Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

gens dans le Littré

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1gens s. pl. (jan ; l's se lie : des jan-z aimables ; quelques personnes font sentir l's : des jans' ; mais c'est une mauvaise prononciation)

  1. 1Nom collectif signifiant en général un certain nombre de personnes ; dans ce sens, gens est, suivant l'emploi, tantôt masculin, tantôt féminin ; voy. les remarques. Tous les honnêtes gens. Les vieilles gens. Ce sont des gens résolus.

    • Les petites gens, les gens d'une condition inférieure.

      • Et puis, à dire vrai, les discours obligeantsTouchent peu s'ils sont faits par de petites gens HAUTEROCHE, Bourg. de qualité, v, 1
      • C'est, lui dis-je, que le terme de mon père est trop ignoble, trop grossier ; il n'y a que les petites gens qui s'en servent Marivaux, Paysan parv. 1re part.
      • Ne sais-tu pas que les petits scrupules ne conviennent qu'aux petites gens ? J.-J. Rousseau, Hél. IV, 13
      • J'ai su depuis que c'était le protocole de Monseigneur en parlant aux petites gens Marmontel, Mém. VIII
    • De bonnes gens, des personnes qui ont de la bonté, de la bonhomie. Vous croyez cela, bonnes gens.

      • Les autres animaux, créatures plus douces, Bonnes gens, s'étonnaient qu'il criât au secours La Fontaine, Fabl. VIII, 12
      • Y a-t-il encore au monde des Voitures et des Malherbes ? bonnes gens, je ne vous puis voir, comme dit maître François dans son livre La Fontaine, Lett. XXIV
      • De bonnes gens, qui ne vivent que pour le plaisir et pour la joie, qui ne haïssent rien que ce qu'on leur fait haïr, ne sont que ce qu'on veut qu'ils soient Marivaux, Paysan parv. 4e part.
    • Bonnes gens, se dit quelquefois pour personnes d'un âge avancé.

      • Ne seraient-ce point mes parents ? .... si les bonnes gens vivent encore, ils ne sauraient être fort éloignés du dernier moment de leur course La Fontaine, Psyché, I, p. 63
    • Dans le langage féodal, bonnes gens signifiait des hommes recommandables par leur conduite et par leur position.

      • On sommait le seigneur même devant bonnes gens, et on le faisait sommer par le souverain Montesquieu, Esp. XXVIII, 28
    • D'honnêtes gens, des personnes de probité ; des gens honnêtes, des personnes qui ont des manières civiles. (voy. à HONNÊTE le sens qu'avait honnètes gens au XVIIe s.).

      • Les procureurs du roi ne sont pas seulement d'honnêtes gens ; ce sont encore des gens fort honnêtes ; leur correspondance est civile Paul-Louis Courier, Lett. IV
  2. 2Absolument. Les gens, les hommes en général.

    • Les gens, se dit parfois, dans le langage familier, des personnes qui parlent, à qui l'on parle, ou même d'une seule personne.

    • Se connaître en gens, discerner les caractères, les sentiments des hommes.

    • Vous vous moquez des gens c'est se moquer des gens, se dit de celui qui fait des propositions déraisonnables.

    • Ces gens-là se dit de personnes qui sont placées à un endroit où nous ne sommes pas.

      • Prenez donc garde, ces gens-là qui nous voient, mais qui n'ont pu entendre ce que nous disions, vont croire que je vous pardonne COLLÉ, Partie de chasse de Henri IV, I, 6
    • Ces gens-là, se dit aussi par dédain de personnes dont on parle.

      • Et quelle estime voulez-vous que nous fassions du procédé irrégulier de ces gens-là ? Molière, Préc. sc. 5
  3. 3Gens suivi de la préposition de et d'un substantif ; en cet emploi, gens est toujours masculin.

    • Les gens de bien, les personnes qui ont probité et honneur.

      • Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix Corneille, Hor. v, 2
      • Nous avons ici un Bodineau qui dit sans rougir qu'il faut faire ses affaires à quelque prix que ce soit, que gens de bien n'ont pas de chausses GUI PATIN, Lettres, t. II, p. 337
      • Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance.... Molière, 1er placet au roi.
      • En serons-nous moins gens de bien ? aurons-nous une autre morale et d'autres principes d'honneur et de vertu ? Voltaire, Quest. miracles, lett. 13
    • Les plus gens de bien, ceux qui ont le plus de vertu.

      • Il fait paraître du zèle dans les choses qui ne blessent pas son ambition, et il semble même vouloir contenter les plus gens de bien Bossuet, Polit. VII, III, 9
      • Les plus gens de bien sont relâchés Bourdaloue, Dominicales, I, Afflict. des justes, 127
      • Mais les plus gens de bien n'en font pas de scrupule, dites-vous Massillon, Confér. Amb. des clercs.
    • Les gens du monde, les personnes qui vivent dans la société, par opposition aux personnes qui vivent dans la retraite.

      • Loin de trembler devant les autels, on y méprise Jésus-Christ présent.... gens du monde, vous ne pensez pas à ces horribles profanations Bossuet, Louis de Bourbon.
      • C'est le reproche ordinaire que font les gens du monde à ceux qui le quittent Rollin, Hist. anc. liv. XXV, ch. I, art. 2
    • Gens du monde, se dit quelquefois par opposition aux gens qui ont une profession savante. Les gens du monde commettent les plus grandes bévues quand ils parlent de médecine.

    • Gens de main, hommes habitués à combattre, capables de coups hardis.

      • Mais ces paysans, mêlés d'anciens soldats, la plupart gens de main.... chargèrent les bourgeois à coups de pierres et de bâtons VERTOT, Révol. rom. x, p. 10
    • Des gens de sac et de corde, des hommes capables des plus grands crimes et dignes des plus grands châtiments.

    • Être gens à.... Être capables de.

    • Vous nous prenez pour des gens de l'autre monde, vous nous prenez pour des ignorants ou des niais.

    • Vous nous prenez pour des gens de delà l'eau, c'est-à-dire pour des gens qui ne savent ni nouvelles ne affaires.

  4. 4Gens sert à désigner certaines classes de personnes, certaines professions ; en ce sens il est toujours masculin. Les gens de finance. Gens d'Église, ceux qui composent le clergé.

    • Gens d'épée, les militaires.

    • Les gens de robe, ceux qui portent la robe au palais, qui rendent les jugements, plaident les causes, etc.

      • J'y trouvai cinq ou six dames et trois messieurs, dont deux me parurent des gens de robe, et l'autre d'épée Marivaux, Marianne, 6e part.
    • Les gens du roi, les procureurs et avocats généraux, et ceux qu'on désignait sous les noms de procureurs ou avocats du roi.

    • Il se disait, dans les ordonnances, dans les édits, des parlements et autres compagnies de justice. Les gens tenants la cour de parlement. Les gens tenants la cour des aides.

    • Gens d'armes, cavaliers des anciennes compagnies d'ordonnance (écrit plus ordinairement en un seul mot ; voy. GENDARME). Gens de guerre, les militaires.

      • ....Qu'Antoine a mis à terreCe qui dans ses vaisseaux restait de gens de guerre Corneille, Pomp. v, 3
      • Sa conversation était un charme, parce qu'il savait parler à chacun selon ses talents, et non-seulement aux gens de guerre de leurs entreprises.... Bossuet, Louis de Bourbon.
      • On comptait [chez les Juifs] pour gens de guerre tous ceux qui étaient en âge de servir, et cet âge était fixé depuis vingt ans et au-dessus FLEURY, Mœurs des Israél. tit. XXVI, 2e part. p. 326, dans POUGENS.
    • Gens de pied, gens de cheval, infanterie, cavalerie.

      • Les ennemis avaient quatre cent cinquante enseignes de gens de pied, distribués en différents corps d'armée, sans compter la cavalerie VERTOT, Révol. rom. XI, p. 94
    • Dans l'antiquité, gens de trait, soldats qui lançaient des traits.

      • Elle était composée de soixante et treize galères, qui portaient cinq mille combattants et environ trois mille tant archers que frondeurs et gens de trait Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 689, dans POUGENS
    • Terme de marine. Les gens de mer, tous les hommes non brevetés par l'État qui font le métier de marin.

    • Les gens de cour, les courtisans.

    • Gens d'affaires, les hommes qui s'occupent d'affaires de bourse, de banque, de commerce, de transactions diverses.

    • Les gens de lettres, les hommes livrés à la culture des lettres.

      • Il n'y a que les vrais gens de lettres qui n'aient point d'intrigues Voltaire, Lett. Damilaville, 22 mai 1765
      • Celui qui, n'ayant lu que des romans ne fera que des romans ; celui qui, sans aucune littérature, aura composé au hasard quelques pièces de théâtre ; qui, dépourvu de science, aura fait quelques sermons, ne sera pas compté parmi les gens de lettres Voltaire, Dict. phil. Gens de lettres.
      • Aujourd'hui cette critique [des anciens textes] est moins nécessaire, et l'esprit philosophique lui a succédé ; c'est cet esprit philosophique qui semble constituer le caractère des gens de lettres ; et, quand il se joint au bon goût, il forme un littérateur accompli Voltaire, ib.
      • On est quelquefois étonné que ce qui bouleversait autrefois le monde ne le trouble plus aujourd'hui ; c'est aux véritables gens de lettres qu'on en est redevable Voltaire, ib.
      • Nos gens de lettres sont par leurs habitudes en contradiction avec le sérieux de l'histoire Chateaubriand, Génie, III, III, 4
    • La Société des gens de lettres, société composée de gens de lettres et s'occupant de leurs intérêts.

  5. 5Ceux qui sont d'un parti ; troupe soit d'une nation en guerre, soit d'un meneur quelconque ; en ce sens il est toujours masculin. Dix de nos gens y périrent.

    • La moitié de tes gens doit occuper la porte Corneille, Cinna, v, 1
    • Peignez-lui bien nos gens pâles et désolés Corneille, Pomp. III, 1
    • Ces mutins ont pour chef les gens de Laodice Corneille, Nicom. v, 3
    • Judas avec ses gens les poursuivit jusqu'à Gezeron et jusqu'aux campagnes d'Idumée Saci, Bible, Mach. I, IV, 15
    • Spendius, le chef des révoltés, craignit que cette douceur affectée de Barca ne lui fît perdre beaucoup de ses gens Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 354, dans POUGENS
    • Ceux qui sont d'une même société. Tous nos gens sont arrivés, faites servir le dîner.

  6. 6Les domestiques, les personnes à la suite ; en ce sens, on ne le dit guère que de cette façon : les gens de M. un tel, et, avec les adjectifs possessifs : mes gens, ses gens, vos gens, nos gens, leurs gens, etc. Alors il est d'ordinaire sans épithète qui précède, et par conséquent masculin ; mais sans doute on dirait au féminin : les maladroites gens de M. un tel.

    • Allons donc, mon carrosse ! où est-ce qu'est mon carrosse ? mon Dieu ! qu'on est misérable d'avoir des gens comme cela ! Molière, Pourc. III, 2
    • Almanzor, dites aux gens de M. le marquis qu'ils aillent querir des violons Molière, Préc. 12
    • Un de mes gens la garde au coin de ce détour Molière, Éc. des femm. v, 2
    • Ah ! les sottes gens que nos gens ! Marivaux, Jeux de l'am. et du has. II, 6
    • Élever un enfant comme devant être sans cesse entouré de ses gens J.-J. Rousseau, Ém. I
  7. 7Bêtes et gens, les personnes avec les chevaux, avec les mulets qui leur servent. L'espace est étroit, mais nous trouverons le moyen de loger tout le monde, bêtes et gens.

    • Il n'y a ni bêtes ni gens, se dit d'un lieu désert.

Remarque

Ce mot présente la singularité d'être tantôt masculin, tantôt féminin, suivant la place de l'adjectif ; ceci est dû à une lutte entre le genre propre de gens qui est le féminin, et le genre de l'idée qu'il exprime [hommes, individus] qui est masculin. Cette lutte a donné lieu aux règles suivantes 1. Il veut au féminin les adjectifs ou les participes qui le précèdent, et au masculin ceux qui le suivent : de vieilles gens, des gens résolus. 2. Quand deux adjectifs s'y rapportent, celui qui précède est mis au féminin et celui qui suit, au masculin ; c'est la même chose pour les participes. Il y a de certaines gens qui sont bien sots. Certaines gens étudient toute leur vie ; à la mort, ils ont tout appris, excepté à penser. Ce sont les meilleures gens que j'aie jamais vus. On trouve dans les éditions de la Bruyère : Aujourd'hui on écrirait placés. 3. L'adjectif ou le participe mis en tête du membre de phrase où gens est sujet, se met toujours au masculin. Déchus comme ils sont de leurs honneurs, ces gens n'en paraissent pas moins heureux. Instruits par l'expérience, les vieilles gens sont prudents. 4. Quand gens est précédé d'un adjectif des deux genres, on met tous au masculin ; quand il l'est d'un adjectif féminin, on met toutes au féminin : tous les honnêtes gens, toutes les vieilles gens. 5. Tous se met au masculin, lorsque gens est suivi d'une épithète ou de quelque autre mot déterminatif : tous les gens sages, tous les gens de cœur, tous ces gensci, tous ces pauvres gens. 6. Par analogie avec le cas précédent, tous devant les gens se met au masculin, quand bien même les gens n'est suivi d'aucun déterminatif. Si, avec tous, gens n'est pas accompagné de l'article ou de ce qui en tient lieu, tous se met au féminin, quand même gens aurait après lui une qualification marquée par de. Cependant, en cet emploi, en nuançant autrement l'idée, on peut mettre tous au masculin : Le maire, le notaire, les conseillers municipaux, tous gens bien connus, c'est comme si l'on disait : tous, gens bien connus. 8. Gens est toujours masculin quand il désigne une profession, une qualité : gens de lettres, gens de guerre, gens de cour, etc. 9. Dans le XVIIe et le XVIIIe siècle, plusieurs disaient gens avec un nombre déterminé ; ce qui d'ailleurs n'était qu'un archaïsme (voy. l'historique). Mais Vaugelas, Ménage et Bouhours se sont accordés pour prononcer que cela ne valait rien et que c'était une faute de dire : dix gens, six gens, quatre gens. Cette décision est bonne, malgré les autorités, attendu que gens est un nom collectif. Mais on peut dire mille gens, quand on donne au mot mille un sens indéfini : J'ai vu mille gens sur la place. On dit dans le même sens un millier de gens : Il y a un millier de gens qui voudraient être à votre place. 10. Si gens est précédé d'un adjectif, on pourra très bien y joindre tel nom de nombre qu'on voudra : dix jeunes gens ; trois vieilles gens ; ces quatre honnêtes gens. 11. On dit habituellement : ce sont des jeunes gens et non de jeunes gens, à cause que, l'adjectif étant accolé, jeunes gens est regardé comme un mot unique. Autrefois on disait souvent (et il n'y aurait aucune faute à le dire encore aujourd'hui) : de jeunes gens. 12. Jeunes gens est toujours masculin.

Synonymes

GENS, PERSONNES. Ce qui distingue ces deux mots, c'est que gens est toujours un nom collectif, et personnes, même au pluriel, un nom toujours individuel. Aussi l'on dit vingt personnes, mais non vingt gens ; et, réciproquement, on dit les gens de guerre et non les personnes de guerre.

Proverbes

Il y a gens et gens, c'est-à-dire les personnes sont fort différentes. À gens de village, trompette de bois, c'est-à-dire il faut que les choses de chacun soient proportionnées à sa condition ; cela se dit aussi pour marquer que les personnes dont on parle ne se connaissent point aux belles choses.

Étymologie

Gens est le pluriel de gent 1 ; picard, égeins.

Supplément

GENS. - REM. 4. Ajoutez : Quels est traité comme tous : Quels honnêtes gens ! et : quelles sottes gens ! 5. Ces messieurs tous honnêtes gens, et non toutes.

2gens s. f. (jins')

  1. Mot latin qui se dit en fait d'histoire romaine, et qui est l'appellation technique de la réunion des anciennes familles patriciennes qui portaient le même nom et qui étaient censées issues de la même souche. Une gens comprenait plusieurs familles. La gens Fabia. La gens Cornelia.

    • Au pluriel, on dit les gentes (prononcez jin-tès').

Étymologie

Lat. gens, race, nation (voy. GENT 1).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander