Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

long dans le Littré

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long, ongue adj. (lon ; lon-gh' ; le g devant une consonne ne se prononce pas : un lon chemin ; devant une voyelle ou une h muette il se lie et se prononce comme un k ; un lon-k espoir ; au pluriel, l's se lie : les lon-z espoirs)

  1. 1Qui s'étend en une ligne étendue, par opposition à court. Une longue ligne de soldats. Taille longue et menue. Le cours du Danube est long.

    • Fig.

    • De longs regards, des regards qui se prolongent au loin ; ils expriment la douleur, l'amour, une passion.

    • Les races longues cornes, ou, simplement, les longues cornes, groupe de bêtes bovines occupant autrefois les parties occidentales des îles Britanniques, et qui avaient pour caractère commun des cornes longues, courbées d'abord en bas et relevées.

    • Longue laine, nom commun à toutes les races ovines dont la laine est lisse, longue de 15 à 35 centimètres, et propre au peignage.

    • Fig. Avoir les dents longues, bien longues, être privé de nourriture depuis longtemps, ou, simplement, avoir faim.

    • Fig. Il a les bras longs, les mains longues, son pouvoir s'étend bien loin.

      • Les jansénistes ont la phrase trop longue : fasse le ciel qu'ils n'aient jamais les bras longs ! VOLTAIRE, Lett. La Harpe, 2 juin 1768
    • Elliptiquement. Prendre le plus long, aller en quelque lieu par le plus long chemin.

      • Promettez-moi de prendre toujours le plus long et le plus sûr ; il n'y a nulle comparaison entre s'ennuyer et se noyer Mme de Sévigné, 17 nov. 1688
      • Mon philosophe Damilaville, qui avait fait pendant quelques mois la consolation de ma vie, est parti et a pris son plus long pour aller voir un ami avec lequel il restera quelque temps Voltaire, Lett. d'Argental, 8 oct. 1765
      • Fig. Prendre le plus long, se servir des moyens les moins propres à faire réussir promptement ce qu'on a entrepris.

  2. 2Habit long, la soutane et le manteau que portent les ecclésiastiques. Il était en habit long.

  3. 3Vue longue, vue qui discerne les objets à une grande distance.

    • Lunette de longue vue, ou, simplement, longue-vue, lunette d'approche, lunette avec laquelle on voit les objets éloignés.

  4. 4Pâte longue, voy. PÂTE.

  5. 5Il se dit de la plus grande dimension d'une surface, par opposition à large. Ce jardin est plus long que large. Un champ long et étroit.

    • Un carré long, un parallélogramme à angles droits.

  6. 6Qui dure plus ou moins de temps.

    • Le long temps, la longue durée du temps ; un long temps, un long intervalle de temps (voy. TEMPS).

    • Long espoir, espoir qui s'étend loin dans l'avenir.

    • Terme de marine. Voyage de long cours, voyage par mer dont le but et le terme sont fort éloignés. Capitaine au long cours.

    • Oiseau de long vol, oiseau capable de faire en volant de longues traversées.

      • Comme ce n'est point un oiseau de long vol [le manakin], il n'est guère probable qu'il ait traversé la mer pour arriver à l'île de Cuba Buffon, Ois. t. VIII, p. 153
    • Bail à longues années, à long terme, bail dont la durée s'étend au delà du nombre d'années des baux ordinaires.

    • Longue échéance, terme qui n'arrive qu'après un long temps. Bail à longue échéance.

    • Terme de pratique. Assignation à longs jours, assignation qui accorde un délai plus long que le délai ordinaire.

    • De longue haleine, voy. HALEINE, n° 3.

    • C'est du pain bien long, se dit en parlant d'un travail dont on ne peut pas voir si tôt le profit.

    • Faire courte messe et long dîner, aimer la bonne chère plus que la piété.

    • Vous m'avez donné le carême bien long, c'est-à-dire vous prenez un bien long terme.

    • Elliptiquement. Il ne la fera pas longue, c'est-à-dire il ne vivra pas longtemps.

  7. 7Syllabe longue, voyelle longue, syllabe, voyelle dont la prononciation a plus de durée que celle d'une syllabe, d'une voyelle brève. Chez les anciens la syllabe longue valait deux syllabes brèves. (Ce que dit ici d'Olivet est la règle de son temps et des temps précédents : le chat, les châ, le sot, les sô, etc. ; cette règle tombe beaucoup en désuétude, à tort du reste, car elle différenciait le singulier du pluriel dans beaucoup de mots).

    • Substantivement, une longue, une syllabe longue. Le dactyle est composé d'une longue et de deux brèves.

      • Fig. et familièrement. Observer les longues et les brèves, être très cérémonieux, et aussi être exact en tout ce qu'on fait.

        • Notre vrai plaisir, c'est de penser que nous partons lundi, après avoir observé toutes les longues et brèves du cérémonial de Bourbon [lieu d'eaux] Mme de Sévigné, 9 oct. 1687
      • Il en sait les longues et les brèves, se dit d'une personne habile et intelligente en quelque affaire.

  8. 8Qu'il faut beaucoup de temps pour lire ou réciter. Un long discours.

  9. 9Qui pèche par trop d'étendue, par la diffusion.

    • Rien n'est long que le superflu, Dicte-moi ce que je dois dire, Et ne me laisse rien écrire Qui ne soit digne d'être lu LA MOTTE, Odes, t. I, p. 181, dans POUGENS
  10. 10Lent, tardif. Les vieillards sont longs en tout. Ces arbres sont longs à pousser, à croître.

  11. 11S. m. Longueur, par opposition à largeur. Ces rideaux ont deux aunes de long.

    • S'étendre de son long, tout de son long, tomber à terre ou se coucher, en donnant au corps toute sa longueur.

      • Cependant de son long, sans pouls et sans haleine.... Régnier, Sat. X
      • Un homme étendu de son long auprès d'une haie fit grand'peur à leurs chevaux Scarron, Rom. com. II, 13
      • Je veux faire tomber sur cette idole la foudre de la vérité évangélique ; je veux l'abattre tout de son long devant la croix de mon Sauveur Bossuet, Sermons, Honneur du monde, Préambule.
      • Quand vous écrirez à votre grand'maman [la duchesse de Choiseul] qui ne m'écrit point, mettez-moi tout de mon long à ses pieds Voltaire, Lett. Mme du Deff. 5 avr. 1771
    • Fig. Tirer la langue d'un pied de long, être dans quelque grande nécessité.

    • Familièrement. Il nous en a dit long, bien long, c'est-à-dire il nous a dit beaucoup de choses sur tel sujet.

    • En savoir long, bien long, avoir des connaissances fort étendues.

      • J'aime mieux être ignorant avec elle [Votre Majesté], que d'en savoir si long avec l'auteur du Système de la nature sur des choses où l'on ne sait rien D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 3 janv. 1771
      • Ce Corneille Agrippa pourtant en sait bien long ! Victor Hugo, Hernani, IV, 1
    • En savoir long, signifie aussi être adroit, habile, rusé.

      • Voyez un peu la malice ! oh ! elle en sait long Mme de Genlis, Théât. d'éduc. la Lingère, II, 4
    • Savoir le court et le long d'une affaire, en savoir toutes les particularités.

    • Scieur de long, ouvrier qui scie des pièces de bois en long pour faire des planches.

    • Terme d'anatomie. Le long du cou, muscle qui s'attache à la face antérieure du corps des trois premières vertèbres dorsales et des six dernières cervicales.

    • Le long, grande auge dans laquelle les saliniers font déposer la muire.

  12. 12De long ; en long, loc. adv. En longueur, dans le sens de la longueur. Fendre du bois en long. Terme de fauconnerie. Voler en long, se dit d'un oiseau qui vole en ligne droite.

    • Fig. Avoir les côtes en long, être très paresseux.

    • Familièrement. Tirer de long, s'esquiver, s'enfuir.

    • Fig. Tirer de long, apporter des délais dans une affaire.

      • Les courriers du cardinal de Bouillon tirèrent tant de long qu'il [le cardinal] parvint à atteindre ce qu'il désirait Saint-Simon, 78, 5
    • Terme de vénerie. Tirer de long, faire suivre les chiens.

    • En long et en large, en longueur et en largeur, alternativement. Aller en long et en large.

      • Je me promène en long et en large Mme de Sévigné, 314
    • On dit dans le même sens : de long en large.

  13. 13Au long, tout au long, loc. adv. Amplement, avec étendue, avec détail.

    • Viens m'en conter au long la pitoyable histoire Tristan L'Hermite, Mariane, V, 2
    • Apprends-moi plus au long la véritable histoire Corneille, Cid, IV, 3
    • ....Les consolateurs De ce triste devoir tout au long s'acquittèrent La Fontaine, Fabl. XII, 6
    • Il serait superflu de parler au long de la glorieuse naissance de cette princesse Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Le poëme de l'Anti-Lucrèce dont nous parlerons bientôt plus au long MAIRAN, Éloge du card. de Polignac.
    • Nous [les compilateurs] avons l'habitude De rédiger au long, de point en point, Ce qu'on pensa ; mais nous ne pensons point Voltaire, Temple du goût.
  14. 14De longue main, loc. adv. Depuis longtemps.

  15. 15Tout du long, loc. adv. Dans toute la longueur.

    • Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne firent mettre un jour des pétards tout du long de l'allée Saint-Simon, 113, 232
    • Dans toute la durée.

      • Ayant crié et disputé dans la rue tout du long de la journée Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5
      • Il faut faire payer exactement toutes les rentes que doit Lajarie tout du long de son bail Mme de Sévigné, 23 mars 1687
      • Le long du jour il vous enchante Voltaire, Thélème et Macare.
    • Dans toute l'étendue, d'un bout à l'autre.

      • Je suis tellement libertine quand j'écris, que le premier tour que je prends règne tout du long de ma lettre Mme de Sévigné, 20 juillet 1679
      • M. le chancelier a fait lire le projet [pièce dans le procès de Fouquet] tout du long Mme de Sévigné, 4 déc. 1664
    • Tout du long, sans interruption.

    • Entièrement.

      • J'ose me flatter que ce parlement se fera un honneur de réparer entièrement les malheurs de la famille Sirven, et que le roi payera les frais tout du long Voltaire, Lett. d'Argental, 29 nov. 1769
    • Fig. Être tout du long dans un livre, dans un récit, y figurer avec détail.

      • L'histoire de la guerre de 1741, où vous êtes tout du long, paraîtra un jour ; mais c'est un fruit qu'il faut laisser mûrir Voltaire, Lett. Richelieu, 27 sept. 1755
    • Tout du long, en côtoyant. Allez tout du long du ruisseau.

    • Tout du long de l'aune, sans discontinuer.

    • Il en a eu tout du long de l'aune, c'est-à-dire il a été battu, ou maltraité en quelque affaire.

    • Elliptiquement. En donner tout du long, à quelqu'un, le bien battre, le malmener, et aussi se jouer de lui.

  16. 16En donner à quelqu'un du long et du large, le bien battre.

  17. 17Le long, tout le long, au long de, loc. prép. En côtoyant.

    • Allez avec les miens au long de ce rivage Tristan L'Hermite, Panthée, V, 6
    • Faites plusieurs fosses le long du lit de ce torrent Saci, Bible, Rois, IV, III, 16
    • Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe La Fontaine, Fabl. II, 12
    • Je voulus prendre le long de la mer Hamilton, Gramm. 7
    • Ses larmes coulèrent le long de ses joues Fénelon, Tél. I
    • [Anciennement dans les théâtres] le lieu de la scène était resserré par une foule de spectateurs, les uns assis sur des gradins, les autres debout au fond du théâtre et le long des coulisses Marmontel, Mém. IV
    • Tout le long, pendant toute la durée de. Je m'ennuie tout le long de la journée.

  18. 18À la longue, loc. adv. Avec le temps.

    • Ne quittons pas pourtant ; à la longue on fait tout Corneille, la Gal. du Palais, I, 1
    • Mais à la longue il trouva si peu de rapport entre son esprit et celui de son invisible... Scarron, Rom. com. I, 9
    • À la longue on n'y durerait pas Mme de Sévigné, 558
    • Le plus habile l'emporte à la longue Bossuet, Hist. III, 2
    • Pourquoi la matière propre à faire un soleil ne pourra-t-elle pas se ramasser à la longue en un certain lieu ? Fontenelle, les Mondes, 5e soir.
  19. 19Tirer de longue, susciter des délais, des retardements.

    • Porto-Carrero se mit à presser Monteleone de faire le mariage de Mortare avec sa fille ; le duc tira de longue ; mais enfin, serré de près.... Saint-Simon, 90, 186
    • Un mandement à faire, puis à mettre à l'examen, était de quoi tirer de longue et faire naître toutes les difficultés qu'on voudrait Saint-Simon, 315, 109
  20. 12De long. Ajoutez :

    • Aller de long, continuer.

      • Je l'ai trouvé [votre livre] si bien à mon goût, qu'il a fallu que je sois allé de long Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne
  21. 19Ajoutez :

    • Aller de longue, avancer.

      • Puisque je me suis mis dans le chemin de l'impudence, il faut aller de longue Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne

Remarque

1. Marg. Buffet, 1668, Observ. p. 198, blâme l'expression de longue main : " On dit sans penser faire de faute : On connaît ces gens-là de longue main, il faut dire : de longtemps. " Cette expression remonte au XIVe ou XVe siècle et est acceptée par l'usage. 2. Chevallet a dit que la locution de longue main était une méprise de la langue qui avait changé de longuement en de longue main. Il est certain que de longuement s'est dit ; Voici des exemples du XIIe siècle : Il ne faut pas prendre longuement pour l'adverbe ; c'est un substantif qui signifie retard, longueur ; voy. dans du Cange mettre longuement à une chose, au mot longare. Mais l'existence de la locution de longuement ne prouve rien contre de longue main ; longue main, qui figurément signifiait pouvoir, puissance, a pu passer au sens de longueur de temps, sans aucune méprise de la part de la langue. Les Allemands disent aussi von langer Hand, depuis longtemps.

Étymologie

Génev. à la longe, à la longue ; provenç. long, lonc, loing ; port. longo ; ital. lungo ; du lat. longus ; comp. l'allem. lang ; polon. dlugo ; russe, dolgo, grec, δόλιχος ; anc. persan, dranga ; sanscr. dîrgha. La forme polonaise porte à supposer un latin dlongus ; mais Curtius et Corssen contestent ces rapprochements, et rattachent longus au grec λαγγάζω, λογγάζω, tarder, être long. En somme, l'étymologie reste encore obscure.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander