Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

reprendre dans le Littré

1 article· 112 citations· rimes· synonymes· conjugaison

reprendre v. a. (re-pran-dr')

  1. 1Prendre de nouveau. Reprendre sa place.

    • Fig.

    • Reprendre un navire, enlever à l'ennemi un bâtiment dont il s'était emparé. Reprendre son poste, y revenir.

    • Reprendre un chemin, y rentrer après l'avoir quitté.

    • Reprendre le chemin de, retourner à.

    • Fig. Reprendre le dessus, regagner l'avantage perdu.

    • Reprendre le dessus, signifie aussi se rétablir d'une longue maladie.

    • Reprendre terre, mettre le pied sur la terre, en parlant d'un nageur qui arrive à l'endroit où l'eau n'est plus profonde.

    • Fig.

      • Il ne s'est jamais vu d'amour reprendre terre comme celui-là Mme de Sévigné, 342
    • Familièrement. On ne m'y reprendra plus, je ne m'exposerai plus au même danger, au même ennui.

    • On dit par forme de menace : que je ne vous y reprenne plus ; que je vous y reprenne.

  2. 2Prendre de nouveau, en parlant de boissons, de potions, d'aliments. Il a repris médecine. Il est obligé de reprendre du sulfate de quinine.

  3. 3Fig. Être saisi de nouveau par des sentiments, des passions.

  4. 4Fig. Il se dit des maladies, des maux, qui s'emparent de nouveau d'un patient. La goutte l'a repris.

    • Comme les joies des misérables ne durent guère, le lendemain que je l'eus reçue [votre lettre], ma colique me reprit Voiture, Lett. 25
    • À cette nouvelle son émotion a été si vive que la fièvre qui l'avait quittée l'a reprise Mme de Staël, Corinne, XX, 2
  5. 5Rentrer en possession. Ne plaidez pas contre ce malheureux, il n'y a rien à reprendre sur lui. Il laisse de grands biens, mais sa veuve a beaucoup à reprendre sur sa succession.

    • Fig.

      • Elle savait racheter le temps, selon le conseil de l'Apôtre, et reprendre sur son sommeil les heures qu'on avait dérobées à sa retraite Fléchier, Mar.-Thér.
  6. 6Prendre ce qu'on avait donné.

  7. 7Reprendre quelque chose à quelqu'un, ou, simplement, reprendre quelque chose, rétracter quelque chose, ce qu'on a dit de quelque chose.

    • La marquise [d'Uxelles] reprend, tous les ordinaires, les nouvelles qu'elle a mandées ; appelle-t-on cela savoir tout ce qui se passe ? Mme de Sévigné, 14 janv. 1689
    • Il faut que je vous reprenne l'âme damnée de la Voisin [célèbre empoisonneuse] : on dit au contraire que son confesseur a dit qu'elle avait dit Jésus, Maria, dans le milieu du feu ; c'est peut-être une sainte Mme de Sévigné, Mercredi des cendres, 1680
    • Voilà qui est bien triste, monsieur, de vous reprendre une si jolie nouvelle [retour du prince de Conti] Mme de Sévigné, à Moulceau, 1er mai 1686
    • Pour Esther [de Racine], je ne vous reprends point du tout les louanges que je lui ai données Mme de Sévigné, 23 mars 1689
  8. 8Rejoindre quelqu'un pour l'emmener.

    • Il a prié en mourant la comtesse de Guiche de venir reprendre sa femme à Nancy, et lui laisse le soin de la consoler Mme de Sévigné, 281
    • Mon fils me mande que le sien [son voyage] finira bientôt selon toutes les apparences, et qu'il me viendra reprendre ici Mme de Sévigné, 223
    • Attendez-moi, je viens vous reprendre pour vous mener chez ma sœur BRUEYS, Muet, V, 6
    • Ramener chez soi, faire rentrer au logis, auprès de soi. La jeune demoiselle restera chez vous, jusqu'à ce que sa mère la reprenne.

      • Elle ne m'ennuyait pas, non, elle ne peut jamais m'ennuyer ; mais je trouvais qu'on tardait bien à venir la reprendre Mme RICCOBONI, Œuv. t. I, p. 74, dans POUGENS
      • Cette femme si capricieuse, si effrontée pourra bien me reprendre un jour son enfant Mme de Genlis, Mères riv t. II, p. 12, dans POUGENS
  9. 9Continuer ce qui avait été interrompu. Reprenons notre lecture. Reprendre une instance, continuer un procès qui avait été interrompu.

    • Il me reste beaucoup d'autres choses à examiner touchant les attributs de Dieu et touchant ma propre nature, c'est-à-dire celle de mon esprit ; mais j'en reprendrai peut-être une autre fois la recherche Descartes, Médit. V, 1
    • Timagène : Mais de grâce achevez l'histoire commencée. - Laonice : Four la reprendre donc où nous l'avons laissée.... Corneille, Rod. I, 6
    • Elles [les pluies] ont cessé, et j'ai repris mes tristes et aimables promenades Mme de Sévigné, 565
    • Si on reprend la charrue mal attelée de l'Encyclopédie et qu'on veuille de ces articles, je les renverrai corrigés Voltaire, à d'Alembert, 7 mars 1758
    • Cette conversation intéressa tellement le roi, qu'il la reprit plusieurs jours de suite Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 180
    • Ce grand projet fut repris par les Espagnols, aussitôt qu'ils eurent fait la conquête du Pérou Raynal, Hist. phil. VIII, 2
    • Autour de lui, le temps, sous mille aspects nouveaux,Achevait, renversait, reprenait ses travaux Delille, Trois règn. I
    • D'après ce discours artificieux, l'accusation d'adultère est reprise Diderot, Claude et Nér. I, 85
  10. 10Récapituler, résumer.

    • Il [le duc de Bourgogne] reprenait tout ce qui s'était fait depuis le traité d'Arras, et reprochait au roi Louis XI] de vouloir rompre la paix Duclos, Œuv. t. II, p. 112
    • Reprendre une chose, une histoire de plus haut, la raconter en commençant d'un temps plus éloigné.

      • Denis d'Halicarnasse.... en reprenant dès leur origine les anciennes institutions de la république romaine, si propres de leur nature à former un peuple invincible et dominant Bossuet, Hist. III, 6
      • Après avoir raconté les prospérités, il reprend dès l'origine toute la suite des maux Bossuet, ib. II, 4
      • Il faut reprendre mon histoire de plus haut Fénelon, Tél. X
    • Reprendre les choses de plus haut, remonter à des principes généraux, à des vérités antérieures.

  11. 11Se mettre à.

    • Vous coupiez court, et je reprenais tout aussitôt le silence Mme de Sévigné, 1er mai 1680
    • Reprendre la parole, se remettre à parler.

  12. 12Reprendre une tragédie, une comédie, etc. la remettre au théâtre.

    • En 1717, M. de Crébillon fit représenter Sémiramis ; elle n'eut aucun succès, et ne sera jamais reprise Voltaire, Mél. litt. Élog. Crébillon.
  13. 13Terme de maçonnerie. Reprendre un mur, le réparer, en en fermant les crevasses.

    • Reprendre un mur sous œuvre, en sous-œuvre, par-dessous œuvre, en rétablir les parties inférieures, en soutenant le reste par des étançons.

    • Fig. Reprendre sous œuvre un projet, un ouvrage, y travailler sur le même plan, mais avec certaines modifications.

  14. 14Reprendre une étoffe, une toile, un bas, en rejoindre les parties rompues.

    • Un tisserand continuellement occupé à reprendre les fils de sa toile Voltaire, Lett. à des souverains, 42
    • Terme de couture. Reprendre une maille, c'est refaire à l'aiguille celle qui a manqué et ainsi la rejoindre avec celles qui la suivent.

    • Se dit aussi, au tricot, d'une maille tombée que l'on rattrappe en la remontant jusqu'au tour où elle manque.

  15. 15Terme de marine. Reprendre un hauban, un palan, remonter l'amarrage du cap de mouton ou de la poulie, de manière à pouvoir tendre davantage le hauban ou faire marcher plus loin la moufle.

    • Reprendre une manœuvre, la raccourcir lorsqu'elle a trop allongé.

    • Reprendre la tournevire, en lever les tours du bas en haut de la fusée d'un cabestan, lorsqu'ils tendent à se croiser par de nouvelles révolutions.

  16. 16Recouvrer, avec un nom de personne pour sujet.

    • Reprendre ses esprits, reprendre ses sens, revenir à soi.

      • Le prince, sans s'émouvoir, lui laisse reprendre ses esprits Bossuet, Louis de Bourbon.
      • La voilà qui reprend ses sens Beaumarchais, Barb. de Sév. IV, 6
    • Reprendre son haleine, recommencer à respirer après une interruption.

    • Fig. Reprendre haleine, se reposer afin d'être en état de se remettre à une action, à un travail quelconque.

    • Reprendre se dit des animaux qui reviennent à leur ancien état.

      • Les animaux [les loups], quoique adoucis par l'éducation, reprennent avec l'âge leur férocité naturelle Buffon, Quadrup. t. VIII, p. 9
      • Dans les hautes montagnes et dans les pays du Nord, ils [les lièvres] deviennent blancs pendant l'hiver, et reprennent en été leur couleur ordinaire Buffon, ib. t. II, p. 115
    • Il se dit des choses. Cette manufacture a repris un peu d'activité.

      • L'empire reprend quelque force sous Justinien par la valeur de Bélisaire et de Narsès Bossuet, Hist. III, 7
      • L'empire reprit bientôt sous lui sa première splendeur Voltaire, Dict. phil. Dioclétien.
      • J'en ai vu d'autres [tables de lave] qui pliaient sous une forte charge, mais qui reprenaient le plan horizontal, par leur élasticité Buffon, Add. th. terre, Œuv. t. XIII, p. 157
      • Tout renaît ; son séjour est plus doux, l'air plus pur,Et la voûte céleste a repris son azur Delille, Parad. perdu, VI
  17. 17Censurer quelqu'un parce qu'on juge qu'il a fait ou dit quelque chose mal à propos.

    • Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur ; et ne me punissez pas dans votre colère Saci, Bible, Psaum. VI, 2
    • Si vous m'aviez repris dans mes premières fautes, je n'aurais pas fait celle-ci Pascal, Fragm. d'une lett. à M. Périer, 1661
    • Quand il [le juste] reprend ses serviteurs, il souhaite leur conversion par l'esprit de Dieu Pascal, Pens. XXV, 54, édit. HAVET.
    • Lycurgue donnait des lois à Lacédémone ; il est repris de les avoir faites toutes pour la guerre, à l'exemple de Minos dont il avait suivi les institutions Bossuet, Hist. I, 6
    • Il a peut-être raison de reprendre ce savant auteur [Grotius] de l'excès de ses citations Bossuet, 5e avert 53
    • Le plaisir de dogmatiser sans être repris ni contraint par aucune autorité Bossuet, Reine d'Angleterre.
    • Aimez qu'on vous censure,Et, souple à la raison, corrigez sans murmure ;Mais ne vous rendez pas dès qu'un sot vous reprend Boileau, Art p. IV
    • J'avoue que je dois à M. Descartes, ou à sa manière de philosopher, les sentiments que j'oppose aux siens, et la hardiesse de le reprendre Malebranche, Rech. vér. VI, II, 9
    • Aristote, dans le livre où il marque les avantages et les inconvénients du gouvernement de Carthage, ne la reprend point de n'avoir que des milices étrangères Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 219, dans POUGENS
    • Il se dit aussi des choses que l'on censure.

    • Absolument.

      • Être repris de justice, avoir subi une condamnation en justice.

        • Il n'est pas rare que dans une famille il y ait un homme habile qui fasse fortune, et un autre mal avisé qui soit repris de justice Voltaire, Dict. phil. Sammonocodon.
      • Fig. Avec un nom de chose pour sujet, corriger, servir d'instruction.

        • Rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts Molière, Tart. Préface
        • [La comédie] n'étant autre chose qu'un poëme ingénieux qui, par des leçons agréables, reprend les défauts des hommes Molière, ib.
        • Les mauvais succès sont les seuls maîtres qui peuvent nous reprendre utilement et nous arracher cet aveu d'avoir failli qui coûte tant à notre orgueil Bossuet, Reine d'Angleterre.
        • Il n'y a point de vérité que nous devions aimer davantage que celle qui nous reprend Bourdaloue, 4e dim. après Paq. Domin. t. II, p. 127
  18. 18V. n. Terme de manége. Se dit d'un cheval qui repart après un demi-arrêt.

    • Il se dit d'un cheval qui cesse, au galop, d'entamer avec la même jambe, et qui entame avec l'autre ; ce qui se dit aussi changer de pied. Votre cheval reprend bien.

    • Terme de chasse. Ce chien reprend bien, il retrouve bien la voie.

  19. 19Reprit-il, il reprit, expressions qui, dans un dialogue, indiquent qu'on fait parler de nouveau l'un des interlocuteurs.

  20. 20Attaquer de nouveau, en parlant des maladies.

    • Cela lui reprend de moment en moment, et je crois qu'elle ne passera pas la journée Molière, Amour méd. I, 6
    • La fièvre a repris traîtreusement à Mme de la Fayette Mme de Sévigné, 140
    • La rage des tragédies m'a repris comme à vous Voltaire, Lett. Chabanon, 22 déc. 1766
    • Vous n'êtes qu'à moitié guéri ; votre ancien mal vous reprend toujours Voltaire, Dial. XXVI, 2
  21. 21En parlant des végétaux, prendre de nouveau racine, après avoir été transplanté. Cet arbre a bien repris.

    • On dit également : Cette greffe a bien repris.

      • Ces greffes malheureuses qui n'ont point repris, qui touchent bien le tronc de l'arbre qui les soutient, mais qui n'en sont pas vivifiées Fléchier, Sermons, Jour de Noël.
  22. 22En parlant des chairs, des plaies, se rejoindre, se refermer. Les chairs ont repris. La plaie commence à reprendre.

  23. 23Se rétablir d'une maladie. Le malade commence à reprendre.

  24. 24Regagner de l'activité, de la prospérité, en parlant de choses. Le commerce reprend.

  25. 25Ce drame a repris, il s'est relevé après avoir été mal accueilli.

  26. 26Recommencer, revenir. Le froid reprend. Cette mode a repris.

  27. 27Se glacer de nouveau. La rivière a repris.

  28. 28Reprendre sur, revenir sur.

    • Puis le mercredi matin, j'en reçois encore une [lettre], et je reprends sur des chapitres que j'ai déjà commencés Mme de Sévigné, 19 août 1676
    • Elles [des lettres] sont écrites d'un trait ; vous savez que je ne reprends guère que pour faire plus mal Mme de Sévigné, 3 avr. 1671
    • Reprendre, v. n. se conjugue avec avoir quand on veut marquer l'action : La rivière a repris hier ; avec le verbe être, quand on veut marquer l'état : La rivière est reprise depuis hier.

  29. 29Se reprendre, v. réfl. Être pris de nouveau.

    • C'est l'orgueil qui n'ose pas dire ses secrets, et qui, dans les égards qu'il a pour les autres, se quitte pour se reprendre Montesquieu, Déf. Espr. lois, part. 3
  30. 30En parlant des chairs, des plaies, se rejoindre, se refermer. La plaie se reprend. Les chairs se sont déjà reprises.

  31. 31Lier de nouveau amitié.

    • Nous étions sur le point de nous reprendre et de nous recoudre avec le parlement Retz, III, 24
    • Une amitié qui a pu se reprendre malgré les obstacles Bossuet, Serm. Pén. 1
  32. 32Concevoir de nouveau de l'attachement pour.

    • Peut-être que mon âme.... à la vie un moment se reprendrait encore Lamartine, Méd. II, 15
  33. 33Se corriger, se rétracter de quelque chose qu'on a mal dit. Il a mal prononcé d'abord, mais il s'est repris.

  34. 34Terme des mystiques. Se reprendre soi-même, réfléchir sur ses besoins et sur les actes que Dieu nous commande ; ce que les mystiques interdisent.

Étymologie

Bourguig. reprare ; wallon, ripreind ; provenç. reprendre, reprehendre, reprenre, repenre ; catal. rependrer ; espagn. reprender ; portug. reprehender ; ital. riprendere ; du lat. reprehendere, de re et prehendere (voy. PRENDRE).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander