Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

quoi dans le Littré

1 article· 85 citations· rimes· synonymes

quoi (koi)

  1. 1Il s'emploie avec les noms indéterminés. Ce à quoi nous pensons. Ce sur quoi nous disputons. C'est en quoi vous vous trompez. Il n'est rien à quoi je ne sois disposé.

  2. 2Il s'emploie d'une manière indéterminée aussi, pour représenter toute une proposition. Vous avez cité Cicéron, en quoi vous vous êtes trompé.

    • En termes de palais, quoi faisant, en quoi faisant, en faisant laquelle chose.

    • Le tout quoi, tout ce dont il s'agit.

  3. 3L'Académie dit que quoi s'emploie quelquefois pour le pronom relatif lequel, laquelle, tant au singulier qu'au pluriel, tant au masculin qu'au féminin.

    • On s'en sert avec les mots chose, point, qui ont quelque chose d'indéterminé.

      • En bonne foi, ce point sur quoi vous me pressezEst une affaire aussi qui m'embarrasse assez Molière, le Dép. II, 1
      • L'éducation des enfants est une chose à quoi il faut s'attacher fortement Molière, Fourber. II, 1
      • Il y a de certaines choses sur quoi on se trouve disposé à souffler du bonheur, comme du temps des fées Mme de Sévigné, 29 déc. 1679
      • Voilà de bien belles choses à quoi saint Clément ne pense pas Bossuet, Nouv. myst. 14
      • Deux points à quoi je m'attache, et que je voudrais imprimer profondément dans vos esprits Bourdaloue, myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 393
    • On s'en sert aussi quand on peut assimiler la chose ou l'idée dont il s'agit à quelque chose d'indéterminé.

      • C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne le peut concevoir Pascal, dans COUSIN
      • C'est un infortuné.... qui, retombant sur son propre cœur, n'y trouve que lui-même, c'est-à-dire ses peines, ses dégoûts, ses inquiétudes, ses terreurs, avec quoi il puisse s'entretenir Massillon, Carême, Prière 2
      • La somme de 39238 livres de France, à quoi se monte le total des deux envois Voltaire, Lett. à Cath. 81
      • Nous perdons l'unité de notre existence, en quoi consiste notre tranquillité Buffon, Morc. choisis, p. 66
      • C'est encore ici une des raisons pour quoi je veux élever Émile à la campagne J.-J. Rousseau, Ém. I
      • La mort seule, à quoi les athées veulent tout réduire, a besoin qu'on écrive en faveur de ses droits ; car elle a peu de réalité pour l'homme CHATEAUBRIAND, Génie, I, V, 1
    • Enfin, dans le XIIe siècle, en n'hésitait pas à employer quoi avec tous les noms de chose comme le conjonctif ordinaire, et cet usage, loin d'être à rejeter, est aussi logique qu'élégant et rapide.

      • C'est l'assidu travail à quoi je me soumets RACAN, Ps. 29
      • Ce blasphème, seigneur, de quoi vous m'accusez Corneille, Andromède, I, 2
      • ....Avec une adresse vigoureuse à quoi il ne s'attendait pas, je lui tirai le cimeterre du fourreau Scarron, Rom. com. II, 14
      • Est-ce un sujet pour quoi Vous fassiez sonner vos mérites ? La Fontaine, Fabl. IV, 3
      • Ce n'est pas le bonheur après quoi je soupire Molière, Tart. III, 3
      • Je trouve que je manque à faire plusieurs choses à quoi je suis obligé présentement Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 7
      • Nous sommes en peine de savoir si vous riez quand on vous harangue ; c'est une incommodité à quoi je craignais que vous ne fussiez sujette Mme de Sévigné, 26
      • M. de Longueville.... ouvre la barrière derrière quoi ils étaient retranchés [les Hollandais], et tue le premier qui se trouve sous sa main Mme de Sévigné, 3 juill. 1672
      • Mme de Coulanges.... voulut bien nous faire part des contes avec quoi l'on amuse les dames de Versailles Mme de Sévigné, 6 août 1677
      • Il en a fait une autre [lettre] qui, en vérité, est plus plate que la feuille de papier sur quoi elle est écrite Mme de Sévigné, 16 oct. 1676
      • Faites-vous envoyer les Fables de la Fontaine ; elles sont divines.... c'est une manière de narrer et un style à quoi l'on ne s'accoutume point Mme de Sévigné, à Bussy, 20 juill. 1679
      • Cette censure du monde à quoi, malgré nous, vivants et mourants, nous sommes livrés.... Bourdaloue, Carême, t. I, p. 254
  4. 4Quoi non précédé d'un substantif, s'emploie pour joindre deux propositions. Dites-moi en quoi je puis vous servir.

    • Absolument.

      • Toujours une soif et un besoin d'argent, en paix comme en guerre c'est [le jeune Sévigné] un abîme de je ne sais pas quoi ; car il n'a aucune fantaisie Mme de Sévigné, 429
  5. 5De quoi...., ce qui est nécessaire pour.... capable de...

  6. 6De quoi, ce qui suffit.

    • Populairement. Avoir de quoi, être dans l'aisance.

      • Vous devriez, ma fille, en l'âge où je vous voi, être riche, contente, avoir fort bien de quoi Régnier, Sat. XII
      • Il faut aider les malheureux qui n'ont pas de quoi CARMONTELLE, Prov. le Lièvre, sc. 2
    • Substantivement. De quoi, l'avoir.

      • L'on ne m'a pas donné depuis trois années la moitié de ce qu'il m'a fallu pour subsister, et j'ai consommé mon petit de quoi, Lettres de Chénier, ingénieur des mines, à Colbert, 20 nov. 1668, Lettres, etc. de Colbert, IV, 582
  7. 7De quoi, de ce que.

    • Voilà bien de quoi ! ce n'est pas la peine de tant se récrier.

      • Hé bien ! qu'est-ce que cela, soixante ans ? voilà bien de quoi ! c'est la fleur de l'âge Molière, l'Av. II, 6
    • Est-ce là tant de quoi ? est-ce une chose si grave ? est-ce là de quoi faire tant de bruit ?

      • Angélique : Hé bien, ta perfidie est-elle en évidence ? - Alidor : Est-ce là tant de quoi ? Angélique : Tant de quoi ! l'impudence ! Après mille serments il me manque de foi, Et me demande encor si c'est là tant de quoi Corneille, Place Roy. II, 3
  8. 8Comme quoi, voy. COMME, n° 4.

  9. 9Je ne sais quoi, voy. SAVOIR.

  10. 10Quoi que, quelque chose que, toutes les choses que. Quoi qu'il arrive. Quoi qu'il en soit.

  11. 11Quoi qui, quelque chose qui. Il est dommage que cette tournure soit tombée en désuétude.

  12. 12Quoi interrogatif, quelle chose ? En quoi différons-nous d'avis ? à quoi de fâcheux devons-nous nous attendre ?

    • Hélas ! de quoi me sert ce dessein salutaire,Si pour en voir l'effet tout me devient contraire ? Corneille, Héracl. I, 1
    • Il [Dieu] leur donne [aux illustres païens] pour récompense la gloire des hommes ; récompense qui ne vient pas jusqu'à eux, qui s'efforce de s'attacher, à quoi ? peut-être à leurs médailles ou à leurs statues déterrées Bossuet, Louis de Bourbon
    • Mais à quoi auraient abouti tant de qualités héroïques, si Dieu ne l'avait éclairé ? Fléchier, Turenne
    • À quoi vous divertissez-vous, à quoi passez-vous le temps ? vous demandent les sots et les gens d'esprit La Bruyère, XXII
    • Si j'allais dire la même chose [qu'elle est jolie] à une demoiselle comme vous, elle me recevrait bien, je crois. - Émilie : C'est selon. - Hubert : C'est selon quoi ? TH. LECLERCQ, Prov. dram. les Préventions, sc. 23
  13. 13Quoi pris elliptiquement peut être considéré comme sujet. Quoi ? que dit-il ? On sait ce que c'est, quoi ? Quoi de plus heureux que ce qui vous arrive ? Dict. de l'Acad.

    • Quand on dit que le chaud n'est que le mouvement de quelques globules.... cela nous étonne ; quoi ? que le plaisir ne soit que le ballet des esprits ? Pascal, Pens. XXV, 10 éd. HAVET.
    • C'est cet usage qui justifie Lamartine d'avoir fait de quoi un sujet dans une phrase où il n'est pas pris elliptiquement : Quoi donc était hier ce qu'il sera demain ? Jocel. 2e époque.

  14. 14Quoi ! interjection qui marque l'étonnement, l'indignation, etc.

    • On y ajoute quelquefois l'interjection eh. Eh quoi ! vous n'êtes pas encore parti !

Remarque

1. Ce pronom quoi a donné occasion à plusieurs de la compagnie de demander si cette manière de parler ordinaire à plusieurs auteurs : quoi de plus noble ? quoi de plus glorieux ? devait être tolérée, Acad. observ. sur Vaugel. p. 68, dans POUGENS. L'Académie condamna cette locution ; condamnation qui n'a pas été ratifiée. 2. Corneille l'a dit d'une personne, avec un sens indéterminé : Voy. à l'historique des exemples de cet emploi dans Perceforest, dans Commines et dans Montaigne.

Étymologie

Bourg. quei ; du lat. quid (portant l'accent tonique), neutre de quis, qui.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander