Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

si dans le Littré

4 articles· 138 citations· rimes· synonymes

1si conj. (si)

  1. 1En cas que, pourvu que, supposé que. Il viendra s'il fait beau. Si on vous dit que je ne suis pas votre ami, ne le croyez pas.

    • J'ai cru qu'il ne serait pas contre le devoir d'un philosophe, si je faisais voir.... Descartes, Épit.
    • Si nous ouvrons un peu les yeux, et si nous considérons la suite des choses, ni ce crime des Juifs ni son châtiment, ne pourront nous être cachés Bossuet, Hist. II, 8
    • Le bien qu'on fait n'est jamais perdu : si les hommes l'oublient, les dieux s'en souviennent et le récompensent Fénelon, Tél. XXIV
    • Philippe, irrité, répliqua : Si j'entre dans la Laconie, je vous en chasserai tous. Ils lui répondirent : Si Barthélemy, Anach. ch. 82
    • Elliptiquement. Il parle comme s'il était le maître (comme il parlerait s'il était....) Il est plus content que si on lui donnait un trésor (qu'il ne serait content si on....)

  2. 2Si gouverne l'indicatif : S'il venait, il me ferait plaisir ; s'il était venu, je l'aurais su.

    • Cependant on peut mettre aussi le plus-que-parfait du subjonctif au lieu du plus-que-parfait de l'indicatif : S'il fût venu, je l'aurais su.

      • Sage s'il eût remis une légère offense La Fontaine, Fabl. IV, 13
      • Si vous fussiez venue à Vichy et de là ici, c'était une chose naturelle Mme de Sévigné, 294
      • Si l'on eût fait cette question [sur Dieu] aux gens du peuple, ils n'auraient su que répondre ; si à des étudiants, ils auraient parlé sans s'entendre Voltaire, Mœurs, Circonc.
      • Si tu fusses tombée en ces gouffres liquides André Chénier, Élég. Amymone.
    • Si ne prend ce subjonctif qu'avec les verbes auxiliaires : Si je vous eusse trouvé, ou si vous avais trouvé ; si j'y fusse allé, ou si j'y étais allé.

  3. 3Il y a quelques exemples de si avec le conditionnel.

    • Cette tournure a vieilli ; cependant elle serait encore de mise en certains cas, par exemple dans la phrase de d'Aguesseau.

  4. 4Au lieu de répéter le si, on peut se servir de que avec le subjonctif.

    • Observe que, bien qu'on puisse répéter le si, la manière la plus ordinaire et la plus naturelle est de se servir de que VAUGELAS
    • Ce serait chose plaisante si les malades guérissaient et qu'on m'en vînt remercier Molière, D. Juan, III, 1
    • Si Babylone eût pu croire qu'elle eût été périssable comme toutes les choses humaines, et qu'une confiance insensée ne l'eût pas jetée dans l'aveuglement.... Bossuet, Hist. III, 4
    • Quand la construction est négative, au lieu d'un second si, ou de son remplaçant que, on peut mettre ni.

      • Si on n'aimait pas les justes, ni on ne les protégeait pas pour eux-mêmes, il les faudrait protéger pour le bien public Bossuet, Méd. sur l'Évang. Dern. sem. du Sauveur, 83e jour.
  5. 5Si peut se répéter devant deux substantifs.

    • On peut mettre le verbe au singulier, si les deux substantifs sont pris dans un sens disjonctif : Si votre père, si votre mère vient à mourir, c'est-à-dire si votre père meurt, ou si votre mère meurt ; c'est l'un des deux substantifs qui est sujet. Mais on dira : Si l'amour, si la reconnaissance m'attachent à vous, parce que ces deux choses existent ensemble et que les deux substantifs sont le sujet complexe de la proposition.

  6. 6Si, dans une construction elliptique où il n'y a pas de membre principal, exprime une sorte de souhait.

  7. 7Avec si on peut quelquefois sous-entendre un verbe antécédent.

    • Je ne puis dire assurément quand je partirai d'ici, si dans un mois, dans deux ou dans trois Voiture, Lett. 25
    • Vous m'aimez, je l'ai su de votre propre bouche ;Je l'ai su de Dorante, et votre amour me touche,Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil,Assez pour vous donner un fidèle conseil Corneille, Suite du Ment. V, 5
    • Si l'on considère son ouvrage incontinent après l'avoir fait, on en est encore tout prévenu ; si trop longtemps après, on n'y entre plus Pascal, Pens. III, 2 bis, édit. HAVET.
    • Si j'épouse une femme avare, elle ne me ruinera point ; si une joueuse, elle pourra m'enrichir ; si une savante, elle pourra m'instruire ; si une prude, elle ne sera point emportée ; si une emportée, elle exercera ma patience ; si une coquette, elle voudra me plaire ; si une galante, elle le sera peut-être jusqu'à m'aimer La Bruyère, III
    • Chacun peut écrire chez nous [Anglais] ce qu'il pense, à ses risques et périls ; c'est la seule manière de parler à sa nation ; si elle trouve que vous avez parlé ridiculement, elle vous siffle ; si séditieusement, elle vous punit ; si sagement et noblement, elle vous aime et vous récompense Voltaire, Dial. XXIV, 9
    • Vous êtes digne ou indigne de la grâce que vous implorez ; si digne, il [Dieu] le sait mieux que vous ; si indigne, on commet un crime de plus en demandant ce qu'on ne mérite pas Voltaire, Dict. phil. Prières.
    • Sur cette construction, Condillac remarque : La Bruyère paraît aimer ce tour, et en fait usage assez souvent ; mais il ferait encore mieux de supprimer les si et de dire : si j'épouse, Hermas, une femme avare, elle ne me ruinera pas ; une joueuse, elle pourra m'enrichir, Art d'écr. I, 10. La construction conseillée par Condillac est bonne sans doute ; mais l'autre est meilleure.

  8. 8Si admet aussi d'autres ellipses de verbes.

    • M. le Prince avait convié plusieurs gentilshommes à son ballet ; mais ils s'en excusèrent ; si par faute d'argent ou pour autres considérations, c'est à vous à le deviner Malherbe, Lett. à Peiresc, 13 févr. 1615
    • Tessé fut déclaré plénipotentiaire du roi à Rome avec pouvoir de prendre le titre d'ambassadeur si et quand il le jugerait à propos Saint-Simon, 207, 34
  9. 9Si s'emploie pour exprimer non une supposition, mais une chose certaine. Si je suis gai, c'est que j'en ai le sujet ; cela veut dire : je suis gai et j'en ai sujet.

    • S'il est pauvre, faut-il le mépriser ? Comment oses-tu dire que tu es de noble race, si tu es le plus traître de tous les hommes ? Scarron, Rom. com. II, 14
    • Si la lune est pesante à la manière des corps terrestres ; si elle est portée vers la terre par la même force qui les y porte ; si, selon l'expression de M. Newton, elle pèse sur la terre, la même cause agit dans tout ce merveilleux assemblage de corps célestes Fontenelle, Newton.
  10. 10D'autres fois si marque opposition.

    • Si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu J.-J. Rousseau, Ém. VI
  11. 11S'il le fut, si jamais il le fut, et autres locutions de ce genre équivalent au superlatif.

  12. 12Et, ou si quelque autre chose.... et, ou si rien...., se disent pour exprimer en bloc tout ce qu'on ne veut pas énumérer. Un torrent, ou s'il est rien de plus impétueux.

    • Elle redevient rose, Œillet, aurore, et si quelque autre chose De plus riant se peut imaginer La Fontaine, Abbesse.
  13. 13Que si s'emploie quelquefois au commencement des phrases pour si. Que si vous m'alléguez cette raison, je dirai.... voy. QUE 2, n° 18.

  14. 14Combien. Vous savez si je vous aime.

  15. 15Si construit de façon que le membre de phrase qu'il gouverne, joue le rôle de substantif composé.

    • Tout ce que je lui demande [à M. de Grignan], c'est de conserver votre cœur et le mien.... songez que je recevrai comme une grâce s'il m'oblige à l'aimer toujours Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 13 oct. 1673
  16. 16Il marque le doute, l'interrogation. Je ne sais s'il est arrivé. Je doute si vous viendrez à bout de cette affaire. Dites-moi si vous irez là.

  17. 17Ou si, ou bien si, forme interrogative.

    • Justes cieux ! me trompé-je encore à l'apparence,Ou si je vois enfin mon unique espérance ? Corneille, Cid, III, 5
    • Tombé-je dans l'erreur, ou si j'en vais sortir ? Corneille, Héracl. IV, 4
    • Avez-vous oublié que vous parlez à moi,Ou si vous présumez être déjà mon roi ? Corneille, Rod. IV, 3
    • Mandez-moi les sentiments de ma tante sur notre succession : veut-elle suivre mon exemple, ou si elle veut retirer ma part ? Mme de Sévigné, 27 févr. 1679
    • Hé bien, seigneur, hé bien trouvez-vous quelques charmes à voir couler des pleurs que font verser vos armes, Ou si vous m'enviez, en l'état où je suis, La triste liberté de cacher mes ennuis ? Racine, Alex. IV, 2
    • Tout genre d'écrire reçoit-il le sublime, ou s'il n'y a que les grands sujets qui en soient capables ? La Bruyère, I
    • A-t-elle [la loi] introduit les fidéicommis, ou si elle les tolère ? La Bruyère, XIV
    • Voilà, dit le chevalier, un réveil assez gai et assez bouffon ; et à qui en as-tu donc, ou si c'est aux anges que tu ris ? Hamilton, Grammont, introd.
    • Enfin exigea-t-il vos hommages comme un tyran, ou s'il mérita votre tendresse comme un vrai père ? Massillon, Orais. fun. Villeroy, I
    • À propos des vers de Corneille cités ci-dessus : tombé-je dans l'erreur, ou si j'en vais sortir, etc. ? Voltaire dit : " Il faut : ou bien vais-je en sortir ? Il n'y a qu'un cas où ce si est admis, c'est en interrogation : si je parle ? si j'obéis ? si je commets ce crime ? On sous-entend : qu'arrivera-t-il ? qu'en penserez-vous ? " Comm. Corn. Rem. Héracl. IV, 4. Il est impossible de donner son assentiment à la critique de Voltaire. La tournure qu'il blâme est bonne en soi, et a pour elle les meilleurs auteurs.

  18. 18Si tant est que, avec le subjonctif, s'il est vrai que, avec le sens d'une concession que l'on fait, sans être bien convaincu soi-même. Si tant est que la chose soit comme vous dites, il faudra....

  19. 19Si ce n'est, excepté. Si ce n'est eux, quels hommes eussent osé l'entreprendre ? Il vous ressemble, si ce n'est qu'il a les cheveux plus noirs.

  20. 20Si ce n'était.... sans.... Si ce n'était la crainte de vous déplaire. Dans ce cas on peut supprimer si. N'était la crainte de vous déplaire, je parlerais hardiment.

  21. 21Si.... ne, à moins que. Si je ne me trompe.

  22. 22S. m. Un si, une objection.

    • On dit de même : Il a toujours des si, des mais.

  23. 23Si, substantif, s'emploie populairement aussi pour marquer un défaut dans la chose dont il s'agit. Voilà un bon cheval ; il n'y a point de si. Quel si y trouvez-vous ?

  24. 2Si.... ou non, se dit, quand, dans une alternative, la seconde partie est négative.

    • Si vous me blâmerez, ou non, c'est ce que je ne puis dire LETOURNEUR, Trad. de Clarisse Harlowe, lett. 86
  25. 3Si se disait autrefois se, et l'e s'en élidait devant une voyelle. Cet archaïsme était encore conservé au commencement du XVIIe siècle.

  26. 4Si ne veut pas le futur après soi, du moins dans la langue actuelle ; car au XVIe siècle on usait du futur avec si. Pourtant Letourneur a mis le futur, comme on vient de le voir dans l'exemple ci-dessus. C'est que, dans cet exemple, si est un si dubitatif entre deux verbes. La construction rétablie donne : Ce que je ne puis dire, c'est si vous me blâmerez.

Remarque

Si perd son i devant il et ils : s'il vient, s'ils viennent. Mais il ne le perd devant aucun autre mot, par quelque voyelle que ce mot commence.

Étymologie

Provenç. et espagn. si ; portug. et ital. se ; du lat. si, archaïque, sei ; ombrien, svê ; osque, svai. Les formes svê, svai font conjecturer que sei ou si représente le locatif de sva, et signifie en soi, étant que.

2si adv. (si)

  1. 1Tellement (sens le plus voisin de l'étymologie : sic, ainsi).

    • Il n'y avait plus que quatre petits mots dans la langue française : la reine est si bonne ! Retz, Mém. I
    • Il ne faut pas toujours être si délicat La Fontaine, Fabl. VIII, 17
    • Voilà le plus beau des éventails.... je n'ai jamais rien vu de si joli Mme de Sévigné, 6 avr. 1672
    • Une main si habile eût sauvé l'État, si l'État eût pu être sauvé Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Et j'espérais ma part d'une si riche proie Racine, Athal. III, 3
    • Je veux aujourd'hui vous exposer les règles de la foi sur un point si important de la doctrine chrétienne Massillon, Carême, Vocation.
    • Jean Corvin Huniade, ce fameux général des armées hongroises, qui combattit si souvent Amurat et Mahomet II Voltaire, Mœurs, 89
    • Ces pauvres Savoyards sont de si bonnes gens J.-J. Rousseau, Conf. VI
    • La nymphe était si belle, et son amant si tendre Delille, Trois règnes, III
    • Familièrement, pas si bête, c'est-à-dire il n'est pas si bête, ou cela n'est pas si bête, ou je ne suis pas assez bête pour faire cela.

  2. 2Si, avec que dans un autre membre de phrase et l'indicatif, tellement.... que. Le vent est si grand qu'il rompt tous les arbres.

    • Ce temps, si long que l'on use à composer un long ouvrage, [le prédicateur devrait] l'employer à se rendre si maître de sa matière, que les tours et les expressions naissent dans l'action et coulent de source La Bruyère, XV
    • Le monde est si corrompu que l'on acquiert la réputation d'homme de bien seulement en ne faisant pas de mal DE LÉVIS, Pensées, V
  3. 3Si, avec que et l'infinitif, au point de.

    • Je ne me repais pas de pensées si vaines que de m'imaginer.... Descartes, Méth. VI, 7
    • Si quelques prêtres se trouvaient si horriblement méchants que de se laisser aller à cette diabolique impiété Statuts synod. de Le Gouverneur, évêque de Saint-Malo, art. 21 (1628)
    • Celui-ci [Eunus adopté par Ésope] le paya d'ingratitude, et fut si méchant que de souiller le lit de son bienfaiteur La Fontaine, Vie d'Ésope.
    • Mais je ne me crois pas si chéri du Parnasse,Que de savoir orner toutes ces fictions La Fontaine, Fabl. II, 1
    • Et j'ai eu un aïeul, Bertrand de Sotenville, qui fut si considéré en son temps, que d'avoir permission de vendre tout son bien pour le voyage d'outre-mer Molière, G. Dandin, I, 5
    • Ouais ! je ne croyais pas que ma fille fût si habile que de chanter ainsi à livre ouvert Molière, Mal. imag. II, 6
    • Eh bien ! nous avons aimé un homme.... et nous avons été si sotte que de l'épouser [mariage de Mme de Coligny et de la Rivière] Mme de Sévigné, à Mme de Guitaut, 23 janv. 1682
    • Il me semble qu'il y a vingt ou vingt-cinq ans vous n'étiez point si innocente que de ne pas savoir quel jour c'était que le lendemain de la veille de la Pentecôte Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 12 janv. 1676
    • Es-tu toi-même si créduleQue de me soupçonner d'un courroux ridicule ? Racine, Bajaz. IV, 7
    • On peut supprimer le que.

      • Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? La Fontaine, Fabl. I, 10
      • Elle [Mme d'Heudicourt] a été si sotte de donner scrupuleusement dans l'étoffe [dépense en étoffes], sans rien mettre à part [sur une somme donnée pour des habits] Mme de Sévigné, 16 oct. 1676
      • Le pauvre Chardon de la Rochette, qui toute sa vie fut si simple de croire obtenir par la science une place de savant Paul-Louis Courier, A MM. de l'Académie.
  4. 4Si, dans une phrase négative suivi de que, veut le subjonctif. Il n'a pas été si leste qu'il ne soit tombé.

  5. 5Si, suivi de qui, ne s'emploie que dans une phrase négative et veut le subjonctif.

    • Il n'y a si vil praticien qui, au fond de son étude sombre et enfumée, ne se préfère au laboureur qui jouit du ciel LA BRUYÈRE, VII
  6. 6Si devant un adjectif ou un adverbe, au commencement de la phrase et ayant une force exclamative, tant est.... !

    • Si fort tous les pécheurs s'endorment tranquillement dans cette espérance qu'ils se convertiront un jour ! Massillon, Avent, Délai.
    • Il [Dieu] nous a pour ainsi dire portés lui-même sur ses ailes au haut de la roue ; si rapidement nous y sommes montés ! Massillon, Carême, Danger des prospér. temp.
    • Ironiquement. Vous deviez si bien venir ! je vous ai attendu toute la journée.

  7. 7Il peut s'employer devant les expressions adverbiales ; des grammairiens ont prétendu le contraire ; mais de bons auteurs en ont usé de la sorte.

    • Vous voyez bien, mes pères, qu'il y a peu d'opinions que vous ayez si à tâche d'établir Pascal, Prov. X
    • L'extravagance y paraît si à découvert, qu'elle ne laisse presque pas de lieu à la méprise Massillon, Carême, Resp. humain.
    • Il peut même précéder un substantif.

      • Ces conjectures ne sont pas si conjectures que tu penses J.-J. Rousseau, Hél. V, 13
  8. 8Il sert d'adverbe de comparaison en place de aussi, autant ; mais il ne s'emploie qu'avec la négation ou dans une phrase interrogative.

    • Mais de ces soupirants qui vous offraient leur foi,Aucun ne vous eût mise alors si haut que moi Corneille, Tite et Bérén. I, 2
    • Eh bien, ils se battront, puisque vous le voulez ; Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez ? Corneille, Cid, II, 5
    • Avez-vous jamais ouï parler d'une étoile si brillante que celle du roi ? Mme de Sévigné, 13 oct. 1677
    • Je n'ai jamais vu rien de si beau, de si bon, de si aimable, de si net, de si bien arrangé, de si éloquent, de si régulier, en un mot de si merveilleux que votre lettre Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Champigny, t. III, p. 173, dans POUGENS.
    • Dans la monarchie il n'y a pas une force si réprimante que dans les autres gouvernements Montesquieu, Esp. V, 7
  9. 9Si employé pour aussi dans une phrase affirmative a vieilli.

    • L'usage n'a conservé que la locution familière : Si peu que vous voudrez, si peu que rien, c'est-à-dire aussi peu que vous voudrez, très peu.

    • Si .... comme, se disait jadis pour aussi.. que ; cette tournure a vieilli.

      • Il n'est rien de si beau comme Calixte est belle Malherbe
      • Je vous félicite, vous, d'avoir une femme si belle, si sage, si bien faite comme elle est Molière, Méd. malgré lui, II, 4
      • Il ne paraît pas que la paix soit si proche comme je vous l'avais mandé Mme de Sévigné, 24 juin 1672
  10. 10Si.... que, quelque... que. Si mince qu'il puisse être, un cheveu fait de l'ombre.

    • Protésilas sera prêt à le faire [le bien] avec vous pour conserver l'autorité ; mais, si peu qu'il sente en vous de facilité à vous relâcher.... Fénelon, Tél. XII
    • Avec ellipse du que.

      • Une figure, si régulière soit-elle, n'est pas agréable à la vue lorsque... Descartes, Musique, choses à remarquer.
    • Si peu que, le peu que.

      • Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte Corneille, Poly. III, 1
      • Divers petits commandants qui étaient le jouet des barbares [sur la fin de l'empire romain], et qui consumaient si peu qu'ils avaient de force à se supplanter les uns les autres MÉZER., Abr. de l'hist. de France. ann. 455
      • On se réjouit de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence : plus de jeûnes, plus d'austérités ; si peu de soin que nous avons peut-être apporté durant ce carême à réprimer le désordre de nos appétits, nous nous en relâcherons tout à fait Bossuet, 1er sermon, Jour de Pâques, 1
  11. 11Si que, de telle sorte que.

  12. 12Si bien que, tellement que, de sorte que. La pluie nous surprit en chemin, si bien que nous nous égarâmes.

    • Si bien donc, se dit interrogativement en reprenant un sujet de conversation.

      • Si bien donc que vous allez trouver M. et Mme Oronte ? LE SAGE, Crispin rival, 19
  13. 13Si, signifiant étymologiquement ainsi, est quelquefois employé comme particule affirmative, mais seulement dans le cas où il s'agit de détruire une négation précédente. Vous dites que non, je dis que si. Vous gagez que non, je gage que si. Est-ce que vous n'allez pas à Paris ? Si, j'y vais.

    • On répond si et non oui, parce que, les phrases étant négatives, on ne saurait si oui détruit la négation ou la confirme. Il faut ajouter que le mot si, étant destiné à détruire une opinion exprimée par notre interlocuteur, n'est pas une tournure polie quand on parle à ses supérieurs. On emploie alors une autre formule, comme : je vous demande pardon, JULLIEN.

  14. 14Si fait, locut. qui s'emploie pour affirmer le contraire de ce qui a été dit.

    • Je crois qu'il n'a pas été là. - Si fait, il y a été. Si fait vraiment. Je ne saurais manger. - Si fait bien moi, je meure Molière, Sgan. 7
    • Si fait, mon enfant, par-ci, par-là, dans de certains moments Dancourt, Renaud et Armide, sc. 12
    • Si fait, c'est-à-dire ainsi fait.

    • Si ferai, si ferai-je, autres façons d'affirmer, qui signifient je ferai ainsi.

    • Cette tournure a vieilli ; cependant elle se dit encore. On la trouve dans cette phrase de J. J. Rousseau : Les expressions sont toujours plus recherchées et les oreilles plus scrupuleuses dans les pays plus corrompus ; s'aperçoit-on que les entretiens de la halle échauffent beaucoup la jeunesse qui les écoute ? si font bien les discrets propos du théâtre, et il vaudrait mieux qu'une jeune fille vît cent parades qu'une seule représentation de l'Oracle, Lett. à d'Alemb. sur les spectacles.

    • Si donnons en mandement, formule fréquente dans les anciens édits.

  15. 15Familièrement. Que si, pour si fait. Vous n'y irez pas ? - Que si. Vous ne ferez donc pas cela ? - Oh ! que si.

  16. 16Pourtant, toutefois (ce sens vieillit).

    • On a dit dans le même sens :

      • si est-ce que Me trompe qui pourra ; si est-ce qu'il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tandis que je penserai être quelque chose Descartes, Méd. III, 3
      • Et encore qu'il y ait en l'homme autre chose que la raison, si est-ce néanmoins qu'elle est la partie dominante Bossuet, Pens. chrét. 33
    • Et si, même signification.

      • Depuis trente ans, c'est elle, et si, ce n'est pas elle Régnier, Sat. X
      • Je la fuis, je la crains, et si, je l'aime encore Tristan L'Hermite, Panthée, II, 4
      • J'ai la tête plus grosse que le poing, et si, je ne l'ai pas enflée Molière, Bourg. gent. III, 5
      • Je n'ai encore vu personne qui ne soit charmé de votre Instruction ; et si, j'en ai ouï parler à bien des gens Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 2 déc. 1697
      • Il n'y en aura jamais qui fasse son chemin si promptement que vous ; et si, ils aiment à aller vite, ces messieurs-là Dancourt, Vacances, sc. 3
    • Dans cet emploi on prononce si en appuyant dessus et en faisant une petite pause. Ce mot énergique et vif, quoiqu'il ait vieilli, ne doit pas tomber en désuétude.

  17. 13Ajoutez :

    • Si, au sens de particule affirmative, pris substantivement.

      • Si, Nancy ! ce si comprend tout LETOURNEUR, Trad. de Clarisse Harlowe, lett. LVIII
  18. 17Si plus, tant plus.

    • Une réponse si sèche et si précise fut cruellement sentie ; mais il [le duc de Vendôme] n'était pas au bout du châtiment qu'il avait si plus que mérité Saint-Simon, dans Scènes et portraits choisis dans les Mémoires du duc de St-Simon, par Eug. de Lanneau, Paris, 1876, t. I, p. 198
    • Si plus est insolite, mais n'a rien d'incorrect.

Remarque

1. Si ne doit modifier les participes passés que lorsqu'ils sont adjectifs. On dit bien : un homme si éclairé, si rangé ; mais on ne dit pas : une éclipse si observée ; il faut dire : si exactement observée ; et alors si modifie, non le participe, mais l'adverbe. 2. Il vaut mieux répéter le si devant les adjectifs et les adverbes, et dire : vous êtes si sage et si avisé, que de dire : vous êtes si sage et avisé. Cependant cette dernière façon n'est pas absolument à repousser.

Étymologie

Berry, si, oui : le métayer qui vend des bestiaux réserve le si du maître ; bourguig. sia, ma sia, mais si ; prov. si ; ital. si, oui ; du lat. sic, ainsi.

3si s. m. (si)

  1. Condition imposée.

    • Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable, Mais par tel si, qu'au lieu qu'on obéit au diable, Quand il a fait ce plaisir-là, à tes commandements le diable obéira La Fontaine, Ch. imposs.

Étymologie

Lat. sic, ainsi. Ce qui prouve qu'il s'agit de l'adverbe si et non de la conjonction si, c'est que les anciens textes portent si, qui est adverbe, tandis qu'il n'ont que la forme se pour si conjonction.

4si s. m. (si)

  1. Terme de musique. La septième note de la gamme d'ut. Si naturel. Si bémol.

    • Le si bémol majeur est tragique J.-J. Rousseau, Dissert. sur la mus. mod.
    • La syllabe si paraît, dit M. S. Morelot, avoir été employée pour la première fois par un Flamand nommé Anselme, contemporain de Walrëant, et qui dispute à celui-ci l'honneur d'avoir simplifié la solmisation ; c'est, du moins, le témoignage de Zacconi, dans un ouvrage publié en 1622 JOSEPH D'ORTIGUE, Dictionnaire de Plain-chant, article si
    • Le nom du signe qui représente cette note.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander