Marivaux, Marianne, part. 3
    • Prendre saint Pierre pour saint Paul, prendre l'un pour l'autre.

    • Familièrement. Prendre quelqu'un pour un autre, en juger autrement qu'il ne faut. Allez chercher votre dupe ailleurs, vous m'avez pris pour un autre.

    • Fig. Prendre martre pour renard, se méprendre.

    • Prendre un homme pour une dupe, le regarder comme facile à tromper.

    • Prendre un homme pour dupe, le tromper.

    • Prendre pour bon, croire (presque toujours avec un sens ironique).

      • Voyez ce que c'est que de n'être pas jour et nuit en ce pays-ci [la cour] ! le coadjuteur.... prend pour bon ce que la reine vient de lui dire Retz, Mém. II
    • Fig et familièrement. Il a pris ce qu'on lui a dit pour argent comptant, il a cru trop facilement ce qu'on lui a dit, il a trop compté sur ce qui n'était qu'apparence.

  52. 53Prendre avec un nom de chose pour sujet. Entourer, envelopper.

    • Cette draperie est une seule et unique pièce d'étoffe qui s'en va prendre les bras, les jambes, le corps, les épaules, le dos, toute la figure Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 332, dans POUGENS
    • Fig. Faire impression, s'emparer de l'esprit.

      • Et l'ingrate beauté dont le charme m'a pris Rotrou, Vencesl. IV, 2
      • Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir Molière, Critique, 7
      • Toinette : La tendresse paternelle vous prendra. - Argan : Elle ne me prendra point Molière, Mal. imag. I, 5
      • Ils [les sacrements] nous prennent l'esprit par la vue et par l'ouïe tout ensemble Bossuet, Euch. II, 6
    • Il se dit des maladies qui saisissent. L'accès le prit à telle heure.

      • La fièvre de monsieur le Dauphin, qui le prend dans cette saison à Saint-Germain Mme de Sévigné, 22 juill. 1671
      • Ma colique m'a pris assez mal à propos Regnard, Légat. II, 4
      • Eh ! dis-moi, je te prie, Te prennent-ils souvent ces accès de folie ? GRESS., le Méch. III, 9
    • Il se dit, dans un sens analogue, des sentiments, des passions, etc.

      • L'épouvante les prend à demi descendus Corneille, Cid, IV, 3
      • Le repentir m'a pris, et j'ai craint le courroux céleste Molière, Festin, I, 3
      • Si la curiosité me prenait de savoir.... Pascal, Prov. I
      • Vous souvient-il des fantaisies qui vous prenaient quelquefois de trouver qu'il y a des mois qui ne finissent point du tout ? Mme de Sévigné, 25 mai 1680
      • À peine y sommes-nous entrés [dans l'église] à certains jours que l'ennui nous prend et que nous pensons à nous retirer Bourdaloue, Exhort. sur le reniem. de St Pierre, t. I, p. 466
      • Quand la colère me prend, ordinairement la mémoire me quitte Marivaux, Sec. supr. de l'am. I, 2
    • Absolument.

      • L'âge s'avance, les charmes passent, les hommes s'éloignent, la mauvaise humeur prend Diderot, Père de famille, II, 2
      • Contracter certaines qualités bonnes ou mauvaises.

        • Il semblait que tout prît un vice particulier et se corrompît en même temps Montesquieu, Esp. XXXI, 27
        • L'arc parut prendre quelque élasticité entre ses mains Voltaire, la Princ. de Babyl. 1
        • Des barres de fer qu'on laisse tomber plusieurs fois de suite d'une certaine hauteur prennent du magnétisme par l'effet de leurs chutes réitérées Buffon, Min. t. IX, p. 55
        • Ce jaspe qui prend très bien le poli Buffon, ib. t. I, p. 66
        • Le sommet est d'un brun noirâtre qui prend un peu de jaune par derrière et sur les côtés Buffon, Ois. t. VI, p. 124
        • Le coton ne prend le rouge de la garance d'une manière solide que lorsqu'il a été imprégné d'huile CHAPTAL, Instit. Mém. scienc. t. II, p. 289
      • Prendre son pli, voy. PLI.

      • Absorber, détourner.

        • C'est ce qui prend tout l'argent et toute l'attention Mme de Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 13 fév. 1711
      • Prendre du temps, exiger beaucoup de temps. Ce travail m'a pris beaucoup de temps, peu de temps.

      • Surprendre. La pluie nous prit en chemin.

        • La nuit et le sommeil les prirent en même temps Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 453, dans POUGENS
      • Prendre sa source, en parlant d'un cours d'eau, commencer à couler, avoir son origine.

      • Prendre son cours, suivre une certaine direction en coulant.

      • Cette affaire prend un bon tour, un mauvais tour, on peut présumer, vu la manière dont elle marche, qu'elle réussira, ne réussira pas.

      • On dit de même : cela prend une bonne, une mauvaise tournure.

      • Par analogie. Le train que prennent les choses.

      • S'imprégner. Prendre l'eau.

        • Il veut que les souliers des enfants prennent l'eau J.-J. Rousseau, Ém. II
      • Prendre le sel, son sel, voy. SEL.

  53. 54Prendre se construit avec plusieurs substantifs sans article, et forme locution ; on en donne ici quelques exemples, en y joignant parfois, pour marquer la différence, l'emploi avec l'article.

  54. 55V. n. S'enraciner. La vigne ne prend pas dans ce terrain. Des plantes qui prennent de bouture.

    • Fig.

      • Sans lui [Dieu] nous ne pouvons rien faire, et ses plus saintes paroles ne prennent point en nous, comme il l'a dit lui-même Pascal, Lett. sur la mort de son père
      • Jésus-Christ leur dit : Vous voulez me tuer, méchants que vous êtes, parce que mon discours ne prend point en vous Bossuet, Sermons, Église, I
      • Son esprit est ce que l'a fait la nature : la culture et les soins n'y prennent pas J.-J. Rousseau, Confess. VII
  55. 56Fig. Réussir, avoir du succès.

    • Cet exemple prit universellement, et répandit dans l'arche un esprit de coquetterie qui dura pendant tout le séjour qu'on y fit MONCRIF, dans DESFONTAINES
    • Cette doctrine eut de la peine à prendre à la Chine et au Japon Diderot, Opin. des anc. phil. (Japonais).
    • Je ne pense pas que la méthode de l'illustre Réaumur pour faire éclore les poulets ait pris en France Bonnet, 9e lett. hist. nat.
    • Il se dit aussi des personnes. Ce jeune homme a bien pris dans le monde.

      • D'Aquin n'avait jamais pu prendre avec Mme de Maintenon Saint-Simon, 14, 152
  56. 57S'attacher à, avec un nom de personne pour sujet. On a beau faire étudier cet enfant, il ne prend à rien.

    • J'en demeurerai à la simple approbation [des bouts-rimés], quand ce ne serait que pour faire voir à Pauline qu'il y a des choses où mon esprit ne prend pas Mme de Sévigné, 12 juil. 1690
    • C'est un homme qui prend à tout, qui ne prend à rien, qui s'intéresse à tout, qui ne s'intéresse à rien.

  57. 58Faire son effet, s'attacher à, avec un nom de chose pour sujet. Cette couleur ne prend pas. Les vésicatoires ont bien pris. Les sangsues n'ont pas pris.

    • Fig.

      • L'évêque de Chartres m'avertissait qu'on m'avait rendu les plus mauvais offices auprès du roi, et qui avaient pris Saint-Simon, 212, 119
      • Espérant me causer de l'inquiétude, tout cela ne prenait point, J.-J. Rousseau, Ém. II
      • Cette raison prend peu sur nous, riches J.-J. Rousseau, ib. IV
  58. 59Faire une impression trop forte.

    • Je me porte à merveilles, hors que je n'ai pu souffrir la douche, c'est que je n'en avais nul besoin cette année, et qu'elle prenait trop sur moi Mme de Sévigné, 21 sept. 1677
    • Particulièrement. Faire une impression trop forte à la gorge, au nez. Ce ragoût prend à la gorge. La moutarde prend au nez.

  59. 60Il se dit de ce qui s'allume ou fait explosion.

    • Leur hôtel de Paris a pensé brûler : une chambre, avec ce qui était dedans, a été brûlée tout entière ; et le miracle, c'est qu'il y avait dans cette chambre de la poudre qui ne prit point Mme de Sévigné, 5 janv. 1680
    • Elle [la flamme] prend partout en un instant, et cet admirable édifice est réduit en cendres Bossuet, Hist. II, 8
    • Comme il vit que la flamme commençait à prendre au bûcher Fénelon, Tél. X
    • À vous entendre, J'ai cru qu'à la maison le feu venait de prendre Regnard, le Distr. I, 2
  60. 61S'épaissir, se cailler, se glacer. Cette gelée ne prendra pas. La rivière a pris cette nuit.

  61. 62Commencer en un point et s'étendre de là.

    • Une tache d'un pourpre clair prend à l'angle de l'œil, et se termine en arrière par un trait du bleu le plus vif Buffon, Ois. t. XIII, p. 294
  62. 63Il se dit des maladies qui font invasion.

    • La maladie de Mme la comtesse de Montrevel, qui lui prit le lendemain qu'elle arriva Mme de Sévigné, à Ménage, 19 août 1652
    • Le frisson lui prit à Versailles ; c'est demain le quatrième jour Mme de Sévigné, 313
    • Nous avons eu beaucoup de peine à faire revenir mademoiselle d'un évanouissement qui lui a pris Marivaux, Marianne, part.
    • Une petite toux qui prit au mari abrégea toutes les politesses Marivaux, Pays. parv. part. 5
    • Impersonnellement.

      • Il lui prit un frisson, et il changea de visage Lesage, Diabl. boit. 20
      • Il lui prit un étouffement qui le fit retomber à sa place, où nous crûmes qu'il allait expirer Marivaux, Marianne, part. 10
      • Il se dit, au même sens, des affections morales.

        • On eût dit que chaque chambre était un oratoire : l'envie d'y faire oraison y prenait en entrant Marivaux, Pays. parv. part. 1
        • Cette délicatesse lui prit un matin, comme Il venait de faire la cour à une prude Marmontel, Contes mor. Alcibiade.
    • Impersonnellement.

      • Il m'en a pris quelque petite crainte [que des lettres ne fussent perdues] Mme de Sévigné, 319
      • Il prit à ce Mordant un dégoût de la vie ; il paya ses dettes, écrivit à ses amis pour leur dire adieu.... Voltaire, Dict. phil. Caton et suicide.
      • Il lui a pris en gré de faire telle chose, la fantaisie lui est venue de faire telle chose.

  63. 64Impersonnellement. Avoir de bonnes ou de mauvaises suites.

    • Il se dit au même sens avec en explétif.

      • Je ne sais pas comment il m'en prendra ; mais je sais bien que vous me devez beaucoup d'estime et d'amitié Scarron, Lettres, Œuv. t. I, p. 199, dans POUGENS
      • Il en prit aux uns comme aux autres :Maint oisillon se vit esclave retenu La Fontaine, Fabl. I, 8
      • .... Ce conseil ne plut pas ; Il en prit mal ; et force états Voisins du sultan en pâtirent La Fontaine, ib. XI, 1
      • L'esprit peut causer des passions par lui-même, et bien en prend aux femmes Fontenelle, Dial. Platon, Marg. d'Éc.
  64. 65Se prendre, v. réfl. Être saisi avec la main. Cela se prend avec des mitaines.

    • Cette étoffe se prend à pleine main, elle est moelleuse, bien fournie.

    • Se prendre par la main, se saisir l'un l'autre par la main.

      • Je me disais : on va signer la paix dans Hanovre,.... on ne songera plus qu'à aller à la comédie.... tout le monde se prendra par la main pour danser depuis Collioure jusqu'à Dunkerque Voltaire, Lett. d'Argental, 28 juill. 1761
    • Se prendre aux cheveux, se saisir l'un l'autre par les cheveux.

      • Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux Boileau, Sat. III
    • Fig et familièrement. Se prendre aux cheveux, avoir une vive querelle. Ils se prirent aux cheveux, et la discussion fut très vive.

  65. 66S'attacher, s'accrocher. Un homme qui se noie se prend à tout ce qu'il atteint. Sa perruque se prit à un clou. Il s'est pris à des épines, et son habit a été déchiré.

    • Il faut se prendre à l'arbre et non pas aux rameaux Tristan L'Hermite, Mort de Chrispe, IV, 1
    • Il tend les mains à tous les objets qui l'environnent comme pour s'y prendre encore ; et il ne saisit que des fantômes Massillon, Avent, Mort du péch.
    • À quelles branches ne se prend-on point, quand on se noie dans les systèmes ? Voltaire, Singul. nat. X
    • Sans cette précaution les filets se prendraient les uns dans les autres Mme de Genlis, Maison rust. t. I, p. 386, dans POUGENS
    • Fig.

      • L'esprit se rebute et s'abat aussitôt qu'il a fait quelque effort pour se prendre et pour s'arrêter à quelque vérité Malebranche, Rech. vér. III, II, 9
      • Il semble que le cœur ....s'ennuie de sa liberté... et que, ne trouvant plus, pour ainsi dire, où se prendre, il se prenne à tout Massillon, Profess. relig. Serm. 3
      • Où le désir trompé ne sait plus où se prendre Delille, Imagin. II
    • Ne savoir où, à quoi se prendre, ne savoir à quoi s'en tenir, à quoi recourir.

      • Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre Corneille, Galer. du Palais, v, 4
      • Ils [les Juifs] ont laissé passer ces précieux moments sans en profiter ; c'est pourquoi on les voit ensuite livrés au mensonge, et ils ne savent plus à quoi se prendre Bossuet, Hist. II, 9
  66. 67Être saisi dans un piége, dans un filet.

    • Sachez, lui dit-il [Anacharsis à Solon], que ces écritures [les lois] ressemblent proprement à des toiles d'araignées : les faibles et les petits s'y prendront et s'y arrêteront ; mais les puissants et les riches les rompront sans peine Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 568
    • Les chardonnerets ne se prennent point à la pipée, et ils savent échapper à l'oiseau de proie en se réfugiant dans les buissons Buffon, Ois. t. VII, p. 279
    • Impersonnellement.

      • L'Église est représentée comme un filet où il se prend toute sorte de poissons Bossuet, Euchar. II, 3
      • Fig.

        • Cela vous a pu servir avant ma quinzième lettre ; mais à présent, mes pères, on ne s'y prend plus : on va voir le concile et on trouve que vous êtes des imposteurs Pascal, Prov. XVI
        • Quand on veut poursuivre les vertus jusqu'aux extrêmes.... on se prend à la perfection même Pascal, Pens. XXV, 62, éd. HAVET.
        • Ce piége [une adroite flatterie] ne sera jamais usé ; l'amour propre des rois et des grands s'y prendra toujours D'Alembert, Éloges, Despréaux, note 13
        • Eh ! c'est toi qui es un innocent de venir te prendre au piége apprêté pour un autre Beaumarchais, Mar. de Figaro, V, 8
  67. 68Fig. Être captivé.

    • C'est un mal terrible que cette disposition à se prendre par les yeux Mme de Sévigné, 23 oct. 1675
    • Si les cœurs des philosophes allemands se prennent par la lecture, les Wolfius, les Hanschius et les Tumingius seront tous amoureux d'elle [Mme du Châtelet] sur son livre Voltaire, Lett. Hénaut, 20 août 1740
    • Mon cœur se prit et très vivement J.-J. Rousseau, Confess. VII
    • Se laisser prendre, se laisser captiver.

      • Les autres en jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de se laisser prendre aux choses, et de n'avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule Molière, Critique, 6
    • Se prendre d'amitié, d'amour, d'aversion pour quelqu'un, concevoir de l'amitié, de l'amour, de l'aversion pour lui.

    • On dit de même : Se prendre de belle passion pour quelqu'un.

    • Absolument.

      • Et bien qu'il fût d'humeur Douce, traitable, à se prendre facile, Constance n'eut sitôt l'amour au cœur, Que la voilà craintive devenue La Fontaine, Courtis. amour.
      • Se prendre de vin, s'enivrer.

  68. 69S'unir ensemble. Ils se sont pris pour mari et femme.

    • On fait accepter ses soins dès la première entrevue ; on en est récompensé dans la seconde ; et dans la troisième on se sépare comme on s'est pris, sans reproches et sans infidélité SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 417, dans POUGENS
    • C'est quelque chose de merveilleux, par exemple leur façon de vivre avec les femmes.... on se prenait, on se quittait, ou, se convenant, on s'arrangeait Paul-Louis Courier, Simple discours.
  69. 70Se prendre à, attaquer.

    • Il se dit aussi des choses qu'on attaque.

    • Se prendre de paroles avec quelqu'un, avoir un démêlé.

      • Ils se prirent de paroles, le duc de C.... et lui Mme de Sévigné, 535
    • On dit dans le même sens, mais familièrement : Ils se sont pris de bec.

    • Se prendre à quelqu'un de, le quereller à cause de, le rendre responsable, lui imputer le tort.

    • Il se dit avec en explétif.

      • Mais, puisqu'il est vaincu, qu'il s'en prenne aux destins Corneille, Pomp. I, 1
      • Ne nous en prenons pas à la dévotion, mais à nous-mêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6
      • Il me faut l'auteur de l'univers pour raison de tout ce qui arrive ; quand c'est à lui qu'il faut m'en prendre, je ne m'en prends plus à personne, et je me soumets Mme de Sévigné, 423
      • Sa vessie le fait souffrir, et il s'en prend à qui il peut D'Alembert, Lett. à Voltaire, 31 oct. 1761
      • L'un d'eux s'en prenait à Voltaire, et surtout à Rousseau, de l'irréligion du siècle Mme de Staël, Corinne, X, 2
  70. 71Se prendre à, employer de l'adresse, de l'habileté à. On dit dans le même sens, avec y explétif : s'y prendre.

  71. 72Suivi de à et d'un infinitif, commencer, se mettre à.

    • Ayant appris le sujet de sa détention, il s'en prit à rire, et dit qu'on le renverrait le lendemain PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 287
    • Un des plus effrontés coquins de la lie du peuple se prit à outrager Périclès de paroles Paul-Louis Courier, Lett. II, 326
    • Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête,Et se prit à pleurer Casimir Delavigne, Messéniennes, I, 5
  72. 73Être contracté, en parlant de maladies.

    • Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses LA ROCHEFOUC., Réflex. 300
    • Le mal se prend à voir des amants de trop près Fontenelle, Poés. past. Œuv. t. IV, p. 18, dans POUGENS
  73. 74Se prendre s'est dit quelquefois pour s'allumer, du moins au figuré.

  74. 75Se figer. L'huile se prend dès que la température baisse. Ce sirop se prendra.

    • Par le refroidissement la liqueur s'est prise en sirop épais THENARD, Instit. Mém. scienc. phys. et math. Sav. étrang. t. II, p. 120
  75. 76Se prendre pour, prendre sa propre personne pour quelque autre.

    • Lorsque notre âme veut se représenter sa nature et ses propres sensations, elle fait effort pour s'en former une image corporelle ; elle se cherche dans tous les êtres corporels, elle se prend tantôt pour l'un et tantôt pour l'autre Malebranche, Rech. vér. I, 13
  76. 77Être compris, entendu, interprété. Ce mot se prend au sens propre.

    • C'est ainsi que, du temps des Romains, les faisceaux se prenaient pour l'autorité consulaire ; les aigles romaines, pour les armées des Romains, qui avaient des aigles pour enseignes ; l'aigle, qui est le plus fort des oiseaux de proie, était le symbole de la victoire chez les Égyptiens DUMARS., Tropes, II, 2
    • Ce mot se peut prendre en bonne, en mauvaise part, il est susceptible d'une bonne, d'une mauvaise interprétation.

  77. 78Être employé, en parlant de mots et de locutions. Ce verbe se prend figurément. Cet adjectif se prend substantivement.

  78. 79À tout prendre, loc. adv. Tout bien examiné.

    • Tellement qu'à tout prendre, en ce monde où nous sommes.... Régnier, Sat. v.
    • Encore qu'à ne regarder que les rencontres particulières, la fortune semble seule décider de l'établissement et de la ruine des empires, à tout prendre il en arrive à peu près comme dans le jeu, où le plus habile l'emporte à la longue Bossuet, Hist. III, 2
  79. 80Au fait et au prendre, loc. adv. Au moment de l'exécution, quand il est question d'agir, de parler.

    • Au fait et au prendre, il fallait aux Romains et aux jésuites un homme dans cette dignité [le cardinalat] dont ils pussent faire un autre usage que de dire ce qu'ils lui avaient soufflé à mesure Saint-Simon, 224, 9
  80. 81Terme de turf. Prendre un cheval, parier en sa faveur. On dit : je prends Marengo à 7 contre 2 ; en admettant que le pari soit de 10 louis, cela veut dire : Si Marengo perd, je vous donnerai 20 louis ; s'il gagne, vous me donnerez 70 louis.

Remarque

1. On ne dit pas : prends-je ? mais : est-ce que je prends ? 2. Prendre mal, pour se trouver mal, tomber en faiblesse, n'est pas français. 3. L'idée les a pris d'aller à la campagne. Dites : l'idée leur a pris d'aller à la campagne. 4. Prendre peur pour s'effrayer a été condamné par des grammairiens. Mais cette expression n'a rien d'incorrect, puisqu'on dit prendre pitié.

Proverbes

Chacun prend son plaisir où il le trouve. Ils sont pris, s'ils ne s'envolent, se dit pour se moquer de ceux qui ont manqué quelque capture. Il n'y a qu'à se baisser et en prendre, se dit d'une chose très abondante ou très facile. Ce qui est bon à prendre est bon à rendre, c'est-à-dire il vaut mieux se saisir d'une chose sur laquelle on croit avoir quelque droit, que de la laisser prendre à un autre, parce que, au pis aller, on est quitte pour la rendre. Ce qui est bon à prendre est bon à garder. Qui prend s'engage, ceux qui empruntent ou qui reçoivent des présents, s'assujettissent à ceux qui les obligent. On dit dans le même sens : Qui prend se vend. Fille qui prend se vend, et fille qui donne s'abandonne.

Étymologie

Berry, prenre ; bourg. prarre, parre, prin, pris ; wallon, preind ; picard, prinde ; prov. prendre, penre, prener ; cat. pendrer ; espagn. prender ; ital. prendere ; du lat. prendere ou prehendere, de pre ou præ, et un radical hendere, que l'on rapproche du grec χανδάνειν, saisir, prendre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander