Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

elle dans le Littré

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1elle pron. (è-l')

  1. de la 3e pers. féminin. Il s'emploie comme sujet. Elle a dit. Elles font. Qui a tenu ce langage ? elle.

    • Elle qui.... au féminin, tandis que, au masculin, on dit lui qui.... Elle qui se prétend si sage a pourtant fait une sottise.

    • Elle ne sert pas de régime direct à un verbe actif ; on le remplace par la devant ce verbe : je la chéris, pour je chéris elle.

    • Quand le pronom la est le régime direct d'un verbe, et qu'après ce verbe il y a un nom qui concourt avec le pronom à former ce régime direct, on joint elle à ce nom : le lion la dévora, elle et ses enfants. On dit de même au sujet : elle mourut, elle et ses enfants.

    • Elle ne sert pas ordinairement de régime indirect à un verbe quand ce régime est marqué par à ; on y substitue lui : parlez-lui, et non parlez à elle. Cependant, en quelques cas exceptionnels, où l'on veut exprimer plus fortement le régime indirect, on peut se servir de elle.

      • Il croyait même parler à elle Fénelon, Tél. VII
    • Quand on ajoute même à elle, on peut dire à elle : parlez à elle-même (voy. MÊME).

    • D'elle-même spontanément.

      • Mais enfin d'elle-même on ne l'entend jamais.... Thomas Corneille, Ariane, II, 1
      • La flamme du bûcher d'elle-même s'allume Racine, Iphig. V, 6
    • Elle se construit aussi avec une préposition comme complément d'un adjectif ou d'un verbe. Je ne suis pas content d'elle. Je pense à elle. Bien des préventions se sont élevées contre elle. Il faut s'adresser à elle.

    • Elle se construit moins bien de la sorte, quand il s'agit de choses et non de personnes ; vous avez une plume bien taillée ; c'est avec elle que j'ai écrit ; il vaut mieux dire : c'est avec cette plume. Cette muraille menace ruine, ne vous approchez pas d'elle ; dites : ne vous en approchez pas. Aussi on désapprouve ces deux vers de Voltaire : ; Cependant rien, dans la grammaire, n'empêchant cet emploi, qui seulement est languissant et prosaïque, on ne le blâmera pas absolument ; et l'on acceptera ce vers de V. Hugo, cité par Legoarant : Moi, la douleur m'éprouve, et mes chants viennent d'elle. On acceptera également cette phrase-ci : Cette comédie ayant plu à ceux pour qui elle est faite, je trouve que c'est assez pour elle.

Étymologie

Wallon, ile, èle, elle, elles Berry, alle, ielle ; provenç. e-la, elha, ella ; espagn. et ital. ella ; du latin illa (voy. IL). L'ancienne langue a dit aussi il pour elle ; ce qui n'a rien d'extraordinaire, le latin disant illa.

2réel, elle adj. (ré-èl, è-l')

  1. 1Qui est effectivement.

    • Reconnaissez ici le monde, reconnaissez ses maux toujours plus réels que ses biens Bossuet, Anne de Gonz.
    • Ni l'accident n'est plus réel que l'être même.... Bossuet, Duch. d'Orl.
    • L'agrément est arbitraire : la beauté est quelque chose de plus réel et de plus indépendant du goût et de l'opinion La Bruyère, III
    • Il y a un pays [la cour] où les joies sont visibles, mais fausses, et les chagrins cachés, mais réels La Bruyère, VIII
    • Vous ne trouverez plus rien de réel dans votre vie que ce que vous aurez fait pour Dieu Massillon, Avent, Mort du péch.
    • Je ne travaille plus en vain ; mes jours sont réels, et ma vie n'est plus un songe Massillon, Carême, Pécheresse.
  2. 2Il se dit par opposition à idéal.

    • Ainsi lorsqu'un mortel.... S'est vu lier vivant sur ta croupe fatale, Génie, ardent coursier, En vain il lutte ; hélas ! tu bondis, tu t'emportes Hors du monde réel Victor Hugo, Orientales, Mazeppa.
  3. 3Terme de jurisprudence. Qui a rapport aux biens, par opposition à ce qui a rapport aux personnes. Droits réels, actions réelles, droits, actions qui s'exercent sur des immeubles.

    • Offres réelles, offres qui se font en argent comptant.

    • Saisies réelles, ancien nom, incorrect d'ailleurs, de la saisie immobilière.

  4. 4Qui est effectif, en parlant des personnes. Un homme réel.

    • Les hommes sont si réels et si vrais dans leurs plaisirs Massillon, Carême, Culte.
  5. 5Terme de musique. Notes réelles, les notes d'une mélodie faisant partie des accords qui accompagnent cette mélodie.

    • Parties réelles, celles qui se servent d'accompagnement les unes aux autres, au moyen d'un contrepoint dont la phrase mélodique principale fait le fond. Une fugue à quatre parties réelles.

  6. 6S. m. Ce qui est réel.

    • Il faut de l'agréable et du réel ; mais il faut que cet agréable soit lui-même pris du vrai Pascal, Pens. VII, 27, éd. HAVET.
    • Le précis, l'absolu, l'abstrait, qui se présentent si souvent à notre esprit, ne peuvent se trouver dans le réel, parce que tout y est relatif Buffon, Quadrup. t. IV, p. XLI
    • Le réel ne sera jamais produit par l'abstrait Buffon, Animaux, ch. 5
    • L'opposé de l'idéal.

    • Dans le réel, effectivement.

      • Nous avons démontré que cette force qui nous paraît attractive n'est, dans le réel, qu'une force impulsive Buffon, Min. t. IX, p. 121
  7. 7Terme de mathématique. Nombre réel, grandeur réelle, par opposition à nombre imaginaire, grandeur imaginaire.

  8. 8Terme de physique. Image réelle, image formée par l'intersection de rayons lumineux qui se coupent effectivement ; par opposition à image virtuelle (voy. IMAGE).

    • Foyer réel, point où se forme l'image réelle.

Étymologie

Provenç. et espagn. real ; ital. reale ; du lat. realis, de res, chose (voy. RIEN).

3tel, elle adj. (tèl, tè-l')

  1. 1Qui est de même, de la même qualité.

    • L'ordre que j'ai tenu en ceci a été tel : premièrement j'ai tâché de trouver... Descartes, Méth. VI, 2
    • Cieux ! a-t-on vu jamais, a-t-on rien vu de tel ! Corneille, Pol. III, 2
    • Cliton : à ce compte il est mort ! - Dorante : Je le laissai pour tel Corneille, le Ment. IV, 1
    • La première y meut la seconde ;Une troisième suit : elle sonne à la fin ;Au dire de ces gens, la bête est toute telle La Fontaine, Fabl. x, 1
    • Tel était l'état déplorable des catholiques anglais Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Tel on l'avait vu dans les combats, résolu, paisible, occupé de ce qu'il fallait pour les soutenir, tel il parut à ce dernier choc [le moment de la mort] Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Le syrien Héliogabale, ou plutôt Alagabale, son fils [de Caracalla], ou du moins réputé pour tel Bossuet, Hist. I, 10
    • Son langage le plus ordinaire est tel : retirons-nous de cette multitude qui nous environne La Bruyère, Théophr XXVI
    • On l'a vu [Leibnitz] fort affligé à la mort du feu roi de Prusse et de l'électrice Sophie ; la douleur d'un tel homme est la plus belle oraison funèbre Fontenelle, Leibnitz.
    • Se fier à un perfide et à un scélérat connu pour tel, c'est une témérité qui n'est point pardonnable Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. v, p. 419, dans POUGENS
    • Il paraît difficile qu'il y ait moins de 150 millions d'âmes, ou soi-disant telles, à la Chine Voltaire, Dial. 27
    • Telle est la condition malheureuse des tyrans : ils ne peuvent se confier ni dans les gens de bien qu'ils éloignent, ni dans les méchants qui leur restent Diderot, Cl et Nér. I, 55
    • .... Ferme dans ma route, et vrai dans mes discours, Tel je fus, tel je suis, tel je serai toujours M. J. CHÉN., Disc. sur la satire.
    • Tel en ce sens a, mis en tête ou à la fin de la phrase, une acception différente. Tel fut son langage, indique que le langage qu'on vient de rapporter fut tenu. Son langage fut tel, indique qu'on va rapporter le langage dont il s'agit.

  2. 2Suivi de que, il marque le rapport, la ressemblance de deux choses que l'on compare.

    • Il n'y a presque point d'homme qui veuille en toutes choses se laisser voir tel qu'il est LA ROCHEFOUC., Réfl. div. p. 126, dans POUGENS
    • M. le cardinal de Retz est arrivé tout tel qu'il est parti Mme de Sévigné, 28 avr. 1678
    • Je me trouvai toute telle à cet égard [à l'égard de M. de Chaulnes] que si nous avions eu la députation Mme de Sévigné, 16 oct. 1689
    • La voilà cette princesse si admirée et si chérie, la voilà telle que la mort nous l'a faite Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Il [l'homme] craint de se voir tel qu'il est, parce qu'il n'est pas tel qu'il devrait être Fléchier, Duc de Montaus.
    • Reconnaissez, Abner, à ces traits éclatants,Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les temps Racine, Athal. I, 1
    • Je vous renvoie vos deux lettres avec mes remarques, dont vous ferez tel usage qu'il vous plaira Racine, Lett. à Boileau, 11 avril 1692
    • Les Scythes [tragédie] ne valent pas les Guèbres ; il s'en faut beaucoup ; mais, tels qu'ils sont, ils pourront être utiles à Lekain, et lui fournir trois ou quatre représentations à Paris Voltaire, Lett. d'Argental, 30 août 1769
    • Il nous trouverait [nous Français] tels qu'il nous a laissés il y a vingt-cinq ans, faisant et disant beaucoup de sottises D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 22 avril 1775
    • On a dit que Pascal a deviné ce que deviendrait notre langue ; il serait mieux de dire qu'il est un de ceux qui ont le plus contribué à la rendre telle qu'elle est aujourd'hui ; il a fait ce qu'on veut qu'il ait deviné Condillac, Art d'écr. IV, 5
    • La conscience, qui lui faisait [à J. J. Rousseau] sentir en lui plus de bien que de mal, lui donna le courage que lui seul peut-être eut et aura jamais de se montrer tel qu'il était J.-J. Rousseau, 2e dial.
  3. 3Familièrement. Tel quel, aussi mauvais et même plus mauvais que bon, de peu de valeur.

    • La réputation telle quelle qu'ils [mes livres] me pourraient acquérir Descartes, Méth. VI, 4
    • Et comme on nous fit lors une paix telle quelle Corneille, le Ment. IV, 1
    • La voilà telle que la mort nous l'a faite ; encore ce reste tel quel va-t-il disparaître Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Cet accord tel quel ne dura guère Bossuet, Var. II, 45
    • À vous la gloire de ce faible et tel quel commencement de bonne volonté Bossuet, Méd. sur l'Év. la Cène, 76e jour.
    • L'abbé aime la compagnie telle quelle et la table Diderot, Lett. à Mlle Voland, 10 août 1759
    • Pour peu que Corneille soit justifiable par des raisons telles quelles, dans les endroits où vous l'attaquez, vous êtes sûr d'avoir contre vous les pédants D'Alembert, Lett. à Voltaire, 27 janv. 1762
    • Pris au hasard.

      • Ainsi les écrits de l'un ne donnant aucune prise aux desseins des autres, ils ont été contraints, pour satisfaire leur passion, de prendre une proposition telle quelle, et de la condamner sans dire en quoi, ni pourquoi Pascal, Prov. III
    • On dit aussi : tel que tel, mais presque toujours avec l'idée d'une estime médiocre. Comment trouvez-vous son livre ? tel que tel.

      • Il me fit un acte de contrition tel que tel Scarron, Rom. com. II, 6
    • Tel quel signifie encore : sans changement, dans le même état. Je vous rends votre livre tel quel, sans y avoir fait aucun dommage.

  4. 4Dans le style soutenu, tel s emploie pour exprimer une comparaison.

    • Un roi magnanime [Mithridate] qui, dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en était que plus indigné Montesquieu, Rom. 7
  5. 5Tel signifiant si grand, si fort, si élevé, etc. Un homme d'un tel orgueil est inabordable.

    • Dans le même sens, avec que.

      • J'ai telle opinion de sa justice que je le prendrai volontiers pour arbitre de notre différend Guez de Balzac, Lett. VI, liv. v.
      • L'amour qu'il me portait eut sur lui tel pouvoir,Qu'il voulut sur mon sort faire parler l'oracle Corneille, Œd. II, 3
      • Que dites-vous d'Hermodore ? Qu'il est mauvais, répond Anthime ; qu'il est mauvais ; qu'il est tel, continue-t-il, que ce n'est pas un livre, ou qui mérite du moins que le monde en parle La Bruyère, I
      • Monsieur mit telles gens en campagne, qu'il [Cosnac] fut découvert Saint-Simon, 92, 207
    • On peut mettre après que la préposition de avec l'infinitif.

      • Ils [les anges déchus] sont tombés à un tel point de misère, que de s'adonner à séduire les hommes Bossuet, Sermons, Démons, 1
    • Tel, dans ce sens, peut se mettre en tête de la phrase.

      • Telle enfin était son habileté [de Turenne], que, lorsqu'il vainquait, on ne pouvait en attribuer l'honneur qu'à sa prudence, et lorsqu'il était vaincu, on ne pouvait en imputer la faute qu'à la fortune Fléchier, Turenne.
  6. 6En un sens indéfini, indéterminé, en parlant de personnes ou de choses qu'on ne veut ou ne peut désigner précisément.

    • Tout de bon, je suis tout autre que vous ne m'avez vu ; et telle personne s'est sauvée autrefois de mes mains, qui ne m'échapperait pas à cette heure Voiture, Lett. 20
    • L'occasion nous rit dans un si grand dessein, Mais tel bras n'est à nous que jusques à demain Corneille, Sertor. I, 1
    • Ils [les brames] ont en tête Que notre âme, au sortir d'un roi, Entre dans un ciron ou dans telle autre bête Qu'il plaît au sort La Fontaine, Fabl. IX, 7
    • Mais, après quelques jours, le dieu l'attrapa bien,Envoyant un songe lui direQu'un trésor était en tel lieu La Fontaine, ib. IX, 13
    • On se met en tête d'avoir une telle charge, on veut obtenir une telle permission, on prétend que telle préférence nous est due, et l'on s'obstine à l'emporter Bourdaloue, Instr. paix avec le prochain, Exhort. t. II, p. 343
    • Bien que les magistrats lui aient permis tels transports de bois qu'il lui plairait, sans payer de tribut La Bruyère, Théoph. XXIII
    • Une dame que je ne connais point, qui s'est dit votre parente, qui est faite de telle et telle manière Marivaux, Marianne, 6e part.
    • L'idée générale d'orange, par exemple, n'est dans son origine que l'idée de telle orange Condillac, Traité sens. IV, 6
  7. 7De telle sorte que, en telle sorte que, loc. conj. Tellement, si bien, que.... avec l'indicatif. Il a agi de telle sorte que ses amis mêmes l'ont abandonné. Il a embrouillé l'affaire en telle sorte qu'on ne peut plus le tirer d'embarras.

    • On dit dans un sens analogue : de telle façon que.... de telle manière que....

  8. 8À tel point, tellement.

    • Orgon : Quoi donc ! la chose est-elle incroyable ? - Dorine : à tel point Que vous-même, monsieur, je ne vous en crois point Molière, Tart. II, 2

Remarque

1. L'usage est de dire monsieur un tel, madame une telle, et non monsieur tel, madame telle. 2. Tel comme. 3. Tel que avec le subjonctif, dans le sens de quelque que, a été condamné par les grammairiens, en tête desquels est Vaugelas. Cependant on en trouve des exemples dans les meilleurs auteurs. Ajoutons que cet usage date du XVIe siècle, comme on peut le voir à l'historique, et que rien dans la syntaxe n'oblige à condamner comme un solécisme tel que suivi d'un subjonctif. Il n'en est pas ainsi de tel dans le même sens précédant un adjectif, par exemple : Un système tel absurde qu'il soit ; ici il y a une faute ; car tel ne peut précéder un adjectif ; et cette locution doit être condamnée.

Étymologie

Bourguig. tey, au fem. teille ; provenç. tal, tau ; espagn. tal ; ital. tale ; du lat. talis, qui est composé du thème pronominal ta, et du suffixe alis qui indique la dépendance, la ressemblance : fluvi-alis, cere-alis. Comparez τηλίϰος, dorien ταλίϰος, si grand, d'un tel âge.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander