Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

songe dans le Littré

3 articles· 43 citations· rimes· synonymes

1songe s. m. (son-j')

  1. 1Opérations irrationnelles des facultés intellectuelles en partie éveillées chez une personne qui dort.

    • Fig.

      • Alors on dit [dans les brusques changements] : il me semble que je rêve ; car la vie est un songe un peu moins inconstant [que le songe ordinaire] Pascal, Pens. III, 14, édit. HAVET.
    • Il me semble que c'est un songe, que j'ai fait un songe, ou fig. c'est un songe, se dit pour exprimer que ce qui est arrivé ne paraît plus une réalité.

    • Fig. Est-ce un songe ? n'est-ce point un songe ? se dit pour exprimer qu'on croit à peine ce qu'on voit, ce qu'on entend.

  2. 2Fig. Fictions comparées à un songe auquel on se livre tout éveillé.

    • Faire de beaux songes, concevoir des espérances chimériques.

      • L'on fait, dans la vie, de si beaux songes, que c'est souvent perdre tout son bonheur que de s'apercevoir que ce sont des songes COMTE DE CAYLUS, Acad. de ces dames, Œuvr t. XII, p. 92, dans POUGENS.
  3. 3Souvenir qui a laissé peu d'impression.

  4. 4Fig. Ce qui n'a pas plus de solidité, de réalité qu'un songe.

    • Ma gloire n'est qu'un songe et ma grandeur qu'une ombre Tristan L'Hermite, Marianne, I, 3
    • Mais, à bien regarder ceux [les maux] où le ciel me plonge, Les vôtres auprès d'eux vous sembleront un songe Corneille, Hor. III, 4
    • Elle vous dit par ma bouche que la grandeur est un songe, la joie une erreur, la jeunesse une fleur qui tombe, et la santé un nom trompeur Bossuet, Mar.-Thér.
    • Voilà par quels plaisirs nous tâchons d'abréger le songe de la vie ! Mme de Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 17 sept. 1714
    • Tu n'étais qu'un philosophe chimérique ; ta république n'était qu'un beau songe Fénelon, Dial. des morts anc. (Platon, Denis le Tyran).
    • Ce qui fait la surprise et le désespoir du pécheur au lit de la mort, c'est de voir que le monde, en qui il avait mis toute sa confiance, n'est rien, n'est qu'un songe qui s'évanouit et qui lui échappe Massillon, Avent, Mort du péch.
    • La vie n'est qu'un songe ; nous voudrions bien, votre sœur et moi, rêver avec vous Voltaire, Lett. Mme de Fontaine, 8 janv. 1750
  5. 5Fig. Ce qui occupe l'esprit, sans avoir une réalité assurée.

  6. 6Les Songes (avec une S majuscule), divinités qui présidaient aux songes, et qui, la nuit, pénétraient dans les demeures des hommes ; ils étaient les fils du Sommeil ; ils sortaient des enfers par deux portes, l'une d'ivoire qui donnait passage aux Songes vains, l'autre de corne qui donnait passage aux Songes véridiques.

  7. 7En songe, loc. adv. Pendant qu'on songe en dormant.

    • Une divinité me l'a fait voir en songe Boileau, Lutr. I
    • D'où vient qu'on fait quelquefois en songe des discours suivis et éloquents, des vers meilleurs qu'on n'en ferait sur le même sujet, étant éveillé ? que l'on résout même des problèmes de mathématiques ? voilà des idées très combinées qui ne dépendent de nous en aucune manière Voltaire, Dict. phil. Imagination.
    • Le chien est à la chasse en songe, il aboie, il suit sa proie, il est à la curée Voltaire, Dict. phil. Somnambules, III

Synonymes

SONGE, RÊVE. Le langage physiologique distingue le songe du rêve, que confond le langage vulgaire. Quand, durant le sommeil, les sensations et la perception, la locomotion et la voix sont seules suspendues, tandis que les facultés morales et intellectuelles restent en exercice, il y a songe. Quand, les sensations étant suspendues, la voix et le locomotion ensemble ou une seule de ces fonctions continue à s'exercer en même temps qu'une ou plusieurs facultés cérébrales, il y a rêve.

Proverbes

Tous songes sont mensonges, tout espoir riant nous trompe. Mal d'autrui n'est que songe, on n'est non plus touché du mal d'autrui que d'un songe. Mal passé n'est qu'un songe, quand un mal est passé, il ne touche plus.

Étymologie

Berry, sunge ; wallon, song ; provenç. somnhe, songe, somje, somni ; espagn. sueño ; ital. sogno ; du lat. somnium, de somnus (voy. SOMME 3).

2songe s. f. (son-j') supplément

  1. Plante dont la racine est alimentaire (arum esculentum).

    • Île de la Réunion : Désignation des cultures ; vivres du pays : maïs, manioc, songes et patates douces, Marine et colonies, Tableaux de population, de culture, etc. p. 40

3songé, ée part. passé (son-jé, jée)

  1. Qui a été objet de songe. Ce qui avait été songé durant le sommeil s'oublia au réveil.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander