Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

rate dans le Littré

4 articles· 16 citations· rimes· synonymes

1rate s. f. (ra-t')

  1. 1Terme d'anatomie. Viscère situé dans l'hypocondre gauche, sous les fausses côtes.

    • Vous avez bon foie, Dieu vous sauve la rate, se dit ironiquement à celui qui tient quelque discours ridicule et peu vraisemblable.

    • Populairement. Il ne se foule pas la rate, voy. FOULER, n° 8.

  2. 2Dans l'ancienne physiologie, la rate était regardée comme le siége de la bile noire ou atrabile ; de là le rôle que l'opinion vulgaire lui faisait jouer dans la bonne ou la mauvaise humeur ; on disait que la rate envoie des fumées, des vapeurs au cerveau.

    • Je n'aurais pas ces bons intervalles dont vous voyez que je jouis quelquefois, et, au lieu que je guéris les autres du mal de rate [les fais rire], j'en mourrais moi-même Voiture, Lett. 58
    • La troisième [maladie appelé hypocondriaque].... laquelle procède.... particulièrement de la rate, dont la chaleur et l'inflammation porte au cerveau de notre malade beaucoup de fuligines épaisses et crasses, dont la vapeur noire et maligne cause dépravation aux fonctions de la faculté princesse Molière, Pourc. I, 11
    • Je vous demande pardon, mon cousin, je ne suis pas si traitable sur son absence [de Mme de Grignan] que sur la vôtre ; sa Provence me désole, et ma rate se mêle dans toutes nos séparations Mme de Sévigné, à Bussy, 19 mai 1677
    • Qu'est-il donc arrivé de funeste à Mélanthe ? rien au dehors, tout au dedans ; ses affaires vont à souhait, tout le monde cherche à lui plaire ; quoi donc ? c'est que sa rate fume Fénelon, t. XIX, p. 449
    • Familièrement. Épanouir la rate, désopiler la rate, dilater la rate, divertir, faire rire.

      • Je crois que cela [une plaisanterie] ne vaut rien du tout à écrire ; mais cela se présenta follement à la rate de votre pauvre frère Mme de Sévigné, 16 oct. 1680
      • Tu épanouiras la rate de tous mes sujets Voltaire, Dial. 27
      • Un rédacteur plaisant vous aurait dilaté la rate outre mesure GRIMM, Corresp. t. II, p. 17
    • On dit aussi avec le pronom personnel Il aime à s'épanouir la rate.

      • La Puisieux s'en est épanoui la rate [d'une petite méchanceté faite par Mme de Sévigné à Mme d'Arpajon] Mme de Sévigné, 13 mars 1671
      • Je ne sais vraiment pas quel sujet vous croyez avoir de vous tant épanouir la rate Dancourt, Chev. à la mode, IV, 2
    • Décharger sa rate, dire ce qu'on a sur le cœur.

Étymologie

Génev. râte ; du néerland. rate, rayon de miel (que d'ailleurs Diez rapporte au latin radius, rayon de miel), par comparaison avec la texture lâche et celluleuse de la rate.

2rate s. f. (ra-t')

  1. 1Femelle du rat.

    • Familièrement et fig. Ma petite rate, ma petite amie, Dict. de Trévoux.

    • Par dénigrement, une vieille femme revêche, grondante, et qui cherche à s'emparer de tout ce qui est à sa convenance.

      • Savoir où elle est allée, c'est difficile, parce que c'est une vieille rate qui a plus d'un trou pour se cacher FR. SOULIÉ, Au jour le jour, § 14
  2. 2Au plur. Nom donné en Saintonge aux dents de lait (dents de rat).

3raté, ée adj. (ra-té, tée)

  1. Qui a été attaqué par les rats.

    • Canne ratée, nom qu'on donne aux cannes à sucre qui, ayant été entamées par les rats, s'aigrissent, deviennent noirâtres, et ne peuvent plus servir qu'à faire de l'eau-de-vie.

Étymologie

Rat 2.

4raté, ée part. passé (ra-té, tée)

  1. 1Manqué. Pièce de gibier ratée.

  2. 2S. m. Un raté, coup de feu qui n'a pas pris. Votre pistolet, votre fusil a fait un raté. Sur vingt coups, il y a eu six ratés.

  3. 3S. f. Ratée se dit, dans les appareils à dévider la soie, de pièces qui ratent, manquent leur coup.

  4. 4S. m. Un raté, un homme qui n'a pas réussi en ses entreprises, un fruit sec.

    • Jack [d'Alph. Daudet] nous promène à travers des groupes sociaux plus divers et plus étendus : les ouvriers des brûlantes usines, les ratés - c'est le mot pittoresque de l'auteur - de la bohême lettrée... E. MONTÉGUT, Rev. des Deux-Mondes, 1er déc. 1876, p. 629
    • Et qu'est-ce que le père Chèbe lui-même, avec ses démangeaisons de négoce et ses locations de boutiques aux rayons destinés à rester vides, sinon un raté du commerce ? ib. p. 630

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander