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promener dans le Littré

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promener v. a. (pro-me-né ; du temps de Chifflet, Gramm. p. 98, on disait également pourmener et promener. La syllabe me prend un accent grave quand la syllabe qui suit est muette : je promènerai)

  1. 1Mener, faire aller en différents lieux.

    • Fig.

      • C'est promener la main d'une femme, et dire aux gens : la voulez-vous ? Marivaux, Sec. surpr. de l'am. II, 4
  2. 2Particulièrement, faire aller quelqu'un d'un endroit à un autre comme amusement ou comme exercice. Promener un enfant, un vieillard.

    • Promener des étrangers par la ville, dans la ville, la leur faire parcourir pour la satisfaction de leur curiosité.

  3. 3Promener un cheval, le faire marcher doucement, soit en le tenant par la bride, soit en le montant.

    • Il est au bout de la rue qui promène mon cheval Hamilton, Gramm. 9
    • On dit de même : promener un chien.

    • Promener un cheval en main, le promener sans être monté dessus.

    • Promener un cheval dans la main et dans les talons, le gouverner avec la bride et l'éperon.

    • Promener un cheval entre les deux talons, le mener au pas en le menant droit entre les deux talons.

  4. 4Fig. Faire aller çà et là. Promener ses pas, son regard, sa pensée.

  5. 5Faire aller çà et là l'idée d'un autre.

    • Ce romancier promène ses lecteurs dans toutes les parties du monde Dict. de l'Acad.
    • Il me promène après de terrasse en terrasse Boileau, Art p. I
    • Il promène l'attention sur de curieuses antiquités Hamilton, Gramm. 1
    • Nouveau Mentor d'un nouveau Telémaque, Toi qui, le promenant par les siècles passés [lui enseignant l'histoire].... LAMOTTE, dans DESFONTAINES
  6. 6Être cause d'une promenade, en parlant d'une chose. Faites-moi cette commission, cela vous promènera.

  7. 7Il se dit des choses qui font aller çà et là d'autres choses.

  8. 8Familièrement et fig. Promener quelqu'un, l'abuser, le lasser par des promesses vaines. Il m'a promené deux ans avant de me payer.

  9. 9Se promener, v. réfl. Marcher, aller à pied ou à cheval, etc. pour faire de l'exercice ou pour se distraire.

    • Je mande à mon fils que je n'ai que faire de lui, que je me promène, et qu'avec cela je l'envoie promener Mme de Sévigné, 25 février 1685
    • Les sauvages ne savent ce que c'est que de se promener ; et rien ne les étonne plus dans nos manières que de nous voir aller en droite ligne, et revenir ensuite sur nos pas plusieurs fois de suite Buffon, Hist. nat. Œuvr. t. IV, p. 332
    • Avec le verbe laisser et ellipse du pronom personnel.

    • Terme de dépit et d'humeur. Allez vous promener, se dit à une personne dont on est mécontent, dont on veut se débarrasser.

      • Allez vous promener, madame la comtesse, de me venir proposer de ne vous point écrire ; apprenez que c'est ma joie et le plus grand plaisir que j'aie ici Mme de Sévigné, 281
      • Là [à la cour] on se trouve toujours placé entre les grand merci et les va te promener AL. DUVAL, Princ. des Ursins, III, 7
    • On dit de même : qu'il aille se promener, qu'il se promène.

    • Envoyer promener, phrase peu polie par laquelle on dit qu'on s'est débarrassé de quelqu'un.

      • Si j'avais été en votre place, je l'aurais envoyé promener MOLIÈRE, Festin, IV, 7
      • On dit qu'il a permission d'aller se promener dans ses abbayes ; on aurait dû l'envoyer promener quatre ans plutôt D'Alembert, Lett. à Volt. 18 oct. 1760
      • Furia se fâcha, je m'emportai, et l'envoyai promener en termes qui ne se peuvent écrire Paul-Louis Courier, Lett. Renouard.
    • Fig.

      • Va te promener, la honte ! je veux rire et pleurer en même temps ; on ne sent pas deux fois ce que j'éprouve Beaumarchais, Mar. de Fig. III, 18
  10. 10Fig. Il se dit des choses qui errent, cheminent.

    • J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène, Dans un pré plein de fleurs lentement se promène Qu'un torrent.... Boileau, Art p. I
    • Notre raison se promène par tous les ouvrages de Dieu Bossuet, Conn. de Dieu, V, 6
    • Dans le vague avenir ma raison se promène Ducis, Oscar, IV, 1

Remarque

Dans le sens de marcher, c'est un verbe réfléchi, et l'on doit dire : allons nous promener et non pas : allons promener. C'est maintenant l'usage, et parler autrement est une faute commise par J. J. Rousseau, dans cette phrase : J'ai toutes les peines du monde à obtenir cinq ou six fois l'année qu'elle [Thérèse] veuille bien venir promener avec moi, Lett. à Mme de Créqui, sept. 1770. Mais Vaugelas considérait encore promener comme un verbe neutre, ainsi qu'avait fait le XVIe siècle.

Étymologie

Berry, pourmener ; wallon, porminé ; du lat. prominare, de pro, et minare (voy. MENER).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander