Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

poste dans le Littré

6 articles· 46 citations· rimes· synonymes

1poste s. f. (po-st')

  1. 1Établissement de chevaux, placé de distance en distance pour le service des voyageurs. Chevaux de poste. Chaise de poste.

    • Afin que les ordres du prince pussent être portés avec plus de diligence, Cyrus établit d'espace en espace des postes où des courriers qui marchaient jour et nuit trouvaient des chevaux tout prêts et, par ce moyen, faisaient une diligence incroyable Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 274, dans POUGENS
    • L'établissement des postes en France date du mois de juin 1474, sous le règne de Louis XI ; le gouvernement profita des relais et messagers qu'avait établis l'université de Paris dans toutes les provinces du royaume, au moyen desquels elle entretenait des correspondances avec les familles qui y envoyaient leurs enfants GOUIN, Ess. hist. sur les postes, p. 1, 1823
    • Maître de poste, celui qui, moyennant certains avantages, fournit des relais aux voitures de l'administration des postes.

      • Jusqu'au moment de la Révolution, les maîtres de poste ont joui des priviléges qui leur avaient été accordés par nos rois ; ils consistaient dans l'exemption de la taille sur cent arpents de terre qu'ils faisaient valoir comme propriétaires ou comme locataires ; exemption de logements de guerre, de milice pour l'aîné de leurs enfants et le premier de leurs postillons GOUIN, ib. p. 6
  2. 2La manière de voyager avec des chevaux de poste. La poste fatigue beaucoup.

    • Il est venu de son armée en poste répondre lui-même Mme de Sévigné, 134
    • M. de la Feuillade a pris la poste, et s'en est venu droit à Versailles Mme de Sévigné, 206
  3. 3La maison où sont les chevaux de poste. Il n'a pu se procurer des chevaux à la poste.

  4. 4Mesure de chemin ordinairement de deux lieues. Il y a six postes de telle ville à telle autre.

    • Fig. et dans le langage libre de la Fontaine. Plaisirs amoureux.

    • Poste royale, poste qui se payait double à l'entrée et à la sortie de certaines villes et des lieux où est la cour.

  5. 5Administration publique pour le transport des lettres.

    • Vous jugez bien que je ne suis point en colère contre la poste Mme de Sévigné, 104
    • Votre lettre est venue par la poste Bossuet, Lett. abb. 50
    • Les conspirations dans l'État sont devenues difficiles, parce que, depuis l'invention des postes, tous les secrets des particuliers sont dans le pouvoir du public Montesquieu, Rom. 21
    • La poste est le lien de toutes les affaires, de toutes les négociations ; les absents deviennent par elle présents ; elle est la consolation de la vie Voltaire, Dict. phil. Poste.
    • Jamais le ministère qui a eu le département des postes n'a ouvert les lettres d'aucun particulier, excepté quand il a eu besoin de savoir ce qu'elles contenaient Voltaire, ib.
    • Je suis sûr que, si j'étais plus jeune, je verrais le temps où l'on pourrait écrire de Paris à Pékin par la poste, et recevoir réponse au bout de sept ou huit mois Voltaire, Lett. Richelieu, 16 déc. 1771
    • Voyons un peu sui le livre de poste où nous pourrons nous arrêter pour déjeuner SCRIBE, le Tête à tête ou Trente lieues en poste
    • Malle-poste, voy. MALLE.

    • Grande poste, celle qui porte les lettres dans les provinces et dans les pays étrangers.

    • Petite poste, poste pour la distribution des lettres dans la ville et la banlieue ; elle fut établie en 1759, sous le ministère de M. de Silhouette. (XVIIIe siècle, cela ne se fait plus).

      • On paye au bureau de la petite poste pour faire faire des visites de bonne année, à deux sous la pièce ; le député est habillé de noir, l'épée au côté LEMIERRE, Fastes
    • Poste restante, suscription qui indique qu'une lettre doit rester au bureau jusqu'à ce qu'on la réclame.

  6. 6Le courrier qui porte les lettres. La poste vient d'arriver.

    • Je ne comprends rien aux postes, elles sont déréglées, et ces gens si obligeants qui partent à minuit pour porter mes lettres, n'ont point assez de soin de me rapporter vos réponses Mme de Sévigné, 28
    • Je n'ai point de nouvelles de la Russie, vous pensez bien, Monseigneur, qu'on ne m'écrit pas toutes les postes Voltaire, Lett. Richelieu, 8 juin 1772
  7. 7La maison, le bureau où l'on porte les lettres. Porter une lettre à la poste.

    • Vendredi j'arrive à Laval, j'arrête à la poste ; je vois arriver justement cet honnête homme, cet homme si obligeant [l'employé].... qui m'apportait votre lettre Mme de Sévigné, 104
  8. 8Train-poste, voy. TRAIN.

    • Le bâtiment-poste, bâtiment destiné à faire le service de la correspondance et du transport des voyageurs entre deux ou plusieurs ports de mer.

    • La poste aux choux, se dit, par plaisanterie, du petit canot qui va chercher les provisions, pendant le séjour en rade.

  9. 9À sa poste, à sa disposition, à sa convenance (locution vieillie).

    • À poste, c'est-à-dire à certains termes différents dont on est convenu (locution vieillie). Payer à poste. Acheter à poste.

Étymologie

Wall. posse ; bas-lat. posta, station ; ital. posta ; du participe latin positus, placé, de ponere, placer (voy. PONDRE).

2poste s. f. (po-st')

  1. Petite balle de plomb, dont on emploie plusieurs à la fois pour charger un fusil, un pistolet.

Étymologie

Ainsi dites peut-être parce qu'elles vont comme la poste

3poste s. f.

  1. Terme d'architecture. Voy. POSTES.

4poste s. m. (po-st')

  1. 1Lieu assigné à quelqu'un pour un office quelconque. Aller à son poste. Mourir à son poste.

  2. 2Terme de guerre. Tout lieu, fortifié ou non, où un corps de troupes peut tenir et être logé.

    • Je me souviens qu'il nous ravissait, en nous racontant comme en Catalogne, dans les lieux où ce fameux capitaine [César], par l'avantage des postes, contraignit cinq légions romaines et deux chefs expérimentés à poser les armes sans combat.... Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Tous les postes, vers Marchiennes, le long de la Scarpe, sont emportés l'un après l'autre avec rapidité [dans la bataille de Denain] Voltaire, Louis XIV, 23
    • Les Hollandais enlevèrent aux Portugais les meilleurs postes qu'ils avaient dans le continent, et les chassèrent de toutes les îles où croissent les épiceries Raynal, Hist. phil. V, 34
    • Guerre, affaire de postes, guerre, affaire où l'on se dispute des postes.

      • C'est pour avoir lu les détails des batailles de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt, de Saint-Quentin, de Gravelines, etc. que le célèbre maréchal de Saxe se déterminait à chercher, autant qu'il pouvait, ce qu'il appelait des affaires de postes Voltaire, Fragm. sur l'hist. art. XI
    • Fig.

      • Je ne savais pas qu'une première représentation fût un jour de bataille, ni qu'il fallût prendre ses postes et avoir un mot de ralliement Voltaire, Lett. Richelieu, 30 janv. 1774
    • Poste avancé, se dit des postes placés le plus près de l'ennemi.

  3. 3Un corps de garde. Visiter les postes. La garde sortit du poste. Il faisait du tapage, on le mit au poste.

    • Poste d'honneur, celui qui est établi pour garder un personnage éminent, un corps constitué, et lui rendre des honneurs.

    • Poste de pompiers, de sergents de ville, etc. lieu où se tiennent des pompiers, des sergents de ville, en cas de besoin.

  4. 4Les soldats placés dans un poste. Relever un poste. Doubler les postes.

    • Nos sentinelles sont renversées sur leurs postes, les postes sur leurs bataillons, les bataillons sur la division ; et ce n'était point un coup de main, car les Russes avaient montré du canon Ségur, Hist. de Nap. IX, 2
  5. 5Il se dit de toutes sortes d'emplois et de fonctions.

    • Voyez d'ailleurs Galba, quel pouvoir il nous laisse,En quel poste sous lui nous a mis sa faiblesse Corneille, Othon, II, 4
    • Le marquis d'Uxelles tient un grand poste à Mayence Mme de Sévigné, 576
    • Il y a même des stupides, et j'ose dire des imbéciles, qui se placent en de beaux postes La Bruyère, VI
    • Les postes éminents rendent les grands hommes encore plus grands, et les petits beaucoup plus petits La Bruyère, XI
    • Je crois pouvoir dire d'un poste éminent et délicat, qu'on y monte plus aisément qu'on ne s'y conserve La Bruyère, VIII
  6. 6Terme de marine. Emplacement destiné à être occupé par un bâtiment dans un port.

    • Place assignée à un bâtiment, dans une armée navale.

    • Poste des aspirants, des chirurgiens, des maîtres, des malades, des blessés, emplacement destiné aux repas, réunions, couchage, pansements.

    • Ancre de poste, ancre de bossoir.

    • Un objet est dit être à son poste quand il est à sa place.

    • Mettre une ancre à poste, la saisir fortement le long du bord en arrière des bossoirs ou ailleurs s'il y a lieu.

  7. 7Nombre d'heures pendant lequel le même mineur reste au travail sans être relevé.

  8. 2Ajoutez :

    • En termes de fortification, on donne particulièrement le nom de poste militaire à un lieu fortifié d'une manière permanente, mais, en général, mal flanqué et n'ayant qu'un médiocre profil.

Étymologie

Le poste ne diffère de la poste que par le genre. On trouve dans les anciens textes poste, qu'il faut écrire et prononcer posté, venant du latin potestatem, et que, par conséquent, il ne faut pas confondre avec poste.

5poste s. m. (po-st') supplément

  1. Nom, en Provence, d'une espèce de filet.

    • Il [un squale] dévorait les thons pris aux filets dits postes, que tendent les pêcheurs le long de nos côtes Extr. du Sémaphore, dans Journ. offic. 2 oct. 1876, p. 7280, 2e col.

6posté, ée part. passé (po-sté, stée)

  1. Mis dans un endroit.

    • Je suis ici posté commodément pour attendre Molière, Préc. 9
    • Fig. Il est bien posté, il est dans une situation avantageuse.

      • Je suis trop vieux, trop malade et trop bien posté pour aller ailleurs [que Ferney] Voltaire, Lett. Algarotti, 7 juill. 1756
    • Familièrement et ironiquement. Nous voilà bien postés, c'est-à-dire nous sommes dans l'embarras.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander