1savoir v. a. (sa-voir ; Palsgrave, p. 22, écrit scavoir, mais prononce savoir)
-
1Avoir connaissance de.
Comme ils ne savaient pas le pays
Vaugelas, Q. C. 348- Et, pour dernier outrage....Il faut vous voir mourir et n'en savoir la cause Corneille, Perth. IV, 15
Seigneur, je sais que je ne sais qu'une chose ; c'est qu'il est bon de vous suivre, et qu'il est mauvais de vous offenser
Pascal, Prière 14Un berger qui savait très bien les chemins de ce pays
Mme de Sévigné, 16 août 1675Je vous quitte, je m'éloigne : voilà ce que je vois, et je ne sais pas l'avenir
Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 10 oct. 1673Je sais le plaisir d'orner une chambre ; j'y aurais succombé, sans le scrupule ....
Mme de Sévigné, 13 juin 1685Il tire d'un déserteur, d'un transfuge, d'un prisonnier, d'un passant, ce qu'il veut dire, ce qu'il veut faire, ce qu'il sait, et, pour ainsi dire, ce qu'il ne sait pas ; tant il est sûr dans ses conséquences !
Bossuet, Louis de Bourbon.Qui ne sait où son rare mérite et son éclatante beauté, avantage toujours trompeur, lui firent porter ses espérances [la princesse Marie, qui devint reine de Pologne] ?
Bossuet, Ann. de Gonz.Quoi ! attendre à commencer une vie nouvelle, lorsque, entre les mains de la mort, placés sous ses froides mains, vous ne saurez si vous êtes avec les morts ou encore avec les vivants !
Bossuet, ib.Vous, riches, vous qui vivez dans les joies du monde, si vous saviez avec quelle facilité vous vous laissez prendre aux richesses que vous croyez posséder, si vous saviez par combien d'imperceptibles liens elles s'attachent et, pour ainsi dire, s'incorporent à votre cœur....
Bossuet, le Tellier.Sachez, mes frères, que, si nous voulions bien nous juger nous-mêmes, nous ne serions jamais jugés de Dieu
Bourdaloue, Sévér. de la pénit. 1er avent, p. 197C'est [l'esprit] une puissance orgueilleuse qui.... laissant souvent la vérité pour le mensonge, n'ignore que ce qu'il faudrait savoir, et ne sait que ce qu'il faudrait ignorer
Fléchier, Duc de Mont.Personne ne discernait plus [avant l'établissement d'un grand hôpital à Paris] les pauvres de nécessité d'avec ceux de libertinage ; on ne savait en donnant l'aumône si l'on soulageait la misère, ou si l'on entretenait l'oisiveté
Fléchier, Aiguillon.Que si quelqu'un, mes vers, alors vous importune Pour savoir mes parents, ma vie et ma fortune, Contez-lui....
Boileau, Épître X- Elle sait son pouvoir, vous savez son courage Racine, Brit. III, 1
- Je sais de ce palais tous les détours obscurs Racine, Andr. III, 1
- Du moins, si je ne sais le secret de lui plaire,Je sais l'art de punir un rival téméraire Racine, Brit. III, 8
Ils racontent une religion, une police, une manière de se nourrir, de s'habiller, de bâtir et de faire la guerre, qu'on ne savait point, des mœurs que l'on ignorait
La Bruyère, Disc. sur Théophraste.- Apprenez seulement ce que savait Socrate :Sachez que vous ne savez rien LAMOTTE, Fabl. IV, 17
Je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et l'on vous aimera, toute raisonnable qu'on est
Marivaux, Fauss. confid. I, 2La seconde guerre punique est si fameuse que tout le monde la sait
Montesquieu, Rom. 4Oui, je sers Dieu, je crois en Dieu, et je veux qu'on le sache
Voltaire, Lett. d'Argental, 30 janv. 1761Ho ! vous en voulez trop savoir
VAUVENARGUES, Dial. Catilina, Sénécion.De vices, j'avoue que je ne vous en sais point
D'Alembert, Portr. de Mlle de l'EspinasseChinois, qu'est-ce qui soutient le monde ? Un gros éléphant. Et l'éléphant, qui le soutient ? Une tortue. Et la tortue ? Je n'en sais rien
Diderot, Suffis. de la nat. n° 22
-
Absolument.
D'où vient ce silence ? est-ce de l'oubli ? est-ce une parfaite indifférence ? je ne sais : que voulez-vous que je pense ? à quoi ressemble votre conduite ?
Mme de Sévigné, Lett. au prés. de Moulceau, 5 juin 1695Il eut plusieurs enfants qui furent tous rois, comme chacun sait
Voltaire, Zadig, 12
-
Il ne sait rien de rien, il n'est pas averti de ce qui se passe.
-
Familièrement. Il ne sait ce qu'il veut, se dit d'un homme indécis ou dont les résolutions sont inconstantes.
-
Il ne sait ni ce qu'il fait, ni ce qu'il dit, il ne fait ni ne dit ce qu'il devrait dire ou faire, soit par ignorance, soit par trouble d'esprit.
Pour M. le prince de Conti, il était transporté, il ne savait ni ce qu'il disait ni ce qu'il faisait
Mme de Sévigné, 394
-
Il sait mieux qu'il ne dit, il parle contre sa propre connaissance.
-
Il sait le fin du fin, se dit d'un homme habile qui a connaissance des affaires les plus secrètes.
-
Il en sait bien long, il en sait beaucoup, il a beaucoup de finesse, d'adresse.
- À vous dire le vrai, vous en savez beaucoup Corneille, Suite du Ment. II, 3
Vous en savez trop long pour moi
VADÉ, Nicaise, sc. 17
-
Il en sait plus d'un, il en sait plus d'une, il a plus d'un tour d'habileté à sa disposition.
-
Savoir qu'en dire, voy. DIRE n° 8.
-
2Qui vous savez, que vous savez, se dit quand on ne veut pas nommer la personne ou la chose à une personne qui la connaît bien.
Ne mandez point à Paris que je n'irai pas sitôt ; ce n'est pas que je craigne que quelqu'un ne se pende, mais c'est que je ne veux pas donner cette joie à qui vous savez
Mme de Sévigné, 237- Le mariage que vous savez ne va pas bien MAINTEN., Lett. au D. de Noaill. 15 juillet 1707
Passez chez votre notaire pour ce que vous savez
Dancourt, Chev. à la mode, I, 8Demoulin m'est venu trouver dans ma retraite, et m'a confirmé qu'il croyait l'homme que vous savez, coupable de cette trahison (une édition d'œuvres de Voltaire)
Voltaire, Lett. Formont, 5 juin 1734Cet argent, voilà ce qu'il faut que j'ajoute, Vient de qui vous savez, pour ce que vous savez
Victor Hugo, Ruy Blas, IV, 3
-
Ce que vous savez, sert à désigner, par euphémisme, des choses qu'il ne serait pas très décent de nommer.
Son père me l'a accordée ; mais je crains un peu ce que vous savez, la disgrâce dont on ne plaint personne
Molière, Mar. forcé, 6Vous êtes-vous mis en tête qu'un homme de soixante et trois ans ait si peu de cervelle, et considère si peu sa fille que de la marier avec un homme qui a ce que vous savez ?
Molière, Pourc. II, 7
-
3Familièrement. Je sais ce que je sais, se dit quand on ne veut pas s'expliquer.
Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver
Molière, Méd. m. lui, I, 1....Mais gardons le silence ; je sais ce que je sais
LE P. BRUMOY, Boîte de Pandore, III, 7
-
4Savoir une personne ou une chose, savoir que cette personne, cette chose existe, peut être trouvée.
- Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre Molière, Ec. des f. I, 1
L'on sait des gens qui avaient coulé leurs jours dans une union étroite....
La Bruyère, VOn m'a dit, ma bonne, que tu savais quelquefois des carrosses à vendre
Dancourt, la Femme d'intrigues, III, 8Du reste, manquant rarement d'argent quand il en savait dans la bourse des autres
J.-J. Rousseau, Confess. II
-
Savoir avec un participe ou un adjectif, savoir que la qualité indiquée par le participe ou l'adjectif est dans l'être auquel ils se rapportent. Je ne vous savais pas malade. Quand je vous ai su à Paris.
Vous aurez su M. de Vivonne pour huitième maréchal de France
PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 383Savait-elle une famille opprimée ? elle animait la justice contre l'oppression
Fléchier, Aiguillon.Quand il les sut arrivés sur les frontières de ses États
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 103, dans POUGENSC'est pourquoi, n'étant point encore sorti de sa chambre, il [l'aveugle de Cheselden] disait que, quoiqu'il la sût plus petite que la maison, il ne comprenait pas comment elle pourrait le lui paraître à la vue
CONDILL., Traité sens, III, 5
-
5Ne savoir qu'une chose, être uniquement préoccupé d'une chose.
Les Spartiates ne savaient qu'une chose, c'était le dévouement à la patrie.
-
On dit en un sens analogue : Ne savoir qu'une personne. En termes de dévotion, ne savoir que Jésus-Christ, être uniquement occupé de conformer sa vie aux doctrines de l'Évangile. Ne voulant plus savoir que Jésus-Christ.
L'abbé et moi nous pétillons, et nous sommes résolus.... de nous en aller en Provence.... pour moi, je ne sais que vous, et j'ai une telle impatience de vous aller voir, que mes sentiments pour les autres n'ont pas bien toute leur étendue
Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 6 avr. 1672
-
-
6Je ne sais qui, et, substantivement, un je ne sais qui, un homme peu connu ou peu considéré.
Qu'est-ce que ce grand je ne sais qui va penser d'elle
Marivaux, Pays. parv. 5e part.
-
On dit de même : Un je ne sais quel homme est venu me trouver.
On peut juger quelle était l'arrogance féroce des seigneurs croisés par le trait que rapporte la princesse Anne Comnène de je ne sais quel comte français qui vint s'asseoir à côté de l'empereur sur son trône, dans une cérémonie publique
Voltaire, Mœurs, 54
-
7Je ne sais quoi, quelque chose que l'on ne connaît pas.
- Que même de son maître on dit je ne sais quoi Corneille, Cinna, IV, 5
C'est un M. Ameline, qui est je ne sais quoi à Notre-Dame
Mme de Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 22 oct. 1695
-
Je ne sais quoi de, suivi d'un substantif.
-
Par extension. Je ne sais quoi, quelque chose d'indéfinissable, en parlant d'une qualité ou d'un sentiment.
- Je ne sais quoi pourtant dans mon cœur en murmure Corneille, Héracl. V, 8
On se sent, à ces vers, jusques au fond de l'âme Couler je ne sais quoi qui fait que l'on se pâme
Molière, Femm. sav. III, 2Il avait je ne sais quoi dans ses yeux perçants qui me faisait peur
Fénelon, Tél. IVCes deux hommes sont bien différents, le jeune a je ne sais quoi de vif et d'aimable
Fénelon, ib. IX- Je ne sais quoi de grand s'imprime à mes pensées ST-LAMB., Sais. II
-
Substantivement.
- Qu'on rêve avec plaisir quand notre âme blesséeAutour de ce qu'elle aime est toute ramassée !Vous le savez, seigneur, et comme à tous proposUn doux je ne sais quoi trouble notre repos Corneille, Pulch. II, 1
Les âmes assorties S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer
Corneille, Rodog. I, 7Le sixième [discours] est de M. de Gombauld, sur le je ne sais quoi
PELLISSON, Hist. Acad. IIILa France le vit alors accompli par ces derniers traits et avec ce je ne sais quoi d'achevé que les malheurs ajoutent aux grandes vertus
Bossuet, Louis de Bourbon.Il [notre corps, après la mort] devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom en aucune langue
Bossuet, Duch. d'Orl.- Je ne suis, si l'on veut, ni belle ni jolie ;Mais j'ai certains je ne sais quoiQui me font préférer à la plus accomplie Thomas Corneille, l'Inconnu, V, 2
- L'amour, ne vous déplaise, est un je ne sais quoi,Qui vous prend, je ne sais ni par où, ni pourquoi ;Qui va, je ne sais où ; qui fait naître en notre âmeJe ne sais quelle ardeur que l'on sent pour la femme ;Et ce je ne sais quoi, qui paraît si charmant,Sort enfin de nos cœurs, et je ne sais comment Regnard, Démocrite, I, 5
Il s'est formé dans l'esprit des particuliers un certain je ne sais quoi qu'on appelle point d'honneur
Montesquieu, Lett. pers. 90Je prie l'honnête homme qui fera Matière [dans l'Encyclopédie], de bien prouver que le je ne sais quoi qu'on nomme matière peut aussi bien penser que le je ne sais quoi qu'on appelle esprit
Voltaire, Lett. d'Alembert, juillet 1757Il y a dans tous les arts un je ne sais quoi qu'il est bien difficile d'attraper
Voltaire, Lett. Diderot, 20 avr. 1773
-
On dit dans un sens analogue : je ne sais quel.
- Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte Corneille, Poly. II, 2
Agité de ces je ne sais quelles inquiétudes dont les hommes ne savent pas se rendre raison à eux-mêmes
Bossuet, le Tellier.- Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâceQui me charme toujours.... Racine, Esth. II, 7
Il nous reste encore je ne sais quel désir vague, je ne sais quelle inquiétude, qui nous avertit sans cesse que nous sommes peu de chose
Voltaire, Micromégas, 2C'était un mélange de génie et de tendresse, une beauté [Fénelon], ne sais laquelle, que jamais peintre n'a pu exprimer
Chateaubriand, Natch. liv. VII
-
8Familièrement.
Je suis tout je ne sais comment, j'éprouve un malaise que je ne puis définir.
-
9Par manière de doute et d'interrogation.
Que savez-vous ? Qu'en savez-vous ? Que sais-je ? Que sait-on ce qui arrivera ?
La question est de savoir si....
Reste à savoir si....
- Qui sait même, qui sait si le roi votre pèreVeut que de son absence on sache le mystère ? Racine, Phèdre, I, 1
-
Savez-vous, savez-vous bien, a, à peu près le sens de : ne vous y trompez pas.
Savez-vous qu'un si grand retardement donne le temps à tout le royaume de parler ?
Mme de Sévigné, 12Savez-vous bien que je suis fort mécontente de la conduite et des manières de ma nièce ?
Regnard, le Retard impr. 1
-
Que sait-on, se dit pour exprimer que l'on soupçonne quelque chose qui n'est pas su.
Peut-être a-t-il démêlé dans votre vie quelque intrigue que vous espériez qui ne serait pas connue, que sait-on ?
Fontenelle, Dial. 3, morts anc.
-
10Dieu le sait, se dit pour exprimer notre ignorance dernière sur une chose.
- Nous naissons, nous vivons, bergère,Nous mourons sans savoir comment ;Chacun est parti du néant ;Où va-t-il ? Dieu le sait, ma chère Voltaire, Stances, 24
Nous savons très bien que les tourbillons ne peuvent causer la pesanteur ; nous savons ce qui n'est pas, et Dieu sait ce qui est
Voltaire, Mél. litt. à M***
-
Dieu sait ! Dieu sait comme ! locution familière et elliptique dont on se sert pour donner une grande idée de quelque chose.
Il a des écus, Dieu sait ! Ensuite on s'est mis à boire, mais boire, Dieu sait
Mme de Sévigné, 77Entre nous, les Moscovites ne sont pas des peuples bien raffinés ; c'est leur folie que de prétendre ressembler aux anciens Grecs ; mais Dieu sait sur quoi cela est fondé
FONT., Dial. 4, Morts mod.
-
11Elliptiquement, avec la négation et le subjonctif. Je ne sache personne, je ne sache rien, je ne connais personne, rien.
Vapeurs... auxquelles je restreindrai le nom d'exhalaisons, à cause que je n'en sache point de plus propre
Descartes, Météor. 2Je ne sache aucun orthodoxe qui ait osé dire que....
Bossuet, Avert. repr. idolâtrie, 17Je ne sache rien au monde qui ne soit le monument de quelque sottise des hommes
Fontenelle, Mond. 2e soir.Je ne sache personne mieux partagé qu'il le sera
Marivaux, Marianne, part. 5Cause que je ne sache pas qu'on ait encore remarquée
Montesquieu, Esp. XVII, 3Des enfants étourdis deviennent des hommes vulgaires, je ne sache point d'observation plus générale et plus certaine que celle-là
J.-J. Rousseau, Ém. I
-
Que je sache, locution dont on se sert à la fin d'une phrase pour indiquer que, si un fait est autrement qu'on ne le dit, on l'ignore. Est-il venu quelqu'un, que vous sachiez, que tu saches ? Il n'est venu personne, que nous sachions. Il n'a point été à la campagne, que je sache.
Il vaudrait autant être amoureux de la femme de Mathusalem ; était-elle jolie, que vous sachiez ?
FONT., Lett. gal. II, 20Ne descendant, que je sache, d'aucun Franc qui ait ravagé les Gaules avec Ildovic nommé Clovis
Voltaire, Lett. La Chalotais, 11 juillet 1762
-
12Savoir gré, voy. GRÉ, n° 3.
-
13Posséder une science, un art, un métier.
Savoir la grammaire.
Il sait le latin.
Il ne sait pas son métier.
- Quand je dis qu'Ergaste écrit bien,Tu me réponds qu'il ne sait rien ;Mais ton erreur est infinie ;Il sait ce qu'il n'apprit jamais ;Et toi qui n'as point de génie,Tu ne sais pas ce que tu sais GOMBAUT, dans RICHELET
Il y a longtemps que j'ai dit que, pour savoir quelque chose, il le faut écrire
PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 270- Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir Molière, Femm. sav. II, 7
- Il a des vieux auteurs la pleine intelligence,Et sait du grec, madame, autant qu'homme de France. -Du grec, ô ciel, du grec ! il sait du grec, ma sœur Molière, ib. III, 5
Les Romains ignoraient les arts de la Grèce, et se contentaient de savoir la guerre, la politique et l'agriculture
Bossuet, Hist. I, 10Dans un âge où l'on ne sait pas encore sa religion, il défendait déjà la sienne
Fléchier, Duc de Mont.Un esprit avide de tout savoir et capable de tout apprendre
Fléchier, Lamoignon.Ce que l'on sait est peu de chose en comparaison de ce qu'on ne sait pas ; quelquefois même ce que l'on ne sait pas est justement ce qu'il semble qu'on devrait le plus tôt savoir
Fontenelle, Préf. util. des math.- On ne sait bien que ce que l'on apprend soi-même DUMARS., Œuv. t. I, p. 28
Plusieurs ont dit : que ne sais-je pas ? Montaigne disait : que sais-je ?
Voltaire, Dict. phil. Bornes.
-
Absolument.
- Laisse ce qu'à tes yeux le ciel défend de voir :Ton sort est d'admirer, et non pas de savoir Delille, Parad. perdu, VIII
-
Ne savoir ni A ni B, être fort ignorant.
-
Il en sait trop, c'est un homme trop habile, dont on se défie.
-
Fig. Savoir la carte du pays, ou, absolument, savoir la carte, savoir, connaître parfaitement les intrigues, les intérêts, les manières du monde, d'un quartier, d'une société.
-
Savoir bien le monde, ou savoir bien son monde, savoir bien la manière de vivre dans la société.
- Madame, M. Jourdain sait son monde Molière, Bourg. gent. III, 19
-
Dans un sens analogue.
Laissez-moi faire : je suis homme qui sais ma cour
Molière, Am. magn. II, 2Le reproche en un sens le plus honorable que l'on puisse faire à un homme, c'est de lui dire qu'il ne sait pas la cour
La Bruyère, VIIIUn homme qui sait la cour, est maître de son geste, de ses yeux et de son visage ; il est profond, impénétrable
La Bruyère, VIII
-
14Savoir, suivi d'un infinitif, être habile, être accoutumé à faire quelque chose.
Savoir jouer du violon.
Il ne sait pas danser.
Il sait plaire.
Il sait plaisanter.
Il ne sait pas distinguer sa main gauche de sa main droite, il est sans intelligence.Tu sais vaincre, disait un brave Africain au plus rusé capitaine qui fut jamais [Annibal], mais tu ne sais pas user de ta victoire
Bossuet, Reine d'Anglet.Loin du commerce des affaires et de la société des hommes, ces âmes sans force aussi bien que sans foi, qui ne savent pas retenir leur langue indiscrète
Bossuet, Duch. d'Orl.La sainte abbesse, qui savait donner le lait aux enfants aussi bien que le pain aux forts
Bossuet, Anne de Gonz.Que personne ne savait mieux estimer les choses louables, ni mieux louer ce qu'elle estimait
Fléchier, Duch. de Mont.Sainte Thérèse eût voulu ne savoir écrire que pour publier ses défauts
Fléchier, Panég. Ste Thér.
-
Savoir vivre, savoir se conduire dans le commerce du monde.
Tant les savantas savent peu vivre et ce qu'on appelle le décorum !
Anti-ménagiana, p. 103
-
15Ne pas hésiter à.
Il faut savoir faire un sacrifice.
- Je leur savais bien dire, et m'attirais la haineDe tous ces gens si peu soigneux La Fontaine, Fabl. VII, 2
Eh bien, il faut paraître, il faut vous découvrir à ceux qui pour leur roi sauront du moins mourir
Voltaire, Oreste, III, 8
-
16Savoir à l'impératif, et suivi d'un infinitif ne fait que renforcer l'impératif. Sachons nous taire, c'est-à-dire taisons-nous.
- J'obéis à mon dieu ; vous, sachez m'obéir Voltaire, Fanat. II, 3
-
17Parvenir à, réussir à, avoir la force, le moyen de.
Je saurai bien me défendre.
- À deux milles d'ici j'ai su le rencontrer Corneille, Sertor. V, 2
Qu'il est beau, après les combats et le tumulte des armes, de savoir encore goûter ces vertus paisibles et cette gloire tranquille....
Bossuet, Louis de Bourbon.Il faut savoir se donner des heures d'une solitude effective, si l'on veut conserver les forces de l'âme
Bossuet, Mar.-Thér.Accessible, accueillant, honnête, sachant employer son temps et quelquefois même le perdre
Fléchier, le Tellier.- Celui qui met un frein à la fureur des flotsSait aussi des méchants arrêter les complots Racine, Athal. I, 1
-
18Au conditionnel et au plus-que-parfait du subjonctif, il s'emploie pour pouvoir.
- L'un dit : je n'y vas point : je ne suis pas si sot ;L'autre : je ne saurais.... La Fontaine, Fabl. II, 2
- Dans tous les entretiens on les voit s'introduire ;Ils ne sauraient servir, mais ils peuvent vous nuire Molière, Mis. II, 3
Elle avait ouï dire que M. de Grignan était le plus beau garçon qu'on eût su voir
Mme de Sévigné, 58Vous ne sauriez faire trop de liaisons avec Vauban ; l'estime de cet homme-là est plus glorieuse que celle de tous les courtisans
Mme de Maintenon, Lett. à d'Aubigné, 8 juillet, t. I, p. 118, dans POUGENS.- Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux ? Racine, Brit. I, 2
Si vous voulez, restez, reprit Mme de Miran ; non, dit-il, je vous suis obligé, je ne saurais, j'ai quelque affaire
Marivaux, Marianne, 5e part.On ne saurait avoir une taille mieux prise, un plus beau teint
J.-J. Rousseau, Ém. V
-
19Être informé de quelque chose, apprendre.
Sachez que ma fille se marie.
Afin que vous le sachiez.
Si j'avais su qu'en mains il a de telles armes...
Molière, Tart. V, 3Je ne sais point qu'elles soient retranchées [ses pensions], je crois que sa terre lui vaut dix mille livres de rente, je mets tout cela ensemble et je dis....
Mme de Sévigné, 608On sait, messieurs, que la reine a souvent exposé sa personne dans ces conférences secrètes
Bossuet, Reine d'Anglet.Ne sais-je pas, mesdames, qu'ayant abandonné le monde pour mener une vie plus sainte et plus cachée dans la retraite, vous ne prétendez plus qu'à l'honneur d'être de la famille de Jésus-Christ ?
Fléchier, Duch. de Mont.- Et qui saurait sans moi que Cotin a prêché ? Boileau, Sat. IX
Seigneur, vous savez trop avec quel artifice Un faux Astyanax fut offert au supplice
Racine, Andr. I, 2- Chère Oenone, sais-tu ce que je viens d'apprendre ? Racine, Phèdre, IV, 6
-
Dans le même sens, avec un infinitif.
Il marche contre les ennemis, qu'il savait avoir passé la rivière
Vaugelas, Remarques.Il fit du bien à tous ceux qu'il savait avoir aimé son fils
Vaugelas, ib.
-
Familièrement. Vous savez ou vous ne savez pas, c'est une chose que je vous apprends.
Vous savez, ou vous ne savez pas Qu'autrefois ce monsieur que Léandre l'on nomme, Lui fit certain billet d'une certaine somme
BOISSY, Impatient, I, 2
-
20Je le sais, vous le savez, nous le savons, etc. s'emploient souvent en parenthèse.
Cet art de donner agréablement, qu'elle avait si bien pratiqué durant sa vie, l'a suivie, je le sais, jusqu'entre les bras de la mort
Bossuet, Duch. d'Orl.- Seigneur, vous le savez, son avis salutaireDécouvrit de Tharès le complot sanguinaire Racine, Esth. II, 1
-
21Avoir dans la mémoire.
Il sait sa leçon.
- Le moyen de jouer ce qu'on ne sait pas Molière, l'Impromptu, 1
- Ce que je sais le mieux, c'est mon commencement Racine, Plaid. III, 3
La veille du jour marqué, je savais mon discours par cœur ; je le récitai sans faute ; je le remémorai toute la nuit dans ma tête
J.-J. Rousseau, Conf. XILorsqu'on lui demandait [à Massillon] quel était celui de ses sermons qu'il croyait le meilleur, il répondait : celui que je sais le mieux
D'Alembert, Éloges, Mass.Est-elle sue [la pièce] ? - Laurette : Quant à moi, je sais mon rôle
PICARD, Comédiens amb. II, 2
-
Fig. Savoir quelqu'un par cœur, ou, absolument, le savoir, connaître parfaitement son caractère, ses habitudes.
Elle sait notre syndicat, notre procureur, notre gratification.... comme elle sait la carte et les intérêts des princes, c'est-à-dire sur le bout du doigt
Mme de Sévigné, 174
-
22Absolument. Avoir l'esprit orné, rempli de connaissances.
Il y a moins de différence entre le chaos et le monde, qu'entre la manière dont il sait et celle dont il faut savoir
Guez de Balzac, le Barbon.Il [l'homme] veut être heureux et assuré de quelque vérité, et cependant il ne peut ni savoir, ni désirer de ne point savoir
Pascal, Pens. XXV, 37, édit. HAVET.Voilà notre état véritable [être borné de tous côtés] ; c'est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d'ignorer absolument
Pascal, ib. I, 2Un amour curieux des livres, une avidité de savoir .... ont été des passions de sa jeunesse
Fléchier, Duc de Mont.N'est-ce pas savoir beaucoup que de savoir qu'on ne sait rien ?
Fénelon, Dial. des morts anc. (Pyrrhon, son voisin).[Valincourt] C'était un homme d'infiniment d'esprit et qui savait extraordinairement
Saint-Simon, 66, 104Rica et moi nous sommes peut-être les premiers que l'envie de savoir ait fait sortir de leur pays
Montesquieu, Lett. pers. 1
-
23Faire savoir, instruire, informer quelqu'un. Je lui ai fait savoir comment cela est arrivé.
- Fais-lui, fais-lui savoir le glorieux dessein.... Corneille, Sertor. II, 1
- J'ai fait à Josabeth savoir sa volonté Racine, Athal. III, 5
-
Savoir faisons, formule de chancellerie et de palais.
-
24Faire à savoir, voy. FAIRE, n° 53.
-
25C'est à savoir, ou à savoir, et, plus ordinairement, savoir, locutions qui servent à spécifier ce dont il s'agit.
Son revenu a plusieurs sources, à savoir sa place, le produit de sa terre, etc.
L'armée était composée de quinze mille hommes, savoir : dix mille hommes de pied et cinq mille chevaux.
Nous n'en trouverons [des corps] que deux.... qui puissent être comptés parmi les principales parties [du monde], c'est à savoir le soleil et les étoiles
Descartes, Monde, 5J'oubliais de vous avertir que je lui ai auparavant dit encore une particularité qui l'a assez agréablement surpris, c'est à savoir que je prétendais n'avoir proprement fait autre chose dans mon ouvrage que mettre en rimes la doctrine qu'il venait de nous débiter
Boileau, Lett. à Racine, mercredi 1697
-
On s'en sert aussi pour marquer du doute.
Il part bien tard, c'est à savoir s'il arrivera à temps.
Il ne tiendra qu'à vous que nous vivions en bonne intelligence ensemble. - Rustaud : c'est à savoir
LEGRAND, Galant coureur, sc. 13
-
En ce sens on dit substantivement : C'est un à savoir.
-
26Se savoir, v. réfl. Être su.
- Tout se sait tôt ou tard, et la vérité perce Gresset, Méchant, III, 5
-
27Se connaître soi-même.
Lorsqu'il se sait à fond, il s'évertue sur le talent qu'il croit reconnaître en lui
LE P. COURBEVILLE, dans DESFONTAINES- Un valet veut tout voir, voit tout et sait son maître,Comme à l'observatoire un savant sait les cieux,Et vous même, monsieur, ne vous savez pas mieux Piron, Métrom. II, 4
Remarque
1. Après savoir, pris dans le sens de pouvoir, on doit toujours supprimer pas ou point. Je ne saurais en venir à bout.
Proverbes
Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait
, si la jeunesse avait de l'expérience, si la vieillesse avait de la force. Il sait son pain manger
, il sait plus que son pain manger
, c'est un habile homme, un rusé compère. Qui plus n'en sait, plus n'en dit
. Il fait bon vivre et ne rien savoir
, on apprend toujours quelque chose. Qui ne sait son métier l'apprenne
. Qui ne sait rien ne sait guère
, se dit pour s'excuser d'ignorer une chose survenue à notre insu.
Étymologie
Bourguig. sçaivoi ; wallon, saveur ; provenç. saber, saper ; espagn. et portug. saber ; ital. savere, sapere ; du lat. sap(re (avec changement d'accent, sapere), avoir de la saveur, avoir le goût bon, et fig. Être sage, judicieux, savoir connaître. C'est par une fausse étymologie qu'on s'est mis au XVe et au XVIe siècles à écrire sçavoir, comme si le mot venait du latin scire.