Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

ville dans le Littré

1 article· 38 citations· rimes· synonymes

ville s. f. (vi-l')

  1. 1Assemblage d'un grand nombre de maisons disposées par rues, souvent entourées de murs d'enceinte, de remparts, de fossés.

    • Elle [la paix] met les pompes aux villes. Donne aux champs les moissons fertiles Malherbe, III, 2
    • C'est une ville de guerre fort pauvre, les maisons mal entendues et malpropres PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 380
    • Au milieu de la première guerre punique, Théodote, gouverneur de la Bactrienne, enleva mille villes à Antiochus appelé le dieu, fils d'Antiochus Soter, roi de Syrie Bossuet, Hist. I, 8
    • Une grande ville fort peuplée d'artisans occupés à amollir les mœurs par les délices de la vie, quand elle est entourée d'un royaume pauvre et mal cultivé, ressemble à un monstre dont la tête est d'une grosseur énorme, et dont tout le corps exténué et privé de nourriture n'a aucune proportion avec cette tête Fénelon, Tél. XXII
    • Il y a une chose qu'on n'a point vue sous le ciel, et que, selon toutes les apparences, on ne verra jamais, c'est une petite ville qui n'est divisée en aucuns partis, où les familles sont unies, et où les cousins se voient avec confiance La Bruyère, V
    • Les voyageurs cherchent toujours les grandes villes, qui sont une espèce de patrie commune à tous les étrangers Montesquieu, Lett. pers. 23
    • On peut avoir vu toutes les villes du monde, et être surpris en arrivant à Venise Montesquieu, ib. 31
    • Paris est peut-être la ville du monde la plus sensuelle, et où l'on raffine le plus sur les plaisirs ; mais c'est peut-être celle où l'on mène une vie plus dure Montesquieu, ib. 106
    • Entrez dans une petite ville de province, rarement vous y trouverez un ou deux libraires ; il en est qui en sont entièrement privées Voltaire, Dict. phil. Goût.
    • Je vais rasant de ville en ville Beaumarchais, Mar. de Figaro, v, 3
    • Ébloui, mais lassé de l'éclat de nos villes,Souvent il s'écriait : rendez-moi mes forêts Delille, Jard. II
    • Les grandes villes seules conviennent aux personnes qui sortent de la règle commune Mme de Staël, Corinne, XIV, 2
    • Le silence est profond dans cette ville [Venise] dont les rues sont des canaux ; et le bruit des rames est l'unique interruption à ce silence Mme de Staël, ib. XIX, 7
    • Par la ville, en parcourant les rues de la ville.

    • La ville est bonne, on y trouve aisément ce dont on a besoin.

    • Anciennement. Bonne ville, qualification honorable donnée par les rois de France à certaines villes plus ou moins considérables.

    • Être en ville, n'être pas actuellement chez soi.

    • Dîner, souper en ville, dîner, souper dans une maison où l'on est invité.

    • Habit de ville, toilette de ville, habit, toilette que l'on prend pour faire ses visites dans la ville.

      • Le roi leur dit [à Racine et à Boileau] : Je suis fâché que vous ne soyez venus à cette dernière campagne, vous auriez vu la guerre... Racine lui répondit : Sire, nous sommes deux bourgeois qui n'avons que des habits de ville ; nous en commandâmes de campagne : mais les places que vous attaquiez furent plus tôt prises que nos habits ne furent faits ; cela fut reçu agréablement Mme de Sévigné, à Bussy, 3 nov. 1677
      • Trois Muses, en habit de ville, Y président à ses côtés Boileau, Poés. div. IV
      • On s'étonna de le voir paraître en habit de ville Hamilton, Gram. 7
    • En typographie, ouvrage de ville, impressions destinées aux usages bourgeois, telles que billets de faire part, étiquettes, etc.

    • Fig. Avoir ville gagnée, se dit de toute difficulté surmontée.

    • La grande ville, Paris.

      • Si le roi m'avait donné Paris, sa grand'ville Molière, Mis., I, 2
    • Poétiquement. La ville éternelle, la ville de Rome.

    • Villes saintes, Jérusalem, Médine et la Mecque.

    • Terme de numismatique. Médailles des villes, celles qui ont été frappées dans les villes autonomes de l'antiquité, et qui en portent le nom ou les emblèmes.

    • Terme d'ancienne coutume. Ville d'arrêt, ville où un créancier pouvait procéder par saisie et voie d'arrêt sur les biens de ses débiteurs forains qui y étaient trouvés.

    • Terme d'ancienne coutume. Perdre la ville, être banni ; rendre la ville, rappeler de l'exil.

  2. 2Absolument. La ville, dite par opposition à la campagne.

  3. 3Les habitants d'une ville.

    • Bruit de ville, nouvelle incertaine ou fausse.

  4. 4Le corps de ville, ou, simplement, la ville, les officiers municipaux.

    • Messieurs de ville eurent en vérité bonne part de l'honneur en cette illustre fête La Fontaine, Lettres, I, à Fouquet.
    • La ville, mais sans le gouverneur, alla saluer Mme de Lorraine au Palais-Royal Saint-Simon, 62, 40
    • L'hôtel de ville, la maison de ville, l'hôtel, la maison où se réunit le conseil municipal.

    • Elliptiquement. La ville, l'administration municipale, l'hôtel de ville.

      • On dit de même : Emprunt de la ville de Paris, etc.

      • Il avait une partie de son bien sur la ville, il avait une partie de son bien en rente sur l'hôtel de ville de Paris.

      • Sergent de ville, voy. SERGENT.

Remarque

1. Il faut distinguer en ville et à la ville. Être en ville, c'est n'être pas actuellement chez soi ; être à la ville, c'est n'être pas à la campagne. 2. Ces observations de Caillières ne sont plus reçues aujourd'hui, mais Mme de Sévigné s'y conformait dans le passage suivant :

Proverbes

Les maisons empêchent de voir la ville, voy. MAISON. Ville qui parlemente est à moitié rendue, voy. PARLEMENTER.

Étymologie

Wallon, veie ; bourg. velle ; provenc. vila, maison de campagne, et aussi ville ; espagn. et ital. villa ; du lat. villa, maison de campagne, qui est le diminutif de vicus, archaïque veicus, village ; sanscr. veça, maison. Beaucoup de maisons de campagne latines étant devenues l'origine de villages, de bourgs, de cités, villa a dans le français pris le sens de ville.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander