Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

haut dans le Littré

1 article· 184 citations· rimes· synonymes

haut, aute adj. (hô, hô-t')

  1. 1Qui a une étendue considérable depuis un point inférieur jusqu'à un point supérieur. Un haut clocher. Cet homme est haut de six pieds.

    • J'espère que vous mettrez notre taille [Voiture était très petit] en honneur ; ce sera elle désormais qui sera estimée la riche, et vous nous relèverez par-dessus ceux qui se croient plus hauts que nous Voiture, Lett. 52
    • Le cheval étant aussi haut de jambes qu'il [Ragotin] en était court Scarron, Rom. com. I, 19
    • Ces hautes montagnes dont la cime, au-dessus des nues et des tempêtes, trouve la sérénité dans sa hauteur et ne perd aucun rayon de la lumière qui l'environne Bossuet, Henri de Bourbon.
    • Un fourbe cependant, assez haut de corsage Boileau, Sat. X
    • La ville de Syracuse était devenue un désert, où l'herbe était crue si haute que les chevaux y paissaient Rollin, Hist. anc. Œuv. t. V, p. 329, dans POUGENS
    • On voit ces hauts remparts élevés par Cyrus Voltaire, Scythes, IV, 2
    • Il croyait de sa cime [d'une montagne] observer la campagne Et voir flotter aux vents les drapeaux bourguignons ; Mais en vain il franchit une immense étendue, toujours un mont plus haut vient arrêter sa vue MASSON, Helv. II
    • Haut dais, voy. DAIS.

    • Haute futaie, voy. FUTAIE.

    • Arbres à haute tige, voy. TIGE.

    • Haute bruyère, espèce de bruyère à haute tige dont on fait des balais.

    • Haut cru, expression employée anciennement dans le sens de haut lieu, haut pâturage. Bœufs de haut cru, se disait des bœufs destinés au travail ou manifestant peu d'aptitude à un engraissement précoce, parce qu'ils étaient supposés devoir se trouver exclusivement dans les contrées élevées ou montueuses.

    • Terme de l'Écriture sainte. Les hauts lieux, montagnes ou collines où l'on sacrifiait à Baal.

    • Terme de marine. Ce bâtiment est haut de bord, son bord est fort élevé au-dessus de l'eau. Bâtiment de haut bord, anciennement tout bâtiment qui naviguait au long cours, aujourd'hui les vaisseaux de ligne seulement, par opposition à bâtiments de bas bord (locution qui n'est pas usitée), les galères, galiotes, brigantins, frégates et tous les navires latins.

  2. 2Qui est situé au-dessus, en parlant de choses les unes par rapport aux autres. Le plus haut étage d'une maison. Les hautes voiles d'un vaisseau. Les hautes régions de l'air. Au plus haut degré.

    • Le cavalier monta avec la dame par un grand escalier dans une salle haute Scarron, Rom. com. I, 9
    • Le temps est haut, les nuages sont élevés, de sorte qu'il n'y a pas à craindre la pluie.

    • Le haut bout d'une chambre, d'une table, la place la plus honorable, parce qu'autrefois ce bout était en effet plus élevé que l'autre et le plus éloigné de la porte.

      • Le czar s'assit dans le fauteuil du haut bout, le régent dans l'autre Saint-Simon, 487, 140
    • Les hautes latitudes, les latitudes qui s'avancent vers le pôle, s'éloignent de l'équateur, ainsi dites à cause de l'opinion ancienne qui représentait le nord comme plus élevé que le midi.

    • Haut, se dit aussi de la différence de niveau entre des lieux qui dominent et une partie plus basse, plaine ou autre. La ville haute.

      • Là ils s'arrêtent et se resserrent ; Français et Italiens, tous défendent avec acharnement les issues hautes de la ville, et les Russes, enfin rebutés, reculent et se concentrent sur la route de Kalougha Ségur, Hist. de Nap. IX, 2
  3. 3Qui s'élève haut. Oiseaux de haut vol. L'aigle a le vol très haut.

    • Fig. Prendre un vol trop haut, s'élever plus haut qu'on ne doit, faire plus de dépense qu'on ne peut.

    • Terme de fauconnerie. Haut vol ou haute volerie, chasse du faucon sur les hérons, les grues, etc.

  4. 4Qui est à un niveau supérieur, en parlant des cours d'eau ou des régions considérées par rapport au niveau de la mer. La haute Allemagne. La haute Égypte.

    • Il part tous les ans de la ville de Maroc, capitale de l'État, une caravane, qui va chercher de l'or dans la haute Guinée Raynal, Hist. phil. XI, 8
    • Le haut-allemand, dialecte allemand parlé originairement dans le sud de l'Allemagne et devenu la langue littéraire de ce pays.

    • Haut-allemand, se dit quelquefois comme allemand pour chose inintelligible.

      • Mes heurés Qui, depuis cinquante ans dites journellement, Ne sont encor pour moi que du haut-allemand Molière, le Dép. II, 7
    • Les hautes Pyrénées, les hautes Alpes, partie centrale de la chaîne, celle qui est la plus éloignée de la mer.

    • Quand ces expressions deviennent un nom de département, on met une majuscule à haut et un trait d'union. Les Hautes-Pyrénées, les Hautes-Alpes.

    • Le haut Rhin, la haute Garonne, la haute Loire, la haute Marne, etc. la partie de ces cours d'eau qui est du côté de la source.

    • Quand ces expressions deviennent un nom de département, on met une majuscule à haut et un trait d'union. La Haute-Marne. Le préfet du Haut-Rhin, etc.

    • La haute Seine, toute la partie de la Seine qui est au-dessus de Paris jusqu'à la source, par opposition à basse Seine, qui désigne le cours de la Seine depuis Paris jusqu'à la mer.

  5. 5Qui est relevé, dressé. Marcher la tête haute. Courir sur son adversaire l'épée haute. Ce cheval porte la tête haute.

    • Fig. Il peut aller partout la tête haute, le front haut, se montrer partout sans rien craindre.

    • Haut à la main, qui lève la main, qui frappe pour se faire obéir ; et fig. Être haut à la main, être arrogant, hautain.

      • ....Que leur autorité démesurée les avait rendus si hauts à la main et si présomptueux, qu'il n'y avait loi ni magistrat qu'ils n'eussent la hardiesse de fouler aux pieds Malherbe, le XXXIIIe liv. de Tite Live, ch. 46
    • Terme de manége. Tenir la bride haute, la tenir courte.

    • Fig. Tenir la bride haute à un jeune homme, lui laisser peu de liberté.

    • On dit dans le même sens : Tenir la main haute à quelqu'un, ne lui rien passer.

    • Tenir la main haute dans une affaire, se rendre difficile sur les conditions.

    • Avoir la haute main dans une affaire, dans une société, y dominer. Le sens est différent suivant que haute est devant ou après main.

    • Terme de blason. Épée haute, épée droite.

    • Terme de botanique. Radicule haute, radicule tournée vers le sommet du fruit.

    • Terme de chasse. Hautes erres, voies du relevé du cerf.

    • Un cerf va de hautes erres quand il y a plusieurs heures qu'il est passé.

  6. 6Profond. L'eau est fort haute en tel endroit.

    • Dont l'eau est plus élevée, qui a plus d'eau qu'à l'ordinaire. Les eaux sont hautes. La rivière est haute.

    • La marée, la mer est haute, se dit de la marée quand elle est à son plus haut point.

    • Hautes marées, se dit de marées plus fortes que les autres. Nous sommes à l'époque des hautes marées.

    • La haute mer, la pleine mer, la mer loin du rivage.

    • La mer est haute, signifie aussi la mer est agitée, c'est-à-dire que les vagues y ont beaucoup de hauteur.

  7. 7Terme de musique. Élevé, aigu. Ton haut. Sons hauts.

    • Haut, se dit des instruments dans le même sens. Cette flûte est trop haute, elle est plus haute que l'instrument qui donne le la ou que le diapason ; on l'accorde en allongeant ou raccourcissant le corps de pompe. On dit de même : La chanterelle de votre violon est trop haute, trop haute d'un quart de ton.

    • Fig. et familièrement. Prendre le haut ton, le prendre d'un ton haut, sur un ton haut, sur le haut ton, prendre un ton fier, menaçant, arrogant. etentissant, qui s'entend au loin, en parlant de la voix. Avoir la voix haute, la parole trop haute. De hauts cris. Réciter à haute voix.

    • Fig. et familièrement. Jeter, pousser les hauts cris, se récrier, se plaindre hautement. Cette mesure fit jeter les hauts cris.

    • On dit aussi : Crier les hauts cris.

      • Je le trouvai criant les hauts cris Mme de Sévigné, 32
    • Familièrement. Nous n'avons jamais eu ensemble une parole plus haute que l'autre, nous n'avons jamais eu de querelle ensemble.

      • Nous n'avons jamais eu une parole plus haute que l'autre au sujet de Mahomet Voltaire, Bababec.
    • Avoir la parole haute, parler fièrement.

    • On dit dans le même sens : être haut en parole ; Avoir le verbe haut.

    • Faire haute profession de, avoir publiquement la prétention de.

      • Ils ont trouvé le moyen de surprendre des esprits qui, dans toute autre matière, font une haute profession de ne se point laisser surprendre Molière, Tart. 2e placet au roi.
    • Messe haute, par opposition à messe basse. On dit plutôt : messe chantée ou grande messe.

  8. 9Terme de peinture et de teinture. Couleurs hautes, celles qui ont de l'éclat, de la vivacité, comme le rouge, le vermillon, le bleu, etc.

    • Dans le langage général. Être haut en couleur, avoir le teint très coloré.

      • Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse Voltaire, Cand. I
  9. 10Éloigné dans le temps. Une haute antiquité, une antiquité fort reculée. Le haut moyen âge, la partie du moyen âge la plus rapprochée de l'invasion des barbares.

    • Le haut empire, voy. EMPIRE 3.

    • Carême haut, carême tardif, qui ne commence qu'au mois de mars.

      • Vous ne ferez autre chose tous ces jours gras, et vous avez beau vous dépêcher de vous divertir, vous n'en trouverez pas sitôt la fin ; nous avons le carême bien haut Mme de Sévigné, 407
    • Fig. Mettre le carême bien haut, exiger des choses difficiles.

    • Mettre le carême bien haut, signifie aussi promettre des choses qui n'arriveront pas de longtemps.

    • Il nous donne le carême bien haut, il prend un long terme, il veut nous faire bien attendre.

  10. 11Haut, se dit des personnes qui occupent les premiers rangs de la société. Très haut et très puissant prince, Très haute et très puissante princesse, titres donnés dans les actes et dans les monuments publics aux princes et aux princesses. Haut et puissant seigneur, Haute et puissante dame ; Très haut et très puissant seigneur, Très haute et très puissante dame, titres donnés aux grands seigneurs, aux personnes d'une qualité relevée.

    • J'étais donc encore destiné à rendre ce devoir funèbre à très haute et très puissante princesse Henriette-Anne d'Angleterre, princesse d'Orléans Bossuet, Duch. d'Orl.
    • L'éloge que je fais aujourd'hui de très haut et très puissant seigneur messire le Tellier.... Bossuet, le Tellier.
    • Il se dit en parlant des bontés, de la bienveillance, de la protection qui émanent des princes, des souverains. Une haute protection.

      • L'hommage particulier que je mets à ses pieds [de Sa Majesté] pour les hautes bontés dont elle m'honore Buffon, Min. t. VI, p. 168
    • Le Dieu très haut, ou, substantivement, le Très Haut (avec deux majuscules), Dieu.

      • Melchisédech, roi de Salem, offrant du pain et du vin, parce qu'il était prêtre du Dieu très haut Saci, Bible, Genèse, XIV, 18
      • Comment est-il possible que Dieu connaisse ce qui se passe, et le Très Haut a-t-il véritablement la connaissance de toutes choses ? Saci, ib. Ps. LXXII, 11
      • Le Très Haut vous a vus d'un regard d'indulgence Casimir Delavigne, Paria, II, 5
    • En diplomatie. Les hautes puissances contractantes, se dit des princes souverains entre lesquels un traité se conclut.

    • Absolument. Hautes puissances, titre que prenaient les états généraux des Provinces-Unies.

      • Les hautes classes, les classes de la société qui tiennent le premier rang par leurs fonctions, par leurs richesses, par leur naissance. La haute magistrature. Le haut commerce. La haute bourgeoisie.

      • La haute administration, les ministres et les hommes qui dirigent l'administration.

      • Haute police, voy. POLICE.

      • La chambre haute, la chambre des lords dans le parlement anglais, et la chambre des pairs en France, sous le gouvernement de la restauration et de Louis-Philippe.

      • Haute cour s'est dit, sous la monarchie de Louis-Philippe, de la chambre des pairs érigée en tribunal ; il s'est dit aussi d'un tribunal institué en 1848 pour juger les ministres et les complots contre l'État.

      • Anciennement. Haute justice, la juridiction d'un seigneur dont le juge pouvait connaître de toutes causes, tant civiles que criminelles, excepté des cas royaux.

      • Seigneur haut justicier, seigneur auquel appartenait cette juridiction.

        • Tout seigneur de fief haut justicier pouvait avoir dans son château plein exercice de la religion réformée Voltaire, Louis XIV, 36
      • L'exécuteur de la haute justice, ou le maître des hautes œuvres, le bourreau

      • Haut se dit aussi de la naissance, en parlant de la noblesse. Une personne de haut parage.

      • Haut lieu, se dit aussi pour haut rang, haute noblesse.

      • En haut lieu, à la cour, chez le souverain. Cela a été dit en haut lieu.

  11. 12Grand, excellent, distingué dans son genre. De hautes fonctions. Parvenir aux plus hautes dignités. Haute fortune. Haute estime. Haute réputation.

    • Haut appareil, grande magnificence.

    • Terme de chirurgie. Haut appareil, une des manières de faire l'opération de la taille, dans laquelle on ouvre la paroi abdominale au-dessus du pubis ; ainsi dit parce qu'il exige plusieurs instruments.

    • De haut goût, très épicé. Ce mets est de haut goût.

      • Qu'il [l'enfant] ne mange rien de haut goût qui l'excite à manger au delà de son besoin, et qui le dégoûte des aliments plus convenables à sa santé Fénelon, Éduc. filles, ch. 3
    • C'est un cadet de haut appétit, voy. CADET.

    • Terme de chasse. Chien de haut nez, chien dont l'odorat est excellent.

    • Le haut mal, l'épilepsie, ainsi dit à cause de la gravité de cette affection.

      • Fagon, sujet aux atteintes du haut mal, était un méchant sujet en termes de chirurgie Saint-Simon, 99, 57
    • Haute pression, voy. PRESSION.

    • Une haute température, une grande chaleur. Le fer ne fond qu'à une haute température.

    • Familièrement. Emporter quelque chose de haute lutte, voy. LUTTE.

  12. 13Ardu à comprendre, à saisir.

    • Ils répugnent à notre doctrine, parce qu'elle leur semble trop haute Bossuet, 1er sermon, Dim. de la passion, préambule.
    • Rendez-vous attentifs ; voici le nœud ; la matière est haute, et, quelque ordre qu'on y apporte, elle échappe si on ne la suit Bossuet, 6e avert. 3
    • Les hautes sciences, la théologie, la philosophie et les mathématiques. La haute géométrie, celle où les démonstrations exigent l'emploi du calcul infinitésimal.

      • Ce qu'est Newton à la haute géométrie, Montesquieu l'est à la haute politique Bonnet, Ess. analyt. âme, ch. 19
    • Dans les colléges et lycées. Les hautes classes, celles où l'on enseigne la rhétorique, la philosophie et les mathématiques spéciales.

    • Le haut enseignement ou enseignement supérieur, l'enseignement des facultés et du Collége de France.

    • Haut style, langage rempli de termes nobles et d'expressions riches et magnifiques. Ouvrage écrit dans le haut style.

    • Ironiquement. Haut style, langage ampoulé, guindé.

      • Quel diable de jargon entends-je ici ? voici bien du haut style Molière, Préc. 5
    • Haut comique, voy. COMIQUE.

      • Tout cela est à la fois noble, intéressant et du haut comique Voltaire, Comm. Corn. Suite du Menteur, I, 2
    • Haut comique se prend aussi, dans le langage familier, pour dire très ridicule. De telles prétentions, avec si peu de mérite réel, c'était du haut comique.

  13. 14Qui a de l'élévation morale et de la fierté.

    • Qui annonce de l'élévation morale.

      • Puis c'était une repartie haute et convenable qu'elle avait faite la veille à cette madame une telle, qui s'oubliait de temps en temps à cause qu'elle était riche Marivaux, Marianne, 7e part.
      • Un mot : que dites-vous de notre nouvel hôte ? - Eh ! mais.... - Il a vraiment la mine fière et haute COLLIN D'HARLEVILLE, Malice pour malice, II, 16
    • Il a le cœur haut et la fortune basse, se dit d'un homme pauvre mais fier.

    • Orgueilleux, impérieux, qui a de la hauteur. C'est une femme haute.

      • Libre dans mes discours, peut-être un peu trop haut CHAUL., à Lafare.
      • M. de Noailles et M. de Barbézieux étaient fort mal ensemble : tous deux bien avec le roi, tous deux hauts, tous deux gâtés Saint-Simon, 25, 35
      • Vous avez l'humeur haute, et c'est cette humeur-là dont il serait à propos que monsieur s'alarmât pour vous Marivaux, Pays. parv. 2e part.
  14. 15En mauvaise part, excessif en son genre. Il a fait une haute sottise. Haute effronterie.

    • Ce combat pour votre âme est un nouveau supplice, S'il vous laisse obligée à demander justice, à témoigner toujours ce haut ressentiment Corneille, Cid, V, 4
    • Par lui j'ai jeté Rome en haute jalousie Corneille, Nicom. I, 5
    • Haute trahison, se dit des crimes qui intéressent la sûreté de l'État.

  15. 16En parlant des cartes. Les hautes cartes, celles qui ont le plus de valeur, surtout les as et les figures.

  16. 17Haut prix, valeur très élevée. Les denrées sont à très haut prix.

    • Fig. Il met ses services à très haut prix.

    • Terme de commerce. Les cafés, les blés, les vins etc. sont hauts, ils sont à haut prix.

    • L'argent est haut, c'est-à-dire on n'en trouve à emprunter qu'à un gros intérêt.

    • Haute paye, voy. PAYE.

  17. 18S. m. Haut, élévation, hauteur. Cette maison a quinze mètres de haut. Tomber du haut du toit.

    • Tomber de son haut, tomber de toute sa hauteur.

      • Si l'enfant tombe de son haut, il ne se cassera pas la jambe J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Fig. et familièrement. Tomber de son haut, être extrêmement surpris d'une chose.

    • On dit dans le même sens : Il a failli, il a pensé tomber de son haut.

      • Je faillis tomber de mon haut à un compliment de cette nature Retz, III, 76
      • Il pensa tomber de son haut de voir.... Hamilton, Gramm. 11
    • Du haut en bas, de l'extrémité supérieure à l'extrémité inférieure.

    • On dit aussi de haut en bas.

    • Fig. et familièrement. Regarder quelqu'un de haut en bas, le regarder avec un air de mépris.

    • On dit dans le même sens : Regarder quelqu'un du haut de sa grandeur.

    • Fig. Traiter quelqu'un du haut en bas, de haut en bas (locution dérivée de la locution : regarder de haut en bas), le traiter avec mépris, arrogance.

    • Fig. Voir les choses de haut, embrasser les choses dans toute leur étendue, saisir les rapports et leurs conséquences.

      • Yorck [général prussien] voyait de plus haut [que le reste des Prussiens] ; il était de cette société des Amis de la Vertu, dont le principe était la haine des Français, et le but, leur entière expulsion de l'Allemagne Ségur, Hist. de Nap. XII, 6
    • Voir les choses de haut, signifie aussi n'en avoir que des idées générales. Le prince ne peut entrer dans ces détails, il voit les choses de haut.

    • Terme de charbonnier. Grand haut, le troisième lit d'un fourneau. Petit haut, le quatrième et quelquefois le dernier lit.

    • Au plur. Terme de marine. Les hauts du navire, ce qui, du navire, est au-dessus de la flottaison.

  18. 19Montagne, éminence.

    • Sur un haut vers cet endroit Était leur infanterie Molière, Amph. I, 1
    • Le roi fit monter l'électeur de Bavière seul avec lui dans son chariot, ils se promenèrent fort dans les hauts de Marly Saint-Simon, 303, 200
    • Paul-Louis sur les hauts de Veretz fait des choses admirables Paul-Louis Courier, Gazette du village, n° 4
    • Gagner au haut, gagner le haut, s'enfuir, se mettre en sûreté.

      • Le galant aussitôt Tire ses grègues, gagne au haut La Fontaine, Fabl. II, 15
  19. 20Le faîte, le sommet, la partie supérieure. Le haut d'une tour, d'une montagne. Le haut du corps. Le haut d'un tableau.

  20. 21Le haut du jour, le temps où le soleil est le plus haut, midi.

    • ....Vous ne saurez pas qu'avec magnificence Le roi vient honorer Tempé de sa présence, Qu'il entra dans Larisse hier sur le haut du jour, Qu'à l'aise je le vis avec toute sa cour Molière, Mélic. I, 3
  21. 22Le haut, la partie supérieure de la ville à Genève où habitent les gens riches.

    • Il était, lui, un garçon du haut J.-J. Rousseau, Conf. I
  22. 23Fig Le haut et le bas, ce qu'il y a d'élevé et ce qu'il y a d'infime.

    • Le christianisme a fait voir le haut et le bas de notre cœur Chateaubriand, Génie, II, III, 1
    • Par analogie. Le jeu a ses hauts et ses bas.

      • Il faut du haut et du bas dans la vie Molière, Fourb. Scap III, 1
      • N'admirez-vous pas comme cette vie est mêlée de haut et de bas, de blanc et de noir ? Voltaire, Lett. Damilaville, 17 fév. 1767
    • Il y a du haut et du bas, des hauts et des bas dans l'humeur, dans l'esprit, dans la conduite, dans les ouvrages de cet homme, c'est-à-dire on y remarque de grandes inégalités.

    • On dit dans le même sens : Avoir du haut et du bas, des hauts et des bas dans l'humeur, dans sa vie, dans sa fortune.

  23. 24Terme de musique. Le haut, les notes élevées. La voix de ce chanteur est belle dans le haut.

  24. 25Adv. Haut, dans la partie la plus haute. Monter haut. Être haut perché. Il demeure deux étages plus haut.

    • À tous coups ils [ceux qui me bernaient] me perdaient de vue, et m'envoyaient plus haut que les aigles ne peuvent monter Voiture, Lett. IX
    • Il a été pendu haut et court, se disait d'un homme jugé et exécuté en peu de temps par une justice expéditive.

      • ...Sous peine D'être pendu, d'être mis haut et court En un gibet... La Fontaine, Belph.
    • Cheval monté haut ou haut monté, cheval dont le tronc est supporté par des membres longs et grêles.

    • Cheval haut chaussé, cheval chez qui la balzane s'étend jusqu'au genou ou au jarret, ou au-dessus de ces régions.

    • Terme de manége. Haut, haut, haut ! Expression dont le maître se sert lorsque l'élève fait des courbettes, pour l'avertir que son cheval ne lève pas assez le devant.

    • Terme de fauconnerie. Voler haut et gros, voler de bon gré et avec adresse.

    • Haut en bas ! cri des ramoneurs, qui rappelle leur métier de ramoner les cheminées du haut en bas.

    • Ancien terme d'artillerie. Haut le bras ! mettez le feu au canon.

    • Haut le bois ! ancien commandement militaire pour faire lever les piques.

    • En termes d'arithmétique, haut et bas se dit des deux termes d'une fraction. Divisant par 2 haut et bas, c'est-à-dire divisant par 2 le numérateur et le dénominateur.

    • Terme de marine. Haut et bas, sert à exprimer qu'on travaille partout à la fois.

    • Haut la barre ! commandement qu'on faisait autrefois au timonier quand on voulait qu'il tînt la barre du gouvernail dans le plan de la quille du navire ; locution qui provient d'une ancienne disposition de la barre dans les vaisseaux.

  25. 26Terme de manége. Mener un cheval haut la main, tenir haut les rênes.

  26. 27Haut le pied, en levant le pied.

    • Haut le pied, belle Alison, Pour gambader, rire et boire Dancourt, Foire de Besons, divert.
    • Par extension, haut le pied, sans être chargé. Renvoyer des chevaux haut le pied, les renvoyer sans être attelés ni montés.

    • Terme de chemin de fer et de messagerie. Train haut le pied, train vide de voyageurs.

      • L'indemnité de 1, 875,000 francs allouée à la compagnie des services maritimes des messageries impériales pour frais de transport, en haut le pied, des navires affectés au service postal de l'Indo-Chine, Rapport du baron de Veauce au Corps législatif, séance du 17 avril 1863
    • Elliptiquement. Haut le pied ! marchez, décampez.

      • Faire haut le pied, disparaître tout d'un coup, s'enfuir. Ce banqueroutier a fait haut le pied.

        • Mme Patin : Qu'est devenu le chevalier ? - Lisette : Il a fait haut le pied, dès que vous avez eu le dos tourné Dancourt, Chev. à la mode, III, 2
    • S. m. Un haut-le-pied, en termes familiers, homme qui ne tient à rien, qui lève facilement le pied, qui n'a point d'établissement. Ne lui prêtez point d'argent ; c'est un haut-le-pied.

      • Ancien nom de certains officiers ambulants des vivres et des équipages militaires, qui n'avaient que la commission d'observer, sans être attachés à un emploi fixe. Capitaine, ou commis haut-le-pied.

        • Un duc et pair de ma naissance n'allait point servir comme un haut-le-pied dans les armées Saint-Simon, 102, 89
    • Au plur. Des haut-le-pied.

      • Il a fait haut-le-corps, se disait d'un banqueroutier qui s'enfuyait.

    • Substantivement. Un haut-le-corps, voy. HAUT-LE-CORPS, à son rang.

  27. 28Adv. Fig. Haut, à un rang élevé, à un point élevé. Des personnes haut placées.

  28. 29Dans les temps passés.

    • Quelque haut qu'on puisse remonter, pour rechercher dans les histoires.... Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Reprendre une chose de plus haut, la raconter en la reprenant d'un temps plus éloigné.

      • Cet engagement, qui devait lui tenir lieu de la vente exclusive du tabac, est un point si important dans son histoire, qu'on ne le trouverait pas assez éclairci, si nous ne reprenions les choses de plus haut Raynal, Hist. phil. IV, 26
    • On dit quelquefois dans le même sens : remonter plus haut.

    • Reprendre les choses de plus haut, remonter à des vérités antérieures, à des principes généraux.

    • Plus haut, ci-dessus, dans ce qui précède. Ainsi qu'il a été dit plus haut.

  29. 30Terme de musique. Dans un ton haut. Sa voix ne peut pas monter plus haut. Vous l'avez pris trop haut en commençant.

    • Fig. Le prendre haut, très haut, montrer de l'arrogance, de la présomption.

      • Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut Molière, Mis. I, 3
      • Elle le prit si haut qu'il parut confus Hamilton, Gramm. 8
      • Vous le prenez bien haut, monsieur ! sachez que, quand je dispute avec un fat, je ne lui cède jamais BEAUMARCHAIS, Barb. de Sév. III, 5
    • Le prendre haut, signifie aussi rechercher quelque chose de trop difficile.

      • Lorsque nous vous proposons d'imiter l'exemple de ceux qui, après avoir mené une vie semblable à la vôtre, en ont connu le danger, se sont retirés des plaisirs et des dissipations du monde, et leur ont fait succéder la prière, la retraite, la mortification, la pratique des œuvres saintes, vous répondez qu'il est dangereux de le prendre si haut Massillon, Carême, Riche.
      • Il ne faut pas le prendre si haut Massillon, Carême, Tiéd.
  30. 31À haute voix. Parlez haut. Vous ne parlez pas assez haut. Crier très haut.

    • Elle en parle tout haut, elle s'en vante à nous Corneille, Théod. II, 2
    • Je le dis donc tout haut afin que l'on m'entende Corneille, Sertor. II, 2
    • Chantez ce que vous voudrez, répondit à demi haut le même personnage Scarron, Rom. com. I, 15
    • Nous avons ri aux larmes de cette fille qui chanta tout haut dans l'église cette chanson gaillarde dont elle se confessait ; rien au monde n'est plus nouveau ni plus plaisant Mme de Sévigné, Lett. 12 janv. 1676
    • Mayenne, qui de loin voit leur folle entreprise, La méprise en secret et tout haut l'autorise Voltaire, Henr. IV
    • Elliptiquement. Plus haut ! c'est-à-dire parlez plus haut.

      • Par extension. Avec un bruit comparé à la parole haute.

        • Il mange haut et avec grand bruit, il roule les yeux en mangeant, la table est pour lui un râtelier La Bruyère, XI
      • Fig. Parler haut, parler ouvertement, sans réticence ni ambages.

      • Parler haut, s'exprimer d'un ton décidé et même arrogant.

      • Parler haut, parler librement contre les abus des gouvernements ou des institutions.

        • Il est très vrai qu'on commence à parler bien haut en Italie, et surtout à Venise Voltaire, Lett. la Tourette, 6 janv. 1770
      • Penser tout haut, faire connaître avec franchise ses pensées, ce qu'on a dans l'esprit.

      • Fig. et familièrement. Il faut chanter plus haut, se dit à une personne qui mésoffre d'un objet qu'elle marchande.

      • Fig. Haut et clair, franchement, sans ambiguïté, sans chercher des adoucissements.

      • Fig. et familièrement. On ne lui a pas dit plus haut que son nom, voy. NOM.

  31. 32Terme de jeux. Couper haut, couper avec un fort atout.

  32. 33Monter haut, s'élever à une somme considérable.

    • Le beau pays, et la jolie petite terre ! elle n'est pourtant plus affermée que vingt mille écus depuis la misère du temps ; elle allait autrefois plus haut Mme de Sévigné, 349
    • J'en mettrai haut le prix ; c'est à lui d'y penser Thomas Corneille, Ariane, IV, 3
    • La dépense monte haut, elle est considérable. Il ne croyait pas que le compte montât si haut.

  33. 34En haut, loc. adv. Dans le lieu qui est le plus haut. Allez, montez en haut. Du côté supérieur, du côté le plus élevé.

    • Je sens que je puis vouloir, ou tenir ma main immobile, ou lui donner du mouvement ; et cela en haut ou en bas, à droite ou à gauche, avec une égale facilité Bossuet, Connaiss. III, 15
    • Quoi ! jamais vous n'écouterez l'Église, qui vous dit et crie de toute sa force, à chaque sacrifice qu'elle offre : sursum corda, le cœur en haut ! Bossuet, Concupisc. 31
    • Tirer en haut, pousser en haut, tirer, pousser vers le haut.

    • Regarder en haut, regarder en l'air.

      • De sorte qu'ils [des gens qui me bernaient] demeurèrent longtemps en bas tendant la couverture, et regardant en haut sans se pouvoir imaginer ce que j'étais devenu Voiture, Lett. 9
    • Terme de marine. Il est en haut, il est en vigie sur les barres de perroquet, etc. L'ancre est en haut, elle est en bossoir. L'équipage est en haut, il est sur le pont.

  34. 35D'en haut, d'un lieu supérieur. La lumière vient d'en haut dans l'atelier.

    • Du ciel même, par la vertu céleste.

      • Mes prières n'ont pas le mérite qu'il fautPour avoir attiré cette grâce d'en haut Molière, Tart. III, 3
      • Il a connu la sagesse que le monde ne connaît pas, cette sagesse qui vient d'en haut, qui descend du père des lumières, et qui fait marcher les hommes dans les sentiers de la justice Bossuet, le Tellier.
      • Ceux qui combattaient auprès de lui nous ont dit souvent que, si l'on avait à traiter quelque grande affaire avec ce prince, on eût pu choisir de ces moments où tout était en feu autour de lui ; tant son esprit s'élevait alors, tant son âme leur paraissait éclairée comme d'en haut dans ces terribles rencontres Bossuet, Louis de Bourbon.
      • Jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut Bossuet, Hist. II, 7
      • De siècle en siècle paraissaient des hommes justes suscités d'en haut Massillon, Mystères, Passion.
      • Un auteur inspiré d'en haut Massillon, Or. fun. Villeroy.
      • L'on était regardé comme le ministre d'en haut, et l'interprète de la volonté du ciel Diderot, Opin. des anc. philos. (Égyptiens).
      • Peut-être que ton cœur, ému de saints transports, S'apaisera soi-même à tes propres accords, Et qu'un éclair d'en haut perçant ta nuit profonde, Tu verseras sur nous la clarté qui t'inonde Lamartine, Méd. I, 2
    • D'en haut, se dit aussi pour signifier la cour, le conseil, et autres autorités supérieures. Un ordre d'en haut.

  35. 36En haut de, loc. prép. Dans la partie supérieure. Il est tout en haut de la maison. Écrivez ceci en haut de la page.

  36. 37Là-haut, dans le lieu qui est là au-dessus. Ils sont là-haut.

    • Dans le ciel, par opposition à ici-bas. Là-haut réside un juge incorruptible.

  37. 38Ici-haut, dit plaisamment, par imitation d'ici-bas, dans les dialogues des morts, des lieux habités par les vivants.

    • Les morts.... raisonnent mieux que nous des choses d'ici-haut Fontenelle, à Lucien.
  38. 39Par en haut, loc. adv. Par le haut. Passez par en haut.

  39. 40Par haut, en termes de manége. Ce cheval va par haut, il fait un manége élevé.

  40. 41Aller par haut et par bas, vomir et aller à la selle.

  41. 27Après : Haut le pied, sans être chargé. Renvoyer des chevaux haut le pied, les renvoyer sans être attelés ni montés. Ajoutez :

    • Substantivement, un haut le pied, un cheval qui n'est pas attelé.

      • 40 voitures d'artillerie à 5 chevaux, compris le haut le pied, total 110 hommes et 200 chevaux, Corresp. de Napoléon Ier, t. XVIII, p. 416
      • Que les chevaux étaient bien plus vite blessés dans les marches et les combats que les hommes, et qu'il serait plus rationnel d'admettre des chevaux haut le pied que des cavaliers non montés Journ. offic. 12 nov. 1874, p. 7530, 3e col.
  42. 42Haute vie, voy. VIE au Supplément.

  43. 43Familièrement et grossièrement. Haut le cul, lève-toi, levez-vous.

Remarque

Il ne faut pas confondre haut à la main et haut la main : haut à la main est un adjectif qui signifie impérieux ; haut la main est une locution adverbiale qui signifie d'emblée, sans résistance.

Synonymes

HAUT, HAUTAIN, ALTIER. Ces trois mots ont le même radical, le latin altus, haut, et ne diffèrent que par le suffixe. Haut n'a point de suffixe et exprime l'idée simple de l'élévation morale ; ce n'est que par abus que ce mot arrive à y mêler quelque idée de blâme. Il n'en est pas de même de hautain et d'altier, qui sont toujours un excès, au moins dans le langage moderne. Hautain désigne un excès de hauteur d'âme qui se manifeste par les manières, par le langage ; et c'est par là surtout qu'est blessant l'homme hautain. Au contraire, altier désigne un excès de hauteur d'âme qui se manifeste surtout dans les sentiments, les passions, les volontés.

Étymologie

Berry, hiaut ; provenç. alt, aut ; cat. alt ; esp. port. et ital. alto ; du latin altus, qui, d'après Festus, serait le participe passif de alere, nourrir, et signifierait proprement accru par la nourriture. L'h est due à la tendance qu'a eue la langue pour la prosthèse d'une h : huile, huit, huître, hurler, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander