Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

savoir dans le Littré

2 articles· 171 citations· rimes· synonymes· conjugaison

1savoir v. a. (sa-voir ; Palsgrave, p. 22, écrit scavoir, mais prononce savoir)

  1. 1Avoir connaissance de.

    • Comme ils ne savaient pas le pays Vaugelas, Q. C. 348
    • Et, pour dernier outrage....Il faut vous voir mourir et n'en savoir la cause Corneille, Perth. IV, 15
    • Seigneur, je sais que je ne sais qu'une chose ; c'est qu'il est bon de vous suivre, et qu'il est mauvais de vous offenser Pascal, Prière 14
    • Un berger qui savait très bien les chemins de ce pays Mme de Sévigné, 16 août 1675
    • Je vous quitte, je m'éloigne : voilà ce que je vois, et je ne sais pas l'avenir Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 10 oct. 1673
    • Je sais le plaisir d'orner une chambre ; j'y aurais succombé, sans le scrupule .... Mme de Sévigné, 13 juin 1685
    • Il tire d'un déserteur, d'un transfuge, d'un prisonnier, d'un passant, ce qu'il veut dire, ce qu'il veut faire, ce qu'il sait, et, pour ainsi dire, ce qu'il ne sait pas ; tant il est sûr dans ses conséquences ! Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Qui ne sait où son rare mérite et son éclatante beauté, avantage toujours trompeur, lui firent porter ses espérances [la princesse Marie, qui devint reine de Pologne] ? Bossuet, Ann. de Gonz.
    • Quoi ! attendre à commencer une vie nouvelle, lorsque, entre les mains de la mort, placés sous ses froides mains, vous ne saurez si vous êtes avec les morts ou encore avec les vivants ! Bossuet, ib.
    • Vous, riches, vous qui vivez dans les joies du monde, si vous saviez avec quelle facilité vous vous laissez prendre aux richesses que vous croyez posséder, si vous saviez par combien d'imperceptibles liens elles s'attachent et, pour ainsi dire, s'incorporent à votre cœur.... Bossuet, le Tellier.
    • Sachez, mes frères, que, si nous voulions bien nous juger nous-mêmes, nous ne serions jamais jugés de Dieu Bourdaloue, Sévér. de la pénit. 1er avent, p. 197
    • C'est [l'esprit] une puissance orgueilleuse qui.... laissant souvent la vérité pour le mensonge, n'ignore que ce qu'il faudrait savoir, et ne sait que ce qu'il faudrait ignorer Fléchier, Duc de Mont.
    • Personne ne discernait plus [avant l'établissement d'un grand hôpital à Paris] les pauvres de nécessité d'avec ceux de libertinage ; on ne savait en donnant l'aumône si l'on soulageait la misère, ou si l'on entretenait l'oisiveté Fléchier, Aiguillon.
    • Que si quelqu'un, mes vers, alors vous importune Pour savoir mes parents, ma vie et ma fortune, Contez-lui.... Boileau, Épître X
    • Elle sait son pouvoir, vous savez son courage Racine, Brit. III, 1
    • Je sais de ce palais tous les détours obscurs Racine, Andr. III, 1
    • Du moins, si je ne sais le secret de lui plaire,Je sais l'art de punir un rival téméraire Racine, Brit. III, 8
    • Ils racontent une religion, une police, une manière de se nourrir, de s'habiller, de bâtir et de faire la guerre, qu'on ne savait point, des mœurs que l'on ignorait La Bruyère, Disc. sur Théophraste.
    • Apprenez seulement ce que savait Socrate :Sachez que vous ne savez rien LAMOTTE, Fabl. IV, 17
    • Je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et l'on vous aimera, toute raisonnable qu'on est Marivaux, Fauss. confid. I, 2
    • La seconde guerre punique est si fameuse que tout le monde la sait Montesquieu, Rom. 4
    • Oui, je sers Dieu, je crois en Dieu, et je veux qu'on le sache Voltaire, Lett. d'Argental, 30 janv. 1761
    • Ho ! vous en voulez trop savoir VAUVENARGUES, Dial. Catilina, Sénécion.
    • De vices, j'avoue que je ne vous en sais point D'Alembert, Portr. de Mlle de l'Espinasse
    • Chinois, qu'est-ce qui soutient le monde ? Un gros éléphant. Et l'éléphant, qui le soutient ? Une tortue. Et la tortue ? Je n'en sais rien Diderot, Suffis. de la nat. n° 22
    • Absolument.

      • D'où vient ce silence ? est-ce de l'oubli ? est-ce une parfaite indifférence ? je ne sais : que voulez-vous que je pense ? à quoi ressemble votre conduite ? Mme de Sévigné, Lett. au prés. de Moulceau, 5 juin 1695
      • Il eut plusieurs enfants qui furent tous rois, comme chacun sait Voltaire, Zadig, 12
      • Il ne sait rien de rien, il n'est pas averti de ce qui se passe.

      • Familièrement. Il ne sait ce qu'il veut, se dit d'un homme indécis ou dont les résolutions sont inconstantes.

      • Il ne sait ni ce qu'il fait, ni ce qu'il dit, il ne fait ni ne dit ce qu'il devrait dire ou faire, soit par ignorance, soit par trouble d'esprit.

        • Pour M. le prince de Conti, il était transporté, il ne savait ni ce qu'il disait ni ce qu'il faisait Mme de Sévigné, 394
      • Il sait mieux qu'il ne dit, il parle contre sa propre connaissance.

      • Il sait le fin du fin, se dit d'un homme habile qui a connaissance des affaires les plus secrètes.

      • Il en sait bien long, il en sait beaucoup, il a beaucoup de finesse, d'adresse.

      • Il en sait plus d'un, il en sait plus d'une, il a plus d'un tour d'habileté à sa disposition.

      • Savoir qu'en dire, voy. DIRE n° 8.

  2. 2Qui vous savez, que vous savez, se dit quand on ne veut pas nommer la personne ou la chose à une personne qui la connaît bien.

    • Ne mandez point à Paris que je n'irai pas sitôt ; ce n'est pas que je craigne que quelqu'un ne se pende, mais c'est que je ne veux pas donner cette joie à qui vous savez Mme de Sévigné, 237
    • Le mariage que vous savez ne va pas bien MAINTEN., Lett. au D. de Noaill. 15 juillet 1707
    • Passez chez votre notaire pour ce que vous savez Dancourt, Chev. à la mode, I, 8
    • Demoulin m'est venu trouver dans ma retraite, et m'a confirmé qu'il croyait l'homme que vous savez, coupable de cette trahison (une édition d'œuvres de Voltaire) Voltaire, Lett. Formont, 5 juin 1734
    • Cet argent, voilà ce qu'il faut que j'ajoute, Vient de qui vous savez, pour ce que vous savez Victor Hugo, Ruy Blas, IV, 3
    • Ce que vous savez, sert à désigner, par euphémisme, des choses qu'il ne serait pas très décent de nommer.

      • Son père me l'a accordée ; mais je crains un peu ce que vous savez, la disgrâce dont on ne plaint personne Molière, Mar. forcé, 6
      • Vous êtes-vous mis en tête qu'un homme de soixante et trois ans ait si peu de cervelle, et considère si peu sa fille que de la marier avec un homme qui a ce que vous savez ? Molière, Pourc. II, 7
  3. 3Familièrement. Je sais ce que je sais, se dit quand on ne veut pas s'expliquer.

    • Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver Molière, Méd. m. lui, I, 1
    • ....Mais gardons le silence ; je sais ce que je sais LE P. BRUMOY, Boîte de Pandore, III, 7
  4. 4Savoir une personne ou une chose, savoir que cette personne, cette chose existe, peut être trouvée.

    • Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre Molière, Ec. des f. I, 1
    • L'on sait des gens qui avaient coulé leurs jours dans une union étroite.... La Bruyère, V
    • On m'a dit, ma bonne, que tu savais quelquefois des carrosses à vendre Dancourt, la Femme d'intrigues, III, 8
    • Du reste, manquant rarement d'argent quand il en savait dans la bourse des autres J.-J. Rousseau, Confess. II
    • Savoir avec un participe ou un adjectif, savoir que la qualité indiquée par le participe ou l'adjectif est dans l'être auquel ils se rapportent. Je ne vous savais pas malade. Quand je vous ai su à Paris.

      • Vous aurez su M. de Vivonne pour huitième maréchal de France PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 383
      • Savait-elle une famille opprimée ? elle animait la justice contre l'oppression Fléchier, Aiguillon.
      • Quand il les sut arrivés sur les frontières de ses États Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 103, dans POUGENS
      • C'est pourquoi, n'étant point encore sorti de sa chambre, il [l'aveugle de Cheselden] disait que, quoiqu'il la sût plus petite que la maison, il ne comprenait pas comment elle pourrait le lui paraître à la vue CONDILL., Traité sens, III, 5
  5. 5Ne savoir qu'une chose, être uniquement préoccupé d'une chose. Les Spartiates ne savaient qu'une chose, c'était le dévouement à la patrie.

    • On dit en un sens analogue : Ne savoir qu'une personne. En termes de dévotion, ne savoir que Jésus-Christ, être uniquement occupé de conformer sa vie aux doctrines de l'Évangile. Ne voulant plus savoir que Jésus-Christ.

      • L'abbé et moi nous pétillons, et nous sommes résolus.... de nous en aller en Provence.... pour moi, je ne sais que vous, et j'ai une telle impatience de vous aller voir, que mes sentiments pour les autres n'ont pas bien toute leur étendue Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 6 avr. 1672
  6. 6Je ne sais qui, et, substantivement, un je ne sais qui, un homme peu connu ou peu considéré.

    • Qu'est-ce que ce grand je ne sais qui va penser d'elle Marivaux, Pays. parv. 5e part.
    • On dit de même : Un je ne sais quel homme est venu me trouver.

      • On peut juger quelle était l'arrogance féroce des seigneurs croisés par le trait que rapporte la princesse Anne Comnène de je ne sais quel comte français qui vint s'asseoir à côté de l'empereur sur son trône, dans une cérémonie publique Voltaire, Mœurs, 54
  7. 7Je ne sais quoi, quelque chose que l'on ne connaît pas.

  8. 8Familièrement. Je suis tout je ne sais comment, j'éprouve un malaise que je ne puis définir.

  9. 9Par manière de doute et d'interrogation. Que savez-vous ? Qu'en savez-vous ? Que sais-je ? Que sait-on ce qui arrivera ? La question est de savoir si.... Reste à savoir si....

    • Savez-vous, savez-vous bien, a, à peu près le sens de : ne vous y trompez pas.

      • Savez-vous qu'un si grand retardement donne le temps à tout le royaume de parler ? Mme de Sévigné, 12
      • Savez-vous bien que je suis fort mécontente de la conduite et des manières de ma nièce ? Regnard, le Retard impr. 1
    • Que sait-on, se dit pour exprimer que l'on soupçonne quelque chose qui n'est pas su.

      • Peut-être a-t-il démêlé dans votre vie quelque intrigue que vous espériez qui ne serait pas connue, que sait-on ? Fontenelle, Dial. 3, morts anc.
  10. 10Dieu le sait, se dit pour exprimer notre ignorance dernière sur une chose.

    • Dieu sait ! Dieu sait comme ! locution familière et elliptique dont on se sert pour donner une grande idée de quelque chose.

      • Il a des écus, Dieu sait ! Ensuite on s'est mis à boire, mais boire, Dieu sait Mme de Sévigné, 77
      • Entre nous, les Moscovites ne sont pas des peuples bien raffinés ; c'est leur folie que de prétendre ressembler aux anciens Grecs ; mais Dieu sait sur quoi cela est fondé FONT., Dial. 4, Morts mod.
  11. 11Elliptiquement, avec la négation et le subjonctif. Je ne sache personne, je ne sache rien, je ne connais personne, rien.

    • Vapeurs... auxquelles je restreindrai le nom d'exhalaisons, à cause que je n'en sache point de plus propre Descartes, Météor. 2
    • Je ne sache aucun orthodoxe qui ait osé dire que.... Bossuet, Avert. repr. idolâtrie, 17
    • Je ne sache rien au monde qui ne soit le monument de quelque sottise des hommes Fontenelle, Mond. 2e soir.
    • Je ne sache personne mieux partagé qu'il le sera Marivaux, Marianne, part. 5
    • Cause que je ne sache pas qu'on ait encore remarquée Montesquieu, Esp. XVII, 3
    • Des enfants étourdis deviennent des hommes vulgaires, je ne sache point d'observation plus générale et plus certaine que celle-là J.-J. Rousseau, Ém. I
    • Que je sache, locution dont on se sert à la fin d'une phrase pour indiquer que, si un fait est autrement qu'on ne le dit, on l'ignore. Est-il venu quelqu'un, que vous sachiez, que tu saches ? Il n'est venu personne, que nous sachions. Il n'a point été à la campagne, que je sache.

      • Il vaudrait autant être amoureux de la femme de Mathusalem ; était-elle jolie, que vous sachiez ? FONT., Lett. gal. II, 20
      • Ne descendant, que je sache, d'aucun Franc qui ait ravagé les Gaules avec Ildovic nommé Clovis Voltaire, Lett. La Chalotais, 11 juillet 1762
  12. 12Savoir gré, voy. GRÉ, n° 3.

  13. 13Posséder une science, un art, un métier. Savoir la grammaire. Il sait le latin. Il ne sait pas son métier.

  14. 14Savoir, suivi d'un infinitif, être habile, être accoutumé à faire quelque chose. Savoir jouer du violon. Il ne sait pas danser. Il sait plaire. Il sait plaisanter. Il ne sait pas distinguer sa main gauche de sa main droite, il est sans intelligence.

    • Tu sais vaincre, disait un brave Africain au plus rusé capitaine qui fut jamais [Annibal], mais tu ne sais pas user de ta victoire Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Loin du commerce des affaires et de la société des hommes, ces âmes sans force aussi bien que sans foi, qui ne savent pas retenir leur langue indiscrète Bossuet, Duch. d'Orl.
    • La sainte abbesse, qui savait donner le lait aux enfants aussi bien que le pain aux forts Bossuet, Anne de Gonz.
    • Que personne ne savait mieux estimer les choses louables, ni mieux louer ce qu'elle estimait Fléchier, Duch. de Mont.
    • Sainte Thérèse eût voulu ne savoir écrire que pour publier ses défauts Fléchier, Panég. Ste Thér.
    • Savoir vivre, savoir se conduire dans le commerce du monde.

      • Tant les savantas savent peu vivre et ce qu'on appelle le décorum ! Anti-ménagiana, p. 103
  15. 15Ne pas hésiter à. Il faut savoir faire un sacrifice.

  16. 16Savoir à l'impératif, et suivi d'un infinitif ne fait que renforcer l'impératif. Sachons nous taire, c'est-à-dire taisons-nous.

  17. 17Parvenir à, réussir à, avoir la force, le moyen de. Je saurai bien me défendre.

  18. 18Au conditionnel et au plus-que-parfait du subjonctif, il s'emploie pour pouvoir.

  19. 19Être informé de quelque chose, apprendre. Sachez que ma fille se marie. Afin que vous le sachiez.

    • Si j'avais su qu'en mains il a de telles armes... Molière, Tart. V, 3
    • Je ne sais point qu'elles soient retranchées [ses pensions], je crois que sa terre lui vaut dix mille livres de rente, je mets tout cela ensemble et je dis.... Mme de Sévigné, 608
    • On sait, messieurs, que la reine a souvent exposé sa personne dans ces conférences secrètes Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Ne sais-je pas, mesdames, qu'ayant abandonné le monde pour mener une vie plus sainte et plus cachée dans la retraite, vous ne prétendez plus qu'à l'honneur d'être de la famille de Jésus-Christ ? Fléchier, Duch. de Mont.
    • Et qui saurait sans moi que Cotin a prêché ? Boileau, Sat. IX
    • Seigneur, vous savez trop avec quel artifice Un faux Astyanax fut offert au supplice Racine, Andr. I, 2
    • Chère Oenone, sais-tu ce que je viens d'apprendre ? Racine, Phèdre, IV, 6
    • Dans le même sens, avec un infinitif.

      • Il marche contre les ennemis, qu'il savait avoir passé la rivière Vaugelas, Remarques.
      • Il fit du bien à tous ceux qu'il savait avoir aimé son fils Vaugelas, ib.
    • Familièrement. Vous savez ou vous ne savez pas, c'est une chose que je vous apprends.

      • Vous savez, ou vous ne savez pas Qu'autrefois ce monsieur que Léandre l'on nomme, Lui fit certain billet d'une certaine somme BOISSY, Impatient, I, 2
  20. 20Je le sais, vous le savez, nous le savons, etc. s'emploient souvent en parenthèse.

  21. 21Avoir dans la mémoire. Il sait sa leçon.

    • Le moyen de jouer ce qu'on ne sait pas Molière, l'Impromptu, 1
    • Ce que je sais le mieux, c'est mon commencement Racine, Plaid. III, 3
    • La veille du jour marqué, je savais mon discours par cœur ; je le récitai sans faute ; je le remémorai toute la nuit dans ma tête J.-J. Rousseau, Conf. XI
    • Lorsqu'on lui demandait [à Massillon] quel était celui de ses sermons qu'il croyait le meilleur, il répondait : celui que je sais le mieux D'Alembert, Éloges, Mass.
    • Est-elle sue [la pièce] ? - Laurette : Quant à moi, je sais mon rôle PICARD, Comédiens amb. II, 2
    • Fig. Savoir quelqu'un par cœur, ou, absolument, le savoir, connaître parfaitement son caractère, ses habitudes.

      • Elle sait notre syndicat, notre procureur, notre gratification.... comme elle sait la carte et les intérêts des princes, c'est-à-dire sur le bout du doigt Mme de Sévigné, 174
  22. 22Absolument. Avoir l'esprit orné, rempli de connaissances.

    • Il y a moins de différence entre le chaos et le monde, qu'entre la manière dont il sait et celle dont il faut savoir Guez de Balzac, le Barbon.
    • Il [l'homme] veut être heureux et assuré de quelque vérité, et cependant il ne peut ni savoir, ni désirer de ne point savoir Pascal, Pens. XXV, 37, édit. HAVET.
    • Voilà notre état véritable [être borné de tous côtés] ; c'est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d'ignorer absolument Pascal, ib. I, 2
    • Un amour curieux des livres, une avidité de savoir .... ont été des passions de sa jeunesse Fléchier, Duc de Mont.
    • N'est-ce pas savoir beaucoup que de savoir qu'on ne sait rien ? Fénelon, Dial. des morts anc. (Pyrrhon, son voisin).
    • [Valincourt] C'était un homme d'infiniment d'esprit et qui savait extraordinairement Saint-Simon, 66, 104
    • Rica et moi nous sommes peut-être les premiers que l'envie de savoir ait fait sortir de leur pays Montesquieu, Lett. pers. 1
  23. 23Faire savoir, instruire, informer quelqu'un. Je lui ai fait savoir comment cela est arrivé.

    • Savoir faisons, formule de chancellerie et de palais.

  24. 24Faire à savoir, voy. FAIRE, n° 53.

  25. 25C'est à savoir, ou à savoir, et, plus ordinairement, savoir, locutions qui servent à spécifier ce dont il s'agit. Son revenu a plusieurs sources, à savoir sa place, le produit de sa terre, etc. L'armée était composée de quinze mille hommes, savoir : dix mille hommes de pied et cinq mille chevaux.

    • Nous n'en trouverons [des corps] que deux.... qui puissent être comptés parmi les principales parties [du monde], c'est à savoir le soleil et les étoiles Descartes, Monde, 5
    • J'oubliais de vous avertir que je lui ai auparavant dit encore une particularité qui l'a assez agréablement surpris, c'est à savoir que je prétendais n'avoir proprement fait autre chose dans mon ouvrage que mettre en rimes la doctrine qu'il venait de nous débiter Boileau, Lett. à Racine, mercredi 1697
    • On s'en sert aussi pour marquer du doute. Il part bien tard, c'est à savoir s'il arrivera à temps.

      • Il ne tiendra qu'à vous que nous vivions en bonne intelligence ensemble. - Rustaud : c'est à savoir LEGRAND, Galant coureur, sc. 13
    • En ce sens on dit substantivement : C'est un à savoir.

  26. 26Se savoir, v. réfl. Être su.

  27. 27Se connaître soi-même.

Remarque

1. Après savoir, pris dans le sens de pouvoir, on doit toujours supprimer pas ou point. Je ne saurais en venir à bout.

Proverbes

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, si la jeunesse avait de l'expérience, si la vieillesse avait de la force. Il sait son pain manger, il sait plus que son pain manger, c'est un habile homme, un rusé compère. Qui plus n'en sait, plus n'en dit. Il fait bon vivre et ne rien savoir, on apprend toujours quelque chose. Qui ne sait son métier l'apprenne. Qui ne sait rien ne sait guère, se dit pour s'excuser d'ignorer une chose survenue à notre insu.

Étymologie

Bourguig. sçaivoi ; wallon, saveur ; provenç. saber, saper ; espagn. et portug. saber ; ital. savere, sapere ; du lat. sap(re (avec changement d'accent, sapere), avoir de la saveur, avoir le goût bon, et fig. Être sage, judicieux, savoir connaître. C'est par une fausse étymologie qu'on s'est mis au XVe et au XVIe siècles à écrire sçavoir, comme si le mot venait du latin scire.

2savoir s. m. (sa-voir)

  1. usité seulement au singulier. Connaissance acquise par l'étude, par l'expérience.

    • Et ce qu'ont fait pour vous mon savoir et ma mainM'a fait un ennemi de tout le genre humain Corneille, Médée, III, 3
    • Laissez dire les sots : le savoir a son prix La Fontaine, Fabl. VIII, 19
    • On s'y fait [à la cour] une manière d'esprit qui, sans comparaison, juge plus finement des choses que tout le savoir enrouillé des pédants Molière, Critique, sc. 7
    • Ils ont voulu dire que Valdo était un homme de savoir Bossuet, Var. 11
    • Que lui manquait-il pour un si glorieux, mais si difficile ministère [gouverneur du Dauphin] ? du savoir ? il avait acquis par ses lectures continuelles des habitudes dans tous les pays et dans tous les siècles Fléchier, Duc de Mont.
    • M. Dacier n'étant pas seulement un homme de grande érudition et d'une critique très fine, mais d'une politesse d'autant plus estimable qu'elle accompagne rarement un grand savoir Boileau, Longin, Subl. Préf.
    • Le savoir fait partie du mérite personnel ; il mène souvent à la fortune, et est toujours d'une grande ressource dans l'adversité DUMARSAIS, Œuv. t. I, p. 267
    • Les hommes, abrutis par leur vain savoir, ont fermé leur esprit à la voix de la raison, et leur cœur à celle de la nature J.-J. Rousseau, Lett. à d'Alemb.
    • Le savoir que l'auteur [Dumarsais] y a répandu, la précision des règles et la justesse des applications, ont fait regarder avec raison cette partie de l'Encyclopédie comme une des mieux traitées D'ALEM., Éloges, Dumarsais.
    • N'étant pas encore aguerri contre les incertitudes du savoir, ma peur avait été celle d'un enfant qui se trouve pour la première fois dans les ténèbres Barthélemy, Anach. ch. 28
    • C'est à dater de la mort de Louis XV que le véritable savoir gastronomique et, par conséquent, la science du cuisinier s'en sont allés dégringolant DECOURCHAMP, Souvenirs de la marquise de Créquy, t. IV, ch. 6
    • Demi-savoir, savoir incomplet en étendue ou en profondeur.

Étymologie

Savoir 1 ; provenç. espagn. et portug. saber ; ital. sapere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander