Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

que dans le Littré

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1que pron. relatif, ou mieux conjonctif (ke)

  1. 1Lequel, laquelle, lesquels, lesquelles. Il ne s'emploie que comme régime ; il est des deux genres, et des deux nombres ; l'e s'élide devant une voyelle ou une h muette. Ces hommes que vous avez vus. Cette femme que vous connaissez. Les livres que vous lisez. Les choses qu'on vous a dites.

    • Que construit avec un verbe suivi d'un verbe à l'infinitif dépendant lui-même de ce que.

      • Des disputes théologiques que l'on a toujours remarquées devenir frivoles à mesure qu'elles sont plus vives Montesquieu, Rom. 22
  2. 2Que, d'après la construction ordinaire, ne doit pas être séparé de son antécédent ; cependant il est quelques cas où cela peut se faire : c'est le goût et l'oreille qui en décident ; mais il ne faut pas que la clarté en souffre.

  3. 3Que se dit archaïquement pour ce que, représentant le latin neutre quod.

    • En cet emploi il se dit surtout avec les verbes avoir, savoir, pouvoir (joints à ne).

      • Mon esprit satisfait n'aura que désirer RACAN, Psaume L.
      • ....C'est demain qu'elle [Médée] sort de nos terres ; Nous n'avons désormais que craindre de sa part Corneille, Médée, II, 4
      • Surpris, ravi, confus, je n'ai que repartir Corneille, Suiv. III, 10
      • L'autre aussitôt de s'excuser, Alléguant un grand rhume ; il ne pouvait que dire Sans odorat.... La Fontaine, Fabl. VII, 7
      • Les traits du visage très beaux et si bien proportionnés qu'on n'y trouvait que reprendre La Fontaine, Psyché, II, p. 163
      • Ne sachant que conjecturer du dessein de son mari, ni à quelle mort se résoudre La Fontaine, ib. II, p. 112
      • Madame, je suis votre sœur, autrefois l'épouse de Cupidon, maintenant esclave, et ne sachant presque que devenir La Fontaine, ib. p. 148
      • S'il faut agir, je ne sais que faire ; s'il faut parler, je ne sais que dire J.-J. Rousseau, Confess. I
    • Je n'ai que faire, je n'ai rien à faire.

    • Je n'ai que faire de, je n'ai aucun besoin de.

    • Je n'ai que faire de vous dire.... il n'est pas nécessaire de vous dire....

    • Je n'ai que faire à cela, je n'ai aucun intérêt à cela.

    • Je n'ai que faire là, je ne suis pas nécessaire là.

      • Vous êtes un sot de venir vous fourrer où vous n'avez que faire Molière, Méd. m. lui, I, 2
    • Je ne puis que faire à cela, je n'y puis, je n'y sais que faire, je ne peux qu'y faire, il ne dépend pas de moi d'y rien faire, d'y remédier.

  4. 4Faire que fou, que sage, agir en fou, en sage ; en remplissant l'ellipse on a : faire [ce] que [ferait un] sage.

    • Disant qu'il ferait que sage De garder le coin du feu La Fontaine, Fabl. V, 2
  5. 5Que, construit avec un adjectif et le verbe être, fait une sorte de locution qui signifie étant (que est ici adjectif conjonctif ; voyez les exemples : la cruelle laquelle elle est ; innocent lequel il était).

    • Il s'emploie en ce sens avec un autre verbe que être, pourvu que ce verbe suppose le verbe être. Habile qu'il se jugeait, il accepta la mission. Innocent qu'il se savait, il avait la tête haute.

    • Avec un participe il signifie après que. Arrivé qu'il fut, il se mit à la besogne. Établi qu'il eut son monde en un bon endroit, il songea à lui.

    • Après un adjectif et avec le subjonctif, dans le sens de quelque.... que. Aujourd'hui on dirait : si doux que soit, ou tout doux qu'est.

  6. 6Que je crois, locution familière et elliptique pour : à ce que je crois.

  7. 7Ce que c'est, quelle chose c'est.

  8. 8Ancienne construction de que, très usitée au XVIIe et au XVIIIe siècles, dans laquelle le membre où est que est rattaché par qui à un membre suivant et dépendant.

    • Cette construction a été employée, comme on voit, par les meilleurs écrivains ; elle est vive et très commode ; il serait fort utile de la remettre en honneur.

  9. 9Que, interrogativement, quelle chose ?

    • Il se construit avec l'infinitif.

    • Familièrement. Que diable ? quelle chose, avec diable pris d'une façon exclamative.

      • Si vous n'êtes pas malade, que diable ne le dites-vous donc ? Molière, Méd. m. lui, II, 9
      • Que diable est-ce là ? les gens de ce pays-ci sont-ils insensés ? Molière, Pourc. I, 12
    • Que interrogatif employé par redondance avec le verbe savoir.

      • Que sait-on ce qui arrivera ? Dict. de l'Acad. au mot SAVOIR
      • Que sait-on s'il le voudra ? ib.
      • Que savons-nous ce que la Providence garde à M. de Vardes ? Mme de Sévigné, 17 avr. 1682
  10. 10Qu'est-ce ? quelle chose est-ce ?

    • Qu'est-ce que... ? même sens.

      • Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement... ? La Fontaine, Fabl. VIII, 1
      • Dieux ! qu'est-ce que j'entends ? Racine, Phèdre, II, 5
      • Qu'est-ce qu'un livre de Jean-Jacques contre la comédie ? Jean-Jacques est-il devenu Père de l'Église ? Voltaire, Lett. Thiriot, 17 sept. 1758
      • Qu'est-ce que ce Confucius dont on parle tant, si on le compare à Sidney et à Montesquieu ? Raynal, Hist. phil. I, 21
  11. 11Que dans les phrases interrogatives, suivi de que, et signifiant quelle chose.... si ce n'est....

  12. 12Que, pourquoi, à quoi ?

  13. 13Que exclamatif et dans le sens de combien (en cet emploi, que est équivalent au relatif latin quand il est exclamatif : O qui tuarum pennarum est nitor ! Phèdre.)

  14. 14Que, avec un nom de temps, signifie durant lequel, laquelle, lesquels, lesquelles.

    • Le jour suivant, que les vapeurs de Bacchus furent dissipées, Xanthus fut extrêmement surpris de ne plus trouver son anneau La Fontaine, Vie d'Ésope.
    • Il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines [l'argent] La Fontaine, Fabl. VIII, 2
    • Et moi-même Au moment que je fais cette moralité.... La Fontaine, ib. VIII, 4
    • Du temps que les bêtes parlaient La Fontaine, ib. IV, 1
    • Un certain loup, dans la saisonQue les tièdes zéphyrs ont l'herbe rajeunie,Et que les animaux quittent tous la maison La Fontaine, ib. V, 8
    • L'argent dans une bourse entre agréablement ; Mais, le terme venu que nous devons le rendre, C'est lors que les douleurs commencent à nous prendre Molière, l'Ét. I, 6
    • Je ne m'ennuyais point cet hiver que je vous avais Mme de Sévigné, 28 août 1675
    • Vous devez prendre désormais quelque intérêt à mes affaires, tout au moins pour un an, qui est le temps que vous avez affermé le Buron Mme de Sévigné, à d'Hérigoyen, 20 juill. 1686
    • J'y serai [à Grignan] jusqu'au mois de septembre, que j'irai à Bourbilly.... Mme de Sévigné, à Bussy, 15 juill. 1673
    • Le temps n'est plus, ma chère fille, que ce m'était une grande consolation de recevoir une grande lettre de vous Mme de Sévigné, 17 janv. 1680
    • Cette pauvre diablesse de Voisin, qui est à l'heure que je vous parle, brûlée à petit feu à la Grève Mme de Sévigné, 21 février 1680
    • Où est le temps que vous ne mangiez qu'une tête de bécasse par jour, et que vous mouriez de peur d'être trop grasse ? Mme de Sévigné, 6 janv. 1672
    • C'est un infortuné... qui ne se croit formé que pour les jours rapides qu'il paraît sur la terre Massillon, Carême, Prière 2
    • Au commencement que l'évêque avait seul entre les mains tout le revenu de son Église, en était-il plus fastueux ? Massillon, Confér. Us. des reven. ecclésiast.
    • Une nuit que j'étais dans cet état tranquille où l'âme, plus à elle-même, semble être délivrée de la chaîne qui la tient assujettie Montesquieu, Temple de Gnide.
    • Au mois de juillet... que le pays [Montmorency] est plus agréable J.-J. Rousseau, Lett. à Malesherbes.
    • Qu'elle soit toujours coiffée en cheveux jusqu'à l'âge de trente ans, qu'une pareille coiffure devient indécente et ridicule dans une femme J.-J. Rousseau, Lett. à Mme Roguin, 31 mars 1764
    • Dans ma jeunesse, que je croyais trouver dans le monde les mêmes gens que j'avais connus dans mes livres J.-J. Rousseau, 2e lett. à M. de Malesherbes.
    • Je joue de la harpe ou du clavecin jusqu'à huit et demie, que nous soupons Mme de Genlis, Ad. et Th. t. I, p. 31, dans POUGENS
    • Par assimilation on a fait maintenant que, à présent que, sorte de conjonctions composées qui signifient en ce temps où, et qui sont formées comme pendant que, alors que.

      • L'Espagne pleurait seule ; maintenant que la France et l'Espagne mêlent leurs larmes et en versent des torrents, qui pourrait les arrêter ? Bossuet, Mar.-Thér.
  15. 15De la même façon on a fait, avec toutes sortes de substantifs et que, des composés où que signifie selon lequel, laquelle, lesquels, lesquelles.

    • De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu,Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu Corneille, Cinna, V, 1
    • On se défend d'abord, mais de l'air qu'on s'y prendOn fait entendre assez que notre cœur se rend Molière, Tart. IV, 5
    • Elle [Mme de la Fayette] vous remercie tendrement de la manière que vous comprenez sa douleur Mme de Sévigné, 12 avr. 1680
    • Commencez par décider... si je vendrai mes grains à Noël prochain au prix qu'ils se trouveront Mme de Sévigné, à Mme de Guitaut, 22 nov. 1692
    • Elle [Mme de Fontevrault] pensa mourir de douleur en le voyant [son père] en l'état qu'il est [frappé d'apoplexie] Mme de Sévigné, 12 juin 1675
    • Les écrits que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer n'envisagent point la matière du côté que je la regarde ici Bossuet, Lettres, 237
    • Me voyait-il de l'œil qu'il me voit aujourd'hui ? Racine, Andr. II, 1
    • Comme un arbre plus d'une fois mort et déraciné, selon l'expression d'un apôtre, vous allez rester pour toujours sur le côté que vous tomberez Massillon, Carême, Inconst.
    • Je tournai la tête du côté que partait la voix Lesage, Gil Blas, I, 1
    • Le public ne prendrait pas le mot de secte dans le sens que je l'avais écrit J.-J. Rousseau, Lett. à M. de Bastide, 16 juin 1760
    • Pardonnez si je ne puis voir les périls qui vous effrayent du même œil que les voit une mère J.-J. Rousseau, Lett. à Mme de Créqui, 13 oct. 1758
  16. 16En dépit qu'il en ait, voy. DÉPIT 1, n° 2, et la remarque 2.

  17. 3Arrivé qu'il fut.., cette tournure est condamnée par Vaugelas, bien, dit-il, qu'une infinité de gens s'en servent, et en parlant et en écrivant. Malgré l'arrêt de Vaugelas, cette tournure est bonne et mérite d'être conservée.

  18. 4Que, dans l'usage ancien, pouvait être rapporté, non, comme à présent où cela est nécessaire, au verbe de la proposition subordonnée, mais au verbe, quand il s'en trouvait, d'une incise précédant le verbe de la proposition subordonnée. Au mot QUI, n° 13, comparez un emploi tout semblable.

Remarque

1. On dit : Faites ce que bon vous semblera, et non ce qui bon vous semblera. La construction est : Faites ce que bon vous semblera de faire. 2. Que signifiant combien est un adverbe de quantité qui ne peut modifier un mot précédé d'un des adverbes bien, très , fort, extrêmement.

Étymologie

Lat. quod, neutre de qui (voy. QUI). On peut penser que que représente quem, quam, quae aussi bien que quod ; mais la forme qued nous ramène à quod. Dans quelques cas qui n'ont pas prévalu, on a dit que pour qui, comme l'italien che.

2que conj. (ke)

  1. 1Sert à unir deux membres de phrase ; ce qui distingue ce que du que relatif qui unit un nom et un membre de phrase, c'est que celui-ci peut se tourner par quoi ou par lequel, laquelle, accompagné du nom qu'il rappelle, tandis que que conjonction ne le peut pas. Vous dites qu'il viendra.

    • Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je croi Qu'on peut par tout pays être content de soi Molière, Mis. III, 1
    • Dans ces locutions : Je dis que oui, Il soutient que non, oui et non représentent des propositions.

    • Après certains verbes qui veulent de avec un substantif, on peut aussi mettre que. je vous instruis, je vous informe que votre frère est arrivé. Je vous avertis qu'il est temps de partir.

    • On a dit aussi que après supplier.

      • Si j'ai oublié dans ma première lettre de faire mention du prélat, je vous supplie que je répare ce défaut dans celle-ci Mme de Sévigné, à Bussy, 27 févr. 1679
  2. 2Après certains verbes et certaines constructions qui impliquent possibilité, doute, négation, interrogation, commandement, on met le subjonctif. Je ne crois pas qu'il vienne. Il suffit que vous le disiez. Il faut qu'il parte. C'est dommage qu'il ait ainsi parlé.

    • Est-il possible que vous partiez ? Voilà qui m'étonne, qu'en ce pays-ci les formes de la justice ne soient point observées Molière, Pourc. III, 2
    • Et ne croyez pas que ce fût sur des matières.... Massillon, Carême, Vérité de la relig.
    • Ô Dieu ! en permettant que la sagesse humaine tombât dans des égarements si monstrueux Massillon, Carême, Vérité de la religion.
  3. 3Et que, continuant une pensée commencée par un infinitif.

    • Que s'emploie semblablement, sous-entendu disant, exposant.

      • M. de Pompone ne put retenir quelques larmes, en lui parlant [au roi] du malheur qu'il avait eu de lui déplaire ; que, pour sa famille, il l'abandonnait aux bontés de Sa Majesté ; que toute sa douleur était.... Mme de Sévigné, 7 févr. 1680
  4. 4Dans une phrase où se trouvent deux propositions en regard l'une de l'autre, l'une régissant, l'autre régie, quand la première est au passé, on doit mettre la seconde au présent, si elle exprime une chose vraie indépendamment de toute époque, une action qui se fait ou peut se faire en tout temps, ou bien encore lorsqu'il s'agit de quelque chose qui existe au moment où l'on parle.

    • Vous m'avez dit, tout franc, que je dois accepterCelui que pour époux on me veut présenter Molière, Tart. II, 4
    • Qu'est-ce que vous me voulez, mon papa ? ma belle maman m'a dit que vous me demandez Molière, Mal. imag. II, 11
    • On m'a dit qu'on ne connaît plus certaines planètes qui tournent autour de Jupiter, auxquelles Galilée donna en mon honneur le nom d'astres de Médicis FONT., Dial. de Cosme de Médicis et de Bérénice
    • Il concluait que la sagesse vaut mieux que l'éloquence Voltaire, Taureau blanc.
    • Cependant mettre l'imparfait n'est pas une faute ; seulement la pensée est un peu différente ; l'imparfait se dit quand on veut exprimer quelque chose de relatif.

    • On met l'imparfait du subjonctif après un temps passé. Je craignais, j'ai craint, j'avais craint qu'il ne vînt.

    • On le met aussi après le conditionnel passé. J'aurais voulu qu'il ne vînt pas.

    • Après le conditionnel futur, on met le présent ou l'imparfait. Je voudrais qu'il vienne ou qu'il vînt ; voy. la remarque 2.

    • On pourrait, après le présent, mettre l'imparfait du subjonctif dans une phrase de cette espèce : On craint que la guerre, si elle éclatait, n'entraînât des maux incalculables.

    • C'est de la sorte que Racine a dit :

  5. 5Que retranché, nom que l'on donne, dans certaines grammaires latines, à la tournure latine qui exprime par le verbe à l'infinitif et le nom à l'accusatif ce que nous exprimons par que entre deux verbes ; Burnouf l'appelle proposition infinitive.

    • C'est donc par l'idiotisme de l'une et de l'autre langue qu'il faut expliquer ces façons de parler, et non par les règles ridicules du que retranché DUMARS., Œuv. t. IV, p. 82
  6. 6En tête d'un chapitre ou d'une section d'un livre, on met que pour indiquer de quelle matière il y est traité.

    • Que Dieu s'est voulu cacher Pascal, Pens. XI, 5, éd. HAVET.
  7. 7Par inversion, la proposition où est que peut se mettre avant l'autre. Que cela soit, j'y consens. Que l'on veuille agir ainsi, c'est ce que je ne crois pas.

    • Mais que tous, tant que nous sommes, Nous mentions, grand et petit, Si quelque autre l'avait dit, Je soutiendrais le contraire La Fontaine, Fabl. IX, 1
    • Que le bon soit toujours camarade du beau,Dès demain je chercherai femme La Fontaine, ib. VII, 2
    • Que ce soit l'homme ou la femme qui ait introduit le péché dans le monde, c'est la même chose, selon saint Augustin Malebranche, Rech. Éclairc. liv. I, t. IV, p. 126 dans POUGENS
    • Que tous les hommes presque se sauvent, la foi nous défend de le croire Massillon, Carême, Élus.
    • Que ce consul [Cicéron] ait été un bon poëte, un philosophe qui savait douter, un gouverneur de province parfait.... ce n'est pas là le mérite dont il s'agit ici Voltaire, Rome sauv. Préf.
    • Que ainsi placé équivaut quelquefois à soit que.

      • Que sa prétention fût ou non légitime,Encor ce traitement paraît-il inhumain Rotrou, Antig. IV, 1
      • Du reste, que vous réussissiez ou que vous ne réussissiez pas, c'est un soin dont il vous décharge Bourdaloue, Exhort. sur l'obéiss. relig. t. I, p. 283
      • Tout ce que nous faisons, que nous pleurions, que nous nous réjouissions, il doit être d'une telle nature, que nous puissions du moins le rapporter à Jésus-Christ Massillon, Carême, Élus.
    • Ainsi placé, que équivaut encore à s'il arrive, s'il arrivait, s'il fût arrivé. Qu'il fasse le moindre excès, il est malade, s'il arrive qu'il fasse le moindre excès, il en est malade.

      • Que Nicias eût envoyé le plus petit détachement pour s'opposer à l'approche de Gylippe, il était maître de Syracuse, et tout était fini Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 667, dans POUGENS
      • Que son maître paraisse, et ses sens sont calmés Delille, Trois règ. VIII
    • Que s'emploie de même pour il faut que.

      • Que je vous retrouve à mon retour modeste, douce, timide, docile Mme de Maintenon, Lett. à Mlle d'Aubigné, 11 mai 1693
      • Que je vous gronde ; vous doutez de mes sentiments, parce que vous n'en voyez pas de marques Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Brinon, t. II, p. 233, dans POUGENS
      • Que je vous conte une réponse qui m'a fait plaisir, parce qu'elle m'a paru au-dessus de son âge [d'un enfant] Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Montespan, 1677, t. I, p. 65
    • Dans une phrase exclamative il équivaut à : faut-il ? Qu'il se soit oublié à ce point !

      • Bon Dieu ! que la tiédeur des chrétiens ait réduit votre Église à leur faire une loi de la participation à votre corps et à votre sang ! qu'il ait fallu des menaces pour les conduire à l'autel, et les obliger de s'asseoir à votre table ! Massillon, Avent. Disp. à la comm.
  8. 8Il exprime le souhait, l'imprécation, le commandement, le français ne possédant l'impératif qu'aux secondes personnes et à la première du pluriel, et y suppléant avec que et le subjonctif ; dans ces locutions, que, bien que en tête de la phrase, n'en est pas moins entre deux propositions dont la première est sous-entendue : je prie que, j'ordonne que, etc. Que je meure si.... Qu'il parte aussitôt.

  9. 9Que s'emploie seul et représente différentes locutions conjonctives.

    • Il représente : afin que. Dans une phrase interrogative, il représente : qui fait que, pour que.

    • Accompagné de ne, il représente : de peur que.

    • Il représente : avant que.

      • Je pensai.... que je ne devais point entreprendre d'en venir à bout [établir des principes de la philosophie], que je n'eusse atteint un âge bien plus mûr que celui de vingt-trois ans que j'avais alors Descartes, Méth. II, 13
      • Ne venez point ici que vous n'ayez de mes nouvelles Mme de Sévigné, à Ménage, 1650
      • Il n'y a point au monde de si pénible métier, que celui de se faire un nom : la vie s'achève que l'on a à peine ébauché son ouvrage La Bruyère, II
    • Il représente : et néanmoins. L'ennemi semblerait dispersé, que l'on devrait veiller encore. De telles nouvelles seraient indubitables, que je ne les tairais pas moins.

      • On est souvent un fort honnête homme, qu'on n'est pas un très bon chrétien Mme de Sévigné, 4 oct. 1677
    • Il représente : pendant que.

      • La voiture aux provisions est venue, que j'étais malade J.-J. Rousseau, Lett. à M. de Lorenzy, 3 nov. 1760
    • Il représente : si bien, de telle façon que.

    • On dit de même : Que c'est une bénédiction.

      • Elle engraissait, que c'était une bénédiction Hamilton, Gramm. 10
      • Quand le Camus disait mon frère le cardinal, il se rengorgeait que c'était un plaisir Saint-Simon, 281, 72
    • Que signifiant de ce que.

      • Nous faisions la guerre au bonhomme d'Andilly, qu'il avait plus d'envie de sauver une âme qui était dans un beau corps qu'une autre Mme de Sévigné, 19 août 1676
    • Que signifiant à ce que.

      • Je comprends qu'en effet vous perdez un peu que je ne sois plus à Paris Mme de Sévigné, 17 mai 1680
    • Que signifiant lorsque.

      • La vie est trop courte, et la mort nous prend, que nous sommes encore tout pleins de nos misères et de nos bonnes intentions Mme de Sévigné, 27 juin 1679
      • Vous croyez avoir résisté jusqu'au sang et remporté la victoire, qu'il faut recommencer le combat Massillon, Mystères, Résurrect.
      • Je n'avais aucune idée des choses, que tous les sentiments m'étaient déjà connus J.-J. Rousseau, Conf. I
    • Que signifiant puisque. Sans doute vous avez été malade, qu'on ne vous a vu depuis six mois.

      • Vous êtes donc brouillé avec lui, que vous ne lui parlez plus ? Comment voudriez-vous qu'ils [vos chevaux] traînassent un carrosse, qu'ils ne peuvent pas se traîner eux-mêmes ? Molière, l'Av. III, 5
    • Il représente : depuis que. Il y a dix ans qu'il est parti.

    • Il représente : autant que.

    • Que.... ne signifiant sans que.

  10. 10Il est corrélatif de tel, quel, même, autre.

    • Tout autre que mon père L'éprouverait sur l'heure Corneille, Cid, I, 5
    • Montre-toi digne fils d'un père tel que moi Corneille, ib. I, 5
    • Et moi, ma fille, je vous aime avec la même inclination que ce fleuve [le Rhône] va de Lyon à la mer ; cela est un peu poétique, mais cela est vrai Mme de Sévigné, 30 juill. 1677
    • Quel grand homme que ce Guillaume prince d'Orange ! Voltaire, Dict. phil. Venise.
  11. 11Que signifiant si ce n'est, autre que, autrement que.

  12. 12Que précédé de pas ou de point, et signifiant si ce n'est.

    • Cette locution a vieilli, et c'est dommage. En tout cas, il faut se garder de la confondre avec la locution vicieuse où ne.... que est joint à pas ou à point : Je n'ai pas que cela à faire (voyez ci-dessous la remarque 1).

  13. 13Ne pouvoir pas.... que.... ne, c'est-à-dire il est impossible que.... ne.

    • Dans le fond, je suis de votre sentiment, et vous ne pouvez pas que vous n'ayez raison Molière, l'Av. I, 7
    • On dit de même : il n'est pas que.... ne....

      • Il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire Molière, l'Avare, V, 2
  14. 14Non que..., c'est-à-dire il ne faut pas dire que...

    • Non que pour cela j'osasse entreprendre d'abord d'examiner toutes celles difficultés] qui se présenteraient Descartes, Méth II, 13
  15. 15Ne.... que signifiant seulement. Je ne veux que le voir. Je n'ai de volonté que la tienne. Je ne possède de maison que celle que j'habite. Ne.... que, avec un comparatif ou avec trop, sert à affirmer plus fortement.

    • Ils ne font que sortir, ils sortent à chaque instant.

    • Ils ne font que de sortir, ils viennent de sortir.

    • Ne.... que s'explique par une ellipse : Il n'y a que lui, il n'y a [autre] que lui ; il n'est que blessé, il n'est [autre chose] que blessé.

  16. 16Il n'est que de, voy. ÊTRE 1, n° 14.

  17. 17Il sert à former un grand nombre de locutions conjonctives : avant que, après que, afin que, dès que, loin que, sans que, soit que, etc.

  18. 18Il remplace comme, quand, si, lorsqu'à des propositions qui commencent par ces mots, on en joint d'autres de même nature.

    • Comme nous avons déjà dit, et que nous le verrons plus clairement ailleurs Bossuet, Connaiss. I, 17
    • Si, selon la doctrine du grand apôtre, on trouve la sainteté dans les emplois les plus bas, et qu'un esclave s'élève à la perfection Bossuet, le Tellier.
    • Quand tout cédait à Louis et que nous crûmes voir revenir le temps des miracles où les murailles tombaient au bruit des trompettes.... Bossuet, Mar.-Thér.
    • Que, remplaçant comme et quand, veut l'indicatif. Remplaçant si, il veut le subjonctif ; cependant, par exception, on trouve aussi l'indicatif.

      • Si je n'ai pas eu des sentiments humbles, et que j'ai élevé mon âme, Seigneur, ne me regardez pas.... Bossuet, Polit. X, VI, 13
    • Que remplaçant pourquoi.

    • Que remplaçant jusques à quand.

      • Jusques à quand jugerez-vous avec injustice, et que vous regarderez, en jugeant, non le droit, mais les personnes ? Bossuet, Polit. VIII, I, 1
  19. 19Que précède élégamment la conjonction si au commencement d'une phrase.

  20. 20Que corrélatif de ce. Si je ne vais plus chez vous, c'est que je crains d'y rencontrer votre cousin.

    • En cette construction, que de se met souvent devant un infinitif.

      • Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux : Cet honneur a souvent de mortelles angoisses La Fontaine, Fabl. XII, 11
      • C'est donner que de faire un marché de cette sorte Mme de Sévigné, 187
      • Dans quelque prévention où l'on puisse être sur ce qui doit suivre la mort, c'est une chose bien sérieuse que de mourir La Bruyère, XVI
    • On supprime quelquefois le de.

    • Souvent, dans ces tournures, que s'emploie pour donner plus de force à ce qu'on dit.

      • Tant c'est chère denrée Qu'un protecteur ! La Fontaine, Fabl. VIII, 18
      • Bon ! voilà ce qu'il nous faut, qu'un compliment de créancier Molière, D. Juan, IV, 2
      • La douce chose que d'aimer, lorsque l'on ne voit point d'obstacle à ces aimables chaînes dont deux cœurs se lient ensemble ! Molière, Scapin, III, 1
      • C'est peut-être la décision de la destinée de Mlle de Grignan que ce voyage Mme de Sévigné, 12 mai 1680
      • Ce m'est une religion que la vénération que j'ai pour cette maison Mme de Sévigné, 22 mai 1682
      • C'est un malheur inséparable du bien qu'a produit l'imprimerie, que cette foule de pièces scandaleuses publiées à la honte de l'esprit et des mœurs Voltaire, Charles XII, Lett. Norberg.
      • Étonnant mystère que l'amour ! Mme de Staël, Corinne, XVIII, 5
  21. 21Familièrement. Si j'étais que de vous, ou si j'étais de vous, voy. ÊTRE 1, n° 12.

    • Le duc de Créquy, en parlant au maréchal de Clérambault, lui dit dans la chaleur de la conversation : Monsieur le maréchal, si j'étais que de vous, je m'irais pendre tout à l'heure. Hé bien, lui répliqua le maréchal, soyez que de moi Opusc. lang. franç. p. 256, dans POUGENS
  22. 22Cela ne laisse pas que d'être inquiétant, voy. LAISSER, n° 20.

  23. 23Oh que non, que non, que non pas, se dit dans le langage familier, pour : non.

    • Vous bavarderez : oh que non ! Louis : Répondez : n'avez-vous pas vos maux, Partant des médecins ? - Marcel : Oui-da ! pour nos troupeaux ; Mais pour nous, que non pas ! C. DELAVIGNE, Louis XI, III, 3
  24. 9Que, seul avec le verbe au subjonctif, signifiant s'il arrive que.... C'est une sorte de menace : si je vous entends, je me fâcherai.

Remarque

1. " à Rome, il n'y avait pas que les esclaves qui fissent le métier de gladiateurs. Construction barbare, bien que fort usitée aujourd'hui. On n'en trouverait pas un seul exemple dans toute la littérature française avant la fin du XVIIIe siècle. Le plus ancien que j'aie rencontré est de Maurice Dupin, petit-fils du maréchal de Saxe et père de Mme Sand. C'est dans une lettre qu'il écrit à sa mère en 1798. Je ne connais, avant cette date, aucun exemple de pareille faute dans les écrivains français. Grammaticalement, cette construction signifie précisément le contraire de ce qu'on veut lui faire dire quand on l'emploie aujourd'hui. Je n'en veux pour preuve que les vers de Corneille (voy. ci-dessus, n° 11 : Ils ne l'auront point vue obéir qu'à son prince, c'est-à-dire si ce n'est à son prince). Tel est le sens français et correct de cette tournure, quoique aujourd'hui un grand nombre de personnes et même d'écrivains l'emploient fréquemment dans le sens opposé. Pour eux, le vers de Corneille voudrait dire : ils ne l'auront point vue obéir seulement à son prince ; c'est justement tout le contraire. Voici d'où vient la confusion : ils s'imaginent que cette tournure il n'y a pas que, est l'opposé de il n'y a que ; tandis qu'au fond, soit grammaticalement, soit logiquement, ces deux tournures ne sont qu'une ; témoin le vers de Corneille. En effet, en ajoutant simplement le mot pas à la tournure il n'y a que, on croit ajouter une seconde négation à la première, ce qui serait nécessaire pour que l'une des tournures signifiât le contraire de l'autre ; mais, en réalité, on n'y ajoute rien du tout, si ce n'est le mot pas, mot purement explétif, qui, soit qu'on le mette, soit qu'on l'omette, fait virtuellement partie de la première négation, et ne saurait, à lui tout seul, en constituer une seconde (voy. ci-dessous un exemple de Marot où pas joue exactement le rôle que lui attribue M. Deschanel en cette locution). Ne tout seul, ou, à volonté, ne pas n'est qu'une seule et même négation. Corneille a bien dit ce qu'il voulait dire ; mais les auteurs d'à présent, se servant de la même tournure pour signifier le contraire, font un barbarisme de phrase et un non-sens, " DESCHANEL, Journ. des Débats, 23 août 1860. En place de la construction vicieuse : Il n'y a pas que lui qui ait fait cela, on dira : Il n'y a pas seulement lui qui a fait cela, ou mieux Il n'est pas le seul qui ait fait cela ; Je n'ai pas vu que lui, dites : Il n'est pas le seul que j'aie vu. C'est par une autre tournure heureuse et juste que la Fontaine a exprimé ce que nous rendons par cette locution barbare de ne.... pas.... que : 2. Je voudrais qu'il vienne ou qu'il vînt. L'imparfait exprime une contemporanéité : Quand j'avais de l'argent, je le dépensais. Semblablement, le conditionnel exprimant une contemporanéité avec la condition, on met à l'imparfait le verbe du membre où la condition est exprimée : Si j'avais de l'argent, je le dépenserais. Semblablement enfin on met l'imparfait du subjonctif dans le membre subordonné : Si j'avais de l'argent, je le dépenserais de manière qu'il profitât. Mais cela est une pure affaire d'oreille ; la syntaxe n'y est pour rien ; bien plus l'idée est non d'un passé, mais d'un futur ; et il serait peu usité, mais non fautif de dire : de manière qu'il profite. Cette liberté devient encore plus effective quand le conditionnel est pris absolument et sans condition exprimée ; alors il est non-seulement permis de mettre le présent du subjonctif, mais, la plupart du temps, cela vaut mieux que l'imparfait et est moins apprêté et moins puriste : Je voudrais qu'il vienne ou qu'il vînt ; il me serait agréable que cela se fasse ou se fît ; je désirerais que vous passiez chez moi, et non que vous passassiez, etc.

Étymologie

Picard, eq, eque ; provenç. et espagn. que ; ital. che ; du lat. quod (voy. QUE 1).

3que s. m. (kué)

  1. Terme d'imprimerie. Petit que, c'est-à-dire le point et virgule ( ;), ainsi dit de la manière d'écrire le mot latin que, dans les manuscrits (q ;).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander