jeter v. a. (jeté. Le t se double quand la syllabe qui suit est muette : je jette, je jetterai)
-
1Communiquer un mouvement avec la main ou de quelque autre manière.
Comme il continuait, je me sentis extrêmement tentée de lui jeter un livre à la tête
Mme de Sévigné, 12 juin 1680L'Anglais [le chevalier Talbot] a promis au roi sur sa tête et si positivement de guérir Monseigneur dans quatre jours, et de la fièvre et du dévoiement, que, s'il n'y réussit, je crois qu'on le jettera par les fenêtres
Mme de Sévigné, 8 nov. 1680De sorte que Ludre, Coëtlogon et Rouvroy sont parties ce matin pour aller à Dieppe et se faire jeter trois fois dans la mer
Mme de Sévigné, 27On jeta de l'eau sur les restes de l'embrasement
Mme de Sévigné, 20Je jette quelquefois dans votre paquet les petits billets de l'abbé Bigorre, qui sait très bien ses nouvelles de Rome
Mme de Sévigné, 28 déc. 1689C'est afin que, la poste de Provence arrivant, il [un commis de la poste] jette le paquet à celle de Bretagne, qui part le même jour
Mme de Sévigné, 25 mai 1680Comme un frondeur fait tourner avec sa fronde la pierre qu'il veut jeter loin de lui
Fénelon, Tél. XIl avale les dés et presque le cornet, jette le verre d'eau dans le trictrac, et inonde celui contre qui il joue
La Bruyère, XIQuoi ! misérable, lui dit-il, me prends-tu donc pour un bâtard ? et en même temps il lui jeta sa coupe à la tête
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 134, dans POUGENSAvant ce temps-là, un grec [homme appartenant à la religion grecque] jetait par la fenêtre un plat dans lequel un latin avait mangé, quand il ne pouvait pas jeter le latin lui-même
Voltaire, Lett. Chabanon, 18 janv. 1768Les femmes, parées magnifiquement, étaient aux fenêtres, et jetaient des fleurs et des parfums sur les vainqueurs
Raynal, Hist. phil. I, 25
-
En termes de marine, faire le jet.
Si, par tempête ou par la chasse de l'ennemi, le capitaine se croit obligé, pour le salut du navire, de jeter en mer une partie de son chargement
Art. 410 du Code de commerce
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Fig.
Adieu, ma chère comtesse ; jetez mes amitiés, mes compliments, mes embrassades, comme vous jugerez à propos
Mme de Sévigné, 26 oct. 1688
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Jeter la plume au vent, voy. PLUME.
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Fig. Jeter de la poudre aux yeux, voy. POUDRE.
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Fig. Jeter de l'huile sur le feu, dans le feu, voy. HUILE, n° 2.
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Fig. Jeter le manche après la cognée, voy. MANCHE, s. m.
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Fig. Jeter la pierre à quelqu'un, voy. PIERRE.
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Fig. Jeter quelque chose au nez de quelqu'un, lui en faire objection, reproche (locution des gens de cour, dit de Caillères, en 1690).
C'est un étrange fait du soin que vous prenez à me venir toujours jeter mon âge au nez
Molière, Éc. des mar. I, 1
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Fig. Jeter son bonnet par-dessus les moulins, voy. BONNET, n° 1. Y jeter son bonnet, voy. BONNET, n° 2.
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Fig. Jeter sa langue aux chiens, voy. CHIEN, n° 3.
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Fig. N'être pas bon à jeter aux chiens, voy. CHIEN, n° 3.
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Fig. Il n'en jette pas sa part aux chiens, voy. CHIEN, n° 3.
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Fig. Jeter un os à quelqu'un, voy. os.
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Jeter son coussinet sur quelque chose, s'arranger de manière à l'obtenir par adresse ; locution tirée de l'usage de marquer sa place, de la retenir, en y mettant son coussin.
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Fig. Jeter quelque chose aux pieds de quelqu'un, lui en faire l'offre, l'abandon.
- Donnons-lui ce triomphe ; honneurs, lauriers, pouvoirs,Jetons tout à ses pieds ; je veux tout lui devoir Casimir Delavigne, Paria, II, 5
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2Jeter un châle, une mante, un manteau, etc. sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un, mettre avec quelque promptitude un châle, etc. sur ses épaules, sur les épaules de quelqu'un.
Moi.... qui n'avais précisément songé qu'à jeter sur moi une mauvaise robe
Marivaux, Marianne, 8e part.Ces pensées bouleversèrent tellement Mme de Maintenon, qu'il lui fut impossible de rester dans son lit ; elle jeta une robe sur ses épaules...
Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. II, p. 158, dans POUGENS
-
Ce vêtement, cette draperie, etc. est jetée avec grâce, avec élégance, en parlant d'un vêtement, d'une draperie disposés avec quelque négligence mais non sans grâce.
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Terme de peinture. Jeter une draperie, donner une certaine disposition aux plis de la draperie dont on revêt une figure. Les plis de cette draperie sont bien jetés.
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Fig. Jeter un voile sur quelque chose, le passer sous silence.
- Je ne veux point lever un œil présomptueuxVers le voile sacré que vous jetez sur eux Voltaire, Brutus, III, 3
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3Jeter un pont sur une rivière, construire, établir un pont sur une rivière ; surtout en parlant des ponts que l'on fait à la hâte pour le passage des troupes, des armées.
Scipion, ayant jeté un pont sur le Tésin, fit passer ses troupes
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 404
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Jeter les fondements d'un édifice, voy. FONDEMENT ; le langage technique dit plutôt : construire, poser, bâtir, maçonner les fondements d'un édifice.
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Fig.
Il jeta les fondements de la religion
Bossuet, Hist. I, 7
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4Terme de marine.
Jeter l'ancre, laisser tomber, de l'endroit du navire où elle est retenue, une ancre qui doit aller mordre la terre et s'y fixer, à l'effet de maintenir sur un point de la mer le navire que son câble lie à l'ancre
JALL'expression jeter l'ancre a été d'usage lorsque les ancres étaient maniables ; mais, à présent qu'elles ont une pesanteur considérable, on dit toujours : laisser tomber l'ancre, ou bien mouiller
LEGOARANT
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Fig.
-
Jeter le plomb, la sonde, lancer à la mer un plomb de sonde attaché à une corde mesurée, pour connaître la profondeur de l'eau ou la qualité du fond.
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Fig. Jeter son plomb, jeter ses plombs sur quelque chose, porter ses vues sur quelque chose, former un dessein pour parvenir à quelque chose, essayer, faire une tentative.
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Jeter le loch, lancer à la mer le loch pour connaître, par la longueur de la corde qui le retient, combien le na vire a fait de route pendant un temps donné.
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Jeter les grappins d'abordage, lancer d'un navire à un autre les grappins enchaînés, dont l'effet est de rapprocher et de tenir l'un à côté de l'autre deux bâtiments qui vont se battre bord à bord
JAL
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Fig. Jeter le grappin sur quelqu'un, se rendre maître de son esprit.
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5Se débarrasser de. Il jeta ce qu'il tenait à la main.
- Le traître avait jeté ces gages précieux,Pour n'être point connu par ces marques sanglantes Voltaire, Mérope, II, 5
Ils tirent à vingt pas ; ils jettent aussitôt leurs fusils ; et.... se précipitant entre les hommes et les chevaux, ils tuent les chevaux avec leurs poignards et attaquent les hommes, le sabre à la main
Voltaire, Louis XV, 34
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Jeter les armes, jeter ses armes, les quitter, cesser de combattre.
Dans les chutes fréquentes qu'ils [les soldats français] faisaient, leurs armes s'échappaient de leurs mains ; elles se brisaient ou se perdaient dans la neige ; s'ils se relevaient, c'était sans elles ; car ils ne les jetèrent point, la faim et le froid les leur arrachèrent
Ségur, Hist. de Nap. IX, II
-
Fig. et familièrement. Jeter le froc aux orties, voy. FROC.
-
Fig. Jeter loin, dédaigner.
Ne jetez pas si loin les livres de la Fontaine, il y a des fables qui vous raviront et des contes qui vous charmeront
Mme de Sévigné, 6 mai 1671
-
6Aux jeux de cartes, jeter ses cartes, les jouer.
- Avec les sept carreaux il avait quatre piques,Et, jetant le dernier, m'a mis dans l'embarras Molière, Fâcheux, II, 2
- J'ai jeté l'as de cœur, avec raison, me semble Molière, ib.
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Jeter se dit aussi au piquet, à l'écarté, des cartes que l'on écarte, dont on se défait pour en prendre d'autres. J'ai jeté les cœurs. J'aurais eu une quinte, mais j'ai jeté mon jeu. Jeter les cartes, cesser la partie.
-
Bassement et par un mauvais jeu de mots, jeter du cœur sur du carreau, jeter des fusées, vomir.
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7Mettre, placer, diriger, non sans quelque idée de violence ou du moins de rapidité.
Un tourbillon de vent vous jette violemment sous une arche
Mme de Sévigné, 25Vous, ma chère fille.... vous que j'ai toujours aimée et souhaité d'avoir près de moi, voyez quel orage vous jette au bout du monde
Mme de Sévigné, 11 déc. 1675M. de Rennes le désire [un domestique] d'une manière à ne pouvoir lui refuser ; nous y jetons un homme qui nous paraît bon
Mme de Sévigné, 3 juill. 1680Dieu, qui suit toutes les parcelles de nos corps en quelque endroit du monde que la corruption ou le hasard les jette
Bossuet, Duch. d'Orl.Venez maintenant, pécheurs, quels que vous soyez, en quelques régions écartées que la tempête de vos passions vous ait jetés
Bossuet, Anne de Gonz.- Quelle ardeur inquièteParmi vos ennemis en aveugle vous jette ? Racine, Brit. I, 3
Où j'avais ouï dire que mon père avait été jeté par les vents
Fénelon, Tél. IJe le jetai dans une voiture, et nous retournâmes à la maison
Marivaux, Fausses confid. I, 14- J'ignore en quels climats nous jette la tempête Voltaire, Oreste, II, 1
- Pour adoucir en moi cette âpre duretéDes climats où mon sort en naissant m'a jeté Voltaire, Orphel. IV, 4
Cette province vit pour la première fois les Portugais en 1535, et ce fut une tempête qui les y jeta ; mais ils ne s'y établirent qu'en 1599
Raynal, Hist. phil. IX, 17
-
Fig.
N'admirez-vous point où mon cœur me jette et m'égare ? je suis toute seule, je suis toute attendrie....
Mme de Sévigné, 1er oct. 1684
-
Fig. Jeter dans les bras, remettre à la garde, à la protection.
-
Jeter dans un couvent, faire entrer dans un couvent.
Broglie était un si furieux amant, qu'il fut une des raisons qui la jetèrent [une dame] aux Carmélites
Mme de Sévigné, 2 oct. 1689
-
Fig. et poétiquement, jeter au lit de, obliger une femme à devenir épouse de.
- Ma déroute la jette au lit de Massinisse Corneille, Sophon. III, 7
-
Fig. Faire entrer dans une société.
Un autre incident me jeta dans des sociétés nouvelles
Marmontel, Mém. IX
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Jeter quelqu'un dans un cachot, dans les fers, le mettre ou le faire mettre en prison.
Celui qui avait pour lui les armées fut vainqueur, jeta son rival dans les fers, et, plus puissant qu'il ne l'avait espéré, se trouva le maître de toutes les provinces
Raynal, Hist. phil. VII, 5
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8Terme de guerre. Jeter des hommes, jeter une troupe, jeter des munitions, des vivres, etc. dans une place, les y faire entrer promptement dans le besoin.
Buckingham est forcé de ramener en Angleterre ses troupes diminuées de moitié, sans même avoir jeté du secours dans la Rochelle, et n'ayant paru que pour en hâter la ruine
Voltaire, Mœurs, 176
-
Poster en avant ou d'une manière aventureuse.
La 15e division restait encore ; le vice-roi l'appelle ; elle s'avance en jetant une brigade à gauche dans le faubourg, et une à droite dans la ville
Ségur, Hist. de Nap. IX, 2
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9Terme de marine. Jeter son navire à la côte, l'y échouer exprès, afin d'éviter un danger plus grand.
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Jeter à la bande, rassembler, sur un seul point, des marchandises qui étaient éparses, afin de faire contre-poids.
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10Terme de fauconnerie. Jeter l'oiseau du poing, le lancer après la proie. On dit : jeter le faucon et lâcher l'autour.
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11Terme d'imprimerie. Jeter un blanc, ménager, laisser un blanc.
-
On dit de même : jeter une espace, une interligne.
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12Jeter une couleur sur, donner une couleur à. Le peintre a jeté une teinte grise sur son tableau.
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Fig.
La tristesse que l'idée de votre délicate santé a jetée sur toutes mes pensées
Mme de Sévigné, 9 mai, 1680On admira comment Molière avait pu jeter tant de comique sur un sujet qui paraissait fournir plus de pédanterie que d'agrément
Voltaire, Vie de Molière.
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Dans un sens analogue, jeter l'ombre, les ténèbres, produire l'obscurité.
- Et l'enfer, couvrant tout de ses vapeurs funèbres,Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres Racine, Esth. Prologue.
Quand la nuit sombre Sur ces coupables murs viendra jeter son ombre
Voltaire, Sémiram. I, 3
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Par extension.
- Tant le sort entre nous a jeté de mystère ! Crébillon, dans DESFONT
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-
13Diriger quelque partie du corps d'un certain côté. Il jeta la tête en arrière.
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Jeter les yeux, la vue, les regards sur, regarder, considérer.
L'acteur ayant récité ce vers qui contenait l'éloge d'Amphiaraüs : il ne veut point paraître homme de bien et juste, mais l'être effectivement, tout le monde jeta les yeux sur Aristide, et lui en fit l'application
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 135, dans POUGENS- C'est donc là le dernier que tu jettes sur elle ! Voltaire, Tancr. V, 6
- Sur ce billet au moins daignez jeter la vue Voltaire, Triumv. III, 2
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Fig. Jeter les yeux sur quelqu'un, signifie quelquefois avoir sur quelqu'un des vues particulières. Il a jeté les yeux sur ce jeune homme pour en faire son gendre.
-
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14Pousser avec violence, faire tomber.
Ô toi qui n'attends plus que la cérémonie Pour jeter à mes pieds ma rivale punie, ....Poison, me sauras-tu rendre mon diadème ?
Corneille, Rodog. V, 1- Quand dans le sein d'Araspe un poignard enfoncéLe jette aux pieds du prince Corneille, Nicom. V, 8
- À côté de son maître il le jette sans vie Voltaire, Mérope, V, 6
-
Jeter par terre, jeter à terre, faire tomber à terre. Jeter un homme par terre.
Il crache sur le lit et jette son chapeau à terre
La Bruyère, XIIl n'est pas rare de voir les litornes se rassembler au nombre de deux ou trois mille dans un endroit où il y a des alises mûres, et elles les mangent si avidement qu'elles en jettent la moitié par terre
Buffon, Ois. t. V, p. 419, dans POUGENS
-
Jeter une maison, une cloison, un mur, etc. par terre, démolir, abattre une maison, une cloison, etc.
Nos maisons ont été jetées par terre
Saci, Bible, Jérémie, IX, 19
-
On dit dans le même sens : jeter bas.
-
Fig.
-
Jeter une porte en dedans, la forcer en en faisant sauter la serrure.
Il est un moyen de jeter en dedans cette légère porte
Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 13
-
15Fig. Mettre quelqu'un dans une certaine manière d'être.
- Soulever votre peuple, et jeter votre arméeDedans les intérêts d'une reine opprimée Corneille, Nicom. IV, 2
- De Vinius par là gagnant la bienveillance,Il a su le jeter dans une autre espérance Corneille, Othon, III, 1
Vous mettez par-dessus tout cela des remerciements, des douceurs charmantes, des agréments qui nous jettent dans la confusion
Mme de Sévigné, 30 mars 1689Il s'agit d'une addition au livre XIV, qui a jeté M. Jurieu dans d'étranges emportements
Bossuet, Var. 2e avert. § 11- Dans quel trouble, seigneur, jetez-vous mon esprit ! Racine, Bérén. I, 3
- Dans quels égarements l'amour jeta ma mère ! Racine, Phèdre, I, 3
- De ce refus bizarre où seraient les raisons ?Il pourrait me jeter en d'étranges soupçons Racine, Athal. II, 5
Cette idolâtrie des richesses qui me jette dans des gains injustes
Massillon, Avent, Dispos.
-
Faire naître certains sentiments.
- Et leur division que je vois à regretDans mon esprit charmé jette un plaisir secret Corneille, Cid, II, 5
- Cessez, vaines frayeurs, cessez, lâches tendresses,De jeter dans mon cœur vos indignes faiblesses ! Corneille, Cinna, I, 1
- La crainte de vous faire un funeste présentNe me jetait dans l'âme un remords trop cuisant Corneille, Rodog. III, 5
- Il n'a rien dit, madame,Qui vous doive jeter aucun trouble dans l'âme Corneille, Nicom. I, 3
- Il pouvait, sous l'appât d'une feinte promesse,Jeter dans les soldats un moment d'allégresse Corneille, Othon, IV, 2
Il est vrai que de passer ma vie sans vous voir y jette une tristesse et une amertume à quoi je ne puis m'accoutumer
Mme de Sévigné, 28 mai 1676On pouvait jeter dans son âme quelques fausses impressions, mais....
Fléchier, duc de Mont.Vous, cependant, allez ; et, sans jeter d'alarmes, à tous mes Tyriens faites prendre les armes
Racine, Athal. II, 6- Vous jetez la discorde au sein de ma famille LAMOTTE, Inès de Castro, III, 3
- Quelle horreur jetez-vous dans mon cœur étonné ? Voltaire, Marianne, I, 4
Davoust, avec vingt-cinq mille hommes, resta à l'arrière-garde ; pendant qu'il avançait de quelques pas et jetait, sans le savoir, la terreur chez les Russes. la grande armée étonnée leur tournait le dos
Ségur, Hist. de Nap. IX, 2- Poëtes, j'eus toujours un chant pour les poëtes,Et jamais le laurier qui pare d'autres têtes,Ne jeta d'ombre sur mon front VICTOR HUGO, Odes, III, 1
-
16Fig. Jeter loin, jeter dans, obliger à reporter à une époque éloignée ce qu'on veut faire.
Je ne voudrais point que vous allassiez repasser la Durance.... cela vous jette trop loin dans l'hiver
Mme de Sévigné, 1er juill. 1676Cela [un retard] vous jettera dans le mois de janvier, et c'est pour en mourir
Mme de Sévigné, Jour de la Toussaint, 1680
-
17Faire subir.
Le bon exemple que vous voulez donner [en faisant le jubilé] vous jettera dans de plus grandes fatigues
Mme de Sévigné, juillet 1690
-
Mener à.
Pour moi, je suis dans l'histoire de France ; les croisades m'y ont jetée
Mme de Sévigné, 6 nov. 1675
-
Entraîner à. Fig. Jeter, se dit aussi des choses abstraites que l'on assimile à quelque chose qui se jette.
Pour son style [d'une dame pleine d'affectation], il m'est insupportable, et me jette dans des grossièretés, de peur d'être comme elle
Mme de Sévigné, 13 août 1677- Seigneur, à découvert, toute âme généreuseD'avoir votre amitié doit se trouver heureuse ;Mais nous n'en voulons plus avec ces dures loisQu'elle jette toujours sur la tête des rois Corneille, Nicom. V, 10
- Si ce nom sur leur front jette tant d'infamie Corneille, Tois. d'or, I, 2
- Et je ne voudrais pas par des efforts trop vainsJeter le moindre obstacle à vos justes desseins Molière, D. Garcie, V, 3
Cela [les lettres] rapproche ; on est occupée des pensées que cela jette dans l'esprit
Mme de Sévigné, 10 nov. 1675Je jette cette pensée dans cette lettre
Mme de Sévigné, 8 sept. 1680Vous ririez de voir comme tous les vices et toutes les vertus sont jetés pêle-mêle dans le fond de ces provinces
Mme de Sévigné, 21 juin 1680La main qui jette tout cela [les vertus et les vices] dans son univers sait fort bien ce qu'elle fait, et tire sa gloire de tout, et tout est bien
Mme de Sévigné, 21 janv. 1680Jamais personne n'a jeté des charmes dans l'amitié comme vous faites
Mme de Sévigné, 5 nov. 1688
-
Jeter des propos, avancer des propos qui vont indirectement à insinuer ou à découvrir quelque chose. Ce ministre a jeté des propos de paix, de guerre.
Puisque le propos en est jeté, il faut que je le suive
Diderot, Salon de 1767, Œuvres, t. XIV, dans POUGENS
-
On dit, dans un sens analogue, jeter des paroles, des pensées.
Pour moi, je jette de loin ces paroles en l'air
Mme de Sévigné, 22 juill. 1685Ce sont des pensées que je vous jette, et dont vous ferez tel usage que vous trouverez à propos
Mme de Sévigné, 28 fév. 1685
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Jeter des soupçons contre quelqu'un, faire soupçonner quelqu'un.
-
Jeter des brocards, se moquer. Jeter des louanges, louer.
Je vous dirai franchement.... qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet
Molière, l'Avare, III, 5Vous me jetez tant de louanges au travers de toutes mes imperfections....
Mme de Sévigné, 14 juill. 1680
-
19Jeter sur le papier, tracer, écrire à la hâte. Jeter ses idées, un plan, une esquisse sur le papier.
Voilà tout ce que mon imagination me fait jeter sur ce papier, sans art, sans arrangement, à course de plume
Mme de Sévigné, Lett. à Guitaut, 23 janv. 1682Je respecte le génie et l'éloquence de M. Pascal ; mais plus je les respecte, plus je suis persuadé qu'il aurait lui-même corrigé beaucoup de ces pensées qu'il avait jetées au hasard sur le papier pour les examiner ensuite ; et c'est en admirant son génie que je combats quelques-unes de ses idées
Voltaire, Rem. Pens. Pasc. Préambule.
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20Faire signifier, dénoncer. Jeter une excommunication, la publier, la fulminer.
L'évêque d'Agen a jeté un monitoire, il y a beaucoup de protestants en prison
Voltaire, Lett. Damilaville, 1er août 1767
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21Rejeter sur, attribuer.
- Au moindre jour ouvert de tout jeter sur moi Corneille, Rodog. V, 4
Jeter sur la conduite de Dieu ce qui n'est causé que par le déréglement de l'homme
Fléchier, Serm. I, 29
-
Exciter à parler de.
- Feignons, pour le jeter sur l'amour de son maître Molière, Dép. I, 3
-
22Il se dit de l'argent, des valeurs qu'on fait entrer dans la circulation.
Les appartements du roi [par la fonte des meubles d'argent] ont jeté six millions dans le commerce
Mme de Sévigné, 21 déc. 1689
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23Jeter l'argent, être prodigue.
L'on dit des merveilles de sa belle âme, et de la générosité de M. le prince de Conti, il jette l'argent héroïquement
Mme de Sévigné, 400Le roi fait des libéralités immenses ; en vérité, il ne faut point se désespérer ; quoiqu'on ne soit pas son valet de chambre, il peut arriver qu'en faisant sa cour, on se trouvera sous ce qu'il jette
Mme de Sévigné, 12 janv. 1680Monseigneur fait des merveilles [à Philisbourg].... jetant l'argent avec choix, disant du bien....
Mme de Sévigné, à Bussy, 3 nov. 1688On lui vient [à Mme de Montespan] demander des charités pour les églises ; elle jette beaucoup de louis d'or partout fort charitablement et de fort bonne grâce
Mme de Sévigné, 15 mai 1676La facilité avec laquelle la plupart jettent l'argent fait soupçonner qu'il ne leur coûte pas beaucoup
BRUEYS, Grondeur, II, 20
-
Fig.
J'admire comme il passe, ce temps.... pour moi, vous savez comme je le jette et comme je le pousse jusqu'à ce que vous soyez ici
Mme de Sévigné, 5 avr. 1680Je jetterais le temps à pleines mains comme autrefois
Mme de Sévigné, 23 nov. 1689On avance dans un temps auquel on aspire.... on est libérale des jours, on les jette à qui en veut
Mme de Sévigné, 10 janv. 1689
-
Jeter son bien, jeter tout par les fenêtres, c'est-à-dire dissiper son bien en folles dépenses.
-
Il ne jette pas son bien par la fenêtre, il ne jette pas les épaules de mouton toutes rôties, c'est-à-dire il est bon ménager de son bien.
-
On dit aussi : C'est un homme d'ordre et qui ne jette rien.
-
Fig. et familièrement. Jeter une marchandise à la tête, l'offrir à vil prix.
Si j'avais un conseil à vous donner, ce serait de réduire un peu l'ancien prix établi à Genève, mais de ne point jeter à la tête une édition qu'alors on jette à ses pieds
Voltaire, Lett. Panckoucke, mars 1769
-
Fig. et familièrement. Jeter une chose à la tête de quelqu'un, la lui offrir sans qu'il la demande. Ne pensez pas que je lui jette mon bien à la tête, que je lui jette ma fille à la tête.
Les meilleures choses sont dégoûtantes quand elles sont jetées à la tête
Mme de Sévigné, 27 mai 1672Les jours passeront ; j'ai vu que j'en étais avare ; je les jette à la tête présentement
Mme de Sévigné, 20 oct. 1679
-
24Calculer avec des jetons. Jetez ces sommes-là ; je les ai jetées, et j'ai trouvé qu'elles montent à.... Apprendre à jeter.
-
Ce sens est vieilli. On disait jeter, parce qu'on se servait de jets ou jetons.
-
-
25Jeter au sort, décider quelque chose par la voie du sort.
Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ont jeté ma robe au sort
Saci, Bible, Évang. St Matthieu XXVII, 35
-
Jeter les dés, les lancer hors du cornet pour amener les points.
-
Fig. Le dé en est jeté, le parti en est pris.
-
On dit dans le même sens : Le sort en est jeté.
- Le sort en est jeté, monsieur, n'en parlons plus Corneille, Cid, II, 1
-
Jeter des lots, les tirer au sort.
-
Terme d'ancienne coutume. Répartir une imposition.
-
26Pousser, envoyer, lancer hors de soi.
- Je cours au temple alors où la lampe alluméeJette, au lieu de lumière, une noire fumée Rotrou, Antig. V, 5
On prétend que le lendemain le corps de ce prince [le duc d'Orléans assassiné qu'on avait porté dans l'église des Blancs-Manteaux] jeta du sang, lorsque le duc de Bourgogne, qu'on ne connaissait point encore pour l'auteur de cet assassinat et qui voulut faire bonne contenance, se présenta pour lui donner l'eau bénite
SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. III, p. 288, dans POUGENSL'esprit naturel des habitants ne jetait aucune étincelle
Voltaire, Mœurs, 40La queue est de la même couleur, mais d'une teinte plus foncée, et jette des reflets dorés d'un très bel effet
Buffon, Ois, t. XII, p. 155- La flamme des trépieds jetait des feux sinistres Casimir Delavigne, Paria, I, 2
-
Jeter des larmes, pleurer.
- Je jette des larmes de joie Molière, D. Juan, V, 1
-
Jeter un soupir, un cri, faire un soupir, un cri.
- Je forcerai mon cœur sans jeter de soupirs DU RYER, Scévole, V, 2
- L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie,Albe en jette d'angoisse et les Romains de joie Corneille, Hor. IV, 2
Léontius fut effrayé ; il jeta quelques soupirs, et se retira fort en colère
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 84Ce vieillard vénérable A jeté dans mes bras un cri si lamentable
Voltaire, Fanat. IV, 4- Bientôt.... mais de la mort la main lourde et muetteVient de toucher la corde ; elle se brise et jetteUn son plaintif et sourd dans le vague des airs Lamartine, Méd. II, 5
-
Fig. et familièrement. Jeter les hauts cris, se récrier, se plaindre hautement.
-
Jeter des menaces.
Jeterai-je toujours des menaces en l'air, Sans que je sache enfin à qui je dois parler ?
Corneille, la Suiv. V, 2Ce n'est plus cette done Elvire qui faisait des vœux contre vous, et dont l'âme irritée ne jetait que menace et ne respirait que vengeance
Molière, D. Juan, IV, 9
-
Fig. et familièrement. Il a jeté tout son venin, c'est-à-dire il a dit, dans l'emportement de sa colère, tout ce qu'il avait sur le cœur.
-
Fig. et familièrement. Jeter son feu, tout son feu, voy. FEU, n° 38.
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Jeter feu et flamme, voy. FEU, n° 1.
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Fig. et familièrement. Cet homme jette un vilain coton, voy. COTON.
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27Jeter des œufs, être ovipare.
Parmi les animaux, les uns jettent des œufs, les autres sont vivipares
Voltaire, Singul. nat. XXIX.
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28En parlant des mouches à miel, produire et mettre dehors un nouvel essaim. Les mouches ont jeté deux essaims cette année.
Quelques pleines que fussent les ruches prêtes à jeter leur essaim
J.-J. Rousseau, Conf. VI
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Absolument. Ces mouches n'ont point encore jeté.
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29En parlant des arbres et des plantes, produire des bourgeons ou des scions. Cette vigne a bien jeté du bois. Cet arbre a jeté des scions.
- Il accourt ; devant lui l'herbe jette des fleurs A. CHÉNIER, Hylas.
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Absolument. Les arbres commencent à jeter.
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Jeter de profondes racines, s'enraciner profondément. Les arbres jettent des racines plus profondes les uns que les autres.
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Fig. Cet abus avait jeté de si profondes racines qu'il était difficile de l'extirper.
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30Rendre de l'humeur. Cet abcès jette du pus.
Il y a quatre jours qu'il prit une fantaisie à ma jambe de s'enfler et de jeter des feux et des sérosités
Mme de Sévigné, 15 avr. 1685
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Absolument. La plaie commence à jeter. Son cautère jette beaucoup.
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Ce cheval jette sa gourme, il a par les narines un écoulement dû à la gourme.
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Fig. Jeter sa gourme, exhaler sa mauvaise humeur, ou, pour un enfant, être hargneux et difficile, ou, pour un jeune homme, se mal conduire, ou, pour un jeune auteur, produire d'abord des choses faibles ou folles. Absolument. On dit qu'un cheval jette, quand il a un écoulement par les narines, et spécialement dans le cas de morve.
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31Terme de vénerie. Ce cerf jette sa tête, il quitte son bois.
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Le cerf jette ses fumées, il se vide.
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32Faire couler du métal fondu dans quelque moule afin d'en tirer une figure. Jeter une figure, une statue en bronze. Jeter en moule.
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Jeter en sable, prendre un moule avec du sable.
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Fig. Jeter en sable, avaler d'un trait.
- Je vais jeter en sable à toi ce petit coup LA FONTAINE, Ragotin, II, 7
Si vous lui apprenez qu'il y a un Tigellin qui souffle ou jette en sable un verre d'eau-de-vie....
La Bruyère, XIII
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Absolument. Ce fondeur jette bien.
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Fig. et familièrement. Cela ne se jette pas en moule, se dit d'un ouvrage qui ne peut se faire qu'avec beaucoup de soin et de temps.
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33Terme de potier d'étain. Jeter sur la pièce, ajuster une anse ou une pièce sur un vase par le moyen d'un moule.
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Terme de chandelier. Jeter des chandelles, des bougies, les fabriquer au moule.
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Terme de passementier. Jeter en soie, couvrir un bouton de soie tournée sur la bobine.
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34Se jeter, V. réfl. Être jeté. Les pierres qui se jetaient avec les frondes.
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35Être prodigué, en parlant de l'argent.
Cet homme [Penautier, lie avec la Brinvilliers] a un nombre infini d'amis d'importance.... ils n'oublient rien pour le servir ; on ne doute pas que l'argent ne se jette partout
Mme de Sévigné, 10 juill. 1676
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36Se jeter, se lancer soi-même.
- Me jeter du pont Neuf à bas dans la rivière Régnier, Sat. VIII
Vous tentez Dieu, et vous vous jetez à terre du haut du pinacle, dans l'espérance de trouver entre deux les mains des anges
Bossuet, Élévat. sur myst. XXIII, 4Un homme de bon sens ne se jette pas par la fenêtre ; c'est d'une nécessité morale
Bonnet, Essai psychol. ch. 47
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Par personnification. Ce fleuve, cette rivière se jette dans telle autre, se jette dans la mer, dans un lac, etc. ce fleuve, cette rivière se rend, va se perdre dans telle autre, etc.
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Fig.
- Vous y voulez tomber, je m'y jette avec vous Voltaire, Adélaïde, IV, 5
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Terme de manége. Se jeter sur l'éperon, sur le talon, sur la jambe droite ou gauche, se dit d'un cheval qui pousse son corps du côté où le cavalier approche l'éperon, le talon ou la jambe, au lieu de céder à ces aides.
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Terme de marine. Se jeter à la côte, y échouer son navire.
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37Se précipiter, se porter impétueusement.
- Se jetant à ces mots sur le vin et l'encens Corneille, Poly. III, 2
- Je me jette au-devant du coup qui t'assassine Corneille, Pomp. IV, 4
Ce que Moïse ayant entendu, il se jeta le visage contre terre
Saci, Bible, Nombres, XVI, 4Montgaillard se jeta sur lui comme un furieux.... Pont-Gand tire son épée, et lui en donne au travers du corps, et le jette mort
Mme de Sévigné, 20 sept. 1675Le coup de canon.... emporta le bras de Saint-Hilaire.... le fils de Saint-Hilaire se jette à son père, et se met à crier
Mme de Sévigné, 9 août 1675Un lion affamé vint se jeter sur mon troupeau
Fénelon, Tél. IICésar, outré des bruits qu'on répandait contre son honneur et sa réputation, se jette dans la ville, court par les rues...
VERTOT, Révol. rom. XIV, 319- Puis tout à coup se jetant sur eux deux :Monsieur, dit-il, s'adressant à l'un d'eux... Delille, Convers. II
Enfin, lorsque le besoin est extrême, il [le loup] s'expose à tout, il attaque les femmes et les enfants, se jette même quelquefois sur les hommes, devient furieux par ces excès, qui finissent ordinairement par la rage et la mort
Buffon, Quadrup. t. II, p. 187
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Fig.
- Sous quel appui tantôt mon cœur s'est-il jeté ? Racine, Mithr. II, 6
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Familièrement. Se jeter sur la friperie de quelqu'un, l'outrager de paroles.
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Se jeter sur un lit, sur un siége, s'y asseoir, s'y coucher avec précipitation.
Il se jeta sur un lit, n'en pouvant plus
Mme de Sévigné, 8 déc. 1673Mme de Clémire, qui n'avait pas fermé l'œil de la nuit précédente, se jeta sur son lit
Mme de Genlis, Veillées du chât. t. I, p. 5, dans POUGENS
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Se jeter à genoux, se mettre précipitamment à genoux.
- Allez, seigneur, vous jeter à ses pieds Racine, Andr. II, 5
Le roi, maître de leurs retranchements, se jeta à genoux pour remercier Dieu du premier succès de ses armes
Voltaire, Charles XII, 2Cette femme éperdue à vos sacrés genoux demande à se jeter
Voltaire, Orphel. III, 1
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Se jeter au cou de quelqu'un, lui passer les bras autour du cou en l'embrassant.
Quand il [le maréchal de Grammont] fut seul avec le père [Bourdaloue qui venait lui annoncer la mort de son fils], il se jeta à son cou, lui disant qu'il devinait bien ce qu'il avait à lui dire
Mme de Sévigné, 8 déc. 1673
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Se jeter dans les bras, entre les bras de quelqu'un, se faire serrer, embrasser par quelqu'un.
[Le duc d'Enghien] se jetant entre ses bras [du prince de Condé] et dans le sein paternel
Bossuet, Louis de Bourbon.
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Fig. Se jeter dans les bras, chercher un appui.
- Ne vous jetez donc point, madame, en d'autres bras Corneille, Sertor. III, 4
- Jetons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joie Racine, Mithr. III, 1
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Fig. Se jeter à la tête de quelqu'un, et, absolument, se jeter à la tête, s'offrir avec empressement et sans être recherché.
Cette conduite de ne vous point jeter à la tête et de laisser place aux désirs de vous voir
Mme de Sévigné, à Coulanges, 28 mai 1695
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Se jeter sur quelque chose, signifie quelquefois s'y porter avidement. Les chasseurs mouraient de faim, ils se jetèrent sur un pâté qu'ils avaient apporté.
Les archers français, prenant ce premier avantage pour le gain de la bataille, se jetèrent sur le bagage et se mirent à piller au lieu de combattre
Duclos, Hist. de Louis XI, Œuv. t. III, p. 227, dans POUGENS.
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Se jeter entre les mains, se remettre au pouvoir.
- Mais un second otage entre mes mains se jette Corneille, Nicom. V, 7
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Se jeter dans, se dit aussi de tout ce qui est comparé à quelque abîme.
- Ce serait d'un malheur vous jeter dans un pire Corneille, Attila, II, 1
Eutychès, qui ne put combattre cette hérésie qu'en se jetant dans un autre excès, ne fut pas moins fortement rejeté
Bossuet, Hist. I, 11
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Se jeter à ou dans, tourner ses vues, ses désirs vers.
Il se jettera à d'autres desseins, et pensera à se rendre maître de quelques îles
Pascal, Pensées, prophét. 26, éd. FAUGÈRE.
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38Se jeter, faire une expédition militaire.
Un prince justement irrité se jette sur les terres de son ennemi
Bossuet, 2e sermon, Annonciation, I
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Attaquer avec impétuosité.
Hirtius trouva un endroit [des lignes d'Antoine] faible et moins défendu, qu'il emporta l'épée à la main ; il se jeta ensuite dans le camp
VERTOT, Révol. rom. XIV, 326
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39Entrer, se réfugier précipitamment en quelque endroit. On poursuivit le voleur, mais il se jeta dans une allée obscure, et disparut. Il se jette dans une voiture et se fait conduire chez lui. Il se jeta dans la place avec un millier d'hommes.
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Fig. Se jeter dans un couvent, s'y retirer.
Je le menacerai de me jeter dans un couvent
Molière, Pourc. I, 4
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Se jeter dans un désert, s'y réfugier.
Je suis en colère contre le monde entier, je m'en vais me jeter dans un désert
Mme de Sévigné, à Bussy, 22 sept. 1688
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40Aller, se rendre imprudemment en quelque lieu.
Nous ne voulons pas nous aller jeter dans la fureur qui agite notre province
Mme de Sévigné, 24 juill. 1675
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41Fig. Prendre, accepter, se laisser aller.
Il faut se jeter promptement dans la soumission que nous devons à la Providence
Mme de Sévigné, 20 oct. 1675Cela est fort honnête à vous de vous jeter dans le vert et le bleu, aussitôt que vous apprenez la mort de notre pauvre cousine
Mme de Sévigné, 21 août 1680Nous avons juré à table de ne nous plus jeter dans de pareils soupers
Mme de Sévigné, 31 juill. 1680M. de Grignan s'est jeté dans cette superfluité [un double menton]
MADAME DE GRIGNAN, à Bussi, dans SÉV. 28 oct. 1685Une téméraire jeunesse se jetait sans étude et sans connaissance dans les charges de la robe
Fléchier, Lamoignon.Mme de Gerville s'est jetée dans la dévotion
Mme de Genlis, Ad. et Théod. t. III, p. 382, dans POUGENS
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Se jeter en un parti, se ranger du côté de ce parti.
Mais, lorsqu'en un parti, Sunnon, l'on s'est jeté, Regarder en arrière est une lâcheté
SAURIN, Spart. I, 1Il leur parla avec tant de hauteur que la plupart, piqués de ses reproches, se jetèrent dans l'armée de Marius
VERTOT, Révol. rom. X, 55On pendit sur-le-champ, par ordre d'Antoine, un grand nombre d'esclaves qui s'étaient jetés dans le même parti
VERTOT, ib. XIV, 188
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42Se jeter au travers, à la traverse, entre, venir déranger.
Après cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie
Molière, Préc sc. 5On ne vient point ainsi se jeter au travers d'une comédie et troubler un acteur qui parle
Molière, Comtesse, 21Il n'y a rien sur la terre ni de si bien concerté par la prudence, ni de si bien affermi par le pouvoir, qui ne soit souvent troublé et embarrassé par des événements bizarres qui se jettent à la traverse
Bossuet, 2e sermon, purific. 2- Un nouvel embarras se jeta entre nous STAAL, Mém. t. II, p. 154
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43Se jeter sur, se dit des humeurs, des maladies qui attaquent une partie du corps. La goutte s'est jetée sur l'estomac.
La furie de votre sang, qui vous a fait si souvent du ravage, m'empêche de rire quand il se jette ainsi dans votre gorge
Mme de Sévigné, 8 oct. 1684Une humeur de soixante et seize ans s'est jetée sur mes glandes, et le contrôleur général sur mes rescriptions
Voltaire, Lett. Chabanon, 7 mars 1770
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Impersonnellement.
Quand ma petite dernière plaie [à la jambe] a été fermée, il s'est jeté aux environs un feu léger
Mme de Sévigné, 7 mars 1685
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44Se jeter sur, parler de.
Je ne veux pas me jeter sur les passages des Pères [de l'Église]
Bossuet, Lett. 181Il s'échauffe dans la conversation... de là il se jette sur ce qui se débite au marché
La Bruyère, Théoph. IIIJe ferai comme Simonide, qui, n'ayant rien à dire de je ne sais quel athlète, se jeta sur les louanges de Castor et de Pollux
D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 14 mai 1773
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Se jeter au travers, parler sans réticence.
Il [Bourdaloue] se jeta sans balancer tout au travers de ses égarements [du prince de Condé] et de la guerre qu'il a faite contre le roi
Mme de Sévigné, 25 avr. 1687
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Se jeter parmi, entreprendre le récit.
Mon esprit ne se résoudrait jamais à se jeter parmi tant d'horreurs [la révolution anglaise], si....
Bossuet, Reine d'Anglet.
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Se jeter dans, se laisser aller à.
Là-dessus, M. le chancelier s'est jeté dans de grands discours, pour faire voir le pouvoir légitime de la chambre
Mme de Sévigné, 17 nov. 1664À tout hasard je me suis jetée dans ces détails
Mme de Sévigné, à Moulceau, 26 mai 1683Voir de quelle manière je m'y étais pris.... pour me jeter dans le style doucereux
Boileau, Prolog. d'opéra, Avert. au lecteur
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45Avoir recours.
Chiverny se jeta aux pardons, à l'obscurité et à ce qu'il put trouver d'excuses
Saint-Simon, 71, 174
Étymologie
Berry, giter ; provenç. gitar, gietar, getar ; espagn. jitar, jetar ; ital. gittare, gettare ; du latin jactare, fréquentatif de jacio (voy. JET).
Supplément
JETER. Ajoutez : - REM. On trouve jeter dit pour mettre bas, en parlant des femelles d'animaux. Comparez cela au n° 27 de jeter.