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un seul est le mot juste.

aine dans le Littré

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1aine s. m. (ê-n')

  1. Le pli de la cuisse au bas du ventre.

    • Des taureaux auxquels ils [les bourreaux] mirent dans l'aine des fers ardents Voltaire, Phil. V, 81

Étymologie

Wallon, ine et ewez ; provenç. mod. lengue, pour l'engue ; espagn. engle ; ital. inguine ; d'inguen, aine ; sanscr. anji, parties honteuses.

2aine s. f. (ê-n')

  1. 1Technologie. Petit bâton qu'on passe dans la tète des harengs destinés à être fumés.

  2. 2Aine et demi-aine, pièce de peau de mouton qui sert à joindre une éclisse et une têtière dans un soufflet d'orgue.

3aîné, ée adj. (è-né, née)

  1. 1Celui des enfants qui est né le premier. Fils aîné. Fille aînée. Frère aîné. Sœur aînée.

  2. 2Le fils aîné de l'Église, qualification donnée autrefois au roi de France.

  3. 3La fille aînée des rois de France, titre que prenait autrefois l'Université.

  4. 4S. m. Fils aîné. C'est là l'aîné de mes fils.

  5. 5S. f. Aînée, fille aînée. Il a marié l'aînée de ses filles.

  6. 6Frère aîné. Il est jaloux de son aîné.

  7. 7Qui est plus âgé qu'un autre. C'est mon aîné. Respectons nos aînés.

  8. 8Aîné de Normandie, aîné particulièrement avantagé.

    • J'ai vu 54 lettres de cachet dans ma famille, et j'en ai eu 17 pour ma part ; ainsi, vous voyez que j'ai été partagé en aîné de Normandie Mirabeau, Collection, t. IV, p. 106

Étymologie

L'historique, décomposant le mot, montre l'étymologie : ains, avant (voy. AINS) et : né avant (voy. ). Espagn. entenado, enfant d'un premier lit ; ital. antenato, ancêtre.

4acérain, aine adj. (a-sé-rin, rè-n')

  1. Qui tient de la nature de l'acier. Fer acérain. Mine acéraine.

Étymologie

Acier.

5certain, aine adj. (sèr-tin, tè-n')

  1. 1Qui ne peut manquer, faillir, tromper, en parlant des choses. Ce qui est certain Il est certain que.... Je n'oserais donner pour certain que.... Tenir pour certain. Un espoir certain de salut. Je le sais de science certaine.

    • En termes de peinture et de gravure, contours certains, contours bien dessinés et bien liés.

  2. 2Fixé à l'avance, déterminé, invariable. On se réunira à jour certain. Supposons, pour prendre un nombre certain, qu'il s'agisse de cent personnes. Ces marchandises n'ont pas de prix, de taux certain.

  3. 3En parlant des personnes, qui a la certitude de. Être certain de quelque chose. Bien certain que le gouvernement ferait la guerre. Je suis certain de m'exposer à deux reproches.

    • Terme d'ancienne pratique. Fondé de pouvoirs suffisants. Venir certain à l'audience.

  4. 4Un, quelque, d'une façon indéterminée, sans doute par antiphrase, puisque, de soi, certain a un sens tout contraire. Certaines gens pensaient. Un certain mal. Les murs étaient déjà élevés à une certaine hauteur. L'insolence de certains hommes.

    • Certain, certaine, se met aussi avec un nom propre, non sans quelque nuance de dédain. Un certain Mazzaniello pêcheur fut le promoteur de l'insurrection de Naples.

    • En style de monitoires, de procès-verbaux, un certain quidam, certains quidams, pour désigner des personnes imparfaitement connues.

    • De même que, au singulier, on dit avec l'article certain homme ou un certain homme ; de même, au pluriel, on dit avec de ou sans de, certaines gens ou de certaines gens. On le dit même avec l'adjectif démonstratif ces.

      • Ces certains savants-là peuvent, à les connaître, Valoir certaines gens que nous voyons paraître. - Oui, si l'on s'en rapporte à ces certains savants ; Mais on n'en convient pas chez ces certaines gens Molière, F. sav. IV, 3
    • Dans le même sens, substantivement, au pluriel, quelques-uns. Certains prétendent que....

  5. 5Il sert à atténuer, à restreindre ce qu'une expression a de trop absolu. Il jouit d'une certaine réputation. Je n'y vais pas sans une certaine crainte.

    • Il y a dans quelques hommes une certaine médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre sages La Bruyère, XI
    • Un certain âge, un âge déjà avancé. Cet homme est d'un certain âge.

    • Il est d'un certain mérite, il n'est pas sans mérite. Il est d'une certaine force au billard, il n'est pas sans quelque habileté à ce jeu.

    • Quand on est d'une certaine qualité ; quand on est fait d'une certaine manière, etc. locutions qui se disent pour exprimer avec une sorte de réticence qu'on est de qualité, qu'on est bien fait, etc. Cette locution, qui est passée dans l'usage, est signalée par de Caillières, en 1690, comme une mauvaise façon de parler des gens de cour.

  6. 6S. m. Chose certaine. Quitter le certain pour l'incertain. Abandonner le certain.

    • Terme de banque. Monnaie prise pour terme de comparaison dans l'appréciation du taux du change ; c'est le terme fixe ; l'incertain est le terme qui varie. Londres donne le certain.

  7. 7Pour certain, loc. adv. Assurément.

    • Il ne l'aima jamais, pour certain Corneille, le Ment. IV, 7

Remarque

Certain change de signification suivant qu'il est devant ou après son substantif : certaines nouvelles, c'est : quelques nouvelles ; des nouvelles certaines, c'est : des nouvelles qui ont de la certitude. Cependant Pascal a dit : Alors, pour certain comme pour même, l'usage n'avait pas encore attaché un sens différent aux deux positions avant ou après le substantif.

Synonymes

CERTAIN, SÛR. En parlant des choses, certain exprime ce dont on ne peut pas douter ; sûr exprime ce sur quoi on peut se fier. D'une nouvelle certaine, on ne peut douter ; à une nouvelle sûre on se fie ; la nouvelle est certaine, venant par une voie sûre. En parlant des personnes, la distinction est la même : une personne certaine est celle qui sait d'une façon indubitable ; une personne sûre est celle en qui on peut se fier ; à quoi il faut ajouter que, en ce sens, certain veut toujours un complément : certain de la nouvelle ; et que sûr peut se dire absolument : un homme sûr.

Étymologie

Provenç. certan ; espagn. et ital. certano ; tiré du latin certus (voy. CERTES), à l'aide du suffixe de dérivation an, comme si l'on avait dit certanus. Certus avait donné, dans l'ancien français, cert.

Supplément

CERTAIN. - REM. Ajoutez : 2. Cela m'est certain, je suis sûr de cela. 3. On peut voir au n° 5 comment certain en quelques cas sert à atténuer, à restreindre. Ceci est très manifeste dans l'exemple suivant :

6forain, aine adj. (fo-rin, rè-n')

  1. 1Qui est de dehors, étranger. On peut sans commandement préalable, saisir les meubles de son débiteur forain.

    • Chambre foraine, tribunal forain, juridiction sommaire établie autrefois au Châtelet de Paris pour connaître des contestations pour fait de commerce entre bourgeois de Paris et étrangers.

    • Traite foraine, droit d'impôt et de péage qu'on levait autrefois sur les marchandises qui entraient dans le royaume ou qui en sortaient. Aujourd'hui on dit douane, droits de douane.

    • Chemin forain, chemin qui se trouve à l'abord d'une ville et dont la largeur permet au moins le passage de deux voitures.

  2. 2Qui n'est pas du lieu. Propriétaire forain, propriétaire qui n'a pas son domicile dans le lieu où ses biens sont situés.

    • Bétail forain, bétail soumis à une taxe à l'entrée de la ville.

    • Terme de droit coutumier. Se disait de ceux qui, sans demeurer sur les terres du seigneur, possédaient des héritages mouvant de sa directe et de sa justice.

  3. 3Marchand forain, ou, substantivement, un forain, marchand qui court les villes, les campagnes, les marchés, les foires (bien que forain signifie qui est étranger, et non qui est de la foire). Il vient un grand nombre de marchands forains, de forains à ce marché.

    • Le droit de rançonner les marchands forains, car alors il n'y avait point d'autres marchands Voltaire, Mœurs, 197
  4. 4Par confusion de sens, comme si, dans marchand forain, forain voulait dire qui est de la foire. Théâtre forain, petit théâtre dressé à la foire.

    • Nous fîmes à nous deux le quart d'un vaudeville, Aux théâtres forains lequel fut présenté, Et refusé partout à l'unanimité Alfred de Musset, Poésies nouv. Dupont et Durand
    • S. m. pl. Les forains, les bateleurs de la foire.

      • Le parodiste oisif et les forains t'attendent Piron, Métrom. III, 7
      • Nom donné spécialement aux acteurs des théâtres de la foire, par opposition aux acteurs de la Comédie française qu'on appelait les Romains, à cause des sujets de tragédies empruntés en grande partie à l'histoire romaine.

  5. 5Terme de marine. Rade foraine, rade mal fermée, rade ouverte aux vents du large.

    • L'île a deux rades foraines, où les vaisseaux de tous les rangs sont en sûreté, lorsque les vents du nord et ceux d'ouest ne soufflent pas Raynal, Hist. phil. IX, 18
  6. 6S. m. Terme de marine. Forain, synonyme de faux rang, ou vide dans l'arrimage.

Étymologie

Picard, marchands foiriens ; espagn. foraneo ; du bas-latin foraneus, dérivé du lat. foras, hors.

7germain, aine s. m. et f. (jèr-min, mè-n')

  1. 1Terme de jurisprudence. Il se dit des frères et sœurs nés d'un même père et d'une même mère, par opposition à ceux qui sont nés seulement de l'un ou de l'autre. Les germains, les consanguins et les utérins.

    • Comme l'assure M. Jurieu, les mariages pouvaient se faire entre les germains Bossuet, Var. 4e avert. § 5
  2. 2Adj. Cousins germains, se dit des enfants issus des deux frères, des deux sœurs, ou du frère et de la sœur.

    • Elle est cousine germaine de M. de Louvois Mme de Sévigné, 4
    • Fig.

      • Du bon temps.... Que le vrai du propos [des dires, des paroles] était cousin germain Régnier, Sat. XI
    • Cousins issus de germain (germain écrit sans s), les enfants issus de deux cousins germains.

      • Je ne suis pas généalogiste ; mais, si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germain Voltaire, Candide, 19
    • Cousin remué de germain, se disait autrefois pour cousin issu de germain.

    • Substantivement. Il a le germain sur moi, il est cousin germain de mon père ou de ma mère.

Étymologie

Prov. german, girman ; cat. germá ; esp. hermano ; ital. germano ; du lat. germanus, frère, qui est de même radical que germen, germe.

8germain, aine adj. (jèr-min, mè-n')

  1. Qui appartient à la Germanie, ancien nom de l'Allemagne.

Étymologie

Lat. Germanus. Les anciens y voyaient le latin germanus, frère : peuples frères ; mais cela ne mérite aucune considération, les Romains ne tirant pas les noms des nations barbares de la latinité. On a indiqué une origine allemande : Wehr, défense, ou Heer, armée, et Mann, homme ; mais le mot germain a toujours été inconnu à l'Allemagne elle-même ; ce n'est pas le nom qu'elle se donnait. Comme les Romains n'ont connu d'abord les Allemands que par les Gaulois, il est très vraisemblable que le mot Germanus est d'origine celtique ; et Mahn en a donné une étymologie très plausible : kimry, ger, irl. gair, voisin, et man, qui se trouve dans plusieurs noms de peuples celtiques, Cenomani, etc. et qu'il assimile au kimry maon, peuple : le peuple voisin.

9hautain, aine adj. (hô-tin, tè-n')

  1. 1Qui s'élève haut par sa fierté et sa magnanimité.

  2. 2Qui pousse la hauteur d'âme jusqu'à l'arrogance et à la superbe.

    • Hautain, audacieux, conseiller de soi-même,Et d'un cœur obstiné se heurte à ce qu'il aime Régnier, Sat. V
    • Maintenant que je ne suis plus que l'ombre d'Alexandre, je reconnais qu'Alexandre était trop hautain et trop superbe pour un mortel Fénelon, Dial. des morts anc. (Alexandre, Aristote).
    • Hautain est toujours pris en mauvaise part ; c'est l'orgueil qui s'annonce par un extérieur arrogant Voltaire, Dict. phil. Hautain.
    • Les hommes pardonnent quelquefois aux femmes d'être hautaines, parce qu'ils leur passent tout ; mais les femmes ne le leur pardonnent jamais Voltaire, ib.
    • Quand vous lisez les lettres de Jean Sobiesky, vous le voyez conquérant tracassé par une femme hautaine ; vous le voyez, de la tente du grand vizir, du milieu des trésors qu'il a conquis, écrivant à cette épouse dont il ménage l'orgueil, dont il flatte la coquetterie, et lui promettant les riches dépouilles du harem du vizir VILLEMAIN, Litt. fr. 18e siècle, 2e part. 1re leçon.

Étymologie

Dérivé de haut. Dans l'ancienne langue hautain a son sens propre : une tour hautaine, une voix hautaine, tour, voix élevée.

10humain, aine adj. (u-min, mè-n')

  1. 1Qui concerne l'homme, qui appartient à l'homme en général, qui a le caractère de l'humanité. La vie humaine.

    • C'est ici une véritable variation dans leur doctrine [des protestants], et un effet de la perpétuelle instabilité qui doit faire considérer leur réforme comme un ouvrage de la nature de ceux qui, n'ayant rien que d'humain, doivent être dissipés, selon la maxime de Gamaliel Bossuet, Var. X, § 52
    • En un mot, ils ont pu facilement ou se tromper, ou tromper les autres ; car il n'y a rien de plus humain Bossuet, Hist. II, 13
    • Ce n'est pas un ouvrage humain que je médite ; je ne suis pas ici un historien qui doit vous développer le secret des cabinets, ni l'ordre des batailles Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Encore que la sagesse, après l'avoir gouverné dès son enfance, l'ait porté aux plus grands honneurs et au comble des félicités humaines Bossuet, le Tellier.
    • La grandeur et la gloire ?... je ne puis plus soutenir ces grandes paroles, par lesquelles l'arrogance humaine tâche de s'étourdir elle-même pour ne pas apercevoir son néant Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Notre corps [dans la tombe] prend un autre nom ; celui même de cadavre, dit Tertullien, parce qu'il nous montre encore quelque forme humaine, ne lui demeure pas longtemps Bossuet, ib.
    • Il [Théodose] jugea que ceux-là ne seraient pas fermes dans la foi qui s'y engageaient par des motifs si faibles et si humains Fléchier, Hist. de Théodose, IV, 27
    • Une considération toute humaine les a retenus Bourdaloue, Serm. 20e dim. après la Pentec. Domin. t. IV, p. 229
    • Prenez garde seulement de ne rien mêler de faible et d'humain à la piété Massillon, Carême, Resp. hum.
    • Il saura bien vous dédommager par des consolations secrètes de toutes ces amertumes humaines Massillon, ib.
    • Les attentions, les respects, les offrandes les flattent sans les corrompre [les éléphants] ; ils n'ont donc pas une âme humaine ; cela seul devrait suffire pour le démontrer aux Indiens Buffon, Quadrup. t. IV, p. 198
    • Tous les arts sont unis : les sciences humainesN'ont pu de leur empire étendre les domainesSans agrandir aussi la carrière des vers A. CHÉNIER, l'Invention.
    • Ah ! périssent plutôt ces princes orgueilleux,Ainsi qu'un vil bétail traitant la race humaine ! MASSON, Helvét. II
    • Le genre humain, l'ensemble des êtres humains.

    • L'ami du genre humain, un homme qui prodigue à tout le monde une amitié banale.

    • Les choses humaines, toutes les choses auxquelles l'homme prend part. L'inconstance des choses humaines.

      • On n'en dit plus qu'un mot [d'un poisson renommé dans la cuisine] ; jugez par là ce que c'est que de la gloire des choses humaines, et quel cas on en doit faire après cela Voiture, Lett. 126
      • Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Moyens humains, voies humaines, moyens, voies dont l'homme peut se servir.

    • Faits humains, les faits qui appartiennent à l'ordre naturel.

      • Comme je n'écris pas une histoire ecclésiastique, mais celle des hommes de mon temps, je ne rapporterai que des faits purement humains Duclos, Règne de Louis XIV, Œuvres, t. V, p. 132, dans POUGENS.
    • Lettres humaines, par opposition à théologie, connaissance de la littérature, grammaire, poésie, rhétorique, histoire, etc.

      • Les lettres humaines sont devenues très inhumaines ; on injurie, on cabale, on calomnie, on fait des couplets Voltaire, Œdipe, Lett. au P. Porée.
    • Fig. et familièrement. N'avoir pas figure humaine, forme humaine, être difforme ou défiguré, excessivement laid.

    • Dans le langage des moralistes, les actes humains. On distingue les actes humains et les actes de l'homme : les premiers sont les actions qui se font avec connaissance et liberté, telles que de rendre un service par générosité, etc. ; les actes de l'homme sont les actions indélibérées, telles que de se soutenir dans une chute dangereuse, de crier dans la douleur, etc.

    • Respect humain, voy. RESPECT.

  2. 2Plus qu'humain, qui excède la portée ordinaire des forces humaines. Une intelligence plus qu'humaine.

    • Il fallait une vertu plus qu'humaine Bossuet, Hist. II, 7
  3. 3Dans l'orgue, voix humaine, voy. VOIX.

  4. 4Sensible à la pitié, bienfaisant, doux. Cet homme est humain. Un vainqueur humain.

  5. 5Terme d'astrologie. Signes humains, constellations qui représentent quelque figure humaine, comme la Vierge, Orion, etc.

  6. 6S. m. L'humain, la nature humaine, les forces humaines.

  7. 7S. m. pl. Dans le langage élevé et poétique, les humains, les hommes.

    • Familièrement, au singulier. C'est un bon humain. Le meilleur humain du monde.

      • Gaîment avec la grisette D'un président, bon humain, Cette folle, à la buvette, Répétait le verre en main... Béranger, Muse en fuite.
    • Quelquefois il se dit en ce sens au pluriel.

      • C'était un de ces humains débonnaires qui aiment tous ceux à qui le sang les lie LE SAGE, Est. Gonz. ch. 55
    • Il se dit aussi au singulier, dans le style élevé.

Remarque

Dans le sens de sensible, bienveillant, humain ne se met qu'après son substantif.

Étymologie

Provenç. human, uman ; catal. humá, espagn. humano ; ital. umano ; du latin humanus, de homo, homme.

11malsain, aine adj. (mal-sin, sê-n')

  1. 1Qui n'est pas sain, en parlant des personnes.

    • L'extrême disproportion d'âge m'empêchait de marier mon fils avec ma cousine ; elle avait neuf ou dix ans plus que lui ; mon fils était malsain, bossu et si petit que c'eût été le perdre Fénelon, t. XIX, p. 431
    • Ces enfants sont la plupart du temps faibles et malsains, et se sentent de la langueur de leur père Montesquieu, Lett. pers. 114
    • Fig. Esprit malsain, esprit qui suit peu la raison. Pour un esprit malsain ou qui veut qu'on le flatte.

    • Fig. Littérature malsaine, celle qui présente des exemples qui ne sont pas à imiter ; on l'applique spécialement à la littérature dramatique qui roule sur l'adultère ou le concubinage.

  2. 2Qui est nuisible à la santé. Un pays malsain. Un hôpital malsain.

    • Les hommes ont dû jouir d'une santé plus égale que dans les travaux malsains des grandes villes Voltaire, Mœurs, races.
  3. 3Terme de marine. Se dit d'un fond garni de rochers, d'une côte qui présente des écueils.

Étymologie

Mal, et sain.

12mondain, aine adj. (mon-din, dè-n')

  1. 1Qui appartient à la vie du monde, par opposition à la vie religieuse.

    • J'ose me livrer à ma sainte ardeur, j'ose insulter aux mortels, en leur avouant que je me suis servi de la science mondaine, que j'ai dérobé les vases d'Égypte, pour en construire un temple à mon Dieu Mme de Staël, Allem. III, 10
    • Œuvre mondaine, œuvre mercenaire, servile.

    • Loi mondaine, loi composée du code Théodosien pour les Romains, et des codes nationaux des barbares pour ces derniers ; se disait par opposition à la loi canonique.

    • Ère mondaine, ère de la création.

  2. 2Qui aime les vanités du monde.

    • Il voulait que leur simplicité et leur modestie [des muses chrétiennes] les distinguassent de leurs autres sœurs, qui sont plus mondaines et plus enjouées Guez de Balzac, Socrate chrét. Disc. 7
    • Demandez à cette femme mondaine si elle compte comme un péché de ne vouloir jamais ménager quelques moments pour écouter la parole de Dieu Bourdaloue, Dim. de la Sexagés. Dominic. t. I, p. 423
    • Ne sont-ce pas les plus mondains que nous voyons les plus éloquents à déclamer contre le monde ? Bourdaloue, 14e Dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 414
  3. 3Substantivement. Mondain, mondaine, celui, celle qui est attachée aux choses du monde.

    • Le désordre ancien et commun était de voir avec compassion un insensé, sous le nom d'amant prodigue, et prodigue jusqu'à l'extravagance, contenter l'avarice et entretenir le luxe d'une mondaine qu'il idolâtrait Bourdaloue, Carême, Sur l'impureté.
    • Nous ne voyons point de mondains contents du monde, et nous voyons des serviteurs et des servantes de Dieu, contents de Dieu auquel ils se sont dévoués Bourdaloue, Sur la récomp. des saints, 1er avent, p. 30
    • Quand il voit tant de mondains et de mondaines que l'ambition rassemble et qui tous à l'envi cherchent à se montrer.... Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 32
    • Voici la Défense du Mondain [titre d'une pièce de vers] ; j'ai l'honneur de vous l'envoyer, non-seulement comme à un mondain très aimable, mais comme à un guerrier très philosophe, qui sait coucher au bivouac aussi lestement que dans le lit magnifique.... Voltaire, Défense du Mondain, au maréchal de Saxe
    • Un sage mondain, un homme sage mais peu dévot (locution qui vieillit).

    • Plus particulièrement, celui, celle qui aime les réunions, les soirées, les bals, les spectacles.

  4. 4Pigeons mondains, sorte de pigeons.

    • Une autre race est celle des pigeons mondains ; c'est la plus commune et en même temps la plus estimée à cause de sa grande fécondité Buffon, Ois. t. IV, p. 325

Étymologie

Provenç. mondan, monda ; esp. mundano ; ital. mondano ; du lat. mundanus, de mundus, monde 1.

13nain, aine s. m. et f. (nin, nè-n')

  1. 1Celui, celle qui est d'une taille beaucoup plus petite que la taille ordinaire.

    • La naine, un abrégé des merveilles des cieux Molière, Mis. II, 5
    • Il y avait alors dans la chambre du roi un petit nain qui était muet, mais qui n'était pas sourd Voltaire, Zadig, 8
    • Je viens de voir un véritable nain chez Mme la comtesse Humieska ; il est Polonais, fils d'un gentilhomme, il a vingt-deux ans et n'est haut que de vingt-huit pouces SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 227
    • Les citoyens de ce pays-là [Saturne] sont des nains qui n'ont que mille toises de haut ou environ Voltaire, Microm. 1
    • On a des exemples de nains qui n'avaient que deux pieds, vingt-un et dix-huit pouces, et même d'un qui, à l'âge de trente-sept ans, n'avait que seize pouces Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 125
    • En prenant cinq pieds pour la mesure commune de la taille des hommes, sept pieds pour celle des géants, et trois pieds pour celle des nains, on trouvera encore des géants plus grands et des nains plus petits Buffon, ib. p. 127
    • D'anciens châteaux s'offraient-ils à mes yeux,Point n'invoquais, à la porte fermée,Pour m'introduire, un nain mystérieux Béranger, Fille du peuple.
    • Fig.

      • .... Il faut... à tout petit esprit des dignités, des places ; Le nain monte sur des échasses ; Que de nains couronnés paraissent des géants ! Voltaire, Lett. pr. roy. de Pr. 1740
      • Ô géant ! se peut-il que tu dormes ? On vend ton sceptre au poids ; un tas de nains difformes Se taillent des pourpoints dans ton manteau de roi Victor Hugo, Ruy Blas, III, 2
      • Car nous sommes des nains à côté de nos pères BARBIER, Iambes, Quatre-vingt-treize.
  2. 2Terme de jeu. Nain jaune, sorte de jeu de cartes pour lequel on emploie un tableau au milieu duquel est représenté un nain tenant à la main un sept de carreau

  3. 3Terme de commerce. Nain londrin, drap fin qui se fabrique à Londres avec des laines d'Espagne.

  4. 4Adj. Qui a une taille de nain.

    • Sa fille a le visage de travers, elle est bossue, naine et boiteuse Dancourt, Vend. Surêne, sc. 17
    • Fig.

      • Que t'importe avec ses outrages, à toi, géant, un peuple nain ? Victor Hugo, Odes, IV, 6
  5. 5Végétaux nains, végétaux dont la taille est beaucoup au-dessous de celle des individus de même espèce. On dit que telle plante s'élève beaucoup dans un terrain aqueux, mais qu'elle reste naine dans un terrain sec.

Étymologie

Picard, naintre, nain, naintresse, naine ; Berry, nine, naine ; provenç. nan, nant ; espagn. enano ; portug. anâo ; ital. nano ; du lat. nanus, grec νάνος.

14norrain, aine adj. (no-rin, rè-n') supplément

  1. Qui appartient à la Norvége.

    • Langue norraine, langue de la Norvége, de l'Islande.

      • Quoique le vieux norrain ne soit qu'un dialecte de la langue que les Angles et les Saxons introduisirent dans la Grande-Bretagne MAX MÜLLER, Essais de mythologie comparée, trad. par G. Perrot, p. 224, Paris, 1873
    • On trouve aussi norrène au féminin.

      • Les sagas sont, pour la plupart, de simples récits biographiques, des chroniques de famille, rédigées dans cette langue norrène qui a été jusqu'au quatorzième siècle la langue commune de tout le nord A. GEFFROY, Rev. des Deux-Mondes, 1er nov. 1875, p. 116

15plain, aine adj. (plin, plè-n')

  1. 1Qui est sans inégalités, uni.

    • Si le pays est bossu ou plain, couvert de bois ou découvert VAUBAN, Dîme, p. 223
    • Des cascades dans des lieux plains et sablonneux J.-J. Rousseau, Hél. IV, 11
    • Velours plain, satin plain, linge plain ; on dit plutôt aujourd'hui : velours, satin, linge uni.

    • Terme de fauconnerie. Cet oiseau va de plain, il plane en l'air.

  2. 2De plain-pied, au même étage et de même niveau.

    • La duchesse de Saint-Simon reçut toute la cour sur son lit dans l'appartement de la duchesse d'Arpajon, plus commode parce qu'il était de plain-pied Saint-Simon, 28, 69
    • L'appartement de madame de Maintenon était de plain-pied avec celui du roi Voltaire, Louis XIV, 27
    • De plain-pied, sans monter ni descendre. De la salle on entre de plain-pied dans le jardin.

    • Fig. De plain-pied, sans rien qui oblige à des efforts, sans difficulté.

      • Le socinianisme est une religion de plain-pied, qui lève toutes les difficultés et aplanit toutes les hauteurs Bossuet, 6e avert. III, 15
      • Voir de plain-pied d'abord et beau-père et maîtresse Thomas Corneille, D. Cés. d'Avalos, I, 4
      • Combien de favoris de la fortune vont de plain-pied saisir les premiers postes ! Massillon, Drap.
    • S. m. Le plain-pied, plusieurs pièces de plain-pied. Il y a beaucoup de plain-pied dans cette maison. Un beau plain-pied.

      • Par extension.

        • Saint-Germain, lieu unique pour rassembler les merveilles de la vue, l'immense plain-pied d'une forêt toute joignante.... le roi l'abandonne pour Versailles Saint-Simon, 410, 148
  3. 3Plain-chant, voy. PLAIN-CHANT.

  4. 4S. m. Le plain, en termes de marine, la haute mer. Un vaisseau est allé au plain, a mis au plain, a donné au plain.

    • Le plain de l'eau, la haute mer DESROCHES, Dict. 1697
    • Ancien terme de marine. Le plain de la poupe, la partie du pont de l'arrière comprise entre le tabernacle et les premiers bancs de droite et de gauche de la galère.

Étymologie

Provenç. plan ; catal. pla ; esp. llano ; portug. plano ; ital. piano ; du lat. planus. L'ancienne langue employait très souvent plain, s. m. au sens de plaine. Plain et plein sont souvent confondus. Dans les anciens textes, plain pied, mieux écrit plein pied, signifie l'étendue d'un pied. Beaumanoir écrit plain champ, ce que nous écrivons aujourd'hui plein champ ; ce sont deux idées différentes qui arrivent au même sens dans l'usage : en plain champ, en champ uni ; en plein champ, dans la plénitude, l'étendue du champ.

16romain, aine adj. (ro-min, mè-n')

  1. 1Qui appartient à l'ancienne Rome ou aux Romains.

    • Citoyen romain, homme qui jouissait des droits de cité à Rome.

    • Citoyen romain, titre qui fut accordé par extension à des rois alliés et même à des villes et à des provinces d'Italie.

    • Beauté romaine, femme qui a de grands traits bien marqués et un air majestueux.

  2. 2Chiffres romains, lettres numérales C, D, I, L, M, V, X, etc.

  3. 3Fig. Qui rappelle le courage, l'austérité et les autres qualités des anciens Romains. Une vertu romaine.

    • Un cœur vraiment romain Corneille, Cinna, III, 4
    • Il se trouverait peut-être quelques dames qui trouveraient ceci un peu romain, Et rendraient grâce aux dieux de n'être pas Romaines, Pour conserver encor quelque chose d'humain Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 26 juin 1655
    • Vauban pressa le roi de l'envoyer à Turin [sous les ordres de la Feuillade] ; cette offre romaine ne fut pas acceptée Saint-Simon, 152, 211
    • Impossibilité qui l'empêche [le roi] de se livrer à des entreprises romaines du côté des bâtiments militaires et civils Saint-Simon, 395, 124
    • Deux ans passés au village adoucirent un peu mon âpreté romaine J.-J. Rousseau, Conf. I
  4. 4À la romaine, à la manière romaine.

    • Ils vivent à la romaine ou à la grecque La Bruyère, III
    • Bouchardon a vêtu Louis XV à la romaine, et il a bien fait Diderot, Ess. sur la peinture, ch. 5
    • Punch à la romaine, composition de glaces au citron, avec sirop de vanille, le tout frappé, avec addition de blanc de meringue, et d'un peu de rhum ou kirsch ou vin de Champagne.

  5. 5Se dit aussi des personnes et des choses qui appartiennent à la Rome moderne. L'Église romaine. La religion catholique, apostolique et romaine. Bréviaire romain. Rite romain.

  6. 6Subst. Homme, femme de l'ancienne Rome ou de Rome moderne.

    • Fig. De Romain, en homme de grand cœur, de haut courage.

      • Vous ferez une action de Romain, si vous parvenez à faire jouer Rome sauvée Voltaire, Lett. d'Argental, 27 août 1754
      • Tous ses discours de la journée furent un mélange de hauteur de Romain et de bassesse de courtisan Duclos, Œuvr. t. VI, p. 145
    • Fig. C'est un Romain, se dit d'un homme connu par de grands sentiments de probité et par son patriotisme.

    • Les derniers des Romains, ceux qui ont défendu les derniers la république.

    • Familièrement. C'est le dernier des Romains, il a des vertus qui ne sont plus de son temps.

  7. 7Romains, nom sous lequel on a désigné, dans les temps de la monarchie franque, les Gaulois d'origine.

  8. 8Terme d'argot des théâtres. Claqueurs. Sous le lustre avec les romains du parterre.

Étymologie

Lat. Romanus, de Roma, Rome.

17roumain, aine adj. (rou-min, mè-n')

  1. Qui appartient aux Principautés danubiennes.

    • S. m. Le roumain, langue de ces principautés ; c'est un idiome néo-latin.

18sain, aine adj. (sin, sè-n')

  1. 1Qui est de bonne constitution, d'une constitution qui n'est lésée en rien.

    • Familièrement. Sain comme une cloche, très sain, très bien portant, intact.

    • Substantivement.

      • Que le malade au sain présente le remède.... Molière, Dép. II, 8
      • Tout est sain aux sains, comme vous dites Mme de Sévigné, 598
      • Admirez les plantes qui naissent de la terre ; elles fournissent des aliments aux sains et des remèdes aux malades Fénelon, Exist. I, 12
      • Les maquignons disent qu'un animal est sain et net, quand il est exempt de vices rédhibitoires.

  2. 2En parlant des parties du corps. Qui est en bon état, qui n'éprouve aucune altération. Ce cheval a les jambes saines.

  3. 3Il se dit des fruits, des plantes et du bois. Voilà des poires encore fort saines pour la saison. Un arbre sain. Le bois de cette charpente est fort sain.

    • Par extension. Les fondements de cet édifice ont été trouvés fort sains.

  4. 4Fig. Il se dit de la santé de l'âme, de l'esprit. Une tête saine. Ce vieillard, malgré l'âge, a le jugement sain.

    • Son esprit toujours sain ne fut point altéré Rotrou, Herc. m. V, 1
    • Nulle créature n'est heureuse, si elle n'est saine ; et c'est la même chose à l'égard de l'âme : qu'elle soit heureuse et qu'elle soit saine Bossuet, Sermons, Providence, 2
    • Il se dit, dans le même sens, des opinions, des idées, etc.

    • La saine raison, la droite raison.

    • La saine critique, la critique judicieuse.

    • Saine doctrine, doctrine conforme à la morale, à la raison, au bon goût.

      • Sur ce grand sacrement de l'indissoluble union de Jésus-Christ avec son Église, les opinions sont plus saines dans le barreau éclairé et parmi les magistrats intelligents, que dans les livres de quelques auteurs qui se disent ecclésiastiques et théologiens Bossuet, le Tellier.
    • Particulièrement. Saine doctrine, celle qui est orthodoxe et conforme aux décisions de l'Église.

      • Il n'y a nul doute que l'opinion ne soit très saine Bossuet, Lett. 149
  5. 5Qui contribue à la santé. Les lieux marécageux ne sont pas sains. L'exercice est sain.

    • Fig.

      • Le pain de la charité est plus sain que celui de la prostitution Chateaubriand, Génie, IV, III, 6
    • Cette année les maladies ne sont pas saines, se dit en se moquant de ceux qui s'efforcent de prouver une chose manifeste.

  6. 6Sain et sauf, sans accident, sans blessures, sans dommage, en parlant des personnes et des choses. Revenir sain et sauf. Ils sont revenus sains et saufs. Ces marchandises sont arrivées saines et sauves.

    • Au sing. on prononce sin et sauf, sans lier l'n, et au plur. sin-z et saufs, en liant l's.

  7. 7Terme de marine. Côte saine, côte dont les abords ne présentent ni écueil, ni bancs, ni roches.

Étymologie

Prov. san ; espagn. sano ; port. Sāo ; ital. sano ; du lat. sanus ; comparez le grec σάος.

19soudain, aine adj. (sou-din, dè-n' ; au XVIe siècle, on écrivait souldain ou soubdain, mais on prononçait soudain, PALSGRAVE, p. 26)

  1. 1Qui se fait dans l'instant.

  2. 2Pris adverbialement. Dans le même instant, aussitôt.

    • Tout soudain, même sens. Tout soudain on le vit accourir.

  3. 3Soudain que, loc. conj. Aussitôt que.

Synonymes

SOUDAIN, SUBIT. Ces mots, ayant même radical, ont aussi même signification. Ils ne diffèrent que par l'emploi ; soudain est du style poétique ou élevé ; subit est de tous les styles.

Étymologie

Provenç. subitan, subtan ; espagn. subitaneo ; ital. subitano ; du lat. subitaneus, qui vient de subitus, subit.

20thébain, aine adj. (té-bin, bè-n')

  1. Qui est relatif aux deux villes de Thèbes, d'Égypte et de Grèce. Les dynasties thébaines.

    • La légion thébaine, légion chrétienne que les légendes disent avoir subi tout entière le martyre sous Maximien.

21urbain, aine adj. (ur-bin, bè-n')

  1. 1Qui concerne la ville, qui appartient à la ville, par opposition à rural. Garde urbaine.

    • Pour me tirer un peu de l'urbaine cohue, je me rendis à la fin [à une invitation], et je fus passer à Passy huit ou dix jours J.-J. Rousseau, Conf. VIII
    • Cachexie urbaine, nom donné à l'anémie qui afflige souvent les habitants des grandes villes.

  2. 2S. m. Habitant d'une ville ; il est opposé à villageois.

    • J'errai quelques jours autour de la ville, logeant chez des paysans de ma connaissance, qui tous me reçurent avec plus de bonté que n'auraient fait des urbains J.-J. Rousseau, Conf. II

Étymologie

Lat. urbanus, de urbs, ville, de urvare ou urbare, tracer le sillon, faire la délimitation religieuse.

22vain, aine adj. (vin, vè-n')

  1. 1Proprement, vide, ce qui est le sens étymologique conservé seulement dans les locutions suivantes : vaine pâture, terres où il n'y a ni semences, ni fruits, et, par suite, où tous les habitants d'une commune peuvent conduire leurs bestiaux ; terres vaines et vagues, terres incultes qui ne rapportent rien.

    • Temps vain, temps bas et couvert, accompagné d'une chaleur étouffante (locution vieillie).

    • Terme de vénerie. Fumées vaines, ou, substantivement, les vaines, fumées des bêtes fauves, qui sont légères et mal pressées.

  2. 2Fig. Qui est comme vide, qui n'a qu'une apparence.

    • Non, ce n'est pas une vaine ombre ! je le tiens, je l'embrasse, mon cher Mentor Fénelon, Tél. IV
    • L'éloquence d'Iphicrate est pompeuse et vaine, celle de Timothée plus simple et plus persuasive Barthélemy, Anach. ch. 7
    • Chez les Grecs, lorsque l'éloquence devint oiseuse, elle fut vague et vaine Marmontel, Œuvres, t. IV, p. 372, dans POUGENS
  3. 3Qui est sans valeur.

    • Il se dit quelquefois, en ce sens, des personnes.

      • Il [l'homme] est si vain, qu'étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre chose, comme un billard et une balle qu'il pousse, suffisent pour le divertir Pascal, Pens. IV, 1
      • Qui ne voit pas la vanité du monde, est bien vain lui-même Pascal, ib. VI, 59 bis.
      • Et vains, ils [les hommes illustres du paganisme] ont reçu une récompense aussi vaine que leurs désirs Bossuet, la Vallière.
    • Terme de manége. Cheval vain, celui qui est faible par trop de chaleur ou d'ardeur, ou pour avoir pris quelques remèdes.

  4. 4Qui est sans effet. De vains efforts.

  5. 5Sans talent, sans succès.

    • Imite mon exemple, et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale.... Boileau, Ép. VII
  6. 6Qui n'a aucun fondement raisonnable, sérieux.

  7. 7Qui se prise au delà de son mérite.

    • Te mesurer à moi, qui t'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main ? Corneille, Cid, II, 2
    • Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup quand elle s'est chargée d'or, de pierreries.... Bossuet, la Vallière.
    • Un homme vain trouve son compte à dire du bien ou du mal de soi La Bruyère, XI
    • Celui qui s'empresse pour se faire honorer, ne sait pas encore l'art d'être vain Massillon, Orais. fun. Villars.
    • Les nations libres sont superbes ; les autres peuvent plus aisément être vaines Montesquieu, Esp. XIX, 27
    • Vous voyez que je vous ai deviné ; et voilà ce qui me rend si vain Voltaire, Lett. Chauvelin, 17 oct. 1762
    • Nous en savons assez pour être sage et point assez pour être vains Bonnet, Paling. XIII, 8
    • Son bon naturel l'empêchait d'être vaine, c'est-à-dire sotte COMTE DE CAYLUS, Cadichon, Œuv. t. IX, p. 402
    • Il est deux choses que les hommes vains ne trouvent jamais trop fortes, la flatterie pour eux-mêmes, la médisance contre les autres Marmontel, Œuv. t. VI, p. 149
  8. 8En vain, loc. adv. Inutilement.

    • Les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements ; elle leur échappait.... Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Avant lui [Louis XIV], la France, presque sans vaisseaux, tenait en vain aux deux mers Bossuet, Mar.-Thér.
    • Les empereurs grecs avaient oublié que ce n'était pas en vain qu'ils portaient l'épée Montesquieu, Esp. VI, 21
    • Dieu ne fait rien en vain ; il a donné aux bêtes les mêmes organes de sentiments qu'à moi ; donc, si les bêtes n'ont point de sentiment, Dieu a fait ces organes en vain Voltaire, Mél. litt. au P. Tournemine.
    • Prendre le nom de Dieu en vain, l'employer dans un serment sans nécessité.

  9. 9Terme de forestier. Semence vaine, semence qui ne germe pas.

    • Il est prudent de rejeter les premières semences tombées : elles sont généralement piquées ou vaines G. BAGNERIS, Manuel de sylvicult. p. 232, Nancy, 1873

Étymologie

Provenç. van, va ; catal. va ; espagn. et ital. vano ; portug. vão ; du lat. vanus ; comparez le goth. vans ; anc. scand. vanr, défectueux.

23vilain, aine s. m. et f. (vi-lin, lè-n')

  1. 1Dans le langage féodal, personne qui appartient aux gens de campagne, aux gens de roture.

    • Riche vilain vaut mieux que pauvre gentilhomme Régnier, Sat. XII
    • Ils affectaient de paraître toujours bottés, pour qu'on ne les prît pas pour des vilains SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. III, p. 14, dans POUGENS
    • Un seigneur allemand ordonna qu'après sa mort on le mît debout dans une colonne qu'il avait fait creuser et attacher contre un des piliers de sa paroisse, afin, disait-il, qu'il ne puisse arriver que quelque bourgeois ou vilain me marche sur le corps SAINT-FOIX, ib. t. IV, p. 331
    • Les gentilshommes se battaient entre eux à cheval et avec leurs armes ; et les vilains se battaient à pied et avec le bâton Montesquieu, Esp. XXVIII, 20
    • Le vilain, qui n'a point d'honneur, est puni en son corps Montesquieu, ib. VI, 10
    • Il n'est vilain qui, pour se faire un peu décrasser, n'aille du roi à l'usurpateur et de l'usurpateur au roi, ou qui, faute de mieux, ne mette du moins un de à son nom Paul-Louis Courier, Lett. à l'Acad. des inscr.
    • Hé quoi ! j'apprends que l'on critique Le de qui précède mon nom ; êtes-vous de noblesse antique ? Moi, noble ? oh ! vraiment, messieurs, non.... Je suis vilain et très vilain Béranger, le Vilain.
    • Savonnette à vilain, se disait d'une charge qui anoblissait.

  2. 2Ancien terme de monnayage. Vilains, nom donné à un certain nombre d'espèces qu'il était permis de faire plus ou moins pesantes que le poids de l'ordonnance.

  3. 3Adj. Terme d'ancienne coutume. Rente vilaine, terre vilaine, celle qui n'est pas tenue par un noble.

    • Vilain lieu, celui qui ne possède aucune franchise.

  4. 4En parlant des personnes, des paroles et des actions, sale, déshonnête, fâcheux, méchant, par extension du sens de non noble qui est le sens propre de vilain.

    • Il est encore plus vilain de faire le fin avec ses amis Guez de Balzac, liv. v, lett. 7
    • Ces vilains hommes firent marcher le brancard plus vite que les méchants chevaux qui le portaient n'en avaient envie Scarron, Rom. com. I, 14
    • Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines,Dont par toute la ville on chante les fredaines Molière, Éc. des f. III, 2
    • Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de prêter la main, comme vous faites, aux sottises de mon mari Molière, Bourg. gent. IV, 2
    • Aimer à lire.... la jolie, l'heureuse disposition ! on est au-dessus de l'ennui et de l'oisiveté, deux vilaines bêtes Mme de Sévigné, 14 déc. 1689
    • Il était condamné à dix sous d'amende s'il était gentilhomme, et à cinq sous s'il était serf, pour les vilaines paroles qu'il avait dites Montesquieu, Esp. XXVIII, 27
    • Elle [Ninive] ne sera point détruite, comme le voulaient ces vilains génies Voltaire, Babouc.
    • Déclarer des dettes qu'il n'avait pas, et pour avoir de l'argent, cela est vilain Mme de Genlis, Veillées du château t. II, p. 366
    • Terme de fauconnerie. Se dit d'un oiseau qui ne suit le gibier que pour le dévorer et qu'on ne peut affaiter ; tels sont les milans, les corbeaux, qui ne combattent que des poulets.

    • Substantivement. Vilain, vilaine, celui, celle qui agit mal.

      • Allez vous cacher, vilaines, allez vous cacher pour jamais Molière, Préc. 19
      • Voyez comme raisonne et répond la vilaine ! Molière, Éc. des mar. v, 4
      • Il est bien vrai que son mari est un vilain qui pardonne fort peu de chose Dancourt, Bourg. à la mode, III, 9
      • J'en demande pardon aux successeurs des Desfontaines, aux petits beaux esprits, aux cuistres.... ils ne savent pas, les vilains, que ni ma croix, ni ma clé, ni ma pension ne me touchent Voltaire, Lett. d'Argental, 15 mars 1751
      • Mon vilain, se dit d'une personne de qui on parle et dont on se plaint comme faisant une vilenie.

        • Qui est étonné à présent et confondu ? c'est mon vilain [un libraire qui retenait un manuscrit du roi de Prusse, et auquel Voltaire rendit inutile ce manuscrit] Voltaire, Lett. au roi de Pr. 20 juill. 1740
        • Là-dessus je tourne le dos à mon vilain Diderot, Lett. à Mlle Voland, 19 sept. 1762
      • C'est un vilain ; fi le vilain ! se disent d'un homme sale et déshonnête en paroles, en actions.

      • Populairement. C'est une vilaine, c'est une prostituée (acception qui a vieilli).

      • Petit vilain, se dit moitié colère, moitié plaisanterie, d'un homme pour qui on n'a aucun mauvais vouloir.

        • C'est le plus orgueilleux petit vilain que vous ayez jamais vu ; il lui semble qu'il n'y a personne au monde qui le mérite, et que la terre n'est pas digne de le porter Molière, Princ. d'Él. III, 3
        • Aimera-t-on toujours ces petits vilains-là ? Regnard, le Distr. I, 8
  5. 5Avare, qui vit mesquinement (extension plus particulière du sens de vilain, non noble).

    • Il a un père qui, quoique riche, est un avaricieux fieffé, le plus vilain homme du monde Molière, Scapin, III, 3
    • Je devenais vilain par un motif très noble ; car, en vérité, je ne songeais qu'à ménager à maman quelque ressource dans la catastrophe que je prévoyais J.-J. Rousseau, Confess. v.
    • Populairement. Il est vilain comme lard jaune.

    • Substantivement.

      • Jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain, et de fesse-mathieu Molière, l'Av. III, 5
      • Oui, Géronte, justement ; voilà mon vilain ; je l'ai trouvé : c'est ce ladre-là que je dis Molière, Scapin, III, 3
  6. 6Incommode, désagréable (ce qui est une suite du sens défavorable donné à vilain non noble). Vilain gîte. Vilain jeu. Vilaine voiture. Vilain temps.

    • Il fait vilain, le temps est désagréable.

  7. 7Qui déplaît à la vue (par un passage rare du sens moral au sens physique). Vilaine maison. Vilaine jambe. Vilain pays.

    • Nous avons trouvé.... deux grands vilains pendus à des arbres sur le grand chemin Mme de Sévigné, 11 sept. 1675
    • Belle princesse, venez voir votre beau mari, qui a tué son vilain rival Voltaire, le Blanc et le noir
    • J'allai loger à l'hôtel Saint-Quentin rue des Cordiers, proche la Sorbonne, vilaine rue, vilain hôtel, vilaine chambre, mais où cependant avaient logé des hommes de mérite J.-J. Rousseau, Confess. VII
  8. 8Dangereux. Voilà un vilain rhume. Un vilain verglas.

    • Je me souviens qu'il y a un grand vilain précipice que l'on côtoie fort longtemps, et qui me faisait mal à l'imagination Mme de Sévigné, 523
  9. 9S. m. Vilain, vautour de Malte ou vautour fauve.

    • Vilain, synonyme de rougeole du porc.

  10. 10S. f. Vilaine d'Anjou, espèce de poire.

    • Vilaine de la réale, poire qui vient dans les premiers jours du mois d'août.

Proverbes

Oignez vilain, voy. OINDRE. Peine de vilain n'est à rien comptée. Jeux de main, jeux de vilain, ou, au singulier, jeu de main, jeu de vilain, il n'y a que les gens mal élevés qui se divertissent à s'entre-frapper. Il n'est chère que de vilain, lorsqu'un avare se résout à donner un repas, il y met plus de profusion qu'un autre. Graissez les bottes d'un vilain, voy. BOTTE 2. C'est la fille au vilain, voy. FILLE. À vilain, vilain et demi, quand quelqu'un nous fait une vilenie, une ladrerie, il faut lui en faire une encore plus grande. Tous vilains cas sont reniables.

Étymologie

Prov. vilan, vila ; cat. vilá, villá ; esp. villano ; portug. villão ; ital. villano, du bas-lat. villanus, de villa, maison de campagne (voy. VILLE).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander