Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

régaler dans le Littré

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1régaler v. a. (ré-ga-lé)

  1. 1Donner un divertissement.

    • Cet époux prétendu doit aujourd'hui régaler sa maîtresse d'une promenade sur mer Molière, Festin, I, 2
    • Je la régalai d'une sérénade Lesage, Gil Blas, IX, 6
    • [Fouquet coupable] d'avoir fait du bien aux seigneurs indigents de la cour, d'avoir même régalé son maître en sa terre de Vaux avec trop de splendeur Duclos, Œuv. t. X, p. 266
  2. 2Il se dit des choses qu'on fait pour réjouir ses amis, pour leur être agréable. Il les régala d'un conte charmant. Il nous régala d'un concert.

  3. 3Fig. Donner un plaisir comparé à un divertissement.

    • Je vous recommande surtout de régaler d'un bon visage cette personne-là Molière, l'Avare, III, 4
    • Il y a plaisir à travailler pour des personnes.... qui sachent faire un doux accueil aux beautés d'un ouvrage, et, par de chatouillantes approbations, vous régaler de votre travail Molière, Bourg. gent. I, 1
    • Nous avons été régalés de bien des gens de Vitré.... et je n'ai senti de joie que lorsque tout s'en est allé à six heures Mme de Sévigné, 31 mai 1680
    • Aujourd'hui c'est ma démission dont je régale Son Excellence Paul-Louis Courier, Lett. I, 289
  4. 4Donner un régal, un festin.

    • Fig.

    • Dicton que les perdants disent à celui qui a gagné la partie très vite : Quand vous régalez, on n'est pas longtemps à table.

    • Absolument.

      • Demandez à Lisette de quelle manière je régale pour mon compte, et jugez par là de ce que je sais faire, lorsque je régale aux dépens des autres Lesage, Turcaret, III, 1
    • Absolument, il se dit aussi pour : payer de quoi régaler. C'est son tour de régaler. C'est moi qui régale.

  5. 5Fig. Il se dit quelquefois pour toute espèce de plaisir qu'on procure.

  6. 6Ironiquement. Maltraiter. On le régala de vingt coups de bâton.

  7. 7Se régaler, v. réfl. Manger des choses qui plaisent, faire un bon repas.

    • Ma femme, avec un peu de lard, fait une soupe aux choux dont le roi mangerait ; et, le dimanche, nous nous régalons, et nous buvons un petit coup de vin Marmontel, Contes mor. Misanthr. corr.
    • Sous la plus sérieuse des croyances [la religion catholique], on se régale à l'occasion des mariages, des baptêmes et même des sépultures BRILLATSAVARIN, Phys. du goût, médit. XI

Étymologie

Espagn. et port. regalar ; ital. regalare. Origine incertaine. On l'a fait venir du lat. regalis, royal ; mais la forme ne convient pas ; regalis, dans le langage populaire, n'aurait pas donné régaler On peut conjecturer re, et l'ancien verbe galer (voy. GALA et GALANT), qui signifie s'amuser, se réjouir, étaler de la magnificence : Cette dérivation paraît la plus probable ; mais Diez a une tout autre opinion : d'abord il maintient que le mot vient de l'espagnol dans l'italien et le français où il n'est pas ancien ; ceci ne peut pas être admis complétement pour le français ; car l'historique montre regaler dès le XIVe siècle. Ensuite il veut établir que le latin regelare et l'espagnol regalar se, qui tous deux veulent dire dégeler, se fondre, sont le même mot. La difficulté est dans la transformation de ge en ga ; il l'écarte en montrant dans l'ancien espagnol plomo regalado, et dans d'anciennes gloses plumbum regelatum. Enfin il établit que, du sens propre de fondre, regalar a passé à celui de caresser, faire des présents, régaler. Ce qui manque à cette ingénieuse conjecture, c'est la preuve que regalar fondre, et regalar, régaler, ne sont pas deux mots différents, ou, autrement, que la signification de fondre a pu, métaphoriquement, devenir celle de caresser. Cependant il faut ajouter un autre argument de Diez : dans le Chant d'Eulalie, qui est du Xe siècle, on lit : Por manatce regiel ne preiement ; Diez donne à regiel le sens de caresse, et en fait le substantif d'un ancien verbe regeler, qui, représentant le latin regelare, aurait eu dès cette haute époque le sens de régaler. De sorte que le sens métaphorique de regelare se trouverait dans le français au Xe siècle, se serait perdu dans cette langue, et aurait été repris dans le XIVe à l'espagnol sous la forme régaler. Ces hypothèses, sans être impossibles, sont compliquées. D'ailleurs, le sens de regiel n'est pas bien assuré, car c'est jusqu'à présent un mot unique.

2régaler v. a. (ré-ga-lé)

  1. 1Dresser, aplanir un terrain après avoir enlevé ou rapporté des terres. Il faut régaler les terres après le remblai.

  2. 2Terme de construction de chemins de fer. Répandre également le ballast sur les voies ferrées.

    • Les ouvriers montent sur les wagons qu'ils viennent de charger de ballast, vont les vider aux points convenables, et régalent le ballast sur la voie Presse scientifique, 1861, t. III, p. 232
  3. 3Terme de forestier. Régaler une coupe, recéper tous les bois exploités.

  4. 4Étendre la chaux sur une peau.

  5. 5Terme de point d'Alençon (dentelle réseau). Réparer les avaries causées par les ouvrières et par l'opération de l'enlevage du parchemin. L'assembleuse assemble au moyen d'une couture les morceaux régalés.

  6. 6Anciennement, faire entre contribuables la répartition d'une taxe, d'une somme imposée.

Étymologie

Re...., et égaler.

3régaler v. a. (ré-ga-lé)

  1. Ancien terme de féodalité. Régaler un fief, le prendre par droit de régale.

Étymologie

Régale 2.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander