Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

vivre dans le Littré

4 articles· 165 citations· rimes· synonymes· conjugaison

1vivre v. n. (vi-vr')

  1. 1Être en vie. Les oiseaux vivent dans l'air, et les poissons dans l'eau. Les chênes vivent fort longtemps.

    • Âme, personne qui vive, avec une négation, personne.

    • Faire vivre, prolonger l'existence. Le régime rigoureux qu'il suit, le fait vivre. Le médecin a fait vivre ce malade dont la poitrine est menacée.

    • Fig.

      • Vous y devez [dans la langue] avoir une souveraine puissance, et faire vivre ou mourir les paroles comme il vous plaît Voiture, Lett. 53
    • Dans le style élevé. Il a vécu, il est mort.

    • Fig. J'ai vécu, ma vie est finie, touche à son terme.

      • C'en est fait, madame, et j'ai vécu Racine, Mithr. v, 5
    • Il n'a que trop vécu, se dit d'une personne qu'on menace de faire mourir.

    • Vis, vivez, se dit à une personne à qui l'on fait grâce de la vie.

    • Par exagération. Ne pas vivre, être dans des inquiétudes continuelles qui troublent la vie.

      • Mme votre mère ne vivait pas, et nous vous trouvions bien plus en danger que pendant la petite vérole Mme de Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 29 mai 1706
    • On dit dans le même sens : ce n'est pas vivre. Il est toujours malade, ce n'est pas vivre.

      • Vivons-nous, chrétiens, vivons-nous ? cet âge que nous comptons et où tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie ! Bossuet, Mar.-Thér.
  2. 2Dieu vit de toute éternité, vit dans les siècles des siècles, vit par lui-même, se dit pour exprimer la vie de Dieu infinie, éternelle, indépendante.

    • Les bienheureux vivront éternellement avec Dieu dans la gloire, ils jouiront de la vue de Dieu pendant l'éternité.

    • En termes de dévotion, il se dit par rapport à la disposition de l'âme qui est en état de grâce. Un pécheur converti vit de la vie de grâce, vit d'une vie nouvelle.

      • Représentez-vous un véritable juste qui vit de la foi Massillon, Carême, Vérité de la relig.
  3. 3Passer sa vie en un certain temps. Ceux qui ont vécu avant l'ère chrétienne. Joinville a vécu dans le XIIIe siècle, et est mort au commencement du XIVe.

    • Il se dit aussi par rapport au gouvernement, aux usages, aux lois du pays où l'on demeure. Les lois, les coutumes sous lesquelles nous vivons.

    • En termes de galanterie, vivre sous les lois d'une femme.

  4. 4Passer sa vie.

    • Si c'est un aveuglement surnaturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est un terrible de vivre mal en croyant Dieu Pascal, Pens. XXIV, 57 bis, édit. HAVET.
    • Est-on dans les grandes places pour se reposer et pour vivre ? Bossuet, le Tellier.
    • Jouissons de la vie ; ne nous refusons aucun plaisir ; le temps est court, hâtons-nous de vivre, parce que nous mourrons demain, et tout mourra avec nous Massillon, Carême, Doutes.
    • Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir VAUVENARGUES, Réflex. et max. 142
    • Il résultait de ses observations [de Montesquieu] que l'Allemagne est faite pour y voyager, l'Italie pour y séjourner, l'Angleterre pour y penser et la France pour y vivre D'Alembert, Élog. Montesq.
    • D'une façon emphatique et absolument. Employer sa vie.

      • Contre de telles gens [les stoïciens, qui ôtent les passions], quant à moi, je réclame : Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort ; Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort La Fontaine, Fabl. XII, 20
      • Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais Pascal, Pens. III, 5
      • Quand il n'en faudrait retrancher [de la vie] ni l'enfance où l'homme ne se connaît pas, ni les maladies où l'on ne vit point.... Bossuet, le Tellier.
      • La pensée de la mort nous trompe ; car elle nous fait oublier de vivre VAUVENARGUES, Réfl. et max. 143
      • La plupart des hommes meurent sans avoir vécu ; vous vivez beaucoup, puisque vous pensez beaucoup Voltaire, Lett. d'Uzès, 4 déc. 1751
      • L'homme qui a le plus vécu n'est pas celui qui a compté le plus d'années, mais celui qui a le plus senti la vie ; tel s'est fait enterrer à cent ans, qui mourut dès sa naissance J.-J. Rousseau, Ém. I
      • Vivre ce n'est pas respirer, c'est agir ; c'est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes qui nous donnent le sentiment de notre existence J.-J. Rousseau, ib.
      • Ceux qui.... N'ont connu qu'une oisive et morne indifférence.... Ils n'ont fait qu'exister, l'amant seul a vécu André Chénier, Élég. XXVI
      • Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sontCeux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front Victor Hugo, Châtim. IV, 9
    • Avoir trop vécu, s'être livré à des excès dans sa jeunesse.

      • Ceux qui ne meurent jamais que parce qu'ils ont trop vécu Mme DE PUISIEUX, Ridic. à la mode, p. 161, dans POUGENS
  5. 5Vivre pour, consacrer sa vie à. Ne vivre que pour servir Dieu, que pour son pays, que pour l'étude.

  6. 6Vivre avec une femme, avoir avec elle des rapports conjugaux.

    • En un sens défavorable. Vivre en état de concubinage. Elle vit avec un jeune homme.

      • La surprise avec laquelle j'appris par lui que personne ne doutait dans le monde que je n'eusse vécu avec Mme d'Épinay, comme Grimm y vivait maintenant, ne peut être égalée que par celle qu'il eut lui-même en apprenant combien ce bruit était faux J.-J. Rousseau, Conf. x.
      • On épouse une femme, on vit avec une autre, l'on n'aime que soi SAURIN, Mœurs du temps, 5
    • Vivre avec le public, vivre dans la prostitution.

      • Cette Rosten, qui vit avec le public, fille d'un acteur MIRAB., Lett. orig. t. IV, p. 167
  7. 7Il se construit avec certains noms de temps et d'une manière qui pourrait faire croire qu'il a un régime direct ; mais il n'en est rien : c'est une ellipse de pendant, durant.

    • Oui c'est moi qui voudrais effacer de ma vieLes jours que j'ai vécu sans vous avoir servie Corneille, Ment. III, 5
    • Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre, un meilleur usage La Bruyère, XI
    • L'homme, qui est trente ans à croître, vit quatre-vingt-dix ou cent ans ; le chien, qui ne croît que pendant deux ou trois ans, ne vit aussi que dix ou douze ans Buffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 354
    • Nous trouverons dans la table qu'à l'âge de 25 ans on n'a vécu que le quart de sa vie, qu'à l'âge de 38 ans on n'en a vécu que la moitié, et que ce n'est qu'à l'âge de 56 ans qu'on a vécu les trois quarts de sa vie Buffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 424
    • Ah ! si l'on peut vivre mille ans en un quart d'heure, à quoi bon compter tristement tous les jours qu'on aura vécu ? J.-J. Rousseau, Hél. I, 10
    • Similis, courtisan de Trajan, ayant, sans aucun mécontentement personnel, quitté la cour et tous ses emplois pour aller vivre paisiblement à la campagne, fit mettre ces mots sur sa tombe : J'ai demeuré soixante-seize ans sur la terre, et j'en ai vécu sept J.-J. Rousseau, Lett. à M. de Malesherbes, 3
  8. 8Se nourrir. Les animaux qui vivent de proie. Il fait cher vivre dans cette ville. Il a fait meilleur vivre cette année que l'année dernière où les récoltes avaient souffert.

    • Jean était vêtu de poil de chameau ; il avait une ceinture de cuir autour des reins, et vivait de sauterelles et de miel sauvage Saci, Bible, Évang. St Marc, I, 6
    • On ne vit ni d'air ni d'amour La Fontaine, Fianc.
    • Je vis de bonne soupe, et non de beau langage Molière, Femm. sav. II, 7
    • Le roi a très bien dormi ; il a grand'faim, et est bien las de ne vivre que de bouillons DANGEAU, I, 420, 23 nov. 1686
    • Parmi des tas de blé vivre de seigle et d'orge Boileau, Sat. VIII
    • Sa nourriture était simple ; il vivait comme les soldats, pour leur donner l'exemple de la sobriété et de la patience Fénelon, Tél. XVII
    • Les Tartares de l'Asie et les Patagons de l'Amérique vivent également de la chair de leurs chevaux Buffon, Suppl. à l'hist. nat. t. XI, p. 130
    • Il [Sommanocodom] vivait avec un grain de riz par jour ; il arracha un de ses yeux pour le donner à un pauvre auquel il n'avait rien à donner Raynal, Hist. phil. IV, 13
    • Familièrement. Il vit de rien, il mange très peu, il dépense très peu pour sa nourriture.

    • Fig.

      • Je me renferme avec eux, et je vis de sentiments, de douleurs, et de chagrins Mme de Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 1674, t. II, p. 11
      • La riche fiction est le charme des vers ; Nous vivons du mensonge L. RAC., Relig. ch. IV
    • Vivre de régime, suivre un régime, vivre avec beaucoup de règle pour cause de santé.

    • Vivre à table d'hôte, manger habituellement à une table commune où chacun paye tant par repas.

    • Ils vivent en commun, se dit de plusieurs personnes qui n'ont qu'une table tenue à frais communs.

  9. 9Vivre sur soi-même, se dit d'une personne d'embonpoint, qui mange peu, et qui semble se sustenter de sa propre substance.

    • Fig.

      • Nous sommes dans un profond silence.... dans un entier éloignement de toute sorte de nouvelles, et vivant enfin sur nos réflexions Mme de Sévigné, 12 mai 1680
    • Fig. Vivre de sa réputation, vivre sur sa réputation, garder son crédit, son influence non par ce qu'on fait, mais par le souvenir de ce qu'on a fait.

      • Nous vivons [nous Français] encore un peu de notre ancienne réputation littéraire ; mais cette vie précaire ne durera pas longtemps D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 20 nov. 1772
  10. 10Se procurer les moyens de vivre, de se soutenir. Vivre de son travail. Vivre de ses revenus.

    • Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute La Fontaine, Fabl. I, 2
    • Il est juste que ceux qui servent à l'autel vivent de l'autel Pascal, Prov. VI
    • Au lieu que ce devrait être de l'argent pour vivre, c'est de l'argent pour avoir vécu Mme de Sévigné, 339
    • Ces malheureux [les gredins du Parnasse] cherchent à penser pour vivre, et moi je n'ai vécu que pour penser Voltaire, Lett. Panckoucke, 13 févr. 1769
    • La basse littérature cherche toujours à tout empoisonner ; elle ne vit que de ce métier Voltaire, Lett. Lebrun, 9 décemb. 1760
    • Il faut bien que je vive, disait l'abbé Desfontaines à un ministre d'Etat ; le ministre eut beau lui dire qu'il n'en voyait pas la nécessité ; Desfontaines vécut Voltaire, Lett. Albergati, 23 déc. 1760
    • Avoir de quoi vivre, posséder un revenu suffisant pour la manière dont on vit.

      • Non, morbleu, il n'y aura plus moyen de vivre avec moi ; car je n'aurai bientôt plus de quoi vivre Dancourt, Maison de camp. sc. 14
    • En mauvaise part, vivre d'industrie, vivre par des moyens peu honorables.

    • Vivre de ménage, vivre avec économie, et fig. par plaisanterie, vendre ses meubles pour subsister.

      • Martine : Un homme.... qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis ! - Sganarelle : C'est vivre de ménage Molière, Méd. m. lui, I, 1
    • Vivre au jour le jour, au jour la journée, vivre avec ce qu'on gagne chaque jour.

    • Fig. Vivre au jour le jour, vivre sans prévoyance, sans s'inquiéter du lendemain.

    • Fig. Il vit de la grâce de Dieu, se dit d'un homme à qui on ne connaît aucune ressource pour subsister. Il se dit aussi d'un homme qui mange très peu, et à peine assez pour se soutenir.

    • Fig. Vivre d'espérance, vivre dans l'attente de quelque bien, et se soutenir par cette attente.

  11. 11Terme d'administration militaire. Se procurer les aliments nécessaires à une armée.

    • Il [le marquis de Resnel] prétend qu'on n'a pas de quoi vivre une campagne, si l'on n'a en divers magasins de quoi en vivre deux PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 204
    • Ce jour-là même, il [Napoléon] interpella hautement un administrateur par ces mots remarquables : Pour vous, monsieur, songez à nous faire vivre ici [Vitepsk] ; car, ajouta-t-il à haute voix, nous ne ferons pas la folie de Charles XII Ségur, Hist. de Nap. v, 1
    • Nos longs et lourds convois auraient appesanti notre marche ; il était plus à propos de vivre du pays Ségur, ib. III, 2
    • Vivre à discrétion, se dit des soldats qui se font traiter à leur gré par les habitants du pays envahi.

  12. 12Se dit par rapport à la dépense que l'on fait, à l'état que l'on tient. Vivre splendidement, honorablement, noblement, grandement, largement. Vivre en prince, en grand seigneur. Vivre misérablement, mesquinement, petitement.

    • Vivre noblement, vivre d'une façon qui ne déroge en rien à la noblesse (locution qui vieillit).

      • Que dites-vous tous les jours vous-mêmes de ceux qui lui ressemblent ? un tel vit noblement ; il mange son bien avec honneur Massillon, Carême, Mauv. riche.
    • Vivre noblement, vivre en gentilhomme, vivre sans rien faire.

      • Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme, Sans rien faire La Fontaine, Fabl. III, 2
  13. 13Mener une certaine existence, un genre de vie quelconque. Vivre dans le célibat, dans le mariage. Vivre dans la joie, dans la tristesse. Il vit content.

    • Les prêtres et les religieux, zélés et infatigables pasteurs de ce troupeau affligé, qui vivaient en Angleterre pauvres, errants, travestis Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille Racine, Iphig. v, 2
    • Je vis dans une retraite profonde auprès de la dame la plus estimable du siècle présent, et avec les livres du siècle passé Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 27 mai 1737
    • Les hommes éclairés, qui sont en grand nombre, gémissent tout bas en Italie ; le reste vit dans les plaisirs et l'ignorance ; le bas peuple, dans la superstition Voltaire, Mœurs, 140
    • Vivre paix et aise, passer sa vie tranquillement dans l'abondance (locution vieillie).

    • Il faut laisser chacun vivre à sa mode, que chacun règle sa vie comme il l'entend.

    • On dit de même : Chacun vit à sa mode.

  14. 14Être en contact, en commerce habituel.

    • Ah ! mon enfant, qu'il est aisé de vivre avec moi ! Mme de Sévigné, 6 nov. 1680
    • La condition des comédiens était infâme chez les Romains, et honorable chez les Grecs ; qu'est-elle chez nous ? on pense d'eux comme les Romains, et on vit avec eux comme les Grecs La Bruyère, XII
    • Il [Charlemagne] aimait à vivre avec les gens de sa cour Montesquieu, Esp. XXXI, 18
    • Le maréchal de Vivonne, connu par son esprit et par son amitié pour Despréaux, allait souvent chez Molière, et vivait avec lui comme Lelius avec Térence Voltaire, Vie de Molière.
    • Pythagore, qui régnait sur tout le corps [de ses disciples] avec la tendresse d'un père, mais avec l'autorité d'un monarque, vivait avec eux comme avec ses amis ; il les soignait dans leurs maladies, et les consolait dans leurs peines Barthélemy, Anach. ch. 75
    • Vivre avec les vivants, se conformer aux mœurs, aux usages.

      • Il faut solliciter, il faut se familiariser, il faut vivre avec les vivants Mme de Sévigné, 555
      • Quand je fais autrement, ce n'est pas ma faute ; je sais bien qu'il faut vivre avec les vivants CARMONTELLE, Prov. les Braconniers, sc. 2
    • Vivre avec soi-même, vivre dans la retraite, sans communication avec le monde.

      • Il faut être bien avec ceux avec qui l'on vit, et bien avec soi quand on vit avec soi Fontenelle, Ressons.
    • Vivre bien, vivre mal avec quelqu'un, être en bonne, en mauvaise intelligence avec lui.

      • Quoiqu'elle vécût parfaitement bien avec lui, il n'était pas entièrement heureux LA FAY., Princ. Clèves, Œuv. compl. t. II, p. 34, dans POUGENS.
    • Vivre bien avec quelqu'un, signifie aussi se comporter à son égard convenablement, décemment, ne pas manquer aux égards de convenance.

      • Je désire, madame, dit le roi, que vous viviez bien avec Mme de Montespan Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 32, dans POUGENS
      • La Fare [amant de Mme de la Sablière] était l'ami du marquis de la Sablière, qui vécut toujours bien avec sa femme Mme de Genlis, ib. t. I, p. 151
    • On dit dans le sens contraire : vivre mal avec quelqu'un. Ce jeune homme vit mal avec ses parents.

    • Cet homme est aisé, commode à vivre, il est d'un commerce facile, on vit facilement avec lui.

    • Dans le sens contraire : C'est un homme difficile à vivre.

    • On ne saurait vivre avec cet homme, il est d'une humeur à laquelle on ne saurait s'accommoder.

  15. 15Se conduire d'une certaine manière par rapport aux mœurs, à la religion. Vivre saintement. Vivre mal.

    • Ma fille, c'est ainsi que l'on vit à Paris Régnier, Sat. XII
    • On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre Molière, Tart. I, 6
    • Votre fille ne vit pas comme il faut qu'une femme vive Molière, G. Dandin, I, 4
    • Et je me vis contrainte à demeurer d'accordQue l'air dont vous vivez vous faisait un peu tort Molière, Mis. III, 4
    • Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu, et au contraire Pascal, Pens. XXIV, 27
    • Je ne vous rapporterai que l'exemple d'une femme qui, pratiquant tous les jours la dévotion des images de la Vierge, vécut toute sa vie en péché mortel.... et qui ne laissa pas d'être sauvée par le mérite de cette dévotion Pascal, Prov. IX
    • C'est avoir envie de vivre chrétiennement avec la fortune, que de lui pardonner la conduite qu'elle a eue avec vous Mme de Sévigné, à Bussy, 26 août 1688
    • Je vis enfin comment meurt un chrétien qui a bien vécu Fléchier, Duc de Montaus.
    • Je ne suis pas peureuse de mon naturel : qui vit bien ne craint rien Marivaux, Pays. parv. 3e part.
    • Nous ne commençons à vivre moralement que quand nous commençons à ordonner nos pensées, à les tourner vers un certain avenir, et à prendre une espèce de consistance Buffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 424
  16. 16Se conformer aux usages du monde.

    • Ils [les faux dévots] sont trop politiques pour cela, et savent trop bien vivre pour découvrir le fond de leur âme Molière, Tart. Préface
    • Nous fûmes ensuite chez Mme Colbert, qui est extrêmement civile, et sait très bien vivre Mme de Sévigné, 12 janv. 1674
    • Il est vrai que ces messieurs, qui savaient mieux vivre que lui [Ménage], raccommodaient tout, faisant signe qu'ils se garderaient bien d'accepter les offres qu'on leur faisait Anti-Menagiana, p. 66
    • Hélas ! on n'a plus rien à craindre !Les vices n'ont plus de censeurs ;Le monde n'est rempli que de lâches flatteurs :Savoir vivre, c'est savoir feindre DESHOUL., t. I, p. 133
    • Oh ! monsieur, il sait trop bien vivre pour en user si familièrement avec vous Lesage, Crispin rival de son maître, 7
    • Il faut prendre le parti de la vérité ; mais faut-il blesser pour cela l'humanité ? faut-il renoncer à savoir vivre, parce qu'on se flatte de savoir écrire ? Voltaire, Mél. litt. sur la satire.
    • Congédie honnêtement cet homme estimable et grossier, qui sait donner et qui ne sait pas vivre Voltaire, Écoss. II, 5
    • Je le verrai, madame, je sais vivre, et l'on peut se fier à moi sur l'article des procédés Marmontel, Contes mor. Quatre flacons.
    • Apprendre à vivre, enseigner comment il faut se conformer aux usages du monde.

    • Familièrement. Je lui apprendrai à vivre, je lui apprendrai à agir plus convenablement ; je le corrigerai, je le punirai de sa faute.

    • Apprendre à vivre, acquérir la connaissance des usages du monde.

    • Le savoir-vivre, voy. SAVOIR-VIVRE.

  17. 17Fig. Avoir une seconde vie, demeurer dans le souvenir, dans l'affection, en parlant des personnes.

  18. 18Vive, vivent, expression qu'on emploie pour indiquer qu'on souhaite longue vie et prospérité à quelqu'un.

    • Vive le roi ! Il s'élève un grand bruit, et mille cris confus Ne laissent discerner que Vive Héraclius ! Corneille, Héracl. v, 7
    • Le temps vient, dit le Seigneur, qu'on ne dira plus à l'avenir : Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de l'Égypte ; mais Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de la terre d'aquilon Saci, Bible, Jérémie, XVI, 15
    • Le sage dit selon les gens :Vive le roi ! Vive la ligue ! La Fontaine, Fabl. II, 5
    • Au moment où il arriva à l'Académie, il trouva plus de deux mille personnes dans la cour du Louvre, qui criaient en battant des mains : Vive M. de Voltaire ! D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 1 juil. 1778
    • Les soldats prenaient le pas de course ; les tambours battaient la charge ; l'air retentissait des cris mille et mille fois répétés : En avant ! en avant ! Vive la république ! GÉNÉRAL FOY, Guerre de la Péninsule, I
    • Par extension. Vive le roi, cri de ralliement des royalistes.

    • On dit de même : Vivent les braves !

      • Vive la liberté ! ma main brise vos fers Voltaire, M. de Cés. III, 7
      • Vive le vainqueur, disent leurs habitants à l'exemple des Italiens, passant et repassant d'un joug à l'autre dans une seule campagne Raynal, Hist. phil. XIV, 48
    • Il se dit familièrement pour marquer qu'on estime quelqu'un, qu'on fait grand cas de quelque chose.

    • Substantivement. Un vive-la-joie, un homme joyeux, sans souci.

      • Vive Dieu ! sorte d'affirmation tirée de l'Écriture sainte.

        • Vive Dieu ! ah ! j'ai pitié de votre aveuglement : je veux ôter de dessus votre dos ce fardeau qui vous accable, et mettre devant vos yeux cette vérité qui vous éclaire Bossuet, Sermons, Vaines excus. des péch. 2
        • Si je les rencontre demain, vive Dieu ! ils verront ce qui leur arrivera Lesage, Gil Blas, v, 1
  19. 19Qui vive ? voy. QUI-VIVE.

    • Vivre se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

  20. 20Il s'emploie quelquefois activement, avec le mot vie ou un nom de temps pour régime.

    • Cette distance infinie que vos crimes avaient mise entre le Seigneur et vous, et que des siècles de pénitence, quand vous les auriez vécus, n'auraient pu remplir eux-mêmes Massillon, Confér. Jubilé.
    • Beaucoup n'auront vécu leur vie chétive.... É. LITTRÉ, Revue de la philosophie positive, t. IV, p. 319
  21. 20Le vivre, l'état d'être en vie.

    • Manière de vivre.

      • Je pense, quant à moi, que cet homme fut ivre, Qui changea le premier l'usage de son vivre, Et, rangeant sous ses lois les hommes écartés, Bâtit premièrement et villes et cités Régnier, Sat. VI
      • On est nourri, vêtu, logé bien mieux qu'on ne l'était, et les mœurs s'améliorent avec le vivre physique Paul-Louis Courier, Lett. VI
    • Donner aux soldats pour le bien vivre, se disait d'une certaine somme qu'on donnait aux soldats dans les garnisons, pour les obliger à ne rien exiger de leurs hôtes au delà de ce que prescrivaient les ordonnances.

  22. 22Vivre s'est dit pour usage du monde.

    • Oh ! madame, M. le chevalier sait trop bien son vivre Dancourt, le Chevalier à la mode, III, 6
  23. 23Le long vivre, l'action de vivre longtemps.

    • C'est un malheur du trop long vivre Chateaubriand, Mém. d'outre-tombe, éd. de Bruxelles, t. VI, M. Thiers.

Remarque

1. Il faut dire : les années qu'il a vécu, et non qu'il a vécues. En effet années n'est pas complément direct de vivre ; mais il faut entendre les années pendant lesquelles il a vécu. Ainsi vivre un long temps, c'est vivre pendant longtemps. 2. Dans le XVIIe siècle, l'usage et les grammairiens n'étaient pas fixés sur la forme du prétérit : je vécus ou je véquis, et de l'imparfait du subjonctif : je vécusse ou je véquisse. Aujourd'hui on ne dit plus que : je vécus, je vécusse. 3. À la première personne du présent de l'indicatif, Malherbe a dit : je vi au lieu de je vis. C'est un archaïsme ; dans l'ancien français les premières personnes de ce temps, aux verbes où l's n'est point au radical, ne prenaient point d's. Cet archaïsme doit être admis quand la rime l'exige.

Proverbes

On ne sait qui meurt ni qui vit, il faut mettre ses affaires, sa conscience en ordre, pour être préparé à la mort. Qui vit à compte, il vit à honte. Qui plus vit, plus a à souffrir. Qui a honte de manger, a honte de vivre. Assez jeûne qui pauvrement vit. Item il faut vivre, la nécessité de pourvoir à sa subsistance fait faire bien des choses qu'on ne ferait pas autrement et qu'on doit excuser. S'il vit, il aura de l'âge, se dit pour exprimer qu'un enfant, un jeune homme avec l'âge acquerra de l'expérience. Il faut que tout le monde vive, il faut permettre à chacun de pourvoir à son existence, à ses goûts. Le prêtre vit de l'autel, se dit quand on veut faire entendre que chacun vit de son métier. Cet enfant a trop d'esprit, il ne vivra pas, se dit pour se moquer des enfants trop précoces, d'après cette opinion que la précocité est un danger.

Étymologie

Prov. viure, vieure ; catal. viurer ; esp. vivir ; portug. viver ; ital. vivere ; du latin vivere ; comparez le grec βίος, vie ; le gaél. beo, vivant ; kimry, byw, vivant ; sanscr. jiv, vivre. Le wallon dit viké ; au XIIe siècle on trouve une forme viscat.

2vivre s. m. (vi-vr')

  1. 1Nourriture.

    • Cent fleuves épars Qui dispersaient le vivre aux gens de toutes parts Régnier, Épît. I
    • Il fit tant, de pieds et de dents,Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitageLe vivre et le couvert : que faut-il davantage ? La Fontaine, Fabl. VII, 3
    • La loi, qui n'accorde que le simple vivre aux banqueroutiers, et non pas de quoi subsister avec honneur Pascal, Prov. XI
    • Une chose folle, et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes, quand on l'étend à ce qui concerne le goût, le vivre, la santé et la conscience La Bruyère, XIII
    • La solitude lui a préparé [à l'oiseau] le vivre et le couvert Chateaubriand, Génie, I, v, 7
  2. 2Au plur. Toutes les choses qui servent à la nourriture. Les vivres sont fort chers, et le vin est hors de prix.

    • On donnait à ces sauvages des bonnets rouges, des grains de verre, des épingles, des couteaux, des sonnettes, et ils donnaient de l'or et des vivres Raynal, Hist. phil. VI, 6
    • Ces vivres consistaient en un gros pain de seigle, un petit fromage, un morceau de lard et deux ou trois livres de bœuf ; ma mère y avait ajouté une douzaine de pommes Marmontel, Mém. 1
    • Il [l'empereur] sentait bien qu'il ne pouvait ôter ni reprocher à ses soldats ce fruit de tant de travaux [butin qu'ils emportaient de Moscou dans des chariots] ; d'ailleurs les vivres cachaient le butin ; et lui qui ne pouvait pas donner aux siens les subsistances qu'il leur devait... Ségur, Hist. de Nap. IX, 1
    • Quand l'armée passa ce fleuve [Vistule], elle reçut l'ordre de prendre, sans s'arrêter, pour vingt-cinq jours de vivres, mais de ne s'en servir qu'au delà du Niémen Ségur, ib. III, 2
    • Couper les vivres, intercepter les approvisionnements d'une armée, d'une ville, etc.

      • Memnon voulait qu'on leur disputât [aux Grecs] tous les passages, qu'on leur coupât les vivres Bossuet, Hist. III, 5
    • Fig. Couper les vivres, supprimer l'envoi d'une pension alimentaire.

  3. 3En termes de marine, provision des choses nécessaires à la nourriture de l'équipage d'un navire ou des équipages d'une flotte.

    • Vivres de campagne, les vivres composés de viandes salées ou en daube, de légumes secs et de biscuit.

  4. 4Entreprise de la fourniture du pain et de la viande pour les armées. Faire fortune dans les vivres. L'administration des vivres. Les vivres-pain. Les vivres-viande.

Étymologie

Vivre 1.

3vivre s. f. (vi-vr')

  1. Terme de blason. Serpent tortueux.

Étymologie

Le même que guivre (voy. ce mot).

4vivré, ée adj. (vi-vré, vrée)

  1. Terme de blason. Se dit de pièces disposées comme la vivre, c'est-à-dire, formant une ligne tortueuse.

Étymologie

Vivre 3.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander