les dans le Littré
2le, la, les article. (le, la, lê ; l's se lie : lê-z amis, lêz hommes)
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1Le est l'article du nom masculin au singulier ; l'e s'élide devant une voyelle ou une h muette. Le livre, l'homme, l'épi.
Ah ! ruban tant qu'il vous plaira ; mais ce le où elle [Agnès] s'arrête n'est pas mis pour des prunes ; il vient sur ce le d'étranges pensées, ce le scandalise furieusement ; et, quoi que vous puissiez dire, vous ne sauriez défendre l'insolence de ce le
Molière, Crit. de l'Éc. des f. 3
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La est l'article du nom féminin au singulier ; l'a s'élide devant une voyelle ou une h muette. La lune, l'âme, l'heure.
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Les est l'article du pluriel ; et il est commun aux deux genres. Les livres, les roses.
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2Si la préposition de ou à se trouve devant l'article masculin au singulier, et que le nom suivant commence par une consonne ou par une h aspirée, on change de le en du, et à le en au : du mois ; au mois ; du héros ; au héros.
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Si le nom commence par une voyelle ou par une h non aspirée, la préposition et l'article n'éprouvent aucun changement ; mais l'article, soit masculin, soit féminin, s'élide : de l'enfant ; à l'enfant ; de l'honneur ; à l'honneur ; de l'amitié ; à l'amitié.
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Au plur. Pour de les on dit des, et pour à les on dit aux : des héros ; aux héros ; des enfants ; aux enfants ; des femmes ; aux femmes.
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3On répète l'article devant des substantifs qui sont unis par la conjonction et : le père et la mère. Cependant, on dit quelquefois, sans le répéter : les père et mère.
- Les père et mère ont pour objet le bien La Fontaine, Cal.
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4On répète l'article avant plusieurs adjectifs qui modifient un substantif.
Voilà l'unique et la grande règle qu'il suivait
Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 45L'utile et la louable pratique, de perdre en frais de noces le tiers de la dot qu'une femme apporte !
La Bruyère, VII
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Cette répétition est obligatoire quand les adjectifs expriment des idées tout à fait distinctes : Les bonnes et les mauvaises actions qu'il a faites.
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Mais elle n'est pas obligatoire quand les idées exprimées par les adjectifs n'ont rien qui se contredise ou s'oppose : Voilà l'unique et grande règle qu'il suivait. L'utile et louable pratique. L'humble et timide innocence.
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5On peut mettre l'article devant un adjectif avec le substantif sous-entendu, quand le substantif vient d'être énoncé avec un autre adjectif.
On ne vous a pas laissé ignorer l'histoire grecque ni la romaine
Bossuet, Hist. Préf.L'un a les affaires de la terre et l'autre les maritimes
La Bruyère, VIIIElles se bornent aux choses présentes et nous font perdre de vue les éternelles
Massillon, Mystères, Incarn.
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6Les se met devant les nombres de jours, d'heures, etc. pour indiquer une certaine approximation ou latitude.
Dans ces étranges sublimités, où ils [les mystiques] passent tranquillement les dix et les vingt ans sans seulement penser à lui [Jésus-Christ] ni à aucun de ses états
Bossuet, États d'oraison, II, 5Le vent étant tombé vers les huit heures du soir
Chateaubriand, Itin. 1re part.
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7L'article au pluriel peut se mettre devant les noms propres d'une façon emphatique, sans idée de pluralité, et alors en effet on ne leur donne pas la marque du pluriel. Les Bossuet, les Racine ont été la gloire du siècle de Louis XIV.
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Il s'y joint aussi avec le sens de pluralité ; alors on leur donne la marque du pluriel. Les Virgiles sont rares, c'est-à-dire les poëtes tels que Virgile.
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Il se met devant un nom de famille, pour indiquer la famille entière. Les Stuarts. Les Bourbons. Les Corneilles étaient frères. (voy. NOM PROPRE).
Je connais les Brassacas ; c'est une des meilleures familles de la Garonne
Dancourt, Prix de l'arquebuse, sc. 18
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8L'article se met encore devant un nom propre pour l'indiquer comme un type, un représentant d'une classe.
Personne ne respecte plus que moi saint François Xavier ; c'était un Espagnol animé d'un zèle intrépide ; c'était le Fernand Cortez de la religion
Voltaire, Mél. hist. Mensong. impr. 32
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9L'article se met devant plusieurs noms italiens. Le Titien, le Corrége, le Tasse, l'Arioste.
Cela soit dit pourtant sans offenser le Tasse, que je ne puis oublier sans être une ingrate
Mme de Sévigné, 353
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On dit aussi le Poussin, bien qu'il soit français ; mais son long séjour en Italie a fait que l'article s'est joint à son nom.
Les Italiens sont le seul peuple de la terre chez qui on accorde l'article le aux auteurs : le Pulci, le Bojardo, l'Arioste, le Tasse ; mais on n'a jamais dit, chez les Latins, le Virgile ; ni chez les Grecs, l'Homère ; ni chez les Asiatiques, l'Ésope ; ni chez les Indiens, le Brama ; ni chez les Persans, le Zoroastre ; ni chez les Chinois, le Confutzé
Voltaire, Lett. abbé Foucher, 30 avril 1769
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Ne dites pas le Dante ; les Italiens ne mettent l'article qu'avec le nom de famille : le Tasse, l'Arioste, et non avec le nom de baptême ; or Dante, abrégé de Durante, est un nom de baptême ; quand les Italiens mettent l'article au nom de ce poëte, c'est qu'ils le nomment de son nom de famille : l'Alighieri.
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10L'article se joint quelquefois aux noms propres quand on parle soit familièrement, soit légèrement, de personnes qui ont une notoriété.
La l'Esvile lui dit qu'au lieu de lui faire des excuses....
Scarron, Rom. com. I, 23Quittons la Bretagne, et parlons de Grignan, parlons de ces frères qui reviennent toujours au gîte ; ce qui m'étonnait, c'est que le Carcassonne en fût sorti
Mme de Sévigné, 2 août 1689- À mon gré, le Corneille est joli quelquefois Boileau, Sat. III
On se permet quelquefois de mettre l'article à des noms propres, et surtout en parlant de certaines femmes extrêmement connues, soit en bien soit en mal ; ainsi l'on dira la Champmeslé, fameuse actrice ; la Brinvilliers, célèbre empoisonneuse
D'OLIVET, Ess gramm. ch. II, § 2Il [Molière] partit de Lyon pour les états du Languedoc avec une troupe assez complète, composée principalement de deux frères nommés Gros-Réné, de Duparc, d'un pâtissier de la rue Saint-Honoré, de la Dupare, de la Béjart et de la Brie
Voltaire, Vie de Molière.- J'entre, je lis, d'une voix fausse et grêle,Le triste drame écrit pour la Denèle ;Dieu paternel ! quels dédains, quel accueil !De quelle œillade altière, impérieuse,La Dumesnil rabattit mon orgueil !La Dangeville est plaisante et moqueuse Voltaire, le Pauvre diable.
La boutique de la Duchapt, célèbre marchande de modes
J.-J. Rousseau, Conf. VII
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11Quand on cite en latin un titre d'ouvrage qui est féminin en cette langue, plusieurs y joignent néanmoins l'article masculin le.
Ils [Scévole et Louis de Sainte-Marthe] composèrent ensemble le Gallia christiana
Voltaire, Louis XIV, Écriv. Sainte-Marthe.
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D'autres suivent le genre du latin : la Gallia christiana.
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Les naturalistes sont convenus de mettre toujours le devant les noms latins de plantes et d'animaux, lors même que ces noms sont féminins en latin : le nymphaea alba, L.
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12À la, à la façon de. À l'anglaise.
Pour parler à la Montesquieu
J.-J. Rousseau, Conf. VIII
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13L'article se dit quelquefois au vocatif, familièrement, et quand on s'adresse à quelqu'un dont on ne sait pas le nom. Hé ! l'homme, venez ici.
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14Le, la, les, sert à former le superlatif. Le plus sage des hommes. Le meilleur des hommes. La pire des conditions. La plus douce consolation d'un homme de bien affligé est la pensée de son innocence. Quoique cette femme montre plus de fermeté que les autres, elle n'est pas la moins affligée. Les animaux les plus féroces.
Il ne faut pas se flatter, les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales ; mais que nous nous pardonnons aisément nos fautes quand la fortune nous les pardonne ! et que nous nous croyons bientôt les plus éclairés et les plus habiles quand nous sommes les plus élevés et les plus heureux !
Bossuet, Reine d'Angl.- La honte suit toujours le parti des rebelles ;Leurs grandes actions sont les plus criminelles Racine, Théb. I, 5
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Dans ce superlatif le devient invariable, formant avec plus ou moins une sorte d'adverbe, quand le superlatif indique excès, non comparaison. Cette scène est une de celles qui furent le plus applaudies. La lune n'est pas aussi éloignée de la terre que le soleil, lors même qu'elle en est le plus éloignée.
Ceux que j'ai toujours vus le plus frappés de la lecture des écrits de ces grands personnages [les auteurs grecs et latins], ce sont des esprits du premier ordre
Boileau, Lett. à PerraultCeux mêmes qui s'y étaient le plus divertis ont eu peur de n'avoir pas ri dans les règles
Racine, Plaid. Préf.- Mais qu'on me nomme enfin dans l'histoire sacréeLe roi dont la mémoire est le plus révérée ;C'est ce bon Salomon.... Voltaire, Ép. XLVI
C'est dans le temps que les grands hommes sont le plus communs, dit Tacite, que l'on rend aussi le plus de justice à leur gloire
THOMAS, Essai sur les éloges.
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Dira-t-on : les opinions les plus ou le plus généralement suivies ? La réponse dépend de l'intention de celui qui parle, ou de ce qu'il veut faire entendre. Des opinions peuvent être plus ou moins généralement suivies ; si c'est là ce que vous entendez, le, relatif à l'adverbe, sera invariable comme lui, et le plus signifiera le plus qu'il est possible. Si vous avez en vue d'autres opinions plus suivies que celles-là, et que vous vouliez indiquer cette comparaison, c'est au nom que doit se rapporter l'article, et vous direz : les plus suivies. Par suite de ce qui vient d'être établi, ce sera une faute de dire : les opérations le mieux combinées de la campagne, par cela même qu'il y a ici comparaison ; il faudra dire : les mieux combinées (LAVEAUX). Ainsi on dira : Les arbres les plus hauts sont les plus exposés à la tempête, parce que le rapport du superlatif est déterminé ; mais on dira : On a abattu les arbres le plus exposés à la tempête, parce que le rapport n'est pas déterminé. C'est par la même raison qu'on dira : Les parures les plus à la mode sont celles dont je viens de vous parler, et Les parures le plus à la mode ne conviennent pas aux femmes âgées. On dira : Les Égyptiens et les Chaldéens sont les nations les plus anciennement policées ; mais on dira : Les monuments des nations le plus anciennement policées.
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Si le superlatif relatif précède son substantif, un seul article suffit pour l'un et pour l'autre : Le plus célèbre orateur qu'aient eu les Romains est Cicéron. Mais si c'est le substantif qui précède le superlatif, il faut mettre un article à l'un et à l'autre : le triomphe le plus beau. Par licence poétique, Molière et Racine n'ont pas observé cette règle :
- Mais je veux employer mes efforts plus puissants Molière, l'Ét. V, 12
- Chargeant de mon débris les reliques plus chères Racine, Baj. III, 2
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Quand il y a deux superlatifs de suite, on répète l'article : les plus méchants et les plus décriés personnages. Cependant on peut quelquefois supprimer le second article.
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15Au singulier, l'article s'emploie pour parler en général. L'homme est le roi des animaux. La bête n'est point, comme le prétendait Descartes, un automate. La plante meurt sur le lieu où elle a vécu.
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16Au sens général, l'article se supprime quelquefois. Contentement passe richesse. Cette suppression se fait surtout dans des locutions proverbiales ; on ne peut guère s'en servir ailleurs que par assimilation à ce genre de locutions. Au contraire, dans l'ancienne langue, elle était de règle.
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17L'on, voy. ON.
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18L'un ou un, voy. UN.
Étymologie
Provenç. lo, le, los, les, la, las, et aussi li au pluriel masculin ; espagn. lo, los, las ; port. o, os, a, as ; ital. lo, la, i, gli (anciennement li), le ; du lat. ille, illa, illi, illae, illos, illas. Il est singulier que ille ait laissé tomber la syllabe accentuée pour ne garder que celle qui ne l'était pas ; peut-être cela s'explique-t-il parce que, passant au rôle d'article, il est toujours proclitique et non accentué dans la phrase.
Supplément
1. LE, LA, LES, art. Ajoutez : - REM. 1. L'article est-il bien employé dans cette phrase-ci : La difficulté est que la se rapporte à tête pris d'une façon indéterminée. Mais cette règle n'a une vraie autorité que quand la violer nuit à la clarté. Ici le sens ne souffre pas ; et M. B. Jullien, Grammaire, p. 249, approuve la phrase de Voltaire. 2. Au XVIIe siècle, on pouvait supprimer l'article dans les expressions superlatives.
3le, la, les pronom. (le, la, lê ; l's se lie : je lê-z aime, je lê-z honore)
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1Le premier (le) est pour le genre masculin, le second (la) pour le féminin, le troisième (les) pour les deux genres au pluriel ; ils accompagnent toujours un verbe, et se distinguent en cela de l'article, qui accompagne constamment un nom. Connaissez-vous cet homme ? je le connais. Voyez-vous cette dame ? je la vois.
On dit que l'abbé Roquette Prêche les sermons d'autrui : Moi qui sais qu'il les achète, Je soutiens qu'ils sont à lui
Boileau, Épigr. XLI
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2Le, la, devant un verbe qui commence par une voyelle ou une h muette, s'élident. Je le vis, je l'aimai. Je la reconnus, je l'appelai. Je l'honore beaucoup.
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Si les particules en et y suivent le ou la, on y met toujours l'apostrophe, comme : Il est en peine, ou elle est en peine, ne l'y laissez pas, tirez l'en au plus tôt.
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3Ce pronom précède toujours le verbe dont il est le régime : je le vois, je l'ai vu ; excepté à l'impératif, ou il se place après : prends-le, lisez-le, aimez-les.
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Mais, si l'impératif est accompagné d'une négation, le pronom se place devant le verbe : ne le donnez pas.
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Quand le pronom le, la, les, se trouve régime d'un même verbe avec les pronoms me, te, nous, vous, il se met après ces pronoms : je me le promets ; je te l'assure ; il nous la rendra. Avec lui il se met avant : je le lui promets. Avec y et en il se met avant : je l'y laisserai ; je l'en chasserai.
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4Le, la, les, se répètent avant chacun des verbes dont ils sont les régimes.
- Un fils ne s'arme point contre un coupable père :Il détourne les yeux, le plaint et le révère Voltaire, Brut. I, 2
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Il y a pourtant quelques exemples où il n'est pas répété.
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5Lorsqu'il tient la place d'un nom, soit commun, soit propre, il se présente sous les mêmes formes que ce nom ; c'est-à-dire qu'on met le si le nom est masculin, la s'il est féminin, et les s'il est au pluriel. Est-ce là votre voiture ? oui ce l'est, c'est-à-dire c'est elle. Est-ce votre livre ? oui ce l'est, c'est-à-dire c'est lui. Est-ce là votre maison ? ce la fut, c'est-à-dire elle m'appartenait jadis. Est-il sept heures ? il les est.
- Infidèles témoins d'un feu mal allumé,Soyez-les de ma honte Corneille, la Galerie du palais, III, 10
- Je plains cette abusée, et c'est moi qui la suisPeut-être, et qui me livre à d'éternels ennuis Corneille, Othon, III, 1
- Miracle, criait-on ; venez voir dans les nuesPasser la reine des tortues ;La reine ! vraiment oui : je la suis en effet La Fontaine, Fabl. X, 3
Si c'est effacer les sujets de haine que vous avez contre moi, que de vous recevoir pour ma fille, je veux bien que vous la soyez
La Fontaine, Psyché, II, p. 212Il lui faut pour son honneur Contrefaire la furie ; Celle-ci la fut vraiment
La Fontaine, Cand. (l'édit. de Walkenaer a le).Comme si elle eût dit : ce m'est beaucoup d'honneur, à la vérité, d'être mère du Messie ; mais si je la suis....
Bossuet, 2e serm. Comp. de la sainte Vierge, 1Pluton : Hé bien ! nous donnerez-vous l'explication des paroles qui sont sur vos tablettes ? - Brutus : Volontiers ; regardez bien ; ne les sont-ce pas là ? - Pluton : Ce les sont là elles-mêmes
Boileau, Héros de roman.[Mme de Noailles] Ce fut la première et l'unique dame d'atours duchesse, et la demeura jusqu'à la mort de la reine-mère
Saint-Simon, 46, 30Mme d'Épernon répondait qu'elle n'était plus rien que carmélite, et qu'en se la faisant elle avait renoncé à tout
Saint-Simon, 97, 28Crispin : J'ai une lettre qui vous expliquera toute chose. - Le chevalier : Voyons donc, donne-la-moi ; l'est-ce là ?
Dancourt, Chev. à la mode, II, 9Quand on vous demande : êtes-vous les personnes que je vis hier à la comédie du Barbier de Séville, dans la première loge ? vous devez répondre : Nous les sommes, parce que vous devez indiquer ces personnes dont on vous parle
Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 30 mars 1775Bartholo : De sa femme ? - Rosine : Je ne la suis pas encore
Beaumarchais, Barbier de Sév. II, 15Le comte : Rosine ! - La comtesse : Je ne la suis plus cette Rosine que vous avez tant poursuivie
Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 19
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6Le pronom le étant placé après un verbe à l'impératif, l'e muet se prononce, quand il suit un verbe dont la finale est muette ou fait entendre un son autre que celui de l'é fermé ; le a alors le son des monosyllabes me, te, se, etc. Imite-le, rends-le, faites-le se prononcent i-mi-te-leu, ren-leu, fai-te-leu. Mais, lorsque la finale du verbe fait entendre le son d'un é fermé, alors on distingue : si c'est dans le parler ordinaire, on prononce le comme précédemment : promettez-le (promè-té-leu) ; si c'est dans la récitation des vers, l'e muet s'élide quand une voyelle suit, ou il se prononce comme dans fidèle : gardez-le auprès de vous (gardè-l' auprès de vous) ; servez-le (sèr-vé-l') ; aussi il s'élide en vers : Autrefois, cet e s'élidait en toute circonstance, comme on le voit par ce vers : Cela n'est plus guère reçu.
- Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut Molière, Mis. I, 2
- Condamnez-le à l'amende, ou, s'il le casse, au fouet Racine, Plaid. II, 13
- Allez, Lafleur, trouvez-le et lui portezTrois cents louis, que je crois bien comptés Voltaire, la Prude, II, 1
- Prends pitié de ce peuple, et reçois-le en ta grâce CHAPELAIN, Pucelle, dans RICHELET
- Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable La Fontaine, Fabl. VI, 1
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Dans le même cas, la ne souffre pas d'élision. Ramenez-la à son devoir.
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7Dans un emploi particulier, le, toujours du masculin et du singulier, signifie cela, ceci, et ne se rapporte pas à un nom substantif, mais est un substantif lui-même.
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Il peut tenir la place d'une proposition ou d'un verbe.
- Va, je ne te hais point. - Tu le dois. - Je ne puis Corneille, Cid, III, 4
- J'aime donc sa victoire, et je le puis sans crime Corneille, ib. IV, 5
Asseyons-nous ici. - Qui ? moi, monsieur ? - Oui, je le veux ainsi
Voltaire, Nanine, I, 7
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Il peut tenir la place d'un adjectif.
Vous ne serez pas surprise de ce que l'on le fut [surpris] de la prison de M. de Beaufort
Retz, II, 69La bonne princesse était ravie : je le suis de la lettre que vous avez écrite au bon abbé
Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 20 oct. 1675Il ne suffit pas qu'elle [la lumière divine] t'ait fait juste une fois ; il faut que continuellement elle te le fasse
Bossuet, Méd. sur l'Év. 2e part. 5e jour.Je [moi le Seigneur] n'ai pas besoin de vos louanges ; les louanges que vous me donnez vous rendent heureux, mais ne me le rendent pas, et je n en ai pas besoin
Bossuet, Élévat. sur myst. III, 1Je crois notre cousine fort sage ; mais je vous le crois très peu
MAINTEN., Lett. à d'Aubigné, 28 fév. 1678On pourrait être plus content de sa femme que je ne le suis
MAINTEN., Lett. au card. de Noailles, 11 sept. 1698Le marais, cru impraticable, se le trouva si peu que nos convois suivirent toujours leur premier chemin
Saint-Simon, 47, 48Lusignan : M'ôter, par un seul mot, ma honte et mes ennuis, Dire, je suis chrétienne. - Zaïre : Oui, ....seigneur.... je le suis
Voltaire, Zaïre, II, 3Êtes-vous chrétienne ? je le suis ; êtes-vous la juive qui fut menée hier à l'inquisition ? je la suis ; la raison en est évidente : êtes-vous chrétienne ? je suis cela ; êtes-vous la juive d'hier, etc. ? je suis elle
Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 30 mars 1775- Mais je naquis sujette, et je le suis encore Voltaire, Sémiram. III, 6
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Avec un substantif pris adjectivement, le suit la même règle. Si on demande à une femme : êtes-vous mère ? elle répondra : Oui je le suis ; parce que mère est ici pris adjectivement. - Mais si l'on dit : êtes-vous la malade dont on m'a parlé ? ou êtes-vous la mère de cet enfant ? Malade et mère étant ici des noms déterminés, la femme répondra : Oui, je la suis. Molière n'a pas tenu compte de cette règle : Il est vrai que la nuance entre mère pris substantivement et mère pris adjectivement est légère, et que la pensée peut facilement se mettre au-dessus.
J'ai fait quelques ingrats et ne l'ai point été
Voltaire, Disc. 7Je veux être mère parce que je la suis, et ce serait en vain que je ne la voudrais pas être
Molière, Am. magn. I, 2
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C'est adjectivement que sont pris bonnes choses, grands hommes, dans les exemples suivants :
La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses, nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être lues
La Bruyère, IOn a reproché à Cicéron la même faiblesse pendant son exil : ce qui marque que tous les grands hommes ne le sont pas toujours ni en tout
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 566, dans POUGENS
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La règle qui prescrit de représenter en tout cas un adjectif par le invariable est récente ; autrefois avec les adjectifs on employait l'article comme on l'emploie aujourd'hui avec les substantifs.
- Vous êtes satisfaite et je ne la suis pas Corneille, Pomp. V, 2
- Vous en êtes instruite, et je ne la suis pas Corneille, D. Sanche, I, 3
....Je veux sur toutes choses que vous soyez contente, et, quand vous la serez, je la serai
Mme de Sévigné, 13 sept. 1677Je ne veux pas qu'elle soit malade, encore moins qu'elle se la fasse
Bossuet, Lett. à Mme du Mans, 17 janv. 1792Valmire : Mais vous seriez toujours demeurée insensible. - Ildegonde : Je l'avoue, et sans doute encor moins aujourd'hui, S'il n'avait rien aimé, je la serais pour lui
Thomas Corneille, Théod, II, 1On ne peut être plus contente que je ne la suis
Mme de Maintenon, Lett. sur l'éduc. aux dem. de la classe bleue, 1700La comtesse : Monsieur, je ne veux point être liée. - Chicaneau : à l'autre ! - La comtesse : Je ne la serai point
Racine, Plaid. I, 7Vous serez aussi surpris de cette lettre que je la fus de l'air dont vous vîtes mon départ
Hamilton, Gramm. 9- J'étais indifférente et je ne la suis plus,Et je sais que sans vous je la serais encore Piron, Métrom. IV, 9 (l'éd. de 1776 a le).
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8Dans plusieurs locutions le joue le rôle d'un nom vague. Je vous le donne en cent. Le prendre haut (voy. DONNER et PRENDRE).
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La a quelquefois un emploi semblable. Il me la payera (voy. PAYER).
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Remarque
1. On trouve dans Pascal : 2. Le pronom le, la, les, ne peut pas se rapporter à un nom pris indéfiniment, c'est-à-dire sans article. C'est contre cette règle que pèchent les exemples suivants. Cette règle pourtant n'est pas tellement absolue qu'il soit toujours impardonnable de la violer. 3. Ne remplacez pas par le un verbe mis à l'actif, si le le fait sous-entendre avec un sens passif. Il corrigerait ces abus, il eût corrigé ces abus, s'ils pouvaient l'être ; dites : s'ils pouvaient être corrigés. Je le traiterai comme il mérite de l'être ; dites : comme il mérite d'être traité. Cette règle est absolue ; Voltaire y a manqué dans cette phrase : On ne peut bien déclamer que ce qui mérite de l'être, Louis XIV, Artistes, Lulli. 4. Le, la, explétif ou remplaçant que, lequel. Cette tournure est contraire à la construction grammaticale : on le voit sans peine ; et dans les exemples ci-dessus rapportés on la rétablira en supprimant le pronom le, la. M. Frédéric Godefroy est le premier qui l'ait signalée (Lexique de Corneille, t. II, p. 10). Elle remonte plus haut que le XVIIe siècle, et on en verra des exemples dans l'historique. Toute pléonastique qu'elle est, elle n'est pas sans commodité et a été suggérée par un besoin de clarté dans une phrase qui s'allonge. 5. Saint-Simon a dit : Cette phrase est incorrecte : le mot malade y est pris dans deux sens très différents.
Étymologie
Le même que l'article le, la, les ; prov. lo, los, la, las.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander