chandelle s. f. (chan-dè-l')
-
1Petit flambeau de suif, de cire ou de quelque autre matière grasse et combustible.
-
En particulier, flambeau de suif, par opposition aux flambeaux de cire ou d'autre matière. Ne brûler que de la chandelle. Une livre, un paquet de chandelles. Chandelle des quatre, des six à la livre ; ou chandelle de quatre, de six. Chandelle bénite. Éteindre, souffler la chandelle. Cette chandelle n'éclaire pas, coule. Un bout de chandelle.
Je bats le fusil, j'allume la chandelle
J.-J. Rousseau, Ém. IISous Frédéric II [Barberousse] la bougie était inconnue et la chandelle un luxe
Voltaire, Mœurs, 81
-
Moucher la chandelle, retrancher avec les mouchettes la partie de la mèche qui est brûlée et qui empêche la lumière ; et figurément, remplir des fonctions tout à fait subalternes.
Molière était, lui, chef de sa troupe ; moi, je mouche les chandelles
Paul-Louis Courier, Lett. I, 221
-
Moucher la chandelle, comme le diable mouche sa mère, c'est-à-dire l'éteindre en coupant la mèche trop bas.
-
Moucher une chandelle à 25 pas, tirer très bien le pistolet.
-
À la chandelle, à la lumière par opposition à la locution au grand jour.
J'avais résolu de ne les faire voir qu'à la chandelle [au théâtre]
Molière, Préf. des Préc.Mlle de l'Étoile fit encore mieux la malade à la chandelle, qu'elle ne l'avait fait dans l'obscurité
Scarron, Rom. com. II, 12Ce qui paraît d'une couleur au soleil, paraît d'une autre à la chandelle
Fénelon, Pyrrhon.
-
À chandelle éteinte, le temps que dure une chandelle pour se consumer.
-
En droit ecclésiastique, excommunication à chandelles éteintes, lorsqu'on donnait au pécheur la durée d'une chandelle pour se repentir.
-
Terme d'ancienne pratique. Donner à chandelle éteinte, adjuger dans une adjudication où l'on pouvait surenchérir tant que brûlait une chandelle.
-
Familièrement. Ses yeux brillent comme des chandelles, il a les yeux très brillants.
-
Voir des chandelles, voir mille chandelles, apercevoir, à l'occasion d'un grand coup, d'un choc violent, ou même d'un éblouissement, des lueurs phosphorescentes.
-
Populairement. Ses cheveux frisent comme des paquets de chandelle, c'est-à-dire ne frisent pas du tout.
-
Se brûler, venir se brûler à la chandelle, courir étourdiment à sa perte, se jeter dans le péril en cherchant follement le plaisir.
- Je vous connais, objets doux et puissants ;Plus ne m'irai brûler à la chandelle La Fontaine, Diable.
-
Économie de bouts de chandelle, économie sordide ou mal entendue, qui ne porte que sur les petites choses.
Fleury excellait aux ménages de collége et de séminaire, et, qu'on me pardonne ce mot bas, au ménage des bouts de chandelle
Saint-Simon, 506, 158
-
Le jeu ne vaut pas la chandelle, cela ne vaut pas la peine, les frais qu'on ferait.
- Et le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles Corneille, le Ment. I, 1
-
Brûler la chandelle par les deux bouts, se livrer à des dépenses, à des excès ruineux, extravagants, dont les conséquences sont doublement funestes.
Ils brûlaient la chandelle par les deux bouts
Lesage, Gil Blas, VII, 15
-
La chandelle brûle, le temps presse.
-
C'est une chandelle qui s'éteint, se dit d'un vieil lard, d'un malade qui finit doucement.
-
Tenir la chandelle, assister et se prêter à une turpitude ou à une chose dans laquelle on est dupé. Se dit particulièrement de complaisances honteuses pour un commerce de galanterie.
-
-
2Chandelle donnée en offrande à l'église ou consacrée.
-
Il doit une belle chandelle à Dieu, il est échappé comme par miracle d'un grand péril.
-
Il vous doit une belle chandelle, vous l'avez tiré d'un mauvais pas.
-
Fig. Donner une chandelle à Dieu et une au diable, se ménager entre deux partis opposés, caresser amis et ennemis.
-
Il est réduit à la chandelle bénite, se dit d'une personne à l'agonie.
-
Chandelle des Rois, grosse chandelle enjolivée que les chandeliers donnaient le jour des Rois à leurs pratiques.
-
Habit bariolé comme la chandelle des Rois, bigarré de plusieurs couleurs.
-
-
3Bois de chandelle, nom collectif de plusieurs végétaux résineux employés comme torches.
-
4Chandelle de glace, eau glacée qui pend des toits des maisons, des gouttières, des arbres.
-
5Chandelle romaine, pièce d'artifice en forme de grosse chandelle, qui lance en brûlant des étoiles d'un vif éclat.
-
6Pièce de bois ou de fer placée verticalement pour servir d'étai dans une construction.
-
Terme d'imprimerie. Longue pièce de bois pour empêcher la presse de varier.
-
Terme de marine. Accore de construction, quand il n'excède pas un mètre.
-
-
7Terme d'ébénisterie. Pied cannelé.
Une corbeille que soutiennent des chandelles ou pieds cannelés
E. BERGERAT, Journ. offic. 29 déc. 1874, p. 8640, 2e col.
Proverbes
La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière
, c'est-à-dire on se conduit mal, quand, au lieu de faire du bien pendant la vie, on remet à faire ses libéralités dans son testament. Apportez-lui un bout de chandelle pour trouver ce qu'il veut dire
, se dit d'une personne qui a beaucoup de peine à s'expliquer. C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle
, c'est un bon enfant si l'on veut, mais je n'en saurais dire aucun bien. À chaque saint sa chandelle
, il faut ménager et gagner tous ceux dont on a besoin.
Étymologie
Franc-comtois et bourguig. chandoile ; picard, candeille, candoille, candelle ; provenç. espagn. et ital. candela ; portug. candea ; du latin candela, de candere, être ardent (comp. CANDEUR), et le même que canere, être blanc (voy. CHANCIR et CHENU).