prendre v. a. (pren-dr')
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1Saisir, mettre en sa main.
- Prends ta foudre, Louis, et va.... Malherbe, II, 12
- Il vit son éléphant couché sur l'autre rive ;Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive La Fontaine, Fabl. x, 14
Célimène : Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable ?... Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors ? - Alceste : Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre, Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre
Molière, Mis. II, 1Je sais que, quand j'aurai dans l'esprit de prendre une chose plutôt qu'une autre, la situation de cette chose me fera diriger de son côté le mouvement de ma main
Bossuet, Lib. arb. 2Elle vit avec étonnement que Dieu.... alla prendre comme par la main le roi son fils pour le conduire à son trône
Bossuet, Reine d'Anglet.Il le prend par la main, le fait descendre avec lui
La Bruyère, XIOn a inventé aux tables une grande cuiller pour la commodité du service : il la prend, la plonge dans le plat
La Bruyère, ib.Télémaque, qui était abattu et inconsolable, oublie sa douleur ; il prend ses armes, don précieux de la sage Minerve
Fénelon, Tél. XVIICent écus par jour sont bons à prendre, monsieur mon frère
Dancourt, Déroute du pharaon, II, 3Il arriva qu'à l'oraison funèbre du maréchal de Guébriant, prononcée à Notre-Dame, les présidents des enquêtes prirent par le bras le vieux doyen Savare et l'arrachèrent de sa place
Voltaire, Hist. parl. LIV
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Prendre les armes, s'armer, soit pour combattre, soit simplement pour rendre des honneurs.
Et, sans jeter d'alarmes, à tous mes Tyriens faites prendre les armes
Racine, Athal. II, 6
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Prendre quelqu'un aux cheveux, le saisir par les cheveux.
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Fig. Prendre l'occasion aux cheveux, saisir l'occasion, en profiter.
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On ne sait par où le prendre pour ne pas le faire crier, se dit d'un malade dont le corps est si douloureux qu'on ne peut le remuer sans lui causer de vives souffrances.
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Fig. On ne sait par où le prendre, se dit d'un homme très susceptible ou insensible à tout.
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Au jeu de paume, prendre la balle de volée, à la volée, au bond, la jouer de volée, la jouer au bond.
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Fig. Prendre la balle au bond, saisir vivement et à propos une occasion.
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Fig. Prendre le tison par où il brûle, prendre une affaire par le côté le plus difficile. Fig. Prendre la mouche, prendre la chèvre, se fâcher tout à coup et pour un sujet qui n'en vaut pas la peine.
- On vient civilement pour s'éclaircir d'un doute,Et monsieur prend la chèvre, il met tout en déroute.... Regnard, le Joueur, III, 13
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Prendre la clef, mettre en sa poche la clef qui ouvre un appartement. Il a pris la clef, je ne puis rentrer.
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Fig. Prendre la clef des champs, s'évader, s'échapper.
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Prendre une chose à pleine main, en prendre à poignée autant que la main peut en tenir.
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Fig. Prendre une affaire en main, la diriger.
Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main
Molière, l'Avare, V, 1Si vous ne prenez pas cette affaire [faire jouer une tragédie de Voltaire] avec vivacité, avec emportement, avec rage, je suis perdu
Voltaire, Lett. d'Argental, 25 oct. 1777
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Prendre en main les intérêts, le droit de quelqu'un, soutenir ses intérêts, ses droits.
Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable à les protéger tous se croit intéressé, Et d'abord prend en main le droit de l'offensé
Boileau, Art p. I
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Dans le style soutenu, prendre en main le timon des affaires, les rênes de l'État, etc. gouverner les affaires publiques.
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2Saisir une chose non avec la main, mais avec quelque instrument ou de toute autre manière. Prendre du feu sur une pelle.
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Prendre la lune avec les dents, voy. LUNE.
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Il est à prendre, ou il n'est pas à prendre avec des pincettes, se dit de quelqu'un, de quelque chose extrêmement sale.
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3Il se dit des animaux qui saisissent avec leur gueule, leurs pattes, leurs griffes, etc. Le perroquet prend avec sa patte ce qu'on lui donne.
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Prendre le mors aux dents, voy. MORS.
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4En parlant de vêtements, mettre sur soi. Vous avez pris aujourd'hui un habit bien léger.
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Prendre le deuil, s'habiller de noir à l'occasion de la mort d'une personne.
- J'ai su sa mort à Rome, ou j'en ai pris le deuil Corneille, Suite du Ment. I, 1
Elle dit que tout est son parent en France ; dès qu'il meurt quelque grand, elle prend le deuil
Mme de Sévigné, 216- Il était mon cousin ; la cour prendra le deuil Casimir Delavigne, Louis XI, III, 13
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Prendre l'habit de religieux, ou, simplement, prendre l'habit, entrer en religion.
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Prendre le voile, se faire religieuse.
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Familièrement. Prendre le froc, se faire moine.
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Prendre le petit collet, entrer dans l'ordre ecclésiastique.
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Prendre la cuirasse, embrasser la profession des armes.
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Prendre le bonnet, se faire recevoir docteur.
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Prendre la haire, embrasser une vie pénitente.
- Il prit, laissa, reprit la cuirasse et la haire Voltaire, Henr. IV
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Prendre la livrée, se faire laquais.
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Prendre la perruque, ou prendre perruque, commencer à porter perruque.
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5Emporter avec soi certaines choses par besoin ou par précaution. Prendre un parapluie, une lanterne. Prendre sa canne. son mouchoir, sa tabatière.
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6Emporter en cachette ou de force, ôter à quelqu'un ce qu'il a. On lui a pris une vache dans son pré.
- Prenez tout, s'il se peut ; ne soyez jamais prise Régnier, Sat. XII
- On a traité mon maître avec moins de rigueur,On n'a pris que sa bourse, et tu prends jusqu'au cœur Corneille, Suite du Ment. I, 2
- Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné Molière, Éc. des femm. II, 6
Harpagon : Allons, rends-le-moi sans te fouiller. - La Flèche : Quoi ? - Harpagon : Ce que tu m'as pris. - La Flèche : Je ne vous ai rien pris du tout
Molière, l'Avare, I, 3Je veux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris. - On vous a pris de l'argent ?
Molière, ib. V, 2
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Absolument.
Figaro : J'étais né pour être courtisan. - Suzanne : On dit que c'est un métier si difficile. - Figaro : Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots
Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 3
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Absolument et en un sens particulier. Faire des profits illicites.
Il [le chancelier Séguier] était aussi riche en entrant à la cour, qu'il l'était en mourant ; il est vrai qu'il a établi sa famille ; mais, si l'on prenait chez lui, ce n'était pas lui
Mme de Sévigné, 3 févr. 1672
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Prendre un baiser, se dit d'un baiser ravi à une femme sans qu'elle le veuille.
Cet objet.... Me fit prendre un baiser sur votre belle bouche ; Mais las ! ce fut plutôt le baiser qui me prit
Voiture, Poés. Œuv. t. II, p. 90
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Prendre la maîtresse de quelqu'un, le supplanter près de sa maîtresse.
Ah ! s'il vous a pris votre maîtresse, repartit Freind, c'est une autre chose ; il ne faut jamais prendre le bien d'autrui
Voltaire, Jenni, 2
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Poétiquement, prendre les jours, la vie, disposer de la vie de quelqu'un, le faire mourir.
- Avec ma liberté, que vous m'avez ravie,Si vous le souhaitez, prenez encor ma vie Racine, Brit. IV, 2
- Il me devait tes jours ; je rougis de les prendreEn frappant un captif qui ne peut se défendre Casimir Delavigne, Fille du Cid, III, 6
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Fig. Il en prendrait sur l'autel, sur le maître autel, c'est-à-dire il prend hardiment tout ce qu'il peut et partout où il peut.
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Prendre se dit aussi des animaux. Le chat a pris le fromage. Le renard m'a pris trois poules.
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7Se saisir, s'emparer d'une personne. Il voulait résister, on l'a pris de force.
Nous n'avons pu prendre le jeune homme, parce qu'il était plus fort que nous, et qu'ayant ouvert la porte il s'est sauvé
Saci, Bible, Daniel, XIII, 39
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Prendre au corps, arrêter prisonnier.
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Prendre de force ou par force une femme, attenter à son honneur.
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Il se dit aussi des choses que l'on saisit, dont on s'empare. Il a pris le sabre de son ennemi.
- De mon trône en son âme elle prend la moitié Corneille, Pomp. I, 2
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Prendre son bien où on le trouve, mettre ia main sur ce qui est à soi, en quelque endroit qu'on le rencontre.
La même réponse que faisait Molière à ceux qui lui reprochaient d'avoir pris une scène entière à Cyrano de Bergerac : cette scène m'appartient, puisqu'elle est bonne, et je prends mon bien où je le trouve
D'Alembert, Éloges, Despréaux.
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8Prendre se dit de levées d'hommes qui se font. L'empereur Napoléon prenait tous les jeunes gens de chaque conscription.
Il prendra vos enfants pour conduire ses chariots, il s'en fera des gens de cheval, et il les fera courir devant son char
Saci, Bible, Rois, I, VIII, 11
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9Prendre se dit de Dieu qui fait disparaître un être humain par la mort.
- Quoi ! c'est mon fils ! - Le vôtre :Dieu vous en a pris un, il vous en rend un autre Casimir Delavigne, Fille du Cid, I, 9
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10Arrêter pour emprisonner.
Aussitôt le roi ordonna en secret à Hégésippe de prendre Protésilas et Timocrate, de les conduire en sûreté dans l'île de Samos, et de les y laisser
Fénelon, Tél. XIJ'ouvre la bouche et dis : je voudrais, s'il vous plaisait, ne pas payer Chambord ; sur ce mot on me prend, on me met en prison
Paul-Louis Courier, Rép. aux anonym.
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Il a été pris comme dans un blé, il a été attrapé de manière à ne pouvoir se sauver.
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11En guerre, s'emparer, se rendre maître de.
Vauban dit que le canon prendra cette place
PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 8On avait conté auparavant qu'un courtisan avait dit au roi : " Sire, vous prenez des loups comme Monseigneur, et il prend des villes comme vous, "
Mme de Sévigné, 474Philisbourg est pris, ma chère enfant, votre fils se por e bien
Mme de Sévigné, 475Je m'en vais après dîner à Brévanes.... Mme de Coulanges m'y souhaite, il y a six semaines : mais j'avais Philisbourg à prendre
Mme de Sévigné, 479Ce duc [le duc de Lunebourg] avait chargé le maréchal de Créquy en flanc, pris son canon et son bagage
Mme de Sévigné, 205La prise du vaisseau de guerre ostendois a satisfait Sa Majesté, et vous devez observer que ce n'est pas faire beaucoup que de prendre un vaisseau et laisser aller ensuite le capitaine et l'équipage...
Seignelay à Panetié, 7 févr. 1678, dans JALCet étranger [un Allemand au service de Russie], exalté du désir de reprendre Moscou et de se naturaliser en Russie par cet exploit signalé, s'emporta loin des siens.... il se précipite vers le Kremlin, rencontre des avant-postes, les méprise, tombe dans une embuscade, et, se voyant pris dans une ville qu'il voulait prendre....
Ségur, Hist. de Nap. IX, 6
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Faire prisonnier.
Josèphe leur concitoyen [des Juifs], un de leurs capitaines, un de leurs prêtres, qui avait été pris dans cette guerre en défendant son pays
Bossuet, Hist. II, 8S'ils [les Grecs] l'eussent prise [Artémise], elle n'aurait mérité que d'être comblée de louanges et d'honneurs
Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 239, dans POUGENS
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12Attraper à la chasse, à la pêche, dans un piége, etc.
- Tel est pris qui croyait prendre La Fontaine, Fabl. VIII, 9
- Un manant au miroir prenait des oisillons La Fontaine, ib. VI, 15
- Là, cormoran, le bon apôtre....Vous les prenait sans peine, un jour l'un, un jour l'autre La Fontaine, ib. X, 4
- Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris La Fontaine, ib. I, 18
Les poissons se moquent de moi comme les hommes ; je ne prends rien, je meurs de faim
Voltaire, Zadig, 17On prend la pie dans les mêmes piéges et de la même manière que la corneilie
Buffon, Ois. t. V, p. 121
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Fig. Se laisser prendre au piége, à l'hameçon, se laisser tromper.
- Je me suis laissé prendre à l'appât des grandeurs P. LEBRUN, Marie Stuart, II, 2
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Dans un sens analogue. Ne vous laissez pas prendre à ses paroles, à sa feinte douceur.
Qui, chaleur, force, enthousiasme, voilà ses expressions, et vous vous laissez prendre à ce galimatias
Mme de Genlis, Théât. d'éduc. les Faux amis, I, 4
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Fig. Cette femme l'a pris dans ses filets, cette femme l'a séduit.
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Fig. Prendre quelqu'un au trébuchet, obtenir par artifice quelque chose de quelqu'un.
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Fig. Prendre un rat, voy. RAT.
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Prendre se dit aussi des animaux qui chassent ou pêchent. Le chat a pris une souris. La mouette a pris un poisson.
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Fig. S'emparer de l'esprit, du cœur.
- Alléguant maint exemple en ce siècle où nous sommes,Qu'il n'est rien si facile à prendre que les hommes Régnier, Sat. III
- Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme !Je l'attaquai par là, par là je pris son âme Corneille, Cinna, V, 2
- Pour une qu'amour prend par l'âme,Il en prend mille par les yeux La Fontaine, Nicaise.
Tout ce qu'elle m'a dit m'a semblé si spirituel, que, si elle avait manqué de me prendre par les yeux, elle m'aurait pris par les oreilles
BOURSAULT, Lett. nouv. t. III, p. 39, dans POUGENSComme la raison n'est pas toujours écoutée, lorsque nos inclinations y résistent, parce que notre inclination est elle-même souvent la plus pressante raison qui nous émeuve, Dieu saura nous prendre encore de ce côté-là....
Bossuet, Lib. arb. VIIIl me prenait par mon propre intérêt
Fénelon, Tél. XIILes jeunes gens veulent être pris par les sens
Diderot, Pens. philos. n° 26Cette manière de prendre toujours les enfants, comme on dit, par la sensibilité, ne vaut rien lorsqu'on en abuse
Mme de Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 208, dans POUGENS
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Prendre quelqu'un par son faible, flatter, toucher son inclination favorite.
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Savoir prendre quelqu'un, connaître les mobiles par lesquels on peut agir sur lui.
- Et quand on sait le prendre, on en fait ce qu'on veut J.-B. Rousseau, Flatt. I, 1
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Prendre quelqu'un par ses propres paroles, le convaincre par ce qu'il a dit lui-même, se faire contre lui un droit de ses propres paroles.
M. Basnage fait semblant de me vouloir prendre par mes propres paroles
Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 42
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13Surprendre. Je l'ai pris à voler des fruits. On m'a pris au dépourvu.
- Je te prends sur le livre. - Hé bien, qu'en veux-tu dire ?Tant d'excellents esprits qui se mêlent d'écrire,Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir Corneille, Gal. du Pal. I, 7
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En un sens analogue.
Dieu connaît de toute éternité tout ce que la créature fera librement, en quelque temps qu'il la puisse prendre, et en quelques circonstances qu'il la puisse mettre
Bossuet, Lib. arb. VI
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Prendre quelqu'un sur le fait, le prendre au moment même où il fait quelque chose qu'il voulait cacher.
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Fig.
En vain la nature s'était cachée dans des lieux si profonds et si inaccessibles pour travailler à la végétation des pierres, elle fut, pour ainsi dire, prise sur le fait par des curieux si hardis
FONT., Tournefort.Ah, disait-il [le nain de Saturne], j'ai pris la nature sur le fait ; mais il se trompait sur les apparences....
Voltaire, Microm. 8
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On dit dans le même sens : prendre quelqu'un en flagrant délit (voy. FLAGRANT).
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Prendre quelqu'un la main dans la poche, la main dans le sac, le surprendre au moment où il commet un vol ou quelque détournement.
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Prendre en faute, surprendre pendant qu'une faute se commet.
Ma situation était pire encore par l'animosité de mes ennemis, qui ne cherchaient qu'à me prendre en faute
J.-J. Rousseau, Conf. XI
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Prendre quelqu'un sans vert, voy. VERT.
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Prendre quelqu'un au pied levé, voy. LEVÉ, n° 1.
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Prendre quelqu'un au saut du lit, l'aller trouver dès le matin afin de ne pas le manquer.
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Prendre quelqu'un au mot, se hâter d'accepter une offre.
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Prendre quelqu'un à son avantage, le saisir, le surprendre quand on a l'avantage sur lui.
J'ai fait une réponse à M. de Carcassonne.... je l'ai pris à mon avantage, et, comme je le tiens à cent cinquante lieues de moi, je lui dis tout ce que je pense
Mme de Sévigné, 510
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Prendre le défaut d'un joueur, à la paume, pousser la balle de manière que celui qui est obligé de la renvoyer ne puisse aisément aller au-devant.
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Terme d'escrime. Prendre sur le temps, porter une botte à son adversaire dans l'instant où il s'occupe de quelque mouvement.
Y prendre, prendre à cela, c'est-à-dire prendre quelqu'un dans une occupation, dans une circonstance, dans un état d'esprit indiqués par le contexte du discours Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus
La Fontaine, Fabl. 1, 2Ah ! je vous y prends enfin, perfide ! me voilà sûre de votre inconstance....
Voltaire, Écoss. IV, 4- Vous lisez donc des chansonnettes ?Ah ! je vous y prends, monseigneur Béranger, Cardin.
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15Manger, boire, avaler Je n'ai encore rien pris de la journée.
Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre quantité de pain trempé dans du vin
Molière, Méd. malgré lui, II, 6J'ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit médecines
Molière, Mal. imag. I, 1J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat, j'en pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper ; et j'en ai pris hier pour me nourrir, et pour jeûner jusqu'au soir
Mme de Sévigné, 94Il était incommodé d'un dévoiement au commencement de son service ; il prit du lait sans préparation pour le faire cesser
Mme de Sévigné, 128- J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veinesUn poison que Médée apporta dans Athènes Racine, Phèdre, V, 7
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Voudriez-vous prendre quelque chose ? se dit à une personne que l'on invite à manger un morceau.
- Peut-être le matin prenez-vous quelque chose :Un bouillon ? du café ? que vous plaît-il des deux ? BOURSAULT, Fables d'Ésope, I, 2
-
On dit : prendre du café, du thé, du chocolat, plutôt que boire.
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Trop prendre de son vin, ou, absolument, en trop prendre, s'enivrer.
Il faut.... Ou que mon maître ait pris le soir pour le matin, Ou que trop tard au lit le blond Phébus sommeille, Pour avoir trop pris de son vin
Molière, Amph. I, 2C'est lui qui en a trop pris ; pour moi, j'en ai pris aussi ; ils sont si longtemps à table que par contenance on boit, et puis on boit encore, et on se trouve avec une gaieté extraordinaire
Mme de Sévigné, 29 août 1677
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Fig.
Son cœur n'est pas usé pour moi, il n'est seulement qu'un peu rassasié du plaisir de m'aimer, pour en avoir trop pris d'abord
Marivaux, Marianne, part. 8
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Faire usage d'une chose pour sa santé, pour son agrément, etc. Prendre un bain.
Comment ! que voulez-vous faire ? - Prendre ce petit lavement-là ; ce sera bientôt fait
Molière, Mal. imag. III, 4De quoi vous mêlez-vous.... d'empêcher monsieur de prendre mon clystère ?
Molière, ib.On a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit
Molière, ib. III, 6Je prendrai la douche dans quelques jours
Mme de Sévigné, 277J'ai donc pris des eaux ce matin, ma très chère ; ha ! qu'elles sont méchantes !
Mme de Sévigné, 277
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Prendre du tabac, mettre de la poudre de tabac dans son nez.
Il n'est rien d'égal au tabac.... ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde ?
Molière, Festin, I, 1
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Prendre la poudre d'escampette, voy. ESCAMPETTE.
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Prendre l'air, sortir d'un lieu où l'on était renfermé pour aller dans un endroit découvert, aéré.
- Allons prendre un peu d'air dans la cour des prisons Corneille, Suite du Ment. II, 7
Je me promène, il est vrai ; mais il faut qu'on défende le beau temps, si l'on veut que je ne prenne pas l'air
Mme de Sévigné, 369
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Prendre l'air, sortir de la ville pour aller passer quelque temps à la campagne.
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Familièrement. Prendre l'air, s'évader, se retirer d'une situation où l'on court quelque péril. On voulut l'arrêter ; mais il avait pris l'air.
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Prendre le frais, respirer la fraîcheur.
Quel grand mal est-ce qu'il y a à prendre le frais la nuit ?
Molière, G. Dand. III, 8Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d'orangers
Voltaire, Candide, 30
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En un sens analogue.
Quand j'ai pris toute la beauté du soleil en marchant toujours, je rentre dans ma chambre
Mme de Sévigné, 26 nov. 1684
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Prendre du repos, prendre du relâche, interrompre le travail, l'action, par du repos, par du relâche.
- Prends du repos, ma fille, et calme tes douleurs Corneille, Cid, II, 9
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Dans les maisons religieuses, prendre la discipline, se donner la discipline. Ces religieuses prenaient la discipline deux fois la semaine.
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16Être atteint par communication, en parlant de maladies contagieuses. Il a pris le typhus dans l'hôpital.
Je suis effrayée de ces fièvres que je crains que vous ne preniez à Versailles ; on mande ici que tout en est plein
Mme de Sévigné, 22 sept. 1687
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Fig. Prendre un mal, une passion, contracter un mal moral, une passion, etc.
Vous avez pris ce mal-là de moi
Mme de Sévigné, 18 oct. 1688Son maître.... Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulais amener sa tendresse
Racine, Brit. IV, 2Elle ne pensait jamais à donner de l'amour, mais elle était sujette à en prendre
Marivaux, Pays parv. 4e part.Le roi prit de l'amour pour Mme de Montespan dans le temps qu'il vivait avec Mlle de la Vallière en maîtresse déclarée
Mme DE CAYLUS, Souvenirs.
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17Il se dit de certaines conditions corporelles. Prendre de l'embonpoint, du corps, devenir plus gras, plus gros.
Le tarier prend beaucoup de graisse dès la fin de l'été, et alors il ne le cède point à l'ortolan pour la délicatesse
Buffon, Ois. t. IX, p 327Un coq est capable d'engendrer à l'âge de trois mois, et il n'a pas alors pris plus du tiers de son accroissement
Buffon, Hist. anim. t. III, p. 457
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Prendre du ventre, devenir ventru.
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Prendre des forces, se fortifier.
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Fig.
- J'ai pris dans l'horreur même où je suis parvenueUne force nouvelle à mon cœur inconnue Voltaire, Orphel. V, 1
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Prendre de l'âge, avancer en âge.
-
Ce cheval prend quatre ans, cinq ans, il entre dans sa quatrième, dans sa cinquième année.
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Prendre les dents, se dit du cheval, lorsque les secondes dents lui poussent.
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Prendre une posture, une attitude, placer son corps d'une certaine manière.
-
Il se dit de certains mouvements du corps. Prendre son vol, commencer à s'envoler.
Déjà prenait l'essor, pour se sauver dans les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d'abord effrayé nos provinces
Fléchier, Tur.
-
Prendre son élan. se donner une certaine impulsion en courant afin de s'élancer plus loin.
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Prendre la fuite, s'enfuir.
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Anciennement, prendre son escousse, s'élancer.
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Prendre le trot, le galop, se dit d'un cheval qui se met à trotter, à galoper.
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Prendre les aides des jambes, se dit d'un cheval qui commence à répondre à ces aides.
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Prendre chair, se dit d'un cheval qui commence à se rétablir après une longue maladie.
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Prendre les coins, entrer dans les angles du manége.
-
18Contracter, adopter, en parlant de certaines qualités ou manières. Il prend de mauvaises habitudes. Il prit un ton sévère.
- Conjuguez avec moi, pour bien prendre l'accent Regnard, le Distr. III, 3
Il [Alexandre] prit les mœurs des Perses, pour ne pas désoler les Perses en leur faisant prendre les mœurs des Grecs
Montesquieu, Esp. X, 14- Jeune, égaré, j'avais tous les caprices ;De mes amis j'avais pris tous les vices Voltaire, Enf. prod. IV, 3
Elle prend des caprices, de l'humeur ; elle se forme enfin
Mme de Genlis, Théât. d'éduc. le Méchant par air, I, 6
-
Cet homme prend des airs, prend certains airs, il affecte un ton, des manières qui ne lui conviennent pas.
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Prendre le haut ton, parler avec fierté.
-
En un même sens, le prendre sur le haut ton, ou, elliptiquement, le prendre haut.
- Tu le prends d'un haut ton, et je crois qu'au besoinCe discours emphatique irait encor bien loin Corneille, Mél. I, 1
Le sage, disaient les stoïciens, est invulnérable et inaccessible à toute sorte de maux.... il est lui-même sa félicité ; c'est le prendre d'un ton bien haut pour des hommes faibles et mortels
Bossuet, Sermons, 3e dim. après Pâq. Préambule.Au commencement de 1520, il [Luther] le prit d'un ton un peu plus haut
Bossuet, Var. I, 23Enfin Rolando, fatigué d'une scène où il mettait inutilement beaucoup du sien, le prit sur un ton si haut, qu'il imposa silence à la compagnie
Lesage, Gil Bl. I, 5
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On dit de même : Vous le prenez bien haut.
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Le prendre sur un certain ton, affecter telle ou telle manière.
Luther le prenait d'un ton de prophète contre ceux qui s'opposaient à sa doctrine
Bossuet, Var. I, 31.... Je ne veux pas le prendre Sur le ton fier et sérieux
Thomas Corneille, Circé, I, 2De quel ton le prenez-vous là, s'il vous plaît ?
Dancourt, Chev. à la mode, II, 2Tout innocent que je suis, vous le prenez sur un ton qui ne laisse pas d'embarrasser mon innocence
LE SAGE, Crispin rival, 14Oui, sur ce ton Puisque vous le prenez, je la garde
COLLIN D'HARLEVILLE, Vieux célib. IV, 5
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Le prendre par là, le prendre sur ce ton.
Qui ! tu le prends par là ?
Molière, le Dép. IV, 4Elle [la princesse de Tarente] me demande toujours de vos nouvelles : si elle le prend par là, elle me fera fort bien sa cour
Mme de Sévigné, 29 sept. 1675
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Le prendre ainsi, même sens.
Puisque vous le prenez ainsi, je ne puis vous le refuser
Pascal, Prov. VII
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Le prendre d'un air, d'une façon, employer un air, une façon.
Elle eut beau le prendre d'un air riant avec lui, et lui dire même : Je vous attendais, il n'en reprit pas plus de sérénité
Marivaux, Pays. parv. 5e part.
-
19Prendre quelque chose, un nom, un titre, se le donner, se l'appliquer.
- Ces titres glorieux plaisaient à mes amours ;Je les pris sans horreur pour conserver tes jours Corneille, Médée, III, 3
- Et l'ingrate en fuyant me laisse pour salaireTous les noms odieux que j'ai pris pour lui plaire Racine, Andr. V, 4
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Prendre un titre, une qualité, se donner un titre, une qualité, l'employer en parlant de soi.
-
Prendre la liberté de faire une chose, prendre sur soi de la faire.
-
Par politesse. J'ai pris la liberté de vous écrire.
-
Prendre des libertés, agir trop librement, peu décemment avec quelqu'un.
-
Il se dit particulièrement d'actions, de gestes trop libres auprès des femmes. On dit de même : prendre des licences, des privautés.
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20Exiger un certain prix pour une chose. Ce marchand prend trente francs de ce drap. À l'octroi, on prend tant par kilogramme d'huile. Les fiacres prennent tant par heure.
Allez, faites-moi vendre [procurez-moi du débit], Et pour l'amour de vous je n'en voudrai rien prendre [d'un objet qu'on vend]
Corneille, Galer. du Pal. IV, 14On dit qu'il prenait une fois plus de ceux qui venaient à lui pour apprendre à jouer de la flûte après avoir eu un autre maître
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 1re part. p. 233, dans POUGENS.
-
Il se dit quelquefois pour acheter. Je prendrai cela pour six francs, si vous voulez me le donner.
Si M. le duc de Praslin veut des montres, nous sommes à ses ordres ; M. le duc de Choiseul a la bonté de nous en prendre
Voltaire, Lett. d'Argental, 4 juin 1770
-
Absolument.
- Il faut prendre ou laisser, et l'on ne choisit pas Regnard, Démocrite, I, 1
-
C'est à prendre ou à laisser, vous avez le choix, mais il faut vous décider pour le oui ou le non.
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Substantivement. Avoir le prendre ou le laisser, avoir le choix.
Trouvant sur les arbres un refuge, il a partout le prendre et le laisser
J.-J. Rousseau, Orig. I
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21Accepter, recevoir. Prenez ce petit présent. J'ai pris ce qu'on m'a donné.
- Oui, fort bien, hors l'argent qu'il ne fallait pas prendre Molière, Éc. des femm. IV, 4
Il y a des gens bavards dont je ne prends jamais les nouvelles
Mme de Sévigné, 21 août 1675
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Fig. Dans ce qu'il dit, il faut en prendre et en laisser, ce qu'il dit ne mérite pas grande confiance.
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Absolument. Prendre à pleines mains, à toutes mains, de toutes mains, à deux mains, se dit des gens avides qui ne laissent échapper aucune occasion de s'enrichir.
- L'autre prend à deux mains et demande toujours BOISROBERT, Belle plaideuse, I, 4
-
Par analogie.
-
Prendre l'ordre de quelqu'un, recevoir l'ordre de celui qui doit le donner.
Voudront-ils recevoir un ordre souverain De qui l'a jusqu'ici toujours pris de leur main ?
Corneille, Pulch. II, 2
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Par politesse, prendre les ordres de quelqu'un, lui demander ce qu'il a à commander.
-
Prendre congé de quelqu'un, lui faire, avant de partir, les adieux qu'exige la politesse.
L'évêque de***.... dont, avant de prendre congé de lui, il a ramassé la pantoufle, comme l'un de ses gants
La Bruyère, XI
-
Prendre des leçons, recevoir des leçons.
-
Prendre les choses comme elles viennent, les recevoir avec indifférence sans se mettre en peine des suites qu'elle peuvent avoir.
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Prendre les hommes comme ils sont, s'en accommoder quel que soit leur caractère.
- Je prends tout doucement les hommes comme ils sont Molière, Mis. I, 1
Il faut prendre les gens comme ils sont, à ce qu'on dit
Voltaire, Lett. d'Argental, 4 janv. 1773Homère n'inventa rien sur les dieux ; il les prit comme ils étaient
Voltaire, Philos. Déf. Bolingbr. 12
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Prendre le temps comme il vient, s'accommoder à tous les événements.
Si vous aviez appris à prendre le temps comme il vient....
Mme de Sévigné, 399
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Prendre légèrement quelque chose, le supporter, en user avec une sorte d'allégresse.
Jeune encore, Honfroy prenait légèrement la vie
Chateaubriand, Natch. V
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Familièrement. Prenez que, supposez que.
Prenons donc pour très véritable que....
Pascal, Équil. des liqueurs, II- Çà, je le veux, prenons que la chose est douteuse BARON, Andrienne, III, 4
Tenez, parlons en conscience ; prenez que je sois vous et que vous soyez moi
Marivaux, Pays. parv. part. 1- Prenez qu'on m'a surpris et que je n'ai rien dit Gresset, le Méchant, III, 10
- Prends pour sûr que je leur tiendrai tête Casimir Delavigne, Fille du Cid, I, 1
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22Être partie prenante.
Le rapport de l'argent donné se fait en moins prenant dans le numéraire de la succession,
Code Nap. art 869
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23Au jeu de l'écarté, prendre des cartes, changer une ou plusieurs des cartes de son jeu pour autant de cartes du talon.
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Jouer sans prendre, à l'hombre, nommer l'atout et jouer sans écarter.
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S. m. Se dit, à l'hombre, quand on fait jouer sans écarter. Demander le sans prendre.
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Au jeu de quadrille, jouer sans prendre, se dit de celui qui entreprend de jouer sans appeler une autre carte.
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-
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24Recevoir en partage.
Je trouve plaisant que cette vertu ne soit donnée qu'aux mâles de notre maison, et que nous autres femmes nous ayons pris toute la timidité
Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 15 oct. 1674
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25Tirer de, emprunter. Il a pris cela dans Cicéron. Il a pris l'idée de cette tragédie dans un vieux roman.
Le Pompée, où j'ai beaucoup pris de Lucain, et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de lui, quand il a fallu me passer de son secours
Corneille, Médée, Examen.Molière ne prit-il pas deux scènes du Pédant joué de Cyrano de Bergerac, son compatriote et son contemporain ?
Voltaire, l'Héraclius espagnol, Dissertation
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Familièrement.
Où avez-vous pris cela ? c'est-à-dire qui vous a dit cette nouvelle ? qui vous fait avoir cette pensée ? Peste ! où prend mon esprit toutes ces gentillesses ?
Molière, Amph. I, 1On demanda aigrement à la Chaise où il avait pris cela : il fit voir un manuscrit
Mme de Sévigné, 560Où est-ce qu'il prend tout ce qu'il me dit ?
Marivaux, Double inconst. I, 12
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On dit de même : où avez-vous pris que je voulusse vendre ma maison ?
Où avez-vous pris qu'un enfant qui n'a point de dents et qui ne se soutient pas à dix-huit mois, ait échappé à tous les périls ?
Mme de Sévigné, 14 juill. 1677
-
On le dit avec l'indicatif, quand on a dans l'esprit quelque assertion positive.
Si on lui demande [à l'athée] d'où il a pris que cette exclusion de tous les autres êtres appartient à la nature de l'infini....
Descartes, Rép. aux secondes obj. 25Où avez-vous pris, mon cher duc, que je suis affligée des discours des courtisans, vous qui savez que nous vivons d'injures ?
Mme de Maintenon, Lett. au D. de Noailles, t. V, p. 98, dans POUGENS
-
26Terme de peinture. Prendre le trait, calquer un tableau.
-
Prendre au voile, calquer au moyen d'un voile de soie noire.
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-
27Engager quelqu'un sous certaines conditions, ou s'engager avec lui sous certaines conditions. Prendre un domestique, une cuisinière. Prendre un maître de danse. Prendre un associé.
J'ai encore ouï dire, madame, qu'il a pris aujourd'hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie
Molière, Bourg. gent. III, 3Elle prendra une douzaine d'ouvrières avec elle, s'il le faut, et nous vous aurons l'obligation d'une nouvelle manufacture
Voltaire, Lett. à Mme de St-Julien, 31 juill. 1772
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Prendre femme, se marier.
Quant à vous, suivez Mars, ou l'amour, ou le prince ; ...Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement, Les gens en parleront, n'en doutez nullement
La Fontaine, Fabl. III, 1- Cléonte et Lycidas ont pris femme tous deux Molière, Femm. sav. II, 3
-
Prendre une femme, choisir une femme et l'épouser.
Alexandre prit des femmes de la nation qu'il avait vaincue ; il voulut que ceux de sa cour en prissent aussi
Montesquieu, Esp. X, 14
-
Prendre se dit aussi d'une femme qui prend un homme pour amant, ou pour mari, ou d'un homme qui prend une femme pour maîtresse.
Il n'avait pris la Castelmaine que quand son maître n'en voulait plus
Hamilton, Gramm. 11Voilà nos honnêtes femmes, poursuivit-il : quand elles nous prennent, c'est excès d'amour ; quand elles nous quittent, c'est effort de vertu
Marmontel, Contes mor. Alcib.À propos, savez-vous que la belle Mme de N*** a pris un amant ?
Mme de Genlis, Ad. et Théod t. III, p. 15, dans POUGENS
-
28Aller joindre quelqu'un en quelque endroit, pour de là se rendre ailleurs avec lui.
Elle me vint prendre à mon hôtellerie
Mme de Sévigné, 290- Songez-y ; je vous laisse, et je viendrai vous prendrePour vous mener au temple où ce fils doit m'attendre Racine, Andr. III, 7
- Comment donc ! est-ce ainsi que l'on se fait attendre ?Moi-même il faut chez vous que je vienne vous prendre BOISSY, Deh. tromp. III, 5
-
Je sais où vous prendre, c'est-à-dire je sais où vous êtes, où je pourrai m'adresser si j'ai quelque affaire avec vous.
Je sais où vous êtes, et cette connaissance démêle un peu mon imagination, qui sait où vous prendre à point nommé
Mme de Sévigné, 508Je ne sais plus où le prendre [M. Trouvé] ; il a quitté Saint-Jacques....
Mme de Sévigné, 11 mai 1683Je ne sais où vous prendre, monsieur ; vous ne m'avez point informé de votre demeure à Paris
Voltaire, Lett. d'Argence, 26 févr. 1762
-
Prendre quelqu'un, l'emmener avec soi.
- Ramène-moi, barbare, aux lieux où tu m'as prise Thomas Corneille, Ariane, III, 4
Ha que vous avez bien fait, ma fille, de la prendre [Pauline qui avait été mise dans un couvent pendant un voyage à Paris] ! gardez-la, ne vous privez pas de ce plaisir
Mme de Sévigné, 379- Aux portes du palais prends le Juif Mardochée Racine, Esth. II, 5
-
Il se dit d'une troupe que l'on emmène avec soi.
Il prit son régiment des gardes, et courut à l'aile gauche
D'ABLANCOURT, Arrien, dans RICHELET
-
29Recueillir quelqu'un, lui donner l'hospitalité.
Il [M. Trouvé] a quitté Saint-Jacques par discrétion, ne voulant pas abuser de la bonté extrême du plus pauvre curé de Paris ; un autre [curé] l'a pris
Mme de Sévigné, 11 mai 1683Savez-vous bien que j'ai chez moi un jésuite pour aumônier ?... il est vrai que je ne l'ai pris qu'après m'être bien assuré de sa foi
Voltaire, Lett. d'Alembert, 28 sept. 1763
-
Prendre quelqu'un, signifie aussi recevoir sa visite.
Je ferai ce que je pourrai, je ne promets pas, vous me prendrez si je viens
Diderot, Mém. t. IV, p. 224
-
30Prendre quelqu'un, le séparer du reste de la compagnie et s'adresser à lui. Prendre quelqu'un à part.
Quand le repas fut fini, la déesse prit Télémaque et lui parla ainsi
Fénelon, Tél. I
-
31Retrancher une partie d'un tout, ôter, tirer. J'ai pris le quart de cette somme. Familièrement. Il a pris sa bonne part de la fête, du plaisir, etc. il y a beaucoup participé.
Bienfaisant et par conséquent juste, Montesquieu ne voulait rien prendre sur sa famille, ni des secours qu'il donnait aux malheureux, ni des dépenses considérables auxquelles ses longs voyages, la faiblesse de sa vue et l'impression de ses ouvrages l'avaient obligé
D'Alembert, Éloges, Montesq.
-
Absolument. Prendre sur sa nourriture, sur sa dépense, retrancher de sa nourriture, de sa dépense ordinaire, pour subvenir à autre chose.
-
Prendre sur son sommeil pour travailler, pour étudier, diminuer les heures du sommeil, pour augmenter celles du travail, de l'étude.
-
Fig. Prendre sur, retrancher à.
- Voilà le vrai secret de faire Attale roi,Comme vous l'avez dit, sans rien prendre sur moi Corneille, Nicom. II, 3
Je ferai vos compliments à Brancas.... prenez une page sur moi pour lui donner
Mme de Sévigné, 10 août 1680Prendre un peu sur sa probité pour donner aux intérêts d'un maître
Hamilton, Gramm. 8Toutes ces entreprises commencées et qui ne prenaient rien sur les devoirs, marquent assez combien M. Dodart était laborieux
Fontenelle, Dodart.Que prenons-nous sur nos passions, sur nos humeurs, sur nos goûts ....pour pouvoir prétendre au titre de ses disciples [de Jésus] ?
Massillon, Carême, Mot. de conv.Le monde n'a-t-il rien pris sur tes mœurs ?
J.-J. Rousseau, Ém. V
-
-
Absolument.
Si .... vous êtes incommodée d'écrire, comme il y a bien de l'apparence, prenez sur moi comme sur celle qui vous aime le plus, sans faire tort à personne
Mme de Sévigné, 5 nov. 1684Vous prenez sur votre repos, sur vos plaisirs, sur vos besoins mêmes, quand il s'agit de votre devoir
Massillon, Petit carême, DrapeauxCette philosophie de Newton a un peu pris sur notre commerce, mais rien sur mes sentiments
Voltaire, Lett. en vers et en prose, 57
-
Familièrement. Je n'y prends ni n'y mets, c'est-à-dire la chose m'est indifférente.
Voilà ce qu'il [Corbinelli] vous demande ; vous voyez bien que je n'y prends ni n'y mets
Mme de Sévigné, 19 juill. 1677
-
32Se charger de. Prendre une somme en dépôt.
-
Prendre une affaire à ses risques, périls et fortune, s'en charger à tout hasard, profit ou perte.
-
Prendre une affaire à forfait, s'en charger pour un prix convenu, qu'il y ait perte ou gain.
-
Prendre un ouvrage à la tâche, s'en charger à raison de tant pour telle ou telle mesure, telle ou telle quantité.
-
Prendre une somme à intérêt, l'emprunter à condition d'en payer les intérêts.
-
Prendre un intérêt dans une affaire, dans une entreprise, contribuer de ses fonds dans une entreprise, à la condition d'avoir part aux profits ou aux pertes.
-
Prendre un engagement, contracter un engagement.
-
Prendre un rôle, voy. RÔLE.
-
Prendre quelqu'un sous sa protection, le protéger.
-
Prendre sur soi, se charger de quelque obligation.
- Et moi, comme héritant son sceptre et sa couronne,Je prends sur moi sa dette, et je vous la fais bonne Corneille, D. Sanche, I, 3
C'est une dette dont vous pourriez lui demander compte ; mais cette dette, je la prends sur moi
Bourdaloue, Serm. 21e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 308
-
Prendre sur soi quelque chose, consentir qu'une chose nous soit imputée.
Il ne se contente pas de se charger de nos crimes, il en prend sur lui toute la honte
Massillon, Carême, Passion.
-
Prendre quelque chose sur soi, s'en porter responsable ou solidaire.
- Je réponds de ma femme, et prends sur moi l'affaire Molière, Femm. sav. II, 4
- De son bannissement prenez sur vous l'offense Racine, Brit. II, 3
Je prendrai sur moi la rupture ; vos père et mère ne sauront rien de l'aveu que vous m'aurez fait
Marmontel, Mém. VIIICes dames s'y opposent, et je n'ose rien prendre sur moi
Mme de Genlis, Vœux téméraires, t. II, p. 122, dans POUGENS- Il n'importe, obéis, je prends sur moi le reste Casimir Delavigne, Vêpres sicil. III, 7
-
On dit aussi : prendre quelque chose sur son compte.
-
Prendre sur soi quelque chose, se décider à faire quelque chose.
Il faut donc que j'aie le courage de prendre ce voyage sur moi
Mme de Sévigné, 520Vous prendrez sur vous de voir votre frère
Massillon, Carême, Pardon.Jamais il [le régent] ne put prendre sur lui de rien refuser à ses amis, à ses ennemis, à ses maîtresses....
Raynal, Hist. phil. IV, 18
-
Prendre sur soi, signifie quelquefois regarder comme adressé à soi.
Il [le Seigneur] prend sur lui les plus légers mépris dont on déshonore ses serviteurs
Massillon, Carême, Médis.
-
Prendre tout sur soi, trop sur soi, se donner toute la peine, se donner beaucoup de peine, vouloir faire plus qu'on ne peut.
Je vous recommande, ma chère enfant, un peu de repos.... vous prenez tout sur votre courage, cela fait mal
Mme de Sévigné, 26 nov. 1688Je prends trop sur moi, pour que le corps ou l'esprit n'y succombe pas
Mme de Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 27 oct. 1675Elle prend tout sur elle, et ne songe qu'à faire du bien
Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. 17
-
Absolument. Prendre sur soi, beaucoup sur soi, se contraindre.
Vous n'êtes plus en état, ma fille, de prendre sur vous ; tout y est pris, ce qui reste tient à votre vie
Mme de Sévigné, 379Ils [M. et Mme de Chaulnes] savaient fort bien prendre sur eux-mêmes pour soutenir les grandes places où Dieu les a destinés
Mme de Sévigné, 3 févr. 1695Vous avez appris à prendre sur vous-même, et à sacrifier tous les jours vos penchants à des intérêts plus forts
Massillon, Carême, Samarit.
-
-
33S'établir dans.
Gagner les bords de la Düna, où il prendra ses quartiers d'hiver
Ségur, Hist. de Nap. IX, 6
-
Entrer en jouissance d'une chose à certaines conditions. Prendre des terres à ferme.
-
Prendre un logement, un appartement à loyer, ou, simplement, prendre un logement, un appartement, retenir par bail ou autrement un logement, un appartement.
Je vous conjure seulement de mander à d'Hacqueville ce que vous avez résolu pour cet hiver, afin que nous prenions l'hôtel de Carnavalet ou non
Mme de Sévigné, 6 sept. 1677
-
34Choisir, préférer, se décider pour. Il faut prendre le plus beau papier pour cette impression.
....Tombant dans les mains de la nécessité, Ils ont pris le théâtre en cette extrémité
Corneille, Illus. com. V, 5- Dois-je dans la province établir mon séjour,Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la cour ? La Fontaine, Fabl. III, 1
- Ainsi chacune prit son inclination La Fontaine, ib. II, 20
- À quel parti me doit résoudre ma raison ?Ai-je l'éclat ou le secret à prendre ? Molière, Amph. III, 3
Elle [la Providence] a déterminé Mme de Lesdiguières à prendre une livrée magnifique et modeste ; c'est un fond isabelle, car elle a envoyé promener le rouge
Mme de Sévigné, 11 mai 1683Prends-moi le bon parti : laisse-là tous les livres
Boileau, Sat. VIII
-
Prendre le haut bout, choisir la place la plus honorable.
-
Prendre un expédient, choisir un moyen, un expédient pour terminer une affaire.
- Tu prends, pour me toucher, un mauvais artifice Corneille, Héracl. III, 2
-
Prendre des mesures, prendre ses mesures, employer des moyens, des expédients pour faire réussir une chose.
-
Prendre ses précautions, ses sûretés, prendre les moyens nécessaires pour éviter un danger, un dommage.
-
Prendre une résolution, une détermination, un dessein, se résoudre à quelque chose.
-
Prendre le parti de, prendre son parti de, voy. PARTI 3, n° 7.
-
Prendre le parti de la robe, des armes, etc. voy. PARTI 3, n° 10.
-
Prendre les ordres sacrés, entrer dans les ordres.
-
35Trier, faire un choix.
Je ne prends que les vertus extraordinaires, et je choisis les fleurs que je jette sur son tombeau
Fléchier, Duch. d'Aiguil.
-
36S'engager dans une route, dans une voie de communication, etc.
- J'ai pris un escalier, elle venait par l'autre Thomas Corneille, Baron d'Albikrac, III, 1
Lève-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse
Racine, Esth. I, 1Faut-il de si grands talents et une si bonne tête à un voyageur pour suivre d'abord le grand chemin, et, s'il est plein et embarrassé, prendre la terre, et aller à travers champs ?
La Bruyère, VIAvec cette armée, il [le czar Pierre] prit son chemin par la Moldavie et la Valachie, autrefois le pays des Daces
Voltaire, Charles XII, 5Ils voient [à Moscou] d'autres flammes s'élever précisément dans la nouvelle direction que le vent venait de prendre sur le Kremlin
Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6
-
Prendre le plus long, le plus court, son plus long, son plus court, prendre le chemin le plus long ou le plus court.
On aime une personne qu'on va trouver, et on prend son plus court ; cela est naturel
Marivaux, Pays. parv. 3e part.
-
Absolument. Prendre à droite, à gauche, entrer dans un chemin situé à main droite ou à main gauche.
Promote, un des lieutenants généraux de l'empereur, prit à gauche avec une partie de la cavalerie
Fléchier, Hist. de Théodose, II, 4
-
On dit de même : prendre à l'est, au nord, etc.
Pour avoir trop pris à l'ouest, la petite flotte manqua son terme
Raynal, Hist. phil. XVI, 3
-
Prendre par, suivre une direction par un certain endroit.
- Mets sur mon bras ton bras timide,Viens, nous prendrons par les tilleuls Victor Hugo, Odes, V, 24
-
Prenez par ici, par là, allez par ce chemin-ci, par ce chemin-là.
-
Prendre à travers champs, à travers les terres labourées, aller directement, sans suivre le chemin frayé.
-
Fig et familièrement. Prendre à travers les choux, à travers choux, aller à son but tout droit, sans s'inquiéter d'aucune considération, et aussi procéder au hasard, sans méthode.
-
Prendre la voie de la messagerie, de la diligence, la voie du coche, aller par la messagerie, par la diligence, par le coche.
-
On dit de même : prendre la diligence, prendre la poste, prendre la messagerie, prendre le coche, prendre le chemin de fer, le premier train.
-
On dit dans le même sens : prendre un fiacre, un bateau, un cheval.
-
Fig. Prendre la bonne voie, la mauvaise voie, se porter au bien, au mal.
-
Fig. Prendre la bonne voie, se servir de bons ou de mauvais moyens pour réussir en quelque chose.
-
On dit dans le même sens : prendre les voies de la rigueur, de la douceur, etc.
-
Fig. Prendre le chemin de se ruiner, de faire fortune, faire ce qu'il faut pour se ruiner, pour s'enrichir.
-
Prendre les devants, le devant, partir avant quelqu'un, et fig. le prévenir, le devancer dans une affaire.
-
Prendre le pas sur quelqu'un, passer devant lui pour le précéder ; prendre sa droite, se mettre à sa droite. Prendre la main, prendre le pas, c'est-à-dire prendre la droite. Les princes du sang prennent la main chez eux.
-
37Il se dit de la façon dont on taille, emploie une étoffe. Le tailleur a mal pris cette étoffe. Prendre du drap à contre-poil.
-
Prendre un habit, faire un habit sur un patron donné.
Je vous porte un habit complet à la valaisane, et j'espère qu'il vous ira bien ; il a été pris sur la plus jolie taille du pays
J.-J. Rousseau, Hél. I, 23Je gagerais qu'elles ont été prises d'après le même modèle
Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 300, dans POUGENS
-
Il se dit, en un sens analogue, de viandes qu'on découpe. Vous coupez mal ce bouilli ; vous n'avez pas pris le sens de la viande.
-
Fig. Prendre une affaire à contre-poil, la prendre en un sens contraire à celui qui serait convenable.
-
Fig. Prendre bien, prendre mal une affaire, la conduire bien ou mal.
-
Fig. Prendre une affaire du bon, du mauvais biais, la conduire bien, la conduire mal.
- Et du biais qu'il faut vous prenez cette affaire Molière, Sgan. 21
-
Fig. Prendre une chose du bon, du mauvais côté, la considérer comme il convient, comme il ne convient pas, et aussi supposer une bonne, une mauvaise intention.
Elle prend toujours les choses du mauvais côté
Regnard, Sérénade, 13
-
Prendre une chose d'une certaine façon, la considérer, la traiter d'une certaine façon.
Entrez dans ce cabinet, pour nous écouter, et vous verrez comme je vais prendre la chose
HAUTEROCHE, le Coch. 17- Aurais-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire ? Molière, Tart. IV, 5
- Vous prenez, croyez-moi, comme il faut cette affaire Regnard, le Joueur, V, 8
-
-
38Comprendre, interpréter, considérer d'une certaine manière.
- Vous prenez tout d'un sens contraire à ma pensée Rotrou, Antig. II, 4
Je vous crois l'âme trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable
Molière, Mis. III, 5Je lui fis excuse d'avoir mal pris son sentiment
Pascal, Prov. IIls [les philosophes] ont été sous l'erreur qui a aveuglé tous les hommes dans le premier : ils ont tous pris la mort comme chose naturelle à l'homme
Pascal, Lettre du 17 oct. 1651On a pris cela, comme s'il avait voulu braver le roi ; jamais rien ne fut si innocent
Mme de Sévigné, 134On demande comment il faut prendre cette parole de saint Antoine.... que la vraie raison ne se connaît pas elle-même
Bossuet, Or. V, 12On prend tout à mal
Bossuet, Pensées, 29Il faut vous accoutumer à bien prendre mes lettres
Bossuet, Lett. Corn. 88Lorsque la suite du discours détermine le sens auquel on les prend [les termes]
Malebranche, Rech. vér. Éclairc. l. I, t. IV, p. 36, dans POUGENS.Vous avez fait comme tous les commentateurs ; vous n'avez pas pris le sens de l'auteur
Voltaire, Lett. Thiriot, 4 juin 1756Ne lui fais pas de plaisanterie à deux sens, puisqu'il les prend à mal
Mirabeau, Lett. orig. t. III, p. 545Oh ! vous savez bien prendre la chose
AL. DUVAL, Projet de mar. sc. 12
-
Le bien prendre, se faire une juste idée de la chose.
Vraiment, dit Ariste, vous le prenez bien, et je ne doute presque pas que votre explication ne soit la meilleure
BOUHOURS, Entret. d'Ariste et d'Eug. VI
-
À le bien prendre, en donnant une juste interprétation.
- À le bien prendre au fond, elle n'est pas si bête Molière, Femm. sav. IV, 3
Dans l'état opulent où Dieu vous a placées, vous êtes, à le bien prendre, les servantes des pauvres
Bourdaloue, Exhort. char. envers les pauv. t. I, p. 9
-
Prendre quelque chose en bonne part, en mauvaise part, recevoir bien ou mal ce qu'on nous dit, ce qu'on nous fait.
-
Prendre mal, se fâcher de.
Il pourrait se trouver des gens qui prendraient mal vos discours
Pascal, Prov. VIII
-
Le prendre mal, se fâcher mal à propos.
-
Prendre pour soi, s'attribuer, se faire l'application de.
- Le jeune Ménécée a pris ces mots pour lui Rotrou, Antig. I, 3
Je vous supplie de ne prendre pour vous aucune des plaintes que je ferai, parce que je ne vous impute aucune des choses dont je me plains
Fénelon, Lett. à Noailles, 8 juin 1697
-
Prendre une chose à la lettre, au pied de la lettre, l'expliquer selon le sens littéral, dans la rigueur de l'expression.
S'il faut prendre au pied de la lettre et sans figure tout ce qu'il vient de raconter
Bossuet, 6e avert. I, 8Comment, sans vous compromettre, Vous tourner un compliment ? De ne rien prendre à la lettre Nos juges ont fait serment
Béranger, Halte-là.
-
Prendre les choses à la rigueur, les interpréter trop selon le sens propre.
-
Le prendre à, s'en rapporter au sens de.
- Si vous le voulez prendre aux usages du mot,L'alliance est plus grande entre pédant et sot Molière, Femm. sav. IV, 3
-
Prendre sérieusement une chose, l'entendre comme si elle avait été dite sérieusement.
Vous moquez-vous de le prendre sérieusement avec un homme comme cela ? ne voyez-vous pas qu'il est fou ?
Molière, Bourg. gent. III, 14Il a pris sérieusement et de travers tout mon badinage
Mme de Sévigné, 17 janv. 1689
-
Prendre sérieusement, prendre au sérieux, donner une attention sérieuse.
Ceux qui vivent dans les plaisirs.... ne prennent rien sérieusement
Bossuet, Sermons, Am. des plaisirs, I- Jupiter prend le fait très sérieusement Dancourt, Céphale et Procris, I, 7
Au bout de cinquante ans, vous avez daigné enfin me prendre sérieusement
Voltaire, Lett. Richelieu, 4 juin 1772La chose fut prise au sérieux
J.-J. Rousseau, Conf. I
-
Prendre en riant quelque chose, ne s'en point fâcher, n'en faire que rire.
-
39Prendre quelqu'un, le considérer, en faire l'objet d'une étude.
Il [Bourdaloue, dans une oraison funèbre] a pris le prince [de Condé] dans ses points de vue avantageux
Mme de Sévigné, 15 déc. 1683
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40Soutenir, adopter.
- Elle vous a banni, j'ai pris votre querelle Corneille, Sertor. IV, 2
- Loin d'être les premiers à prendre ma vengeance,Eux-mêmes font obstacle à mon ressentiment Molière, Amph. III, 5
Et vous devez, en raisonnable époux, être pour moi contre elle, et prendre mon courroux
Molière, Femmes sav. II, 6C'est prendre les vrais intérêts du christianisme, que de soutenir que les démons n'ont point été les acteurs des oracles
Fontenelle, Oracl. I, 5
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Prendre le parti de, parti pour, voy. PARTI 3, n° 5, et, absolument, prendre parti, voy. le n° 10.
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Terme de palais. Prendre le fait et cause de quelqu'un, ou prendre fait et cause pour quelqu'un, intervenir en cause pour lui.
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Fig. Dans le discours ordinaire, prendre fait et cause pour quelqu'un, prendre la défense de quelqu'un.
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41Il se dit des sentiments, des passions que l'on éprouve.
- Par l'estime qu'on prend pour un autre mérite Corneille, Sophon. I, 2
Prenez des sentiments plus justes et plus doux
Corneille, Tois. d'or, IV, 3- Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil ? Corneille, Cid, III, 1
- Mon cœur en prend par force une maligne joie Corneille, Poly. III, 5
J'en pris pour l'avenir dès lors quelques alarmes
Corneille, Œdipe, I, 4- Un ami, qui m'est joint d'une amitié fort tendre,Et qui sait l'intérêt qu'en vous j'ai lieu de prendre Molière, Tart. V, 6
J'y retournai le lendemain, toujours en badinant de cet amour que je disais vouloir prendre et qui, à ce que je crois, était tout pris
Marivaux, Pays. parv. 4e partie.Je suis environné de chagrins, quoique je tâche de n'en point prendre
Voltaire, Lett. d'Argental, 8 mai 1773Je pris du goût pour la littérature et quelque discernement des bons livres
J.-J. Rousseau, Confess. III- J'ai pris goût à la république,Depuis que j'ai vu tant de rois BÉR., Républ.
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Prendre l'épouvante, avoir tout à coup une grande frayeur.
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42Obtenir, se procurer.
- Vous savez quel empire il a pris sur mon âme Casimir Delavigne, Vêpres sicil. I, 4
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Prendre des renseignements, des informations, se renseigner, s'informer.
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On dit à peu près dans le même sens : prendre connaissance d'une chose.
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Prendre la vengeance, se venger de.
- Pour m'ouvrir une voie à prendre la vengeanceDe son hypocrisie et de son insolence Molière, Tart. III, 4
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Prendre ses avantages, profiter des occasions qui se présentent.
Il [Mazarin] croyait que, tous les gros joueurs ayant la réputation de tromper, il ne lui était pas défendu de faire comme les autres, ce qu'il appelait d'un ton plus doux prendre ses avantages
BRIENNE, Mémoires, ch. VIII
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Prendre avantage, même sens. Cet homme prend avantage de tout.
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Prendre de l'avantage, prendre son avantage pour monter à cheval, se dit de ceux qui, pour monter plus facilement à cheval, s'aident d'une pierre, d'un banc.
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Prendre le dessus, se dit d'une personne dont la santé, les affaires, etc. se rétablissent.
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Prendre la grande main, la haute main dans une affaire, y prendre la principale autorité.
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Prendre l'avis, consulter.
- De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis Corneille, Cinna, V, 1
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Prendre les avis, les voix, les recueillir.
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Prendre des inscriptions en médecine, en droit, s'inscrire pour commencer ses études dans la médecine, dans le droit.
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Prendre ses degrés, ses grades, obtenir, dans une université, les titres de maître ès arts, de bachelier, de licencié, de docteur.
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On dit de même : prendre ses licences.
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43Avec un nom de temps, remettre à une autre époque, à un autre moment. Prendre du délai. Prendre du temps.
- Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes Corneille, Cid, V, 7
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Prendre un moment, se réserver un moment.
Il faudrait être bien misérable pour ne vouloir pas prendre un moment en toute sa vie pour mettre un chapelet à son bras, ou un rosaire dans sa poche, et assurer par là son salut
Pascal, Prov. IX
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Prendre jour, fixer un jour.
- Mais hier, quand elle sut qu'on avait pris journée,Et qu'enfin la bataille allait être donnée.... Corneille, Hor. I, 1
- Prenez entre vous l'ordre et du temps et du feu,Je m'y rendrai sur l'heure et vais l'attendre ; adieu Corneille, D. Sanche, I, 4
- Vous aviez pris jour pour un lien si doux Molière, Tart. I, 6
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Prendre son temps, ne point se presser, faire une chose à loisir. Prendre le temps, l'occasion, le moment, saisir le temps, l'occasion, le moment favorable.
Prenons l'occasion, tandis qu'elle est propice
Corneille, Cinna, I, 3- Ils vous prennent le temps que dans la bergerieMessieurs les bergers n'étaient pas La Fontaine, Fabl. III, 13
- Pour arriver ici mon père a pris le frais Molière, École des femmes, V, 6
J'ai pris ce moment-là pour demander au roi, qu'on ne fasse rien là-dessus que par vous
Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 29 août 1697
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Prendre son temps, choisir le moment favorable.
- Sur l'ennemi commun sauront prendre leur temps Corneille, Héracl. V, 6
- Dans l'abord il se met au large,Puis prend son temps, fond sur le couDu lion qu'il rend presque fou La Fontaine, Fabl. II, 6
Je ferais le voyage qu'il vous conseille ; je prendrais mon temps ; je mettrais ce remède au rang de mes affaires indispensables
Mme de Sévigné, 11 oct. 1679Don Gabriel forma le dessein de m'enlever, et prit si bien son temps et ses mesures, qu'il l'exécuta sans peine un soir que je m'en retournais toute seule à la ferme
Lesage, Estev. Gonz. 55
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Dans le sens contraire.
J'aime mieux qu'on me blâme d'avoir mal pris mon temps que d'avoir été indifférent dans un déplaisir qui vous a été si sensible
Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 217, dans POUGENS- Que vous prenez mal votre temps, madameJacob ! vous me voyez en compagnie... Lesage, Turc. V, 9
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Prendre le temps de quelqu'un, attendre le moment qui convient à quelqu'un dont on a besoin.
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En un sens différent, prendre le temps de quelqu'un, lui dérober une partie de son temps.
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44Prendre les choses de haut, les traiter avec une grande étendue d'esprit.
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Prendre la chose de plus haut, en parlant d'une narration, faire le récit des choses qui ont précédé celles que l'on raconte.
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On dit dans le même sens : prendre les choses de loin.
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45Il se dit de quelques opérations scientifiques.
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Terme d'astronomie. Prendre des distances d'astres, observer avec un instrument les distances angulaires de ces astres.
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Terme de marine. Prendre la hauteur du soleil, de la lune ou d'un autre astre, ou, absolument, prendre hauteur, mesurer avec un instrument la hauteur d'un astre au dessus de l'horizon pour en conclure la latitude.
Pendant douze jours je n'ai pas quitté le compas et la carte marine ; j'ai même pris hauteur, ce qui est très fort pour un ambassadeur ecclésiastique,
Lettre du card. de Polignac, 1693, dans JAL
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En médecine clinique, prendre l'observation d'un malade, consigner jour par jour les phénomènes de la maladie.
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En général, prendre des observations, recueillir des notes sur certaines choses.
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46Au jeu, prendre sa revanche, jouer une seconde partie pour se racquitter de ce qu'on a perdu.
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Fig. Prendre sa revanche, regagner un avantage qu'on avait perdu, ou l'équivalent.
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Au jeu de paume, prendre sa bisque, compter le quinze qu'on a reçu de celui contre qui l'on joue, et qu'on est en droit de prendre quand on veut.
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Fig. et familièrement. Bien ou mal prendre sa bisque, faire usage à propos ou mal à propos d'un moyen qu'on a pour réussir dans une affaire, pour obtenir une grâce.
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47Terme de chasse. Prendre le change, se dit des chiens lorsqu'ils quittent la bête qui a été lancée pour en prendre une autre.
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Fig. Prendre le change sur un objet, sur une affaire, s'y tromper.
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Faire prendre le change à quelqu'un, le tromper, l'induire en erreur.
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Prendre les devants, faire un tour avec les chiens pour requêter et retrouver la voie d'un animal.
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On dit que le cerf prend son buisson, quand il choisit un endroit dans une forêt pour se retirer le jour et aller aisément la nuit dans les champs.
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Prendre le vent, se dit de l'action des chiens qui vont à la rencontre du gibier.
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Terme de fauconnerie. Prendre motte, se dit d'un oiseau qui se pose à terre au lieu de se percher.
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48Terme de marine. Prendre le bord du large, prendre au large, prendre le large, s'éloigner de terre pour gagner la haute mer.
Les galères sortirent à petit bruit de leurs postes, et prirent au large,
Duquesne à Seignelay, 1680, dans JAL
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Fig. Prendre le large, s'enfuir.
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Prendre la haute mer, gagner la haute mer.
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Prendre le largue, passer de l'allure du plus près du vent à celle du largue, c'est-à-dire courant près du vent, élargir l'angle de sa route.
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Prendre la mer, s'embarquer.
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Prendre terre, prendre port, débarquer.
- Il ne vient que vous perdre en venant prendre port Corneille, Pompée, I, 1
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Prendre les amures sur le bord, les fixer.
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Prendre vent devant, virer de bord.
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Prendre la mer de bout, mettre ou avoir le cap dans la direction de la lame, et la couper directement avec l'étrave en faisant route.
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Prendre une bitture, retirer de la cale et élonger sur le pont la longueur de câble nécessaire pour un fond où l'on va mouiller.
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Prendre un corps-mort, en faire parvenir les câbles à bord pour s'amarrer, au mouillage, sur ce corps-mort.
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Prendre chasse, fuir devant la poursuite d'un ennemi.
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Un bâtiment, une voile, prennent ou sont pris, lorsqu'en venant au vent le bâtiment est masqué ou la voile coiffée.
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Prendre des ris, voy. RIS.
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Prendre le plus près, voy. PRÈS.
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Prendre en chargement, prendre du monde, des troupes, des passagers, etc. les mettre, les recevoir à bord.
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49Prendre à, accepter comme.
- Puisque Dieu le voulut, je pris le tout à gré Régnier, Sat. X
Mon ami, prenez ce discours à bon présage
Pascal, Prov. II
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Prendre une chose à cœur, s'en affecter.
Il me semble que vous prenez la chose fort à cœur
Molière, Préc. 1
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Prendre une chose à tâche, chercher tous les moyens de la faire.
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Prendre quelqu'un à témoin, invoquer son témoignage. Je les prends à témoin de l'insulte que vous me faites.
Je prends à témoin le prince votre père si ce n'est pas vous que j'ai demandée
Molière, Princ. d'Él. V, 2
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On dit de même : prendre Dieu à témoin.
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Prendre à partie, voy. PARTIE 1, n° 17.
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50Prendre dans, puiser à.
- Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sangLa fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc Racine, Brit. I, 1
- Cet amour du pouvoir que l'on prend dans les camps M. J. CHÉN., Gracques, II, 3
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51Prendre quelqu'un en, le surprendre, l'attaquer d'une certaine façon.
- Va, tu l'as pris en traître ; un guerrier si vaillantN'eût jamais succombé sous un tel assaillant Corneille, Cid, V, 6
Tu [Ulysse] as pris les amants [de Pénélope] en trahison, c'étaient des hommes amollis par les plaisirs
Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. V
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Attaquer. Prendre les ennemis en queue, en flanc, les attaquer par la queue, par le flanc.
L'empereur, avec le reste, côtoyant la colline à droite, s'approcha des ennemis pour les prendre en flanc
Fléchier, Hist. de Théodose, II, 4
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Fig. Prendre quelqu'un en, ressentir un certain sentiment pour lui. Prendre quelqu'un en amitié, en haine. Prendre quelque chose en gré.
Cela me fait prendre le monde en horreur avec justice
Voltaire, lett. roi de Prusse, 21 avril 1760
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Prendre quelqu'un ou quelque chose en guignon, en grippe, être prévenu contre quelqu'un, contre quelque chose.
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Prendre quelqu'un en pitié, avoir pour lui de la pitié ou du dédain.
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Quand le substantif n'est pas sans article, on met dans au lieu de en.
Aussi m'a-t-elle pris dans le plus parfait dédain
J.-J. Rousseau, Hél. I, 34
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Prendre le mal d'autrui en pitié, en être touché.
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Prendre les choses en patience, les supporter patiemment.
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Prendre une chose en considération, la remarquer, en tenir compte.
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52Prendre pour, regarder comme, supposer.
Quand je prendrai l'un pour l'autre, vous me remettrez au droit chemin
Guez de Balzac, liv. VII, lett. 22- Ils prennent pour affront la pitié qu'on a d'eux Corneille, Hor. III, 2
- Un jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup,Prit pour oison le cygne La Fontaine, Fabl. III, 12
Car enfin, mes pères, pour qui voulez-vous qu'on vous prenne ? pour des enfants de l'Évangile, ou pour des ennemis de l'Évangile ?
Pascal, Prov. XIJe n'aurais pas pris votre courage pour de la force comme on a fait
Mme de Sévigné, 21Athènes, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, prenait pour athées ceux qui parlaient des choses intellectuelles, et c'est une des raisons qui avaient fait condamner Socrate
Bossuet, Hist. II, 5- Tircis, l'amour n'est point de votre connaissance,Vous prenez sa sœur pour lui DESHOUL., Poés. t. I, p. 126
C'est lui [le distrait] encore qui entre dans une église, et, prenant l'aveugle qui est collé à la porte pour un pilier et sa tasse pour le bénitier, y plonge sa main
La Bruyère, XIRien n'est plus commun que de prendre sa tête pour son cœur
Diderot, Lett. à Mlle Voland, 8 sept. 1767
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Familièrement. Pour qui me prenez-vous ? se dit pour avertir quelqu'un qu'il se trompe du tout au tout sur ce que je suis.
Comment, madame, pour qui prenez-vous monsieur Jourdain ?
Molière, Bourg. gent. IV, 1Que va-t-il penser de moi ? pour qui me prendra-t-il ? mon Dieu ! que je suis malheureuse !
Marivaux, Marianne, part. 3
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Prendre saint Pierre pour saint Paul, prendre l'un pour l'autre.
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Familièrement. Prendre quelqu'un pour un autre, en juger autrement qu'il ne faut. Allez chercher votre dupe ailleurs, vous m'avez pris pour un autre.
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Fig. Prendre martre pour renard, se méprendre.
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Prendre un homme pour une dupe, le regarder comme facile à tromper.
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Prendre un homme pour dupe, le tromper.
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Prendre pour bon, croire (presque toujours avec un sens ironique).
Voyez ce que c'est que de n'être pas jour et nuit en ce pays-ci [la cour] ! le coadjuteur.... prend pour bon ce que la reine vient de lui dire
Retz, Mém. II
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Fig et familièrement. Il a pris ce qu'on lui a dit pour argent comptant, il a cru trop facilement ce qu'on lui a dit, il a trop compté sur ce qui n'était qu'apparence.
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53Prendre avec un nom de chose pour sujet. Entourer, envelopper.
Cette draperie est une seule et unique pièce d'étoffe qui s'en va prendre les bras, les jambes, le corps, les épaules, le dos, toute la figure
Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 332, dans POUGENS
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Fig. Faire impression, s'emparer de l'esprit.
- Et l'ingrate beauté dont le charme m'a pris Rotrou, Vencesl. IV, 2
Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir
Molière, Critique, 7Toinette : La tendresse paternelle vous prendra. - Argan : Elle ne me prendra point
Molière, Mal. imag. I, 5Ils [les sacrements] nous prennent l'esprit par la vue et par l'ouïe tout ensemble
Bossuet, Euch. II, 6
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Il se dit des maladies qui saisissent. L'accès le prit à telle heure.
La fièvre de monsieur le Dauphin, qui le prend dans cette saison à Saint-Germain
Mme de Sévigné, 22 juill. 1671- Ma colique m'a pris assez mal à propos Regnard, Légat. II, 4
Eh ! dis-moi, je te prie, Te prennent-ils souvent ces accès de folie ?
GRESS., le Méch. III, 9
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Il se dit, dans un sens analogue, des sentiments, des passions, etc.
- L'épouvante les prend à demi descendus Corneille, Cid, IV, 3
Le repentir m'a pris, et j'ai craint le courroux céleste
Molière, Festin, I, 3Si la curiosité me prenait de savoir....
Pascal, Prov. IVous souvient-il des fantaisies qui vous prenaient quelquefois de trouver qu'il y a des mois qui ne finissent point du tout ?
Mme de Sévigné, 25 mai 1680À peine y sommes-nous entrés [dans l'église] à certains jours que l'ennui nous prend et que nous pensons à nous retirer
Bourdaloue, Exhort. sur le reniem. de St Pierre, t. I, p. 466Quand la colère me prend, ordinairement la mémoire me quitte
Marivaux, Sec. supr. de l'am. I, 2
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Absolument.
L'âge s'avance, les charmes passent, les hommes s'éloignent, la mauvaise humeur prend
Diderot, Père de famille, II, 2
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Contracter certaines qualités bonnes ou mauvaises.
Il semblait que tout prît un vice particulier et se corrompît en même temps
Montesquieu, Esp. XXXI, 27L'arc parut prendre quelque élasticité entre ses mains
Voltaire, la Princ. de Babyl. 1Des barres de fer qu'on laisse tomber plusieurs fois de suite d'une certaine hauteur prennent du magnétisme par l'effet de leurs chutes réitérées
Buffon, Min. t. IX, p. 55Ce jaspe qui prend très bien le poli
Buffon, ib. t. I, p. 66Le sommet est d'un brun noirâtre qui prend un peu de jaune par derrière et sur les côtés
Buffon, Ois. t. VI, p. 124Le coton ne prend le rouge de la garance d'une manière solide que lorsqu'il a été imprégné d'huile
CHAPTAL, Instit. Mém. scienc. t. II, p. 289
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Prendre son pli, voy. PLI.
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Absorber, détourner.
C'est ce qui prend tout l'argent et toute l'attention
Mme de Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 13 fév. 1711
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Prendre du temps, exiger beaucoup de temps. Ce travail m'a pris beaucoup de temps, peu de temps.
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Surprendre. La pluie nous prit en chemin.
La nuit et le sommeil les prirent en même temps
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 453, dans POUGENS
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Prendre sa source, en parlant d'un cours d'eau, commencer à couler, avoir son origine.
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Prendre son cours, suivre une certaine direction en coulant.
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Cette affaire prend un bon tour, un mauvais tour, on peut présumer, vu la manière dont elle marche, qu'elle réussira, ne réussira pas.
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On dit de même : cela prend une bonne, une mauvaise tournure.
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Par analogie. Le train que prennent les choses.
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S'imprégner. Prendre l'eau.
Il veut que les souliers des enfants prennent l'eau
J.-J. Rousseau, Ém. II
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Prendre le sel, son sel, voy. SEL.
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54Prendre se construit avec plusieurs substantifs sans article, et forme locution ; on en donne ici quelques exemples, en y joignant parfois, pour marquer la différence, l'emploi avec l'article.
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Prendre foi, prendre créance, se fier.
- Mais je n'ai point pris foi sur ces méchantes langues Molière, Éc. des femm. II, 6
- Et tâchez, comme il prend en vous quelque créance,De le dissuader de cette autre alliance Molière, ib. V, 6
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Prendre droit, acquérir des droits.
- Et je serais encore à nommer le vainqueur,Si le mérite seul prenait droit sur un cœur Molière, D. Garc. I, 1
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Prendre droit, avec un nom de chose pour sujet, être capable de (locution qui vieillit).
- Cependant apprenez prince, à vous mieux armerContre ce qui prend droit de vous trop alarmer Molière, D. Garc. I, 5
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Prendre patience. supporter patiemment.
Il a affaire à un fâcheux, à un homme oisif qui se retirera à la fin, il l'espère, et il prend patience
La Bruyère, XI
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Prendre courage, se remettre en courage, en espoir.
Prends courage, ma fille....
Corneille, Cid, II, 9
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Prendre visée, s'attacher à.
- Elle est sage, elle m'aime, et votre amour l'outrage ;Prenez visée ailleurs, et troussez-moi bagage Molière, Éc. des mar. II, 9
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Prendre garde, voy. GARDE 1, n° 5.
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Prendre peine, travailler à.
Tant pis encore de prendre peine à dire des sottises
Molière, Critique, 1
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Prendre de la peine, travailler avec soin.
- Travaillez, prenez de la peine,C'est le fonds qui manque le moins La Fontaine, Fabl. v, 9
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Prendre plaisir, se plaire à. Il prend plaisir à nous tourmenter.
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Il se dit aussi avec de.
- Car le ciel a trop pris plaisir de m'affliger Molière, le Dép. II, 4
Je prends plaisir d'être seule
Molière, Critique 1- Je pense qu'il ne prend pas plaisir de nous voir Molière, Festin, III, 7
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Prendre le plaisir de la chasse, de la pèche, de la promenade, etc. aller à la chasse, à la pêche, à la promenade.
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Prendre soin, donner des soins. Prendre soin d'un malade. Je voulais, en mourant, prendre soin de ma gloire.
- Et dérober au jour une flamme si noire Racine, Phèdre, I, 3
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Prendre le soin, ne pas négliger de.
C'est un étrange fait du soin que vous prenez à me venir toujours jeter mon âge au nez
Molière, Éc. des maris, I, 1
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Prendre parole de quelqu'un, tirer assurance, promesse verbale que telle chose sera faite.
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Prendre la parole de quelqu'un, recevoir son engagement, sa promesse.
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Prendre la parole, commencer à parler.
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Prendre mesure, noter d'une certaine façon les quantités nécessaires pour faire un habit, un soulier, etc.
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Prendre la mesure, les dimensions d'un objet, le mesurer.
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Prendre place, se mettre parmi.
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Prendre la place de, se mettre à la place de.
- Il n'est plus temps, madame, une autre a pris la place Molière, Mis. IV, 2
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Prendre langue, voy. LANGUE, n° 4.
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Prendre pied, s'établir solidement. Il a pris pied dans cette administration.
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Prendre le pied, s'autoriser.
De peur que, sur votre faiblesse, il ne prenne le pied de vous mener comme un enfant
Molière, Scapin, I, 4
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Fig. Prendre un pied, s'emparer d'une étendue égale à celle d'un pied, s'impatroniser le moins du monde.
- Laissez-leur prendre un pied chez vous,Ils en auront bientôt pris quatre La Fontaine, Fabl. II, 8
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Prendre racine, s'enraciner.
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Prendre loi, obéir à.
- Il serait beau vraiment qu'on le vît aujourd'huiPrendre loi de qui doit la recevoir de lui ! Molière, Éc. des femmes, v, 7
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Prendre les lois, des lois, même sens.
Et tu devais tenir pour assuré présage, ....Que toute cette Europe allait prendre tes lois
Corneille, Toison d'or, Prologue, sc. 2- Vous ne prenez de lois que de votre caprice Rotrou, Venc. I, 1
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55V. n. S'enraciner. La vigne ne prend pas dans ce terrain. Des plantes qui prennent de bouture.
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Fig.
Sans lui [Dieu] nous ne pouvons rien faire, et ses plus saintes paroles ne prennent point en nous, comme il l'a dit lui-même
Pascal, Lett. sur la mort de son pèreJésus-Christ leur dit : Vous voulez me tuer, méchants que vous êtes, parce que mon discours ne prend point en vous
Bossuet, Sermons, Église, ISon esprit est ce que l'a fait la nature : la culture et les soins n'y prennent pas
J.-J. Rousseau, Confess. VII
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56Fig. Réussir, avoir du succès.
Cet exemple prit universellement, et répandit dans l'arche un esprit de coquetterie qui dura pendant tout le séjour qu'on y fit
MONCRIF, dans DESFONTAINESCette doctrine eut de la peine à prendre à la Chine et au Japon
Diderot, Opin. des anc. phil. (Japonais).Je ne pense pas que la méthode de l'illustre Réaumur pour faire éclore les poulets ait pris en France
Bonnet, 9e lett. hist. nat.
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Il se dit aussi des personnes. Ce jeune homme a bien pris dans le monde.
D'Aquin n'avait jamais pu prendre avec Mme de Maintenon
Saint-Simon, 14, 152
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57S'attacher à, avec un nom de personne pour sujet. On a beau faire étudier cet enfant, il ne prend à rien.
J'en demeurerai à la simple approbation [des bouts-rimés], quand ce ne serait que pour faire voir à Pauline qu'il y a des choses où mon esprit ne prend pas
Mme de Sévigné, 12 juil. 1690
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C'est un homme qui prend à tout, qui ne prend à rien, qui s'intéresse à tout, qui ne s'intéresse à rien.
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58Faire son effet, s'attacher à, avec un nom de chose pour sujet. Cette couleur ne prend pas. Les vésicatoires ont bien pris. Les sangsues n'ont pas pris.
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Fig.
L'évêque de Chartres m'avertissait qu'on m'avait rendu les plus mauvais offices auprès du roi, et qui avaient pris
Saint-Simon, 212, 119Espérant me causer de l'inquiétude, tout cela ne prenait point,
J.-J. Rousseau, Ém. IICette raison prend peu sur nous, riches
J.-J. Rousseau, ib. IV
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59Faire une impression trop forte.
Je me porte à merveilles, hors que je n'ai pu souffrir la douche, c'est que je n'en avais nul besoin cette année, et qu'elle prenait trop sur moi
Mme de Sévigné, 21 sept. 1677
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Particulièrement. Faire une impression trop forte à la gorge, au nez. Ce ragoût prend à la gorge. La moutarde prend au nez.
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60Il se dit de ce qui s'allume ou fait explosion.
Leur hôtel de Paris a pensé brûler : une chambre, avec ce qui était dedans, a été brûlée tout entière ; et le miracle, c'est qu'il y avait dans cette chambre de la poudre qui ne prit point
Mme de Sévigné, 5 janv. 1680Elle [la flamme] prend partout en un instant, et cet admirable édifice est réduit en cendres
Bossuet, Hist. II, 8Comme il vit que la flamme commençait à prendre au bûcher
Fénelon, Tél. XÀ vous entendre, J'ai cru qu'à la maison le feu venait de prendre
Regnard, le Distr. I, 2
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61S'épaissir, se cailler, se glacer. Cette gelée ne prendra pas. La rivière a pris cette nuit.
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62Commencer en un point et s'étendre de là.
Une tache d'un pourpre clair prend à l'angle de l'œil, et se termine en arrière par un trait du bleu le plus vif
Buffon, Ois. t. XIII, p. 294
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63Il se dit des maladies qui font invasion.
La maladie de Mme la comtesse de Montrevel, qui lui prit le lendemain qu'elle arriva
Mme de Sévigné, à Ménage, 19 août 1652Le frisson lui prit à Versailles ; c'est demain le quatrième jour
Mme de Sévigné, 313Nous avons eu beaucoup de peine à faire revenir mademoiselle d'un évanouissement qui lui a pris
Marivaux, Marianne, part.Une petite toux qui prit au mari abrégea toutes les politesses
Marivaux, Pays. parv. part. 5
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Impersonnellement.
Il lui prit un frisson, et il changea de visage
Lesage, Diabl. boit. 20Il lui prit un étouffement qui le fit retomber à sa place, où nous crûmes qu'il allait expirer
Marivaux, Marianne, part. 10
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Il se dit, au même sens, des affections morales.
On eût dit que chaque chambre était un oratoire : l'envie d'y faire oraison y prenait en entrant
Marivaux, Pays. parv. part. 1Cette délicatesse lui prit un matin, comme Il venait de faire la cour à une prude
Marmontel, Contes mor. Alcibiade.
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Impersonnellement.
Il m'en a pris quelque petite crainte [que des lettres ne fussent perdues]
Mme de Sévigné, 319Il prit à ce Mordant un dégoût de la vie ; il paya ses dettes, écrivit à ses amis pour leur dire adieu....
Voltaire, Dict. phil. Caton et suicide.
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Il lui a pris en gré de faire telle chose, la fantaisie lui est venue de faire telle chose.
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64Impersonnellement. Avoir de bonnes ou de mauvaises suites.
- Bien vous prend que son frère ait tout une autre humeur Molière, Éc. des mar. I, 2
- Bien lui prend de n'être pas de verre Molière, Femm. sav. III, 2
- Lise : Elle n'a que vingt ans. - Le marquis :Bien lui prend ; la jeunesse est mon goût.... Thomas Corneille, Comt. d'Orgueil, I, 2
Mais Madame tint ferme, et ne se relâcha point, dont bien lui prit
LA FAY., Hist. Hte d'Angl.
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Il se dit au même sens avec en explétif.
Je ne sais pas comment il m'en prendra ; mais je sais bien que vous me devez beaucoup d'estime et d'amitié
Scarron, Lettres, Œuv. t. I, p. 199, dans POUGENS- Il en prit aux uns comme aux autres :Maint oisillon se vit esclave retenu La Fontaine, Fabl. I, 8
.... Ce conseil ne plut pas ; Il en prit mal ; et force états Voisins du sultan en pâtirent
La Fontaine, ib. XI, 1L'esprit peut causer des passions par lui-même, et bien en prend aux femmes
Fontenelle, Dial. Platon, Marg. d'Éc.
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65Se prendre, v. réfl. Être saisi avec la main. Cela se prend avec des mitaines.
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Cette étoffe se prend à pleine main, elle est moelleuse, bien fournie.
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Se prendre par la main, se saisir l'un l'autre par la main.
Je me disais : on va signer la paix dans Hanovre,.... on ne songera plus qu'à aller à la comédie.... tout le monde se prendra par la main pour danser depuis Collioure jusqu'à Dunkerque
Voltaire, Lett. d'Argental, 28 juill. 1761
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Se prendre aux cheveux, se saisir l'un l'autre par les cheveux.
Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux
Boileau, Sat. III
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Fig et familièrement. Se prendre aux cheveux, avoir une vive querelle. Ils se prirent aux cheveux, et la discussion fut très vive.
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66S'attacher, s'accrocher. Un homme qui se noie se prend à tout ce qu'il atteint. Sa perruque se prit à un clou. Il s'est pris à des épines, et son habit a été déchiré.
- Il faut se prendre à l'arbre et non pas aux rameaux Tristan L'Hermite, Mort de Chrispe, IV, 1
Il tend les mains à tous les objets qui l'environnent comme pour s'y prendre encore ; et il ne saisit que des fantômes
Massillon, Avent, Mort du péch.À quelles branches ne se prend-on point, quand on se noie dans les systèmes ?
Voltaire, Singul. nat. XSans cette précaution les filets se prendraient les uns dans les autres
Mme de Genlis, Maison rust. t. I, p. 386, dans POUGENS
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Fig.
L'esprit se rebute et s'abat aussitôt qu'il a fait quelque effort pour se prendre et pour s'arrêter à quelque vérité
Malebranche, Rech. vér. III, II, 9Il semble que le cœur ....s'ennuie de sa liberté... et que, ne trouvant plus, pour ainsi dire, où se prendre, il se prenne à tout
Massillon, Profess. relig. Serm. 3- Où le désir trompé ne sait plus où se prendre Delille, Imagin. II
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Ne savoir où, à quoi se prendre, ne savoir à quoi s'en tenir, à quoi recourir.
- Je me suis pris à tout, ne sachant où me prendre Corneille, Galer. du Palais, v, 4
Ils [les Juifs] ont laissé passer ces précieux moments sans en profiter ; c'est pourquoi on les voit ensuite livrés au mensonge, et ils ne savent plus à quoi se prendre
Bossuet, Hist. II, 9
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67Être saisi dans un piége, dans un filet.
Sachez, lui dit-il [Anacharsis à Solon], que ces écritures [les lois] ressemblent proprement à des toiles d'araignées : les faibles et les petits s'y prendront et s'y arrêteront ; mais les puissants et les riches les rompront sans peine
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 568Les chardonnerets ne se prennent point à la pipée, et ils savent échapper à l'oiseau de proie en se réfugiant dans les buissons
Buffon, Ois. t. VII, p. 279
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Impersonnellement.
L'Église est représentée comme un filet où il se prend toute sorte de poissons
Bossuet, Euchar. II, 3
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Fig.
Cela vous a pu servir avant ma quinzième lettre ; mais à présent, mes pères, on ne s'y prend plus : on va voir le concile et on trouve que vous êtes des imposteurs
Pascal, Prov. XVIQuand on veut poursuivre les vertus jusqu'aux extrêmes.... on se prend à la perfection même
Pascal, Pens. XXV, 62, éd. HAVET.Ce piége [une adroite flatterie] ne sera jamais usé ; l'amour propre des rois et des grands s'y prendra toujours
D'Alembert, Éloges, Despréaux, note 13Eh ! c'est toi qui es un innocent de venir te prendre au piége apprêté pour un autre
Beaumarchais, Mar. de Figaro, V, 8
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68Fig. Être captivé.
C'est un mal terrible que cette disposition à se prendre par les yeux
Mme de Sévigné, 23 oct. 1675Si les cœurs des philosophes allemands se prennent par la lecture, les Wolfius, les Hanschius et les Tumingius seront tous amoureux d'elle [Mme du Châtelet] sur son livre
Voltaire, Lett. Hénaut, 20 août 1740Mon cœur se prit et très vivement
J.-J. Rousseau, Confess. VII
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Se laisser prendre, se laisser captiver.
Les autres en jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de se laisser prendre aux choses, et de n'avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule
Molière, Critique, 6
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Se prendre d'amitié, d'amour, d'aversion pour quelqu'un, concevoir de l'amitié, de l'amour, de l'aversion pour lui.
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On dit de même : Se prendre de belle passion pour quelqu'un.
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Absolument.
Et bien qu'il fût d'humeur Douce, traitable, à se prendre facile, Constance n'eut sitôt l'amour au cœur, Que la voilà craintive devenue
La Fontaine, Courtis. amour.
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Se prendre de vin, s'enivrer.
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69S'unir ensemble. Ils se sont pris pour mari et femme.
On fait accepter ses soins dès la première entrevue ; on en est récompensé dans la seconde ; et dans la troisième on se sépare comme on s'est pris, sans reproches et sans infidélité
SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 417, dans POUGENSC'est quelque chose de merveilleux, par exemple leur façon de vivre avec les femmes.... on se prenait, on se quittait, ou, se convenant, on s'arrangeait
Paul-Louis Courier, Simple discours.
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70Se prendre à, attaquer.
Il fait mauvais se prendre aux poëtes
Régnier, Épître III- Et que sous l'étrivière il puisse tôt connaître,Quand on se prend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître Corneille, Gal. du Palais, I, 9
- Tu te prends à plus dur que toi,Petit serpent à tête folle La Fontaine, Fabl. V, 16
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Il se dit aussi des choses qu'on attaque.
- Quel impie osera se prendre à leur vouloir ? Corneille, Hor. III, 2
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Se prendre de paroles avec quelqu'un, avoir un démêlé.
Ils se prirent de paroles, le duc de C.... et lui
Mme de Sévigné, 535
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On dit dans le même sens, mais familièrement : Ils se sont pris de bec.
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Se prendre à quelqu'un de, le quereller à cause de, le rendre responsable, lui imputer le tort.
- Cependant, malheureux, à qui me dois-je prendreD'une accusation que je ne puis comprendre ? Corneille, Clit. IV, 7
- Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi La Fontaine, Fabl. V, 11
C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre Des vices où l'on voit les humains se répandre
Molière, Mis. II, 5Vous dites que c'est pour se prendre à Dieu de tout : lisez, lisez ce traité [les Essais de morale, de Nicole] que je vous ai marqué, et vous verrez que c'est à lui en effet qu'il s'en faut prendre, mais c'est avec respect et résignation
Mme de Sévigné, 25 mai 1680Il [Ch. de Sévigné] s'est pris à moi, et me dit que je lui avais donné de ma glace
Mme de Sévigné, 8 avr. 1671
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Il se dit avec en explétif.
Mais, puisqu'il est vaincu, qu'il s'en prenne aux destins
Corneille, Pomp. I, 1Ne nous en prenons pas à la dévotion, mais à nous-mêmes, et n'y cherchons du soulagement que par notre correction
Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6Il me faut l'auteur de l'univers pour raison de tout ce qui arrive ; quand c'est à lui qu'il faut m'en prendre, je ne m'en prends plus à personne, et je me soumets
Mme de Sévigné, 423Sa vessie le fait souffrir, et il s'en prend à qui il peut
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 31 oct. 1761L'un d'eux s'en prenait à Voltaire, et surtout à Rousseau, de l'irréligion du siècle
Mme de Staël, Corinne, X, 2
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71Se prendre à, employer de l'adresse, de l'habileté à. On dit dans le même sens, avec y explétif : s'y prendre.
- Voilà comme en amour un novice se prend HAUTEROCHE, Espr. follet, I, 1
Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait
Molière, l'Av. I, 2- Oui, madame, voyons d'un esprit adouciComment vous vous prendrez à soutenir ceci Molière, Mis. v, 4
Je ne sais comme je dois me prendre à vous faire cette sollicitation
Mme de Sévigné, à Moulceau, t. X, p. 549, éd. RÉGNIER- Mais par où m'y prendrai-je ? et que faudra-t-il faire ? Tristan L'Hermite, M. de Chrispe, IV, 7
- D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien ;Puis enfin il n'y manqua rien La Fontaine, Fabl. XII, 9
On obtient tout de moi quand on s'y prend de la bonne façon
Molière, Préc. 8Elle allait éprouver comment il s'y prenait pour tourmenter
Hamilton, Gramm. 7Vous-même, qui vous plaignez que vous ne savez comment vous y prendre pour prier
Massillon, Carême, Prière 1C'est à Hercule à dire comme il faut s'y prendre pour étouffer Antée
Voltaire, Lett. au Pr. roy. de Pr. 23 févr. 1740Pour faire le bien il faut le pouvoir, et, quand on le peut, il faut savoir s'y prendre
Marmontel, Cont. mor. Misant. corr.
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72Suivi de à et d'un infinitif, commencer, se mettre à.
Ayant appris le sujet de sa détention, il s'en prit à rire, et dit qu'on le renverrait le lendemain
PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 287Un des plus effrontés coquins de la lie du peuple se prit à outrager Périclès de paroles
Paul-Louis Courier, Lett. II, 326- Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête,Et se prit à pleurer Casimir Delavigne, Messéniennes, I, 5
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73Être contracté, en parlant de maladies.
Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses
LA ROCHEFOUC., Réflex. 300Le mal se prend à voir des amants de trop près
Fontenelle, Poés. past. Œuv. t. IV, p. 18, dans POUGENS
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74Se prendre s'est dit quelquefois pour s'allumer, du moins au figuré.
- Le feu se prit au cœur d'un muletier La Fontaine, Mulet.
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75Se figer. L'huile se prend dès que la température baisse. Ce sirop se prendra.
Par le refroidissement la liqueur s'est prise en sirop épais
THENARD, Instit. Mém. scienc. phys. et math. Sav. étrang. t. II, p. 120
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76Se prendre pour, prendre sa propre personne pour quelque autre.
Lorsque notre âme veut se représenter sa nature et ses propres sensations, elle fait effort pour s'en former une image corporelle ; elle se cherche dans tous les êtres corporels, elle se prend tantôt pour l'un et tantôt pour l'autre
Malebranche, Rech. vér. I, 13
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77Être compris, entendu, interprété. Ce mot se prend au sens propre.
C'est ainsi que, du temps des Romains, les faisceaux se prenaient pour l'autorité consulaire ; les aigles romaines, pour les armées des Romains, qui avaient des aigles pour enseignes ; l'aigle, qui est le plus fort des oiseaux de proie, était le symbole de la victoire chez les Égyptiens
DUMARS., Tropes, II, 2
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Ce mot se peut prendre en bonne, en mauvaise part, il est susceptible d'une bonne, d'une mauvaise interprétation.
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78Être employé, en parlant de mots et de locutions. Ce verbe se prend figurément. Cet adjectif se prend substantivement.
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79À tout prendre, loc. adv. Tout bien examiné.
- Tellement qu'à tout prendre, en ce monde où nous sommes.... Régnier, Sat. v.
Encore qu'à ne regarder que les rencontres particulières, la fortune semble seule décider de l'établissement et de la ruine des empires, à tout prendre il en arrive à peu près comme dans le jeu, où le plus habile l'emporte à la longue
Bossuet, Hist. III, 2
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80Au fait et au prendre, loc. adv. Au moment de l'exécution, quand il est question d'agir, de parler.
Au fait et au prendre, il fallait aux Romains et aux jésuites un homme dans cette dignité [le cardinalat] dont ils pussent faire un autre usage que de dire ce qu'ils lui avaient soufflé à mesure
Saint-Simon, 224, 9
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81Terme de turf. Prendre un cheval, parier en sa faveur. On dit : je prends Marengo à 7 contre 2 ; en admettant que le pari soit de 10 louis, cela veut dire : Si Marengo perd, je vous donnerai 20 louis ; s'il gagne, vous me donnerez 70 louis.
Remarque
1. On ne dit pas : prends-je ? mais : est-ce que je prends ? 2. Prendre mal, pour se trouver mal, tomber en faiblesse, n'est pas français. 3. L'idée les a pris d'aller à la campagne. Dites : l'idée leur a pris d'aller à la campagne. 4. Prendre peur pour s'effrayer a été condamné par des grammairiens. Mais cette expression n'a rien d'incorrect, puisqu'on dit prendre pitié.
Proverbes
Chacun prend son plaisir où il le trouve
. Ils sont pris, s'ils ne s'envolent
, se dit pour se moquer de ceux qui ont manqué quelque capture. Il n'y a qu'à se baisser et en prendre
, se dit d'une chose très abondante ou très facile. Ce qui est bon à prendre est bon à rendre
, c'est-à-dire il vaut mieux se saisir d'une chose sur laquelle on croit avoir quelque droit, que de la laisser prendre à un autre, parce que, au pis aller, on est quitte pour la rendre. Ce qui est bon à prendre est bon à garder
. Qui prend s'engage
, ceux qui empruntent ou qui reçoivent des présents, s'assujettissent à ceux qui les obligent. On dit dans le même sens : Qui prend se vend
. Fille qui prend se vend
, et fille qui donne s'abandonne
.
Étymologie
Berry, prenre ; bourg. prarre, parre, prin, pris ; wallon, preind ; picard, prinde ; prov. prendre, penre, prener ; cat. pendrer ; espagn. prender ; ital. prendere ; du lat. prendere ou prehendere, de pre ou præ, et un radical hendere, que l'on rapproche du grec χανδάνειν, saisir, prendre.